‹ De la langue et de la poésie provençalesChapitre 25 sur 40 · PO&TIQDE ET VERSIFICATION · texte numérisé non relu

PO&TIQDE ET VERSIFICATION

Avant le xiii** siècle , la Provence , abstraction faîte de sa poésie lyrique, n'a que des contes et des nouvelles, tandis que' la France du nord n'a que des chants épiques, des embryons d'épopées. A cette époque les deux contrées entrent en connexion, reçoivent l'influence l'une de l'autre, et de ce contact natt un nouveau genre littéraire , le roman chevaleresque. C'est pour cela que plusieurs poèmes se trouvent presque identiquement dans la langue d'oc et dans la langue d'oil ; c'est pour cela que certains romans des cycles de Charlemagne et de la Tablé ronde, le roman de Tristan, le roman du Renard, etc., ont été revendiqués, disputés par presque tous les peuples du centre de l'Europe.

Les contes et les nouvelles que nous venons de signaler dans la littérature provençale antérieure au xiii" siècle, y sont en moins grand nombre que chez les poètes de la langue d'oil. Nous ne pouvons citer que le conte de Pierre Vidal, celui d'Arnaud de Carcasses, la romance de Barthélemi Zorgi, les deux nouvelles de Raymond Vidal de Besaudun, et plusieurs autres. On trouve dans ces contes l'origine de quelqnes-uns de ceux de Boccace et de la Fontaine. Les Italiens surtout, qui restèrent longtemps les seuls dépositaires de ces œuvres, les ont souvent imitées ; et il n'est pas étonnant qu'un grand nombre de poésies troubadouresques se soient perdues chez un peuple qui avait quelque intérêt à ne pas être accusé de plagiat.

Ces contes provençaux sont un mélange de fictions orientales, de fables chevaleresques et de métaphysique amoureuse. L'amour de l'allégorie et de l'hyperbole, qui règne dans certaines de ces compositions, semble le résultat direct de l'influence arabe. Ainsi Rambaud de Vaqueiras fait en l'honneur de sa dame un poëme intitulé lo Garros, aussi remarquable par l'invention que par le style. On sait que le carro est le char sur lequel les Italiens arboraient leur principal étendard. Le poëte représente les plus belles femmes des pays voisins accourant faire la guerre, mais une guerre véri-

Page 1