‹ De la langue et de la poésie provençalesChapitre 22 sur 40 · BB LA P0ÉS18 FROVIRÇALB · texte numérisé non relu

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que. Gui d'Uisel, parlant de la dame qu'il aime, «< L'admiration qu'elle me donne, ditwl, me fait sentir tonte ma témérité. Plus elle me fait d'obligeantes réponses, plus la timidité me trouble. Je feins des prétextes, comme si j'étais venu pour quelque affaire : mon amour extrême en est cause ; je ne craindrais pas tant si j'aimais moins. » Voilà ce que Marot a si bien exprimé dans ce joli vers :

u Je Taime tant que je n^ose Taimer. »

Mais ici, il y a déjà plus de finesse que de délicatesse, plus d'esprit que de sentiment : c'est le résultat d'une civilisation plus avancée.

Cette délicatesse, qui était passée dans les mœurs comme dans la littérature, prescrivait aux amants ja plus grande discrétion sur l'objet de leurs amours. C'était presque un crime de confier à qui que ce fût le nom de sa dame ; c'était surtout un fait odieux de publier les innocentes faveurs que l'on avait obtenues : ceux qui s'en rendaient coupables étaient à jamais désbonorés. La discrétion était poussée si loin que l'on négligeait le commerce par lettres comme devant faire admettre un tiers dans la confidence ^ La plupart des troubadours avaient grand soin de ne jamais énoncer dans leurs vers le nom de leur divinité ; une métaphore ou quelque autre figure venait alors à leur secours : ils adressaient leurs chants et leur amour à Bel-vezer, à Bel-desiry à Fleurs de lis.

J*ai dit tout à l'heure que l'amour troubadouresque était pur de tous liens matériels. Ceci paraîtra sans doute fort singulier à ceux qui prétendent que les sentiments de la chevalerie ne sont que de vains dehors, et que sous ce voile brillant se tient cachée la plus excessive corruption de mœurs. Cette opinion, quoique professée par quelques hommes de talent, n'en dénote pas moins une étude bien superficielle de la littérature provençale. Au premier abord, j'en

' Yoy. La nouvelle d'Amanieu des Eacas, Raynouard, t. Y, p. 3(k

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