BOTANIQUE
«Palisotde Beauvois(Flore d'Oware et Benin), dit Virey (1), est le premier qui ait reconnu exactement que la noix de kola est procurée par un arbre d’un ordre voisin des Malvacées. Le Sterculia acuminata est classé parmi les Byttnériacées. Cet arbre, de moyenne grandeur, porte des fleurs axillaires, un calice à 6 divisions, 10 ou 20 anthères, dans une fleur jaune à 5 pétales, un fruit à 5 capsules ovales, réniformes, contenant chacune une loge monosperme; ses feuilles ovales sont acuminées sur de longs pétioles. La noix se compose ainsi de 5 capsules; chaque semence, de la forme d’une châtaigne, est charnue, d’un rouge violacé tendre, contenue sous une même coque ; sa couleur extérieure paraît d’un rouge bleu ; si on la coupe, elle devient au dedans d’un violet foncé. »
Baïllon (2) en donne la description suivante :« Le genre cola est très voisin des Séerculia et pourraitne pas en être séparé génériquement. Ses graines sont dépourvues d’albumen. Dans les cola, les anthères à loges parallèles ou superposées demeurent en outre régulièrement disposées en cercle vers le sommet de la colonne commune, au lieu de se déplacer à différentes hauteurs comme dans les Sferculia. On connaît une demi-douzaine d’espèces de cola, toutes originaires de l’Afrique tropicale; leurs organes de végétation sont ceux des
(1) Journalde pharmacie, 1832, t. xvin, p. 704, (2) Baïllon, Histoire des plantes, t, 1v.
DORA dE
Sierculia. » Plus loin, ilen donne la description complète: « Flores ferè Sterculiæ, 5-v. rarius 4-6 meri; columna staminea apice antheras 10-15, simplici serie annulatim adnatas, gerente; loculis parallelis v. superpositis. Carpella 5-15, © -ovulata madura crassa, intus rimosa. Semina o ; embryonis exalbuminosi cotyledonibus crassis, radicula hilo proxima. — Arbores; foliis integris v. lobatis; floribus polygamis, in axillis breviter cymosis; Cymis nunc in racemum compositum dispositis. »
Schweinfurth (1) dit: «La tige de cet arbre qui arrive à : 90 pieds d’élévation est ronde; la base s’élargit tout à coup et présente une masse qui, pour l’entourer, exigerait les bras de 8 à 10 hommes. De cette base partent de petites ailes qui suivent la direction des racines et qui, sur une hauteur de plusieurs pieds, se superposent comme une série de planchettes réunies bord à bord. Les feuilles en cœur forment un couronnement léger, mais si loin du sol, que je fus longtemps avant de me rendre compte de la disposition dela cime etjen’y suis parvenu qu'après avoir découvert un jeune scion qui me permit de me figurer l’arbre dans son ensemble.»
Il nous faut arriver au savant travail de MM. Heckel et Schlagdenhauffen (2) pour trouver une étude complète de cette plante. Malgré mes efforts et mes désirs, il ne m'a pas été possible de voir, pendant mon séjour au Sénégal, un seul Sterculia acuminata, aussi accepterai-je de bonne foi la description botanique que donnent ces auteurs.
«Le Cola acuminata, Rob. Brown (Plant. Jav. rar, 237), dontlasynonymie botanique est Séerculiaacuminata, Pal.Beauv. (Flor. Owar et Benin, I, 41, t. 24), Sipho niopsi monoïca, Karsten (F1. Columb, 139) Séercutia verticillata, Shüm et Thôünn (PI. Guin, 240), Sterculia macrocarpa, Don Gen (Syst. I,
(1) Schweinfurth, Au cœur de l'Afrique, 1875, t. 1, chap. XI, p. 435. (2) Heckel et Schlagdeuhauffen, Journal de pharmacie, 1883.
