‹ De la langue et de la poésie provençalesChapitre 15 sur 40 · OK LA POÉSIE PROVEIIÇ\LE · texte numérisé non relu

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vaient s'engager entre les familles, et même entre les peuples. Nous voyons que dans un traité d'alliance fait à Ruscinon entre Annibal et les peuplades ibériennes, on mit cette clause singulière : que les plaintes des indigènes seraient portées devant les lieutenants d'Annibal, et que celles des Carthaginois contre les indigènes seraient jugées sans appel par les femmes de ces, derniers ^

D'après cet examen rapide, on ne pourra point dire certainement que la civilisation provençale, dans tout son ensemble, n'est purement et simplement que la civilisation des Celtes et des Ibères ; mais, en analysant le caractère de ces peuples, nous avons au moins remarqué des tendances, et pour ainsi dire des dispositions naturelles qui se dirigent sensiblement vers l'esprit provençal du xi* siècle. C'est ce même esprit à l'état embryonnaire, à l'état d'enveloppement : et tout observateur consciencieux, tout penseur qui voudra remonter un peu des effets aux causes verra chez les peuples primitifs de la Gaule les premiers germes de la civilisation romane. C'est là seulement que peuvent se trouver ces germes ; si l'orgueilleuse érudition échoue parfois dans leur recherche, les yeux de la raison savent bien tes y découvrir.

Mais les éléments dont nous venons de constater la présence sont encore privés des conditions nécessaires à leur développement : la plante, quoiqu'elle ait toute sa sève, a besoin d'air et de lumière. Ces conditions de développement se trouveront dans les influences émanées des diverses civilisations avec lesquelles la Provence sera mise en contact. Sous l'action vivifiante de la plupart des peuples envahisseurs, on verra surgir et se propager peu à peu des mceuTS et des sentiments nouveaux, qui ne seront point cependant cçux de ces peuples mêmes ; car la production de ces mcei"^

' yoy, Amédée Thierry , Hi$t, des Gaulois , II* partie, chap. i ; «^ I^« auteurs qu^il cite.

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et de ces senliments nouveaux s'opère dans le sein de la population originaire , par son activité propre, intime ; et l'esprit général de eette population ne fait que s'assimiler les éléments homogènes qu'il rencontre chez les autres nations plus éclairées.

Voilà comment se forme insensiblement, de la manière la plus naturelle et la plus simple, le magnifique ensemble de la civilisation méridionale. Ceci posé, continuons nos recherches, et constatons avec soin la portion d'influence que nous reconnaîtrons aux différentes nations conquérantes de la Gaule.

Trouverons-nous dans les colonies grecques quelque idée qui se soit conservée jusqu'au xi® siècle^ h travers le despotisme romain et le bouleversement des barbares? Cela semble impossible dès la première vue ; les Phocéens, bien qu'ils aient puissamment agi sur la Provence par l'éclat de leur civilisation, ne paraissent pas avoir eu d'action directe, ni sur la langue, ni sur la littérature de cette contrée. 11 se trouve même que nombre d'auteurs prétendent constater une influence de la Gaule sur la Grèce, par le moyen de ces colonies de Marseille, Dom Pezron et Borel ont vu le celtique entrer comme élément dans la langue grecque; VHùtoire littéraire de France * prétend que Pythagore a pris des Gaulois son dogme de la métempsycose, et ceci n'est point tout à fait invraisemblable. Gabriel Henry ^, à la vérité, se fondant sur quelques vers de Lucain ^, veut établir que les druides n'enseignaient que l'immortalité de l'âme ; mab ce passage de la Pharsale peut autoi s'entendre de la mé-

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