BI LA POftSlE PROVENÇALE
ici, et ces détails inopportuns allongeraient beaucoup trop mon récit. Ainsi, je passerai sous silence Elias Cairels, Gui ouGuigo, Bérenger de Palasol, Blacas, Foiquet de Romans, et tant d'autres dont les noms même n'ont plus été retrouvés aujourd'hui. Laissons à l'érudition minutieuse de quelques philologues le soin de compiler ces débris des vieux âges ; et bornons notre tâche à faire jaillir de ces éléments confus, quelque étincelle qui vienne illuminer cette époque trop longtemps méconnue.
Avant de passer à une autre phase de cette histoire, il convient de dire quelques mots d'un genre particulier chez les Provençaux, le genre obscur, hérissé de jeux de mots et de difficultés. Il est peut-être surprenant qu'une telle manie ait pu s'introduire dans la poétique de nos troubadours, si simple, si naïve, si coulante et si mélodieuse ; mais rappelons-nous que l'amour de la forme était inné dans cette littérature ; et cet amour de la forme, pour peu qu'il dégénérât chez quelques beaux esprits, devait produire une contexture bizarre et ridicule.
Le chef de cette école, celui qui a le plus perfectionné ce mode, est Augier ou Ogier. Ses vers sont un tissu de pointes, de calembours, de consonnances singulières, dont la traduction suivante ne pourra donner qu'une faible idée : « Je serai toujours serviteur j pour desservir en servant les lâches riches^ esclaves de leurs richesses, environnés de leurs conseillers qui leur conseillent de mépriser l'honneur. Aussi dans leurs cours courtes de courtoisie, personne ne peut indiquer un homme bien appris... » Voici, pour mieux faire comprendre, un fragment textuel :
QuMcu vi ja' 1 rie rei Rogier Frédéric Fres ses esfre per valer e valor ; Ja no cugei, tan Fauzi pretz prezar.
Que ja' 1 pogues emperis peiurar * .
' Rayo., V, 55.