OBSERVATION XIX
Hernie cœcale étranglée. — Opération. — Irréductibilité. — Mort. — Autopsie, par M. Porter '.
Elisa Hannan, âgée de cinquante ans, a été reçue à l’hôpital (Meath Hospital), offrant tous les symptômes d’une hernie étranglée. La tumeur existait à
1 Gazette des hôpitaux, 1839, nü 107.
l’arcade fémorale droite. La femme a déclaré être mère de huit enfants et s’être aperçue pour la première fois de sa hernie, il y a treize ans, à la suite d’une chute d’un escalier. Pendant quinze jours elle avait alors éprouvé des douleurs intenses dans l’hypochondre droit et à l’épigastre. Dans ces entrefaites, une petite tumeur élastique, du volume d’une noisette, s’est déclarée au même endroit que la hernie occupe aujourd’hui. Elle avait été cependant réduite et les souffrances promptement dissipées; un bandage herniaire fut employé depuis, et fut continué pendant plusieurs années, puis enfin abandonné depuis deux ans. Dès cette dernière époque, la hernie reparut très-souvent ; mais elle était facilement réduite par la malade, à l’aide de la position couchée et de la main .
Six jours avant son admission à l’hôpital, la femme avait éprouvé une sorte d’effroi, qui avait déterminé l’issue instantanée de la hernie. Dès ce moment elle n’avait pu la faire rentrer-.
A l’examen on trouva une hernie fémorale à droite, du volume d’un œuf de poule, dure, immobile et douloureuse au toucher, offrant des élancements irradiatifs jusque dans l’estomac. La peau cependant n’est point très-rouge ; le palper ne produit pas autant de douleur que dans les hernies intestinales ordinaires. Abdomen excessivement sensible au toucher, le poids des couvertures étant à peine supporté ; constipation, vomissements incessants. L’estomac rejette tout ce
qu’on a pu y introduire. Pouls petit, dur et trèsfréquent.
On essaye le taxis et quelques autres moyens pendant six heures, mais sans résultat. L’opération est alors pratiquée par M. Porter, le soir même de l’entrée de la malade.
Pendant l’opération, on n’observe rien de remarquable. On débride et l’on essaye de réduire, mais en vain; l’intestin ne remonte pas. M. Porter déclare aux assistants que la réduction lui paraît impossible, et qu’il ne juge pas prudent d’employer plus de force : il présume que des adhérences contre nature devaient exister vers le collet du sac. Il élargit en attendant les incisions; le doigt passe librement dans l’abdomen, mais la réduction n’est pas pour cela rendue praticable. On s’est néanmoins assuré alors que l’intestin hernié n’offrait point d’adhérences dans le sac, et pourtant qu’il ne remontait point malgré la force considérable qu’on employait pour cela.
On a craint de le faire crever sous le doigt. Une consultation a lieu sur-le-cbamp, qui décide de ponctionner l’intestin avec une aiguille, dans le but de faire échapper les vents. Cela n’a point été fait cependant.
On se contente, en conséquence, de panser la plaie en rapprochant les bords à l’aide de deux points de suture et en la couvrant légèrement avec un linge.
La malade est remise dans son lit ; elle éprouve de suite un frisson intense ; la constipation et les vomis-
sements continuent; rien cependant n’annonce une augmentation de l’inflammation , soit locale , soit abdominale. On prescrit une pilule de calomel et opium; un lavement composé d’huile de térébenthine, 1 once; de ricin, 1 once; teinture d’asa fœtida, 2 gros, dans 8 onces de liquide.
Le lendemain, la malade est plus mal. Grande douleur au ventre, mais pas beaucoup plus sur la tumeur. Pouls très-fréquent et petit, langue assez nette et humide, visage pâle, vomissements constants de matière d’un jaune noir et bilieux. L’infirmière déclare que la malade a eu une garde-robe après le lavement. Un des chirurgiens de l’hôpital, qui n’avait pas encore vu la malade , est étonné du détail des faits ; il a de la peine à comprendre comment une si petite hernie pouvait être irréductible, alors que la voie de retraite était si libre ; il ne peut se l’expliquer qu’en supposant des adhérences dans les parties supérieures.
M. Porter, voulant s’éclairer des lumières de son confrère, défait l’appareil, coupe les sutures et remet l’intestin à découvert : le sac contient une grande quantité de matière purulente; on ne sait si cette matière provient du sac lui-même ou de l’abdomen . On s’assure de nouveau, mais avec beaucoup de ménagement, qu’aucune adhérence appréciable n’existe. On rapproche les parties et on les couvre d’un cataplasme.
La malade est morte dans la soirée.
Nècropsie. — A l’ouverture de l’abdomen, on trouve beaucoup de sérosité grisâtre et floconneuse , des adhérences réciproques des anses par de la lymphe plastique. La tumeur herniaire est formée par une portion du cæcum retournée sur elle-même; de sorte que l’intestin se trouvait, par cette contorsion du cæcum, complètement oblitéré au commencement du colon. La valvule de l’iléon se trouvait exactement sur le collet du sac, de telle sorte que chaque pression exercée sur la hernie tendait à la fermer entièrement, et par conséquent à s’opposer au passage des vents de la tumeur. De là une double cause invincible d’irréductibilité.