‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 43 sur 59 · OBSERVATION XXXVII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXVII

Hernie crurale étranglée. — Opération. — Réduction incomplète. — Fistule stercorale. — Guérison.

Le 27 janvier 1853, je fus appelé près de la veuve R., âgée de soixante ans. Cette femme, d’une constitution délicate, était affectée depuis longues années d’une hernie crurale droite, pour laquelle aucun moyen contentif n’avait été mis en usage, malgré des coliques fréquentes mais passagères. Depuis quelques heures la hernie s’était étranglée subitement, à la suite d’un effort pour soulever un fardeau. Les procédés de taxis et autres moyens ayant échoué, j’eus recours à l’assistance du regretté docteur Curt, et, après de nouvelles tentatives inutiles, nous procédâmes audébridement, vingt-quatre heures après l’apparition des symptômes d’étranglement.

La malade préalablement soumise à l’influence du chloroforme, je fis à la peau une longue incision passant sur le centre de la tumeur ; je divisai dans le même sens plusieurs couches de tissu cellulaire, et je reconnus que des adhérences anciennes avaient confondu les divers tissus qui recouvraient la hernie,

i Leçons de clinique chirurgicale Dupuytren, t. II. p. 236.

et que celle-ci était intimement unie et faisait corps, dans une grande étendue, avec la paroi supérieure du canal crural. Dès lors, le débridement devenant impossible en cet endroit, il fallait chercher ailleurs la cause de l’étranglement.

A cet effet, le doigt indicateur de la main gauche fut glissé autour de la tumeur, et rencontra au-dessous d’elle deux cordes ou brides, fibres celluleuses transversales, exerçant de bas en haut, sur le col de la hernie, une constriction qui constituait l’obstacle à la réduction.

Ces cordes furent successivement accrochées avec l’ongle et rompues par un effort de traction. Immédiatement la hernie fut réduite, du moins autant qu’elle pouvait l’être en raison de ses adhérences, et la tumeur affaissée, flasque et d’un aspect grisâtre peu rassurant, resta au fond de la plaie, qui fut pansée simplement.

Toutefois les accidents cessèrent et le cours des matières se rétablit. Tout se passa bien jusqu’au matin du cinquième jour, où les pièces du pansement furent trouvées inondées de matières fécales mélangées de pus.

Cependant la plaie fut tenue dans le plus grand état de propreté possible, etc

Bientôt nous eûmes la satisfaction de voir l’ouverture intestinale se rétrécir, en même temps que les matières passaient en plus grande quantité par les voies naturelles.

Enfin des bourgeons charnus de bonne nature envahirent peu à peu le fond de la plaie, et le travail de cicatrisation marcha d’une manière si heureuse qu’il eut pour résultat, six semaines après l’opération, l’oblitération complète de l’orifice herniaire, et, par suite, la cure radicale de la hernie1.

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