D 515), est un bel arbre de 10 à 20 mètres de hant, ayant le port et l’aspect de notre châtaignier dont il dépasse de beaucoup la taille. Son tronc est cylindrique, droit, à écorce épaisse, grisâtre, fendillée quand le végétal est adulte. Ses rameaux sont serrés, cylindriques, lisses et pendants au point de toucher jusqu’à’ terre, ce qui facilite beaucoup la récolte des fruits. Les feuilles, d’une largeur de 7 à 8 centimètres et d’une longueur variable entre 20 et 30 centimètres (dont un pétiole de 8 à 9 centimètres), ont un limbe vert, coriate, à nervations pennées, ne se terminant pas sur le bord du limbe autrement qu’en courbure. Ce limbe est manifestement bordé par un repli, glabre sur les deux faces, à nervures très marquées à la face inférieure. Dans le jeune âge, ces feuilles pubescentes sont couvertes, sur le trajet desnervures surtout, de poils nombreux disposés en îlots et stelliformes. Ces poils sont entremêlés à des glandes sphériques sans pédicules et nombreuses. Les deux premières nervures, naissant sur les côtés du sommet du pétiole etse dirigeant ensuite à droite et à gauche du limbe, vont renforcer la marge de cette feuille en lui donnant un caractère spécial. Elles ne sauraient, en effet, se confondre avec les nervures suivantes qui, toutes moins inclinées sur la côte ou nervure médiane, s’en détachent presque à angle droit ou forment un angle moins aigu. La forme des feuilles adultes est ovale, acuminée, à limbe terminé par un mucro au sommet et très atténuée à la base. Il arrive quelquefois que ces feuilles généralement entières deviennent trilobées aux extrémités des rameaux et près des inflorescences. La structure anatomique de cette feuille mérite d’être signalée. Au-dessous de l’épiderme supérieur, on trouve une rangée de lacunes qui sont vraisemblablement des glandes à essence, vides, entremêlées de cellules en palissade disposées sur deux rangs. Au-dessous viennent les cellules rameuses aboutissant à l’épiderme inférieur qui est
ETS percé de stomates. Les deux épidermes portent pendant leur jeune âge des poils stélliformes qui tombent de bonne heure
et des glandes sphériques à plusieurs cellules sans pédicules
et égalément caduques.
» Les fleurs très nombreuses et polygames sont portées sur des cymes paniculées terminales-et axillaires. Toute l’inflorescence, comme toutes les parties de la fleur, sont couvertes de poils stelliformes persistants et non caducs comme ceux des feuilles. Les pédoncules floraux (15 millimètres de long) sont très courts et font suite sans distinction au calice. Les boutons floraux sont subglobuleux, quelquefois complètement sphériques, à estivation valvaire. Les fleurs, à légère odeur de vanille, dépourvues de bractées, régulières, apétales, sont articulées sur le pédoneule qu’elles terminent. Le calice est cupuliforme, mesurant un centimètre de diamètre, jaune verdâtre ou blanc marqué de pourpre sur le limbe qui peut atteindre 4 centimètres d’un rayon à l’autre de ses divisions. Celles-ci, au nombre de cinq ou six, cunéiformes, lobées, lancéolées, finalement étalées, sont entièrement couvertes de poils stellés qui règnent même sur les bords des sépales et leur donnent un aspect fimbrié.
» La fleur mâle, plus petite quela fleur femelle en général, présenteses étamines réunies en colonne centrale plus courte que le calice et portant les loges de l’anthère superposées et renfermant un pollen elliptique, granuleux, à trois bandes sans pores ni épines.
» La fleur hermaphrodite, plus grande que la précédente, présente à son centre un ovairelentouré à sa base d’un cercle d’étamines sessiles à sacs anthériques superposés mais plus petits que dans la fleur mâle et pourvus d’un pollen souvent avorté. L’ovaire est entièrement [couvert de poils étoilés, quinqui ou sexlobé et à cinq ou six loges. Les styles sont nuls et les stigmates glanduleux sont au nombre de cinq où
DEMO de six, subulés et réfléchis. Les ovules en nombre considérable sont en double série, attachés à l’angle interne de la loge (anatropes) et à la face ventrale par conséquent de chaque follicule. À cet ovaire succède un fruit composé généralement d’un nombre de follicules moindre que celui des loges ovariennes. Chacun de ces follicules est sessile, oblong, obtus ou rostré, coriace, semi-ligneux, bosselé à l'extérieur, de couleur brun-chocolat à la maturité, parfaitement lisse, de grandeur inégale à celle du voisin, d’une longueur de 8 à 16 centimètres et d’une largeur de 6 à 7 centimètres; ik renferme decinq à seize semences oblongues, obtuses, subtétragones, à testa membraneux lâche, faisant suite à un trophosperme de même nature. Cotylédons 2, 3, 4 et même 5 et 6, épais, durs, apprimés, plans, rouges ou jaunes, à radicule dirigée vers le hile.»
Oliver indique deux variétés de cette plante. La première étant celle dont nous venons de parler; la seconde pourvue de feuilles plus larges, munies de pétioles plus courts, et dont les fleurs auraient des dimensions doubles que dans Île type précité.
Le Slerculia acuminata et sa variété existent spontanément sur la côte occidentale d’Afrique.On trouve le végétal qui produit la noix dans les environs de Benty (Mellacorée), le Rio- Nunez, Sierra-Leone et jusqu’au Congo, c’est-à-dire entre le 10% degré de latitude Nord et le 5° degré de latitude Sud. Sa présence est signalée par le D' Schweinfurth, dans l’Afrique septentrionale ; car on lit dans ce livre remarquable (1) : « Parmi les formes les plus imposantes de la végétation, dominait un sterculier du genre cola et qui dans le pays est appelé kokkorokou. » Plus loin, voyant le roi
(1) Schwéinfurth. Au cœur de l'Afrique. t. 1, chap. XL p. 435.