DE LA PROCÉDURE CRIMINELLE DE L'ÉGLISE JA
les progrès de lhérésie; une nouvelle procédure est imaginée, l'inquisilio herelicæ pravilatis, arme redoutable que la Papauté met aux mains des évèques d'abord, puis de commissaires choisis parmi les moines Dominicains ou Franciscains (1). Ces inquisiteurs vont poursuivre activement les hérétiques: le plus léger soupçon, la plus vague dénonciation font ouvrir les poursuites, et cette dénonciation est un devoir pour tous les fidèles que l'inquisiteur cite devant lui au cours de ses tournées.
L'individu suspecté est arrêté, s’il ne se présente pas de lui-même; après avoir prêté serment, il est interrogé par le juge, qui cherche à lui arracher un aveu par la menace, par la ruse, par différents moyens de contrainte, tels que l’emprisonnement dans des basses fosses, pieds et poings liés par des chaines, ou enfin par la torture. À défaut de l’aveu, volontaire ou forcé, le juge a recours à la preuve testimoniale (2): deux témoins, quels qu'ils soient, quelque criminels et infâmes qu'ils puissent être, suffisent pour déterminer une condamnation : leurs noms sont inconnus de l’ac-
cusé, qui ne peut être confronté avec eux (3), et leurs
(4) Voir Tanon, Histoire des tribunaux de l'Inquisition en France.
(2) Au début, la preuve testimoniale était peu employée et l’on avait recours à la purgation vulgaire par ordalies (épreuves de l’eau froide, du fer rouge, de l’eau bouillante, ete...).
(3) Décision du Concile de Narbonne (1235).
dépositions ne lui sont communiquées que tronquées. L'inquisitus ignore les charges qui pèsent sur lui; il se trouve seul en présence du juge, sans avocat, car les constitutions pontificales considèrent comme complices tous ceux qui accordent leur aide aux hérétiques. L'inquisiteur rend sa sentence après avoir pris l'avis d'un conseil, composé de clercs et de laïques, auquel il n’a donné qu'un extrait sommaire des pièces et auquel il a caché le nom des témoins et des accusés (1). — « En réalité, l’homme tombé entre les mains de l'in- « quisiteur n'avait qu à avouer ou à se laisser condamner (2) », et la peine qui le frappe le plus souvent, c’est la mort, la mort par le feu. L'Église affecte de rester étrangère à l’exécution, elle abandonne le condamné au bras séculier: l'inquisiteur ecclésiastique cède la place au bourreau laïque.
(1) En matière d’hérésie, les sentences n'étaient pas susceptibles d'appel devant le pape.
(2) Tanon, op. cit.