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Alors, il ne dépeint la cruauté à àéi hominfes choisis, que pour leur en faire sentir toute rhorrènr, et il li^ fait le tableau de Torgueil aux gens orgueilleux, 4ttè pour leur en montrer les inconvénients.
Dans ce cas, Fart dramatique est réellement utife; car, il devient un grave moraliste.
Cest en suivant cette voie qu'il peut parvenir à épuirer les mœurs d'un pays.
Mais, pour atteindre ce résultat , il faut réprimer les passions, fronder les ridicules de la société, combattre ses préjugés , en un mot, réformer le caractère national.
Pour réprimer les passions, il faut les aAalyser.
Le peintre qui se borne à reproduire la nature avec fidélité, n'apas le sentimentde son art. Il nlelépo^àe qute lorsqu'il se sert dé son modèle- pbttf se formei^'un idéal, en se pénétrant, pour ainsi dire, de la peifià^ qui a présidé à la composition de l'objet qu'il veut représenter«
Ainsi, l'auteur dramatique doit dépeindre le cœur humain, non pas seulement tel qu'il Ta vit, mais eiicore tel qu'il le conçoit*
Les seules couleurs qu'il puisse employer sont les passions.
Mais, de môme que Tariiste doit donner, aux accidents de terrain, la teinte que réclame TensemMe du tableau, de même le dramaturge doit donner aux passions qu'il veut mettre en scène, les traits particuliers qui leur conviennent, et que rédame le sujet.
n ne doit se préoccuper que du résultat qu'il cherche; et si, pour atteindre ce résultat, il est obhgé de présenter les passions subversives de la société sous des traits hideux, qu'il n'hésite pas à le faire.
Du reste, il ne doit pas seulement flétrir les passions qu'on flétrit généralement ; mais encore, et surtout, celles qu'on semble parfois tolérer.
Qu'il ne craigne pas de déverser le blâme sur ce qui est blâmable.
Que lui importe de froisser l'opinion puWique? Si les spectateurs rougissent d'eux-mêmes en se reconnaissant dans ses tableaux, ils ont \m sûr moyen de se dérober désormais à cette honte, c'est de modMer leur conduite, de manière à ne plus s'y rec(wanaltre.
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Mais la passion exerce toujours sur la scène plus d'empire que la raison.
C'est que, pour porter plus sûrement au bien, il faut inspirer l'horreur du mal.
L'honnête honmie qui reste toujours honnête , et qui ne s'écarte jamais du droit chemin, peut nous faire admirer son austérité; mais le tableau de ses ver* tus stoïqueç ne nous frappe jamais conmie celui des passions d'un débauché.
C'est que le premier spectacle nous promet un bien, tandis que le second nous menace d'un mal.
Or, on ne craint pas le bien, on l'attend, sans cependant aller à lui ; tandis qu'on redoute le mal, et qu'on le fuit instinctivement.
Au théâtre, la passion a donc un avantage sur la raison ; ainsi le veut le cœur humain.
Mais l'auteur dramatique qui se propose de réprimer les passions, les excite toujours.
Est-ce donc en les excitant ainsi qu'il peut parvenir à les réprimer?
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Certains esprits objecteront toujours qu'il est dangereux d'exciter les passions, parce qu'il est plus facile de les faire naître, que de les calmer.
Je l'avoue; mais, si les passions ne se développent pas au théâtre, ne pourront-elles pas se développer ailleurs ?
Et si elles éclatent ailleurs, ceux qui en seront les victimes auront-ils auprès d'eux un sage conseiller, qui puisse leur en montrer les suites funestes?
L'auteur dramatique ne doit f^ire le tableau des passions que pour apprendre à se tenir en garde contre elles.
Il ne doit donc les exciter dans le cœur des spectateurs, que pour les apaiser aussitôt.
Un jeune homme voit représenter le joueur.
On lui dépeint la vie agitée, délirante, de celui que la passion du jeu poursuit sans relâche.
De telles émotions lui plaisent, et surexcitent son esprit : il veut jouer.
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Puis, on étale à ses yeux le luxe insolent que le jeu procure quelquefois,
n est ébloui, fasciné.
Des lueurs séduisantes traversent son imagination,
n s'imagine déjà que la fortune Fa caressé de son
aile, et qu'il coule des jours sans lendemain au sein de
l'opulence : son désir de jouer devient de plus en plus
vif.
