‹ De la Liberté commerciale et de la réforme de nos lois de douanesChapitre 23 sur 25 · TRANSPORT · texte numérisé non relu

TRANSPORT

Les prohibitionistes disent encore : « Avant d'introduire les marchandises étrangères, attendez que vous ayez, du moins, par l'augmentation ou l'amélioration de vos voies de transports, ouvers des débouchés intérieurs à vos produits nationaux. »

Nous ferons d'abord remarquer une contradiction frappante dans laquelle ils tombent , quand ils demandent à la fois et la prohibition des marchandises étrangères et l'augmentation ou l'amélioration de nos routes. Est-ce que l'arrivée des produits des diverses contrées de la France n'apporterait pas , dans les industries de chaque localité, une perturbation, comme le ferait l'arrivée des articles exotiques? Quand le prix d'un objet baisse par survenance de similaires, qu'importe au producteur que ceux-ci soient exotiques ou indigènes? Que ce soient les blés du nord de la France ou ceux de la Crimée , de l'Ukraine, de la Pologne, qui s'offrent sur un de nos marchés du midi; est-ce que le cultivateur de cette partie de notre territoire continuera à défricher des argiles trop tena-

ces ou des sables presque mouvans , pour leur arracher, a grands frais, des céréales? 11 faut être conséquent. En supposant à la levée des barrières contre les produits étrangers , il faut s'opposer aussi à la confection des routes pour le transport des produits nationaux , de dépar terriens à départemens , de cantons à cantons , de villages à villages. Si Ton adopte le principe, qu'on ne recule pas devant les conséquences ; ou, si Ton veut reculer devant les conséquences, qu'on abandonne alors le principe.

Mais , en outre , c'est seulement sur le littoral et les frontières que les articles exotiques peuvent se rendre à destination par les voies extérieures, de mer ou de terre. L'augmentation de frais de transport , par suite des vices de nos voies , porte donc sur ceux d'entr'eux qui sont destinés à l'intérieur , comme sur les indigènes. Elle devient dès-lors, si ce n est pour le littoral et les frontières , indifférente dans la question.

Ce n'est pas que nous n'insistions sur le perfectionnement de nos routes. Négligeant même tous leurs autres avantages, sous les rapports de la civilisation et de la sûreté publique , nous reconnaissons que le commerce intérieur est, toutes choses égales d'ailleurs, le plus fructueux. Car, si, comme c'est incontestable, l'échange est utile aux deux contractans , les bénéfices, quand il s'opère entre deux ctrangers,se partagent entre deux nations; et ils profitent tous à une seule,

quand, au contraire, il se fait entre indigènes. Aussi les pays les plus sillonnés de routes sontils ceux où fleurissent le plus l'agriculture et le commerce. Voyez Y Allemagne, la Belgique, l'Angleterre ; l'Angleterre , où le commerce extérieur , déjà si étendu du temps de Pitt, n'était alors évalué qu'au trente-deuxième de l'industrie totale du pays. Voyez surtout les Etats-Unis , qui, sous le rapport des communications, sont en avance de tous les autres peuples; et, ne comparant entre elles que les diverses parties de la France, les départemens du nord, dont le ciel et le terrain sont bien moins propices que ceux du midi , ont cependant , en raison de la supériorité de leurs routes, une agriculture beaucoup plus perfectionnée. Faisons donc tous nos efforts pour améliorer nos voies. Il faut que, par elles, la grande variété de notre sol, l'extrême différence de productions entre nos provinces, devienne une cause do richesses, et non d'encombrement; une source de bien-être, et non de misère. Il faut, par exemple, que les vins et les huiles du midi s'échangent facilement contre les céréales' du nord; et que le transport des blés de l'ouest dans l'est n'en quadruple pas le prix , ne soit pas plus cher que le transport aux Antilles.

Tous ces besoins, nous les reconnaissons. Cette vérité qu'un peuple est presque toujours pour

lui-même le meilleur chaland , nous l'admettons-

îNous concédons même qne notre commerce étranger ne soit, comme on le prétend, qne dans la proportion de 1 à 1 4 avec notre commerce intérieur Mais est-on juste, dans cette appréciation, quand on ne calcule le premier que rétréci, amoindri, tel que Font fait des systèmes d'entraves, au lieu de l'évaluer large, développé, tel qu'il deviendrait avec la liberté? Eston sage aussi , quand, par le motif qu'on ne peut pas eucore retirer du commerce intérieur tous les avantages qu'on eu obtiendra par la suite, on se prive,- en attendant, des bienfaits du commerce extérieur? Faut-il donc que, avant d'ouvrir nos frontières aux marchandises exotiques , nous ayons , comme le demandent des producteurs indigènes, créé tant de canaux et canalisé tant de rivières; que nous ayons achevé les canaux latéraux à la Loire, à la Basse-Loire et à la Garonne, ceux de Bourgogne et de l'Oise , les canalisations de la Haute-Seine, del'Yonne,du Lot et de la Basse-Seine; dépenses d'environ aoo millions? Lt ne réclameraientils pas ensuite l'affranchissement des péages, qui s'élèvent à 2,800,000 fr. par an dans toutes les lignes de navigation aujourd'hui concédées au mouopole , et dont le rachat coûterait peutêtre au gouvernement 700 autres millions? Par. les développemens que le commerce recevrait de la liberté, on arriverait sans sacrifices à la confection des voies en cours d'exécution, et de

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toutes autres dont le besoin se ferait sentir. Il ny aurait qu'à s'en rapporter à l'intérêt des compagnies qui ne manqueraient pas de se former.

Pour la réforme de notre législation de douanes, n'attendons donc pas l'amélioration de nos voies de transport ; mais procédons simultanément à ces deux œuvres corrélatives et également utiles. «

C'est, il faut le reconnaître, ce que veut le ministère.

Quant au premier point , il a pris l'initiative sur les chambres ; et c'est d élies que , dans la législature dernière, sont venus les obstacles ; ce sont elles qui se sont montrées retardataires. Quant au second, il a prescrit, depuis peu, pour l'ouverture de nouveaux chemins et l'entretien des anciens, une mesure, depuis loog-lemps sollicitée, et dont il faut attendre les meilleurs effets, non-seulement pour le sujet qui nous occupe, mais encore dans l*iutéret général de la société : nous voulons parler de l'emploi des troupes à des travaux d'utilité publique.

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