‹ De la Liberté commerciale et de la réforme de nos lois de douanesChapitre 21 sur 25 · DEMANDE DE RÉCIPROCITÉ · texte numérisé non relu

DEMANDE DE RÉCIPROCITÉ

Après avoir épuisé toutes les objections contre la liberté du commerce , on essaie de moyens dilatoires.

On veut attendre surtout des conventions de réciprocité , des traités de commerce , et l'amélioration de nos voies de transport.

Sans douta, la réciprocité est avantageuse, et il faut toujoui s tâcher de lob tenir. Mais n'y réussît-il pas, un pays doit encore, dans son in-

térët bien compris , admettre les marchandises des peuples qui refusent les siennes. Celui qui n'échange pas des choses qui lui sont moins utiles contre d'autres qui le lui seraient plus , se nuit certainement à lui-même. Nuit-il également à ceux avec lesquels il ne fait pas l'échauge? Il leur nuit plus ou moins, ou pas du tout, selon qu'ils trouvent moins ou plus facilement des débouchés pour leurs produits. L'économie politique défend donc les représailles. Qu'on en use momentanément; que momentanément on se résigne à un sacrifice , on se fasse du mal pour en faire un plus grand à l'étranger , et l'obliger à revenir sur des mesures funestes ; nous le concédons , à la rigueur ; mais les représailles ne peuvent être alors considérées que comme moyens de ramener la paix et les bons rapports , que comme remèdes de courte durée. C'est ainsi que les Etats-Unis d'Amérique, en refusant, en i8i5, d'admettre les navires de l'Angleterre, forcèrent celle-ci à modifier son fameux acte de navigation , pour commercer avec eux sur le pied de parfaite réciprocité.

Mais , en ayant recours aux représailles , nous ne sommes jamais sûrs d'avoir bien calculé si elles ne nous seront pas plus fatales qu'à l'étranger mis, par elles, dans l'impossibilité de prendre celles de nos marchandises qu'il recevrait encore, après en avoir prohibé quelques autres.

Qui dira , par exemple, laquelle des deux nations a le plus souffert, de la France ou de la Hollande , quand la première a rendu contre la seconde l'Edit de 1667, et que celle-ci a riposté par d autres édits prohibitifs? Qui dira quelle a été le plus lésée, de la France ou de F Angleterre, quand, depuis la même époque, elles ont rivalisé d'actes du même genre ; toutes deux regardant comme redoutable leur commerce réciproque, qui serait, au contraire peut-être le plus fructueux de tous ; toutes deux s v évitant, par les motifs qui auraient dû les engager à se rechercher , leur industrialisme et leur richesse; toutes deux encore si entravées que , d'après les états officiels de i83a , les exportations anglaises pour la France ont été inférieures à celles pour la Turquie, et forment à peine lesdeux septièmes de celles pour l'Italie? La proportion relative des dommages est bien difficile, souvent même impossible à déterminer; mais leur existence n'est que trop certaine.

Ainsi donc , il ne faut pas avancer, comme on le fait chaque jour, qu'il y aurait duperie dansla levée des prohibitions, si Ton n'obtenait la réciprocité de la part de l'étranger. Non : Il n'y aurait pas duperie, mais intérêt bien compris et vu de haut. Quelques peuples, les Orientaux surtout, le sentent parfaitement. Tous les états asiatiques et africains , et les colonies nouvellement indépendantes de l'Amérique, ne refu-

sent pas les marchandises des nations qui prohibent les leurs. De ce qu'on a déjà fermé une porte à leurs produits, ils ne concluent pas qu'ils doivent en fermer eux-mêmes une autre : de ce qu'on leur a fait un mal, ils ne concluent pas qu'ils doivent s'en faire eux-mêmes un second.

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