HISTOIRE DES TROUBADOURS
VOUS donne cinq cents marcs d'argent pour le dommage que vous avez éprouvé ^ » — On voit que les troubadours savaient être éloquents ; cette éloquence, toute de sentiment, était empreinte de la simplicité et de la délicatesse qui caractérisent leurs poésies.
Mais la politique ne remplissait pas exclusivement le cœur du seigneur de Hautefort, l'amour en avait sa part : et comment un brave chevalier eût>il pu vivre sans amour? Outre la jeune et gentille dame de Montagnac, qui prêta Toreille à ses chants et accepta son hommage, Bertrand reçut grand honneur et douce joie de la sœur du roi Richard, de la belle Hélène. Le roi lui-même favorisait cette liaison^ qui, dans Fesprit de Tépoque, n'avait rien de répréhensible : la passion d'un troubadour était aussi pure, aussi immatérielle que les sons de sa harpe.
Richard d'Angleterre forme un digne pendant à cette grande figure de Bertrand de Born. Comme ce dernier il aima les armes et la poésie, tout en suivant une profonde politique; mais le fils de Henri 11 se distinguait surtout par un amour passionné de la gloire chevaleresque, et c'est là ce qui le fit nommer Cœur de Lion. Esprit véhément, indomptable, il avait toutes les bonnes et les mauvaise qualités inhérentes à ce caractère ' : s'il était franc, ouvert, généreux, sincère et brave, on pouvait lui reprocher d'être vindicatif, impérieux, ambitieux, hautain et cruel.
Richard était duc de Guyenne et comte de Poitou. Longtemps sa cour fut le rendez-vous des poètes et des chanteurs de la Provence : là se forma toute une pléiade de troubadours qui répandirent partout le los et le renom de l'impétueux
^ E quant el revenc de pasmazon, el crida e dis en ploran..., etc. Rayn., Y, p. 87. — Le reste traduit liiiéralemeat.
'....£ siM comandet qu^ella il disses e il fezes plazer e gran honor. Rayn., V, 81. Foy, 77 à 82.
3 He was distinguished by ail the good,as well as the bad qualities. David Hume, the hi$t, ofEngland, chap. x.
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chevalier. Ce caractère de Richard plaisait aux Méridionaux ; ils y retrouvaient leurs tendances et leurs passions. Aussi l'aimaient -ils avec idolâtrie, c'était leur véritable héros ; et, certes s'ils avaient écrit une épopée, la vie de ce prince leur en eût fourni le sujet.
C'est qu'en effet il y a là toute une épopée. Cette existence brillante , mêlée de faits héroïques et d'aventures romanesques; cette croisade où se trouvent en présence la chevalerie chrétienne et la chevalerie arabe ; puis cette longue pérégrination pleine de retards et de dangers, avant de pouvoir atteindre son royaume ; puis enfin cette délivranée singulière due aux chansons d'un simple ménestrel : tout cela rappelle à la fois et l'Iliade et l'Odyssée. Un grand romancier moderne nous a présenté la première période de cette histoire ; il nous a montré Cœur de Lion sous les traits d'Achille , et Philippe de France sous ceux d'Ulysse*. Mais jusqu'à présent V Odyssée de Richard n'a pas encore trouvé de poète. A peine est-on d'accord sur ce charmant épisode oii Blondel, redisant sa mélancolique chanson au pied de la tour, tressaille de surprise et de joie en entendant chanter le second couplet par cette voix qui lui est si chère '.
Parmi les troubadours qui suivirent Richard à la croisade, deux surtout nous plaisent et nous intéressent par leur vie et leur caractère. L'un est Peyrols d'Auvergne. — Pauvre chevalier du château de Peyrols, près de Roquefort, il fut nourri, vêtu, équipé par le Dauphin d'Auvergne , qui se plaisait fort à l'entendre. Or, le Dauphin avait une soeur nommée Sail de Claustra, laquelle était femme du baron de Mercœur. Peyrols se prit d'amour pour ce^te belle et bonne
' Philip migbt be termed tbe Ulysses, as Riehard was indis-
putably the Acfailles, of tbe Crusade. Walter Scou, Taies ofihé Omaaderêj The Taliêman, cbap. xi.
^ David Hume et Aug. Tbierry n^en parlent aucunement. Gapefigue (Philippe- Juguete) retrouve cette histoire dans une petite chronique ms. de la Bibliothèque royale.