Mais tout à coup le tableau change. La fée qui avait protégé le joueur semble s'acharner à le perdre ; la somptuosité fait place à la misère, et celui que la passion du jeu avait enriclii, se voit ruiné par cette fatale passion.
Que pensera alors le jeune homme? Voudra4-il encore jouer? Ah! je Fignore; mais s'il joue, il n'avait pas besoin de venir au théâtre pour prendre le goût du jeu ; car il était né joueur.
Si Fon ne peut faire le tableau des passions sans les faire naitre dans certains cœurs, il faut reconnaître que ceux qui voudront les éprouver, après en avoir vu la hideuse peinture, ressembleront à cet homme auquel on aurait montré un précipice qu'il n'aurait pas
VU tout d'abord, et qui voudrait s'y jeter pour voir par lui-même s'il offre, en effet, de véritables dangers : si cet homme se tue, il n'est pas à regretter; car il n'est réellement pas digne de vivre.
Les passions sont des précipices; et, si l'on ne peut en signaler les profondeurs, sans que Fenvie vienne à certaines personnes de les sonder elles-mêmes, c'est plutôt là un vice de leur nature qu'un effet du théâtre.
L'inconnu, sans doute, nous attire souvent vers lui; mais, c'est précisément parce qu'il est l'inconnu.
Or, une passion qu'on nous dépeint au théâtre, n'a pour nous rien de caché ni de séduisant, puisque nous voyons l'abîme où elle conduit.
Loin de nous attirer vers elle, cette passion doit, au contraire, nous inspirer une vive répulsion.
Mais, pour qu'il en soit ainsi, il faut que l'auteur se garde bien de flatter ses tableaux ; car, s'il les flatte, il peut nous les faire aimer.
Flatter une passion, c'est en cacher les suites funestes. Or, n'est-ce pas assez pour en inspirer autre chose qu'une horreur salutaire ?
Si Fauteur dramatique, toutefois, doit chercher à prémunir le spectateur contre les passions auxquelles il est étranger, il ne doit pas moins s'efforcer d'apaiser en lui celles qu'il éprouve ; car, s'il ne combattait que les premières, Tart théâtral serait complètement inutile.
C'est en domptant les passions que cet art inspire l'amour de la vertu, et la haine du vir^.
On peut, il est vrai, objecter ici, que la nature a opéré ce prodige avant l'art, puisque nous sommes animés naturellement de ces deux sentiments opposés; mais, le théâtre n'a pas pour but de changer nos sentiments : il ne tend qu'à les épurer en nous.
Il ne nous apprend, sans doute, rien de nouveau, lorsqu'il nous enseigne que la vertu est aimable et que le vice est odieux , puisque nous sentons cela au fond de l'âme ; mais, nous n'éprouvons peut-être pas toujours assez de sympathie pour la vertu, ni assez d'antipathie pour le vice.
La nature , il est vrai , nous vient en aide sur ce point ; mais , parfois , nos penchants et nos habitudes modifient tellement nos impressions, que le doute s'empare de nous, et que nous nous demandons si
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ce n'est pas la vertu qu'il faut proscrire , au lieu du vice.
C'est alors , c'est lorsque notre cœur balance entre ces deux extrêmes, que l'on doit nous tirer de nos incertitudes, en nous persuadant que c'est bien le vice qu'il faut abhorrer, et non la vertu.
L'art dramatique contribue puissamment à nous éclairer sur ce point.
Il nous oblige à faire un retour sur nous-mêmes, et à obéir à nos instincts naturels.
Il ne nous inspire donc pas nos sentiments : il les affermit en nous.
Mais, en les affermissant en nous, ne nous inspire-t-il pas des sentiments de commande? Il nous trouve toujours disposés à préconiser le bien et à flétrir le mal ! mais , notre enthousiasme ne se refroidit-il pas promptement?
L'intérêt, presque toujours, est l'unique mobile de notre conduite : il nous conseille le plus souvent.
Lorsque nous prenons, au théâtre, le parti que
notre conscience juge préférable, nous ne songeons guère à pratiquer ce désintéressement hors du théâtre; car, à peine sortis d'une salle de spectacle, nous n'avons de sympathie pour la vertu^ que lorsque nous n'avons pas l'occasion d'en avoir pour le vice.
