‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec les plus de puissance (volume 2)Chapitre 11 sur 33 · AUX ARTS QUI AGISSENT SLR LES CHOSES · texte numérisé non relu

AUX ARTS QUI AGISSENT SLR LES CHOSES

On divise ordinairement les industries qui agissent sur le monde matériel en trois grandes classes : Y industrie agricole, ['industrie manufacturière, l'industrie commerciale. J'espère qu'on sentira, pour peu qu'on veuille y réfléchir, qu'il y a nécessité de modifier un peu cette ancienne nomenclature. Elle n'est, en effet, ni suflisamment complète, ni suffisamment exacte. Elle ne comprend pas, même en donnant aux expressions qu'elle emploie la plus grande extension possible, toutes les classes d'industriesqu'elle doit nécessairement embrasser. Elle en omet une fort considérable. Elle en désigne une autre par un nom qui ne peut lui être raisonnablement appliqué. Elle les range toutes enfin dans un ordre qui ne semble pas le véritable, ou qui, du moins, n'est pas le plus naturel.

L'ancienne nomenclature, dis-je, n'est pas complète. Et en effet, dans le nombre des arts qui épuisent leur activité sur les choses, il en est toute une série, la chasse, la pèche, l'industrie du bûcheron, celle du carrier, celle du mineur surtout, qui jouent dans l'économie de la société un rôle considérable, on pourrait dire à quelques égards un rôle immense, et qui ne sont ni ne peuvent être comprises dans aucune des trois grandes catégories désignées plus haut. Cependant, cette classe do travaux est trop importante pour pouvoirêtre omise, et, d'une autre part, elle est trop distincte de celles déjà nommées, pour pouvoirêtre confondue avecaucune d'elles. Commentometlre, en effet, des industries qui contribuent à l'alimentation du genre humain dans une aussi forte proportion que la pêche, ou même lâchasse, et surtout des industries qui fournissent à tous les arts une masse aussi colossale de matériaux que l'exploitation des carrières et des mines? Et d'un autre côté, comment les confondre avec aucune des trois grandes classes d'industries déjà désignées? On a voulu les assimiler à l'rndns-

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trie improprement appelée commerciale ; mais il y a visiblement dans l'art du chasseur, du pêcheur, du mineur, quelque chose qui les distingue essentiellement de celui de l'homme qui se borne h déplacer, à transporter les choses et à les mettre sous la main de l'acheteur. On a voulu aussi les assimilera l'industrie agricole ; mais encore le moyen de confondre avec l'art de la culture celui de la pêche, de la chasse ou de l'exploitation des mines? Toutes les industries de la classe dont il s'agit ici remplissent une l'onction qui leur est propre, et qui se distingue nettement de celles accomplies par les trois autres grandes classes : elles extraient mécaniquement du sein des eaux, des bois, de l'air, de la terre, sans leur faire subir d'ailleurs aucune façon déterminée, des matériaux innombrables, qui servent ensuite à l'exercice d'une multitude d'arts. Je demande la permission de les désigner par un nom pris de la fonction même qu'elles remplissent, et d'en former, sous le nom iY industries exlractives, une classe tout à fait séparée.

Ma seconde observation est que l'une des trois industries déjà classées a reçu une dénomination tout à fait impropre. C'est de l'industrie dite commerciale qu'il s'agit ici. La fonction du commerce, sa manière de concourir à la production consiste, a-l-on observé, à déplacer, à transporter les choses, a les mettre à la portée de quiconque en a besoin. Ce n'est pas la réalité de la fonction que je conteste : elle a été très utilement signalée, et très exactement détinie; mais le nom qu'on lui a donné manque évidemment de justesse et ne va nullement a la fonction.

Je serais fort embarrassé de dire comment on a pu être conduit a désigner par cette appellation d'industrie commerciale l'art qui fait l'office de déplacer, de transporter, de distribuer dans le monde les choses nécessaires à la satisfaction de tous

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les besoins et à l'exécution de tous les travaux. Il est clair qu'on n'a pu lui donner le nom de commerce, sans faire à ce mot une extrême violence et sans le détourner tout a fait de son acception. En effet, le sens étymologique du mot commerce , coMMERCiuM , mot formé de cum et de merx , c'est échange. Commercer, c'est échanger; c'est, au lieu de ravir une chose, l'obtenir au moyen d'une autre, clm merce. Évidemment il n'y a aucune raison pour appliquer ce mot à l'acte industrieux, au fait productif de l'homme qui exécute des transports.

Le comte de Yerri, et après lui J.-B. Say, ont fait une observation pleine de sagacité et de justesse quand ils ont dit que, dans le nombre des personnes qui vendent et qui achètent, il y en a toute une classe, et une classe fort nombreuse, qui exécute des transports et qui concