INFLUENCE DE LA LIBERTÉ SUR LES MOBURS
En 1791, Chapelier disait à l'assemblée constituante :
« n faut que les spectacles épurent les mœurs, don- « nent des leçons de civisme , soient une école de pa- « triotisme, de vertu et de tous ces sentiments affec- <c tueux qui sont la liaison et le charme des familles ; « et qui , pour ne composer que des vertus privées, c( n'en sont pas moins les garants et les précurseurs des ce vertus pubUques. »
L'homme a besoin de se former et de se connaître; le théâtre doit être pour lui un lieu d'enseignement.
L'homme, il est vrai, a également besoin de se distraire, et je ne veux pas lui refuser quelques distrac-
tions ; mais, lorsqu'il vient au théâtre , il ne doit pas avoir pour but principal de rire et de se récréer.
S'il n'y vient , en effet, que pour y publier ses ennuis, il se laissera aller trop facilementà cette fausse croyance que le théâtre est uniquement fait pour charmer ses loisirs , et on ne le verra s'intéresser aux jeux de la scène que lorsqu'il n'aura rien de mieux à faire.
Or, le théâtre ne doit pas avoir pour principal objet d'amuser les gens désœuvrés.
Du reste, si l'homme a besoin de se distraire, ilm'a jamais besoin de rester oisif.
^ La distraction ne doit pas consister pour lui dans le repos absolu, mais seulement dans le changement d'occupations.
L'homme, en sa qualité d'homme, de citoyen, d'époux et de père, a des devoirs nombreux à reippUr.
n doit faire tous ses efforts pour s'en accjaitter dignement ; et , c'est dan3 l'accomplissement même de.
sa tâche , qu'il doit trouver la plus douce des distractions.
Comme homme, il doit élever son âme vers la perfection et satisfaire ses aspirations vers le beau.
Or, c'est en définitive parce qu'il rempUt les devoirs qui tiennent à sa nature même, que l'homme trouve de l'attrait à remplir ses devoirs d'époux, de père et de citoyen.
Avant tout^ Thomme doit donc rempUr les devoirs que sa nature lui impose.
D les rem][dit en cherchant à se connaître.
n se connaît par lui-même et par les autres.
Il doit donc s'étudier et s'analyser lui-même ; mais il doit aussi étudier et analyser la société.
Or, il; ne peut comprendre la société, ni dans les déductions de la philosophie, ni dans les abstractions de la morale.
Pour la saisir sm* le fait, il lui faut la peinture parlante du roman, et, surtout, la personnification vivante du théâtre.
Le théâtre est donc un lieu d'enseignements. S'U sert à nous délasser, il doit servir surtout à élever notre intelligence, par suite, à amener de bonnes mœurs.
Mais, il peut se proposer autre chose que la moralisation des masses»
Dans quel cas remplit-il sa mission ? dans quel cas y est-il infidèle?
Le théâtre agit principalement sur les mœurs par l'art dramatique proprement dit, c'est-à-dire, par les pièces représentées.
Mais l'influence des pièces est complétée par Tinfluence de la scène, et par celle des comédiens.