‹ De la liberté de la presseChapitre 6 sur 112 · L'AMI DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

L'AMI DE L'ORDRE

Amiens, 20 avril 1852.

Nous, préfet de la Somme,

Vu les passages suivants insérés dans les n^' 1 064 et ^066 du journal Y Ami de V Ordre :

4064. « Il suffit de suivre attentivement Thistoire de la souveraineté du peuple, et, si Ton peut s'exprimer ainsi, de serrer de près les faits, pour comprendre, par les seuls résultats, que cette doctrine est surtout une doctrine de despotisme. Que ce despotisme vienne d'en haut ou d'en bas, peu importe, il se résume en une tension extrême- dans tes ressorts du pouvoir dont Torigine est la théorie de celte souveraineté de tous, exercée par quelques hommes ou par un seul.

» Il est facile de comprendre qu'il ne saarait j^ avoir de despotisme aussi violent que ceiui-là, car il s'exerce, au nom de tout le monde, avec la sanction implicite de la volonté générale. »

1 066. « Pour les esprits les moins pratiques, les moins propres au gouvernement des sociétés humaines, c'est une grande chose que le pouvoir. Il faut une raison pour le prendre et un titre pour le garder. Quel sera ce titre ? Nous Tavons déjà dit : quand on n*a pas la qualité, la tradition, on a recours à la qaantite\ à la souveraineté du peuple. Or, nous Tavons dit aussi, il a été dans la destinée de celte théorie d'être toujours invoquée et jamais reconnue, tandis que la tradition n*est pas seulement un principe, mais un fait; »

Considérant que le journal VAmi de l' Ordre j dans une série d'articles intitulés : Histoire du suffrage univerself s'attache avec une regrettable partialité à représenter la souveraineté nationale en France comme aboutissant fatalement, soit à l'anarchie, soit au despotisme, qui sont des faits accidentels inhérents à la fragilité des hommes bien plus qu'au vice des institutions ;

Considérant- qu*en contestant au principe du méoie droit antique de la souveraineté nationale, la tradition qu'il appelle la qualité, l'auteur des articles cités plus haut altère sciemment, au profit d'4in intérêt de parti, la vérité historique consacrée par les annales des peuples en général et du peuple français en particulier ;

Ck)osidérant que risquer une telle allégation, c'est insinuer Finjure sur son propre pays, qui, dans des phases mémorables de ses malheurs ou de sa gloire a donné plus d'unefois par la quantité, c'est-à-dire par le suffrage universel, cette haute qicalité que pouvait seul conférer un grand peuple aux hommes illustres spontanément choisis pour présider à ses destinées ;

Considérant que les passages imprimés dans VAmi de

tOrdre sont de nature à égarer l'opinion des lecteurs sur

la légitimité du droit imprescriptible de la souveraineté

nationale, dont la France a fait tout récemment encore

; on si libre et si salutaire usagé,

I Arrête :

Art. ^«^ Aux termes de l'art. 32 du décret du 17 février 4852, un premier avertissement est donné au JournaU'iimi de l'Ordre, dans la personne de M. E. Tvert, son gérant, et de M. Francis Nettement, l'un des rédacteurs.

Art. 2. Le présent arrêté sera, en vertu de l'art. 19 du décret précité, inséré dans le plus prochain numéroj en tête du journal l'Ami de l'Ordre.

Art. 3. M. le commissaire de police Guénin est chargé de l'exécution et de la notification du présent arrêté.

Fait à Amiens, le 20 avril 1852.

Le préfet de la Somme,

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