‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 36 sur 59 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

Hernie ventrale étranglée. — Opération. —Adhérences. — -Abandon des anses intestinales dans la plaie.— Accidents inflammatoires.— Mort '.

M. Johnson, chirurgien, me lit appeler pour une de ses malades, âgée de soixante-huit ans, qui portait depuis longtemps une hernie ventrale irréductible; cette hernie s’était étranglée. Diverses tentatives de réduction ayant été faites sans succès, on proposa l’opération, qui fut acceptée par la malade.

A l’ouverture du sac on trouva l’épiploon et l’intestin adhérents entre eux ainsi qu’aux parois du sac, de telle sorte que la réduction était tout à fait impossible.

Le sac lui-même était trop vaste pour pouvoir être décollé des téguments qui le recouvraient et replacé dans l’abdomen. Je me repentis donc d’avoir ouvert le sac. Je détruisis l’étranglement et je fermai le sac aussi complètement que possible, en rapprochant les téguments, avec beaucoup d’exactitude, au moyen de la suture.

Les vomissements et la douleur abdominale cessèrent aussitôt et le cours des selles se rétablit. Tou-

* A. Gooper, Traité des hernies. Observation 242e.

tefois, le jour suivant, l’inflammation s’empara des téguments et du sac, l’abdomen devint très-douloureux et la malade mourut trente-sept heures après l’opération.

OBSERVATION XXX bis

Hernie inguinale étranglée. — Débridement.— Impossibilité de la réduction. — Guérison 1 .

La femme Feuillat, âgée de cinquante-trois ans, portait depuis cinq ans une tumeur dans l’aine droite, sans avoir jamais contenu cette hernie par un bandage convenable.

Le 4 février 1815, elle fit une chute sur le côté droit, laquelle fut suivie de douleurs à l’abdomen, de coliques et de constipation.

Trois jours après, pendant des efforts pour aller à la selle, nécessités par la constipation, une tumeur plus volumineuse que de coutume se montra tout à coup dans l’aine droite. Le même jour les coliques furent plus violentes; il se manifesta des vomissements de matières d’abord bilieuses, puis jaunâtres et fétides; il y eut constipation. Un médecin est appelé, l’opération conseillée ; la malade n’y consent pas et persiste dans son refus jusqu’au 23 février, jour de sa rentrée à l’hôtel-Dieu.

1 Journal de médecine, 1818. 30e observation.

Le hoquet, les vomissements, les coliques, la constipation existaient encore et avaient épuisé les forces de la malade. Le pouls était bien faible et trèsfréquent.

Cependant la peau qui couvrait la hernie était saine. Examinée attentivement, la tumeur fut jugée contenir deux hernies, une inguinale et une crurale. Celle-ci fut réduite; M. Dupuytren opéra la hernie inguinale.

Une incision cruciale fut faite aux téguments ; les quatre lambeaux relevés, le tissu cellulaire disséqué, le sac herniaire mis à découvert; on coupa, en dédolant, une petite portion du sac, qui fut trouvé partout intimement adhérent à l’intestin. Cette difficulté n’arrêta pas M. Dupuytren ; le sac fut disséqué et les parties antérieures et latérales de l’intestin furent mises à découvert: l’on y reconnut des traces d’inflammation, mais aucune de gangrène. Cette portion d’intestin avait environ deux pouces.

Le doigt détruisit l’adhérence qui existait entre le collet du sac et l’intestin. Un bistouri concave boutonné fut passé entre ces deux parties, et l’on opéra le débridement en haut et en dehors, tout à la fois sur le collet du sac et sur le pilier antérieur de l’anneau inguinal.

La hernie était irréductible, car l’intestin adhérait encore à toute la partie postérieure du sac, et cette partie elle-même était unie au tissu cellulaire subjacent.

Le pansement fut simple. (Eau de veau, lavements émollients. )

Pendant toute la journée, la femme Feuillat présenta les symptômes suivants : coliques, Loquets, vomissements de matières jaunâtres et fétides, constipation; les lavements sont rejetés sans aucune matière alvine.

M. Dupuytren n’attribua point le hoquet, les vomissements, à un étranglement interne, mais bien à l’irritation du canal intestinal. La malade fut mise dans le bain ; les accidents se calmèrent , la constipation persista.

Le lendemain, on fit prendre deux bains à la malade. Les coliques, les vomissements, les hoquets cessèrent; la femme Feuillat eut deux selles; son pouls se releva.

Le troisième jour, des évacuations abondantes eurent lieu.

Le quatrième jour, on procéda au premier pansement; on remarqua le développement de quelques bourgeons charnus et un peu de suppuration. On distinguait encore l’intestin au fond de la plaie ; il y eut de la diarrhée. (Lavement d’eau de pavot, avec addition de laudanum.)

Les cinquième, sixième et septième jours, la plaie fournit une supuration très-abondante ; les bourgeons charnus sont pâles. On panse avec de la charpie brute, ce qui suffit pour la ranimer et obtenir un pus moins abondant et plus épais.

Le dévoiement ne tarda pas à se calmer, la plaie à se cicatriser, et la malade sortit en bonne santé, le 21 mars 1815, un mois après l’opération. On lui fit porter un brayer à pelotte concave, pour soutenir la hernie irréductible et s’opposer à son accroissement.

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