‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 32 sur 59 · OBSERVATION XXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVI

Hernie inguinale étranglée. — Opération sans ouverture du sac.

— Réduction incomplète. — Guérison.

Charles Becgey, âgé de quarante-cinq ans, entra à l’hôpital Saint-Thomas, le mercredi 4 février 1803, pour une hernie étranglée. Cette hernie, qu’il portait depuis sa plus tendre jeunesse et qui s’était produite à la suite d’un coup sur le pommeau d’une selle, avait toujours été réductible en grande partie, mais non en totalité. En effet, après qu’il avait vidé le sac autant qu’il le pouvait, il y restait encore quelque chose qui était très-appréciable au toucher. Le lundi 31 janvier, pendant que le malade était à son travail,

1 Scarpa. 11e Mémoire. XXVIII.

la hernie cessa dès lors d’être réductible ; presque aussitôt il fut pris de coliques et de vomissements.

Le 1er février, augmentation de tous les symptômes; selles très-peu abondantes et présentant la quantité de matière que l’on pouvait supposer contenue dans le gros intestin au-dessous de l’étranglement. Cette supposition devint très-vraisemblable, car le malade n’éprouva aucun soulagement de ces évacuations. Les jours suivants, les symptômes allèrent en s’aggravant jusqu’au moment où le malade entra à l’hôpital.

M. Birch, dans le service duquel il était placé, étant absent, je fus chargé de le remplacer.

La tumeur était énorme et s’étendait jusque vers le milieu de la cuisse ; elle était dure et très-douloureuse à la pression. L’abdomen était dur et tendu, mais peu douloureux. Le malade avait des nausées, vomissait par intervalles et n’avait pas eu de selles depuis le mardi. On fit en vain plusieurs tentatives de réduction. L’état du malade ne permettait pas qu’on pût espérer lui sauver la vie sans pratiquer l’opération. Mais cette ressource même semblait désespérée, eu égard à l’àge du malade, au volume de la tumeur et à l’état d’adhérence des parties que celle-ci renfermait. A tant de circonstances défavorables se joignait une toux habituelle, qui s’opposait presque invinciblement à ce que les viscères déplacés pussent être maintenus dans la cavité abdominale après leur réduction .

D’après ces considérations , je voulus m’assurer, avant d’ouvrir le sac, s’il était possible de diviser l’anneau et les parties situées au-dessus de lui ; je résolus, en outre, de chercher à replacer la portion réductible de la hernie sans mettre à nu les parties qui constituaient cette hernie.

Dans ce but , je pratiquai une incision de trois pouces de longueur immédiatement sur l’anneau inguinal, que je mis à découvert, ainsi que le fascia qui en naît. Je fis ensuite à ce fascia une ouverture suffisante pour introduire une sonde cannelée, que je fis glisser au-dessous de l’anneau inguinal entre cet anneau et le sac. Passant alors sur ce dernier un bistouri boutonné courbe, je divisai cet anneau. J’introduisis ensuite le doigt, et, sentant quelque résistance due au muscle transverse, je conduisis le bistouri sur la sonde jusque dans ce point; après ce second débridement, j’eus la satisfaction de voir qu’une pression légère suffisait pour faire rentrer dans l’abdomen toute la partie non adhérente de la hernie; cette partie fut, en effet, réduite avec gargouillement aussitôt que j’eus appliqué la main sur la tumeur. Le malade éprouva promptement du soulagement. Les bords de la plaie furent rapprochés et on le plaça dans son lit.

Seize heures après l’opération, tous les symptômes d’étranglement avaient disparu ; la plaie était à peine douloureuse. Une circonstance qui me permit de juger combien la pratique que j’avais adoptée est

convenable, c’est que, pendant la toux, la tumeur augmentait considérablement de volume, et que l’intestin, bien que facile à réduire, descendait de nouveau à chaque quinte de toux. Le degré de pression que les parties pouvaient supporter était tout à fait insuffisant pour maintenir l’intestin dans l’abdomen. Dans le cas présent, ce déplacement fut sans gravité ; mais, si le sac avait été ouvert, l’irritation portée sur les parties qu’il contenait aurait probablement entraîné de fâcheuses conséquences.

Le malade n’éprouva aucun symptôme défavorable. Au bout d’une semaine, il put supporter l’application d’un bandage lacé. Au bout de trois semaines, la plaie était parfaitement cicatrisée h

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