Dès lors, dira-t-on, à quoi servent les enseignements de la scène ?
U faut avouer tpie Fart parvient rarement à combattre avec succès notre égoïsme. Il y arrive, cependant, quelquefois; et, s'il obtient de loin en loin ce résultat, il n'y a pas de raison pour qu'il ne puisse pas toujours l'obtenir.
Lorsqu'il l'obtient, ne remport€-t-il pas une belle victoire ?
Amener l'homme à aimer la vertu, non-seulement pour les autres , mais encore pour lui-même ! Le décider à profiter lui-même des leçons qu'il regardait bonnes tout au plus pour le vulgaire, c'est-à-dire, pour tous ceux qu'il place, dans son esprit, bien au-dessous de lui ! quel plus beau succès l'art dramatique peut-il ambitionner? C'est celui qu'il doit chercher.
Loi^squ'il le trouve, le drame n'excite plus la pitié.
parce qu'on se figure être à l'abri de l'atteinte des passions; mais bien parce qu'on craint de devenir leur victime, et l'on réprime ses mauvais instincts.
C'est ainsi qu'en excitant les passions, l'auteur dramatique peut parvenir à les dompter.
Mais le dramaturge doit aussi fronder les ridicules de la société.
Les ridicules nous obsèdent ; nous les coudoyons tous les jours.
Si toutefois nous sommes très-clairvoyants pour saisir ceux de nos semblables, nous avons beaucoup moins de pénétration d'esprit pour saisir les nôtres : c'est la paille et la poutre dont parle l'Evangile.
Aussi, lorsque nous retrouvons la peinture des ridicules sur la scène, ce ne sont pas les nôtres que nous voyons, mais bien ceux d'autrui.
C'est pour cela que nous applaudissons si naturellement l'auteur qui nous les dépeint.
U ne doit pas cependant tirer vanité de ces applaudissements spontanés ; car, ils sont la preuve
(•ei'taiiic (|ue nous ne prenons pa*s pour nous la leron qu'il donne. Or, il doit nous la faire prendre pour nous ; et il n'y arrive que lorsqu'il nous fait rire aux dt^pens de nos propres travers.
Pour cela, il doit commencer par nous froisser; car, (;e n'est jamais qu'après avoir obéi à un faux amour-propre, que nous écoutons la voix de la raison; et ce n'est qu'après avoir été piqués par celui qui nous tourne en dérision, que nous consentons à l'approuver.
Le dramaturge qui persifle les ridicules sur la scène^ ne doit donc respecter aucun vain scrupule ; car, c'est seulement lorsqu'il parvient à nous blesser et à nous rendre mécontents de nous-mêmes, qu'il peut être certain d'avoir frappé juste; et c'est seulement alors qu'il peut espérer d'atteindre son but.
Lorsqu'il l'atteint, la comédie ne fait plus rire, parce que les spectateui^s croient y retrouver le portrait de leurs voisins, mais bien parce qu'ils s'y reconnaissent eux-mêmes.
Ils n'en rient que mieux.
La leçon est comprise, et ils s'efforcent de se corriger.
Derrière les ridicules se retranchent, pour ainsi lire, les préjugés. Faut-il les respecter? Nous ne le pensons pas; car, ce n'est pas à l'opinion publique à former le théâtre, mais bien au théâtre à former l'opinion publique.
L'auteur ne doit donc pas craindre de battre en brèche les erreurs et les préventions des masses; car, il doit toujours se proposer de mettre en relief des vérités utiles à la société.
Lorsqu'il est retenu par quelque scrupule, c'est qu'il cherche à flatter le public.
Ce moyen, il est vrai, est le meilleur pour obtenir un succès.
Mais, l'auteur qui l'emploie, ressemble à celui qui voudrait s'agner les bonnes grâces de quelqu'un par de basses complaisan(.es : il devient hypocrite.
C'est qu'on ne peut rechercher le succès au théâtre, sans être poussé, par le désir de réussir, à se montrer, pour ainsi dire, un peu sournois avec le public; car, on sait qu'au théâtre, comme partout ailleurs, la dissimulation peut mener un homme à tout, tandis que
la sincérité ne le mène à rien : on recherche donc son avantage personnel, sans se préoccuper de celui des autres.
