ÉTRANGÈRES
On a dit : Le producteur étranger, l'Anglais surtout, ayant plus de capitaux en masse, ou plus de capitaux disponibles pour l'industrie , se contente de moindres intérêts ; et, livré à des entreprises plus hasardeuses, il éprouve des désastres plus fréquens. Ce sont là deux raisons pour que, en temps ordinaires, il approvisionne notre pays de ses marchandises, et pour qu'il l'en inonde dans les momens de crises. Il préférera même naturellement, dans ce dernier cas, le marché
extérieur, pour ne pas déprécier, chez lui, ses marchandises. Or, par cette surabondance d'articles exotiques, nos fabriques seront infailliblement écrasées, victimes qu'elles seront de la concurrence des capitaux, plus que de celle des produits , à proprement parler.
A ces objectious , les réponses sont faciles.
Que l'étranger se contente de moindres bénéfices , il s'ensuivra simplement que les producteurs nationaux seront dans la même nécessité. Ils pourront se plaindre ; mais ïe public se consolera. D'ailleurs, ils auront encore, sur l'étranger-, les avantages de l'économie des frais de transports «t d'agens, comme aussi de facilités plus grandes pour l'attente et les placemens.
Quant à l'aflluence de marchandises exotiques, que , en des jours de désastres, 1' étranger viendrait vendre à vil prix, cet accident, que Ton a fait sonner si haut, se présen te -t-il souvent? On n'en a pas cité d'exemples marquans; et cependant de nombreuses circonstances y ont prêté. La Prusse et la Saxe ne protègent que par un faible droit leurs draps contre ceux de l'Angleterre; et jamais l'Angleterre n'y a déversé les siens dans une proportion excessive. Cette importation désordonnée est un cas rare , exceptionnel. Elle est d'ailleurs l'effet inévitable de l'agrandissement du marché ; c'est un léger inconvénient, à côté d'un grand bien ; et cet inconvénient se rencontre le même dans
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l'intérieur , quand un fabricant fait de mauvaises affaires. Faudrail-il donc alors défendre à tout fabricant , et à ses créanciers quand la faillite éclate , de vendre au-dessous d'un tarif déterminé. Si , au surplus, celte mévente de marchandises exotiques est réelle, qui empêche les producteurs indigènes de les acheter pour les revendre , chez eux ou au dehors , plutôt que d'en confectionner eux-mêmes à un prix plus élevé?
On va plus loin : on ajoute que les étrangers feront des sacrifices pour écraser notre production , en offrant sur notre marché leurs articles à perte. La réponse existe, franche et plausible, dans l'enquête : nous ne pouvons mieux faire que de la transcrire.
« Je ne crois pas , a dit un négociant, délégué » de la Chambre du Commerce de Paris, que, » de peuple à peuple , pas plus que d'individu à » individu , on trouve des gens qui consentent » à perdre beaucoup pour tuer leurs rivaux.
» Mais examinons les conséquences qui résul- » teraient d'une masse considérable de draps je- » tés sur nos marchés, pour faire tort à nos » fabriques. Qui empêchera d'acheter ces draps, » pour les réexporter sur les marchés étrangers, » avec le bénéfice de la prime , et 'amener par » là aussi une baisse de prix, qui ferait à nos ri- » vaux tout le tort qu'ils nous auraient voulu » faire à nous-mêmes? On leur ferait ainsi la » plus cruelle des concurrences ; on les battrai
» avec leurs propres armes. Pour s'en garantir, )> il faudrait que leurs sacrifices s'étendissent sur » tous les marchés. La perte serait incalculable. » Qui oserait s'aventurer dans de pareilles spé- » culations? Ces luttes ne se voient que rare- » ment, dans les petites industries, d'individu à i) individu : encore le plus souvent les deux in- » dustries rivales gagnent plus qu elles ne per- » dent par le stimulant de la concurrence. Mais » je ne les crois pas possibles de nation à nation, » sur une masse de produits aussi considérable. » Selon moi , il n'y a pas tant à s'effrayer de la » concurrence étrangère. Ce qui peut en résul- » ter, c'est que nos fabricans s'appliqueront da- » vantage aux genres de produits dans lesquels » ils excellent le plus, et qu'ils abandonneront » certains autres qu'ils font avec moins davan- » tage. Notre production ne pourra qu'y gah gner. »
Contre toutes ces inquiétudes, simulées ou exagérées , relativement à la concurrence étrangère , nous engageons à méditer surtout, dans l'enquête , l'interrogatoire d'un honorable député, propriétaire de filatures de coton et fabricant de mousselines à Mulhausen. Sa déposition, nourrie de faits, forte de principes, pleine de vues éclairées et de patriotisme, est un excellent plaidoyer contre la prohibition et pour les mesures transitoires vers la liberté. Nous regrettons que le défaut d'espace ne nous permette point de l'analyser.