OBSERVATION XVIII
Volumineuse hernie inguinale étranglée. — Opération. — Impossibilité de réduction. — Abandon de l’anse intestinale dans la plaie après le dôbridement. - Guérison '.
Un homme fort replet, âgé d’environ trente ans, était incommodé d’une hernie intestinale ancienne et d’un volume considérable; il avait négligé depuis un très-long temps de porter un bandage ; la hernie était du côté gauche et distendait excessivement le scrotum. Des accidents d’étranglement exigèrent l’opération; M. Petit y procéda, et elle ne pouvait être confiée à de meilleures mains. Feu MM. Bourgeois, Malaval, Sorbier, Faget, Verdier et M. Ledran y étaient présents.
Quel fut l’étonnement des spectateurs, dit M. Verdier, lorsque, l’intestin étant mis à découvert, toutes
' Cas mémorable de feu M. Petit ( Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. IV, p. 316.)
les tentatives que fit l’habile chirurgien pour le réduire furent inutiles ! Son volume n’était augmenté ni par des vents, ni par aucune matière retenue ; l’anneau, bien débridé, ne faisait aucun obstacle à la réduction ; il n’y avait pas lieu de soupçonner l’adhérence intérieure, il n’y avait aucun étranglement de la part du sac herniaire, et l’on portait facilement le doigt dans toute la circonférence de l’anneau dilaté (débridé). Il fallait nécessairement laisser l’intestin au dehors. Quelques-uns des assistants furent d’avis qu’on emportât la portion qui ne pouvait pas rentrer; l’issue des matières aurait fait connaître le bout qui répondait à l’estomac , et ils proposaient qu’on le fixât dans l’anneau pour former en cet endroit un nouvel anus, et que l’autre bout fût abandonné après qu’on y aurait fait une ligature.
M. Petit, heureusement pour le malade, n’adopta point ce conseil; il jugea qu’en garantissant de l’impression de l’air la portion d’intestin sortie, elle pourrait dans la suite rentrer peu à peu et d’ellemême, à mesure que l’embonpoint excessif du malade, qu’il regardait comme le principal obstacle à la réduction, diminuerait, tant par les saignées que par la diète sévère.
Dans cette idée, M. Petit chargea M. Faget, alors son élève, des pansements à faire suivant ses vues; ils se borneront à couvrir la portion d’intestin avec des compresses trempées dans une légère décoction de racines de guimauve, en ayant, l’attention de for-
mer, par leur moyen, une espèce de poche et de suspensoir, dont l’effet était de rapprocher l’intestin de l’anneau, et de le disposera rentrer dans le ventre.
Ces pansements étaient réitérés cinq à six fois par jour, et on les continua pendant deux mois. La suppuration des parois de la plaie, la fonte des graisses voisines, la diminution de l’embonpoint général, qui suppose celle de l’épiploon et du mèsen- • tère, produite par les saignées et le régime, comme on l’avait prévu, permirent à l’intestin de rentrer insensiblement de jour en jour dans la capacité du bas-ventre ; la convexité de l’anse intestinale resta au bord de l’anneau ; l’exfoliation de la tunique extérieure de cette portion d’intestin servit de point d’appui à la cicatrice qui se faisait de la circonférence au centre. Le malade guérit par une consolidation parfaite de la plaie , obligé seulement de porter un bandage à pelotte creuse, pour loger la petite portion d’intestin qui n’avait pu rentrer.