‹ De la kélotomie sans réductionChapitre 8 sur 59 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Hernie crurale étranglée. — Kélotomie. — Rupture de l’anse intestinale au moment du débridement. — Péritonite suraiguë. — Mort.

Marie Verneuil, âgée de soixante-trois ans, est entrée à l’hôpital Saint - André, de Bordeaux, le 18 octobre 1861, et a été couchée salle 2, service de M. le professeur Denucè, M. Lannelongue suppléant.

Cette femme raconte que, faisant, il y a trois jours, un effort assez considérable, elle a vu une grosseur se produire au niveau de la naissance de la cuisse gauche, et qu’elle a persisté depuis lors. Elle nie énergiquement avoir constaté rien de semblable avant cette époque , et n’étaient la douleur, les troubles digestifs et le malaise général qu’elle ressent, elle ne serait pas venue à l’hôpital.

Cette femme présente, en effet, une hernie crurale du côté gauche ; la tumeur formée par cette her-

nie est peu volumineuse; elle est rouge, rénitente, douloureuse à la pression. D’autre part, la malade n’a pas été à la selle depuis huit jours ; elle a de fréquentes nausées, des vomissements bilieux. Le pouls, encore résistant, est fébrile; la peau est chaude.

Le soir, on a fait quelques tentatives de taxis très-légères, sans aucun résultat.

Le 10 janvier, à dix heures du matin, M. Lannelongue procède à l’opération .

Les enveloppes herniaires et le sac sont incisés et ouverts sans difficulté; l’anse intestinale est à nu ; elle paraît saine. L’opérateur fait un premier débridement à la partie externe, avec le bistouri d’A. Cooper; mais au moment où, se proposant de débrider en dedans, il porte le doigt sur l’anse herniée et la déprime, un flot de matières fécales s’en échappe et couvre la plaie. L’opérateur étanche les liquides stercoraux avec des bourdonnets de charpie, et, ceci fait, comme une assez grande longueur d’anse intestinale correspondant au bout inférieur est encore dans la plaie et paraît saine, l’opérateur se propose de la réduire. Mais ces efforts de réduction détruisent, sans doute, les adhérences encore molles, en voie de formation, qui séparaient la cavité abdominale de l’extérieur , car, à ce moment précis , la femme pousse un cri déchirant, qui témoigne de l’invasion d’une excessive douleur, et elle meurt, trois heures après, d’une péritonite suraiguë.

La nécropsie a fait constater un épanchement stercoral peu abondant dans la cavité abominale, une rougeur extrêmement prononcée du péritoine et de la surface intestinale, surtout au niveau de la hernie. L’anse intestinale avait été nettement sectionnée, comme tranchée, par la concavité du ligament de Gimbernat.

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