Mais, lorsqu'on affiche ainsi des sentiments qu'on n'éprouve pas, on n'est pas digne d'être écouté; et, lorsqu'on se montre platement le courtisan du public, on ne mérite pas son suffrage.
Après tout, dira-t-on, le peuple veut qu'on le ménage, et qu'on respecte ses préjugés sur la scène!
Kt pourquoi ne lui dirait-on pas ses vérités, s'il les ignore? Pourquoi ne persiflerait-on pas ses préjugés, s'ils méritent d'être persiflés?
S'il est indigne d'un homme de ne pas relever les erreurs de son semblable, lorsqu'il peut le faire, il est encore plus indigne d'un auteur de fléchir en présence des erreurs du public ; car alors, ce n'est plus une seule pereoniie que l'on trompe, ce sont des miUiers d'auditeurs.
Mais, pourra-t-on encore objecter, le peuple demande à être flatté !
Dites phitôt que c'est vous qui avez besoin de le flat-
ter, daas Tespoir d'arriver au i&uccès, et je vous comprendrai.
Le peuple a soif de vérité avant tout.
Mais, dira-t-on encore, si l'on attaque un préjugé sur la scène, le peuple va se récrier, et la pièce tombera !
S'il se récrie, vous ne pouvez qu'y gagner; car c'est une preuve que vous aurez mis le doigt sur la plaie.
One ses protestations toutefois ne vous arrêtent pas.
La vérité est une lumière qui éblouit les yeux, lorsqu'elle les frappe pour la première fois.
Alors, on s'exaspère; on détourne la tète, et on la fuit.
Peu à peu, cependant, on se sent attiré vers elle par un charme irrésistible.
Alors, on se hasarde à la regarder, pour ainsi dire, h travers un prisme.
Bientôt après, on se plaît à la regarder en face, et l'on supporte facilement son éclat.
Laissez donc le public jeter les hauts cris : s'il vous méconnaît, et ne vous rend pas justice aujourd'hui, il saura vous apprécier demain.
Mais, vous écrierez-vous, la pièce risque de tomber enatfeadant! Si elle tombe, qu'importe? Ne devezvous donc songer qu'au succès?
Mais, vous n'ignorez pas que la société est composée plutôt d'aveugles que de gens clairvoyants.
Si vous voulez réussir, flattez les aveugles : c'est le plus sûr moyen d'arriver promptement.
Les gens clairvoyants, il est vrai, vous refuseront leurs suffrages; mais il vous restera encore une impovsante majorité.
Voilà le succès que vous cherchez : c'est le plus facile.
Est-ce bien celui que vous devez obtenir? Non, certes.
Vous devez d'abord aspirer aux suffrages des gens éclairés ; et, lorsque vous les aurez obtenus, vous de-
vrez chercher à vous faire applaudir aussi des aveugles.
C'est là qu'est la grande difficulté ; mais, c'est là aussi qu'est l'honneur.
On vous écoutera parfois ; on vous coupera la parole le plus souvent !
Mais, lorsque vous échouerez dans votre noble entreprise, après avoir été fidèle aux sentiments qui doivent toujours vous animer, vous aurez du moins la satisfaction devons dire que vous avez fait en conscience votre devoir de dramaturge.
Vous puiserez dans cette pensée une douce consolation ; et vous serez dédommagé du succès qu'on vous aura refusé sur la scène, par celui que vous obtiendrez dans votre cœur.
Que l'auteur dramatique ne craigne donc pas de combattre les préjugés du pubhc ; car, toute concession sur ce point est condamnable.
C'est en contribuant à maîtriser les passions, à déraciner les ridicules, et à détruire les préjugés, que
Tart dramatique parvient à corriger le caractère naticHial, et, par suite, à réformer les mœurs.
C'est alors, en effet, que le théâtre devient véritablement un foyer d'enseignement; car, c'est alors que le dramaturge cherche à réaliser l'idéal de perfection qu'il a conçu ; et que^ sans se préoccuper des tempêtes qu'il peut soulever, il bat en brèche tout ce qu'il n'approuve pas, et met à nu le cœur humain, pour en montrer tous les côtés faibles.
Mais, lorsque l'art combat réellement les passions, les ridicules et les préjuges de la société, il reste fidèle à sa mission et il s'élève.
On peut donc dire qu'il épure les mœurs, lorsqu'il est dans la voie du progrès, et même qu'il ne les épure que dans ce cas.
Mais, si l'art théâtral corrige les mœurs, lorsqu'il prospère, il doit nécessairement les pervertir, lorsqu'il dégénère.
L'art dégénère, en effet, lorsque le dramaturge flatte les passions du public, ses ridicules et ses préjugés, au lieu de les combattre ; qu'il endurcit le carac-
tère national dans ses imperfections, au lieu de le réformer ; qu'enfin il amuse au lieu d'instruire.
Alors le théâlre devient toujours une école de mauvaises mœurs.
C'est que pour amuser, il faut se rendre agréable, il faut plaire à tout prix.
Dès lors, on respecte tous les caprices du public; et, loin de diriger l'opinion, on devient son esclave.
On approuve tout, surtout ce qu'on réprouve.
L'auteur ne cherche plus qu'à mériter les applaudissements de son assistance.
Pour y arriver, il est pour lui d'une indigne complaisance. Met-il en scène , par exemple, une femme qui oublie ses devoirs d'épouse? Il la laisse impimie.
C'est qu'en lui faisant subir le supplice du remords, il craindrait de faire une trop pénible impression aux femmes coupables qui peuvent l'écouter.
U pourrait encore, il est vrai, indisposer contre lui les honnêtes femmes qui voient jouer sa pièce; mais
celles-là, il redoute moins de les froisser, parce que la vertu qu'on attaque est moins prompte à s'alarmer que le vice qu'on flétrit.
Mais à force d'approuver le vice et de condamner la vertu, on laisse croire aux gens qui marchent encore dans le droit chemin qu'il est absurde de ne pas s'en écarter.
Alors, qu'arrive-t-il? C'est qu'après avoir assisté à quelques représentations pareilles, les femmes qui trompent leurs maris les trompent de plus belle, et que celles qui sont encore vertueuses, finissent par suivre le torrent.
Et voilà conunent un art théâtral qui ne fait plus qu'amuser, et qui dégénère, par conséquent, doit fatalement amener à corrompre les mœurs.
Nous avons dit que la censure devait nécessairement causer la décadence de l'art dramatique.
Elle doit donc amener aussi le relâchement dans les mœurs.
Avec la censure, en elfet, Fauteur flatte le s^ouvernement, ou arrive au scandale.
S'il flatte le gouvernement, il cherche à propager les faux principes que proclame la politique du jour.
C'est ainsi qu'il encoiu*age les préjugés de la société.
S'il arrive au scandale, il affermit les passions et les ridicules de ses semblables.
D'un côté comme de l'autre, il n'instruit pas; il plaît, il amuse.
Il contribue donc bien alors à renforcer le caractère national, et par suite, à pervertir les mœurs.
Mais comme il n'arrive à ce résultat que parce que la censure l'oblige à faire tomber l'art, on peut dire en réalité, que la censure est alors la principale cause de la dissolution des mœurs.
Nous avons dit aussi que cette mesure préventive devait hâter encore plus la décadence de l'art, avec la liberté de fonder des théâtres et d'y exploiter tous les genres de pièces.
La liberté proclamée par le décret du 6 janvier, fu-
neste à l'art lui-même, le sera également aux tiicBurs; car, tout ce qui influe sur l'art, influe par cela même sur les mœurs.
Les théâtres, en se multipliant aujourd'hui dans les endroits où il en existe déjà, vont attirer à eux les personnes qui, jusqu'ici, s'en tenaient scrupuleusement éloignées.
Ils vont corrompre ainsi la partie des grandes villes qui n'était pas encore gangrenée.
En s'élevant là où ils étaient inconnus, ils ne pourront que dépraver des populations innocentes jusqu'à ce jour.
Voilà l'effet désastreux que produira sur les mœurs l'art dramatique modifié par le genre de liberté proclamé le 6 janvier dernier.
Pour réformer les mœurs au lieu de les pervertir, oii n'aurait dû accorder cette liberté, que lorsque l'art dramatique serait entré dans la voie du progrès.
Dans l'intérêt de la moralité pubUque , il fallait donc commencer par relever l'art.
C'est parce qu'on ne Ta pas fait, qu'on a proclamé une liberté qui ne pourra être funeste à l'art dramatique, sans l'être également aux mœurs ; et c'est pour cela que le décret du 6 janvier 1864, pernicieux dans un cas, l'est également dans l'autre.