OBSERVATIONS
OBSERVATION Ire
Hernie crurale étranglée.— Kélotomie. — Réduction sans ouverture du sac.— Perforation intestinale. — Péritonite. — Mort.
Marie Albert, âgée de soixante ans, est entrée à l’hôpital Saint- André le 15 février 1868, et a été couchée salle 3, dans le service de M. le professeur Azam.
Cette femme raconte que l’avant-veille, à la suite d’un effort, elle a vu une grosseur se former au niveau de la racine de la cuisse droite ; qu’elle est venue à l’hôpital parce que cette tumeur était douloureuse et qu’elle ressentait des coliques assez vives. Elle assure qu’avant ce jour elle ne s’est jamais aperçue de l’existence d’une tumeur en cet endroit, et que jamais elle n’a eu de hernie.
Au niveau du pli de l’aine droite et sur la partie médiane de ce pli existe une tumeur de la grosseur d’un petit œuf de poule, unie, lisse, sans bosselures , sans changement de couleur à la peau.
La température des téguments ne paraît pas augmentée; la pression développe une légère douleur. De plus, cette tumeur est dure, élastique, rénitente, légèrement sonore à la percussion ; du reste , on ne peut obtenir de gargouillement ; le pédicule ne peut être atteint à travers la peau ; la hernie parait trèsserrée.
Cette femme n’a pas été à la selle depuis la veille ; le ventre est un peu bombé ; la percussion révèle la présence de gaz nombreux dans les anses intestinales; la pression abdominale est un peu douloureuse ; quelques éructations; pas de nausées, pas de vomissements ; appétit perdu ; pas de soif ; langue humide et pâle.
Le pouls est à 80, presque normal.
La respiration s’exécute bien.
La peau est modérément chaude et point sèche ; le faciès est bon.
A la visite de trois heures, on pratique un taxis un peu prolongé et très-léger, qui ne donne pas de résultat.
M. Azam voit la malade le lendemain, à la visite de neuf heures. La nuit a été mauvaise : éructations fréquentes, nausées, deux ou trois vomissements bilieux, constipation toujours opiniâtre. La figure est
un peu fatiguée; tout le reste comme le jour précèdent.
Aussitôt on pratique le taxis, après avoir préalablement projeté pendant quatre à cinq minutes un jet d’étlier sur la hernie, à l’aide de l’appareil de Richardson. La hernie ne rentrant pas, on plonge la malade dans le sommeil anesthésique par le .chloroforme, et on continue les tentatives de taxis ; même insuccès. M. Azam se décide alors à opérer sur-le-champ.
Il incise la peau, le tissu cellulaire et divers fascia; il arrive sur une tumeur parfaitement lisse, sans adhérences, d’un rouge vineux, rénitente, sonore, qu’il pense être le sac. Il l’ouvre en dédolant, introduit la sonde cannelée et incise un premier feuillet, qui laisse échapper des appendices graisseux. On suppose alors qu’on est sur l’intestin et que ces appendices graisseux appartiennent à une portion d’épiploon.
Un premier débridement est fait en haut et en dehors ; on constate l’état sain des parties qu’on a sous les yeux, et on essaye de réduire ; mais, la réduction ne s’exécutant pas, M. Azam fait un nouveau débridement, et la réduction s’obtient, non cependant sans de nouvelles difficultés de taxis.
La plaie est réunie dans sa partie supérieure. Pansement simple.
Le soir, à la visite de trois heures, l’interne ordonne un lavement purgatif, qui provoque une selle
assez abondante. Les autres fonctions normales.
17 mars. — L’opérée est dans un état satisfaisant; elle a été naturellement à la garbe-robe ; le pouls à 80 ; la peau chaude, sans sécheresse, la figure bonne. On panse la plaie abdominale.
18 mars. — Les bords de la plaie sont grisâtres, blafards, avec une tendance manifeste à la grangrène. La langue est jaunâtre, un peu sèche; il n’y a pas eu de nouvelles selles ; le ventre n’est pas douloureux ; pas de tympanite ; la respiration est un peu pressée; le pouls petit et fréquent à 104; la figure jaune, tirée, amaigrie.
On panse la plaie avec de l’eau-de-vie camphrée. A l’intérieur, potion avec extrait mou de quinquina.
19 mars. — Coma. Mort.
La nécropsie a été faite vingt-quatre heures après la mort. L’ouverture de la paroi abdominale a révélé que le sac n’avait point été ouvert et avait été réduit avec l’anse intestinale. Il était rempli de matières stercorales. L’anse intestinale, située au-dessous du sac, présentait une perforation au niveau du point où l’étranglement s’était produit. Liquide péritonéal peu abondant ; épanchement stercoral dans cette cavité, peu considérable ; signes manifestes de péritonite généralisée.
D e cette observation on peut conclure :
lu Que l’étranglement reconnaissait pour agent le ligament de Gimbernat ;
2° Que l’anse intestinale, quoique réduite avec le
sac, avait recouvré son calibre normal, et que l’obstacle au cours des matières fécales avait été levé ;
3° Que cette anse intestinale, lors de sa réduction, était malade, et qu’à la chute des escarres un épanchement stercoral s’était fait dans l’abdomen.
4° Que cette opérée est morte d’une péritonite provoquée par l’épanchement stercoral dans le péritoine.