OBSERVATION XXXIV
Hernie inguinale étranglée. — Gangrène de l’intestin.— Abandon de l’anse intestinale dans la plaie après le débridement. — Guérison 1 .
Une femme de quarante-cinq ans portait depuis treize années un bandage pour une hernie inguinale; elle en négligea l’usage, il se fit un étranglement, qui fut bientôt suivi de vomissements des matières fécales, avec tous les accidents qui l’accompagnent. Les secours convenables furent administrés sans délai ; la réduction fut tentée inutilement ; on proposa l’opération, et l’on ne put vaincre la résistance de la malade à cet égard que le dixième jour. Son état parut désespéré : à l’ouverture des téguments et du sac herniaire, on vit que l’intestin n’était que pincé et de couleur noire. M. Gélibert fit une petite incision dans l’anneau pour débrider l’étranglement, et laissa l’intestin au bord interne de la plaie, afin que, ve-
1 Observation par Gélibert, chirurgien à Alzonne, en Languedoc. {Mémoire de Louis, in Mémoires de l’ Académie de chirurgie , t. III.)
nant à s’ouvrir par la suppuration cle ses membranes, les matières stercorales eussent une issue au dehors. On appliqua un appareil convenable, et l’on prescrivit à la malade de se tenir couchée sur le ventre. On lui donna ensuite un lavement avec la pulpe de casse et l’huile de lin dans une décoction émolliente, et une heure après un verre de tisane laxative, qui fut réitéré au bout de deux autres heures. La voie des selles s’ouvrit et il n’y eut plus de vomissements. La malade, attaquée avant son accident d’une fièvre vermineuse, fut assez bien jusqu’au neuvième jour, qu’elle rendit avec des efforts assez violents beaucoup de matières bilieuses par la bouche, avec trois gros vers. L’intestin se creva par ces efforts ; l’appareil et le lit furent inondés de matières qui sentaient fort mauvais ; deux gros vers étaient sortis par la plaie. On y fit des lotions fréquentes avec une décoction de plantes vulnéraires, et l’on fit continuer la situation prescrite. La malade fut purgée quatre fois dans les douze premiers jours de l’ouverture de l’intestin, avec des potions laxatives et vermifuges qui produisirent un très-bon effet ; mais les évacuations se firent par la plaie. Le ventre était toujours tendu. M. Gélibert jugea enfin qu’il fallait avoir recours aux lavements; il en fit donner trois par jour à demiseringue. Leur usage continué attira peu à peu des matières stercorales, et la plaie ne cessa de leur donner passage que lorsque la voie inférieure fut parfaitement rétablie dans ses fonctions. La consoli-
dation ne tarda point à se faire. Cette cure a duré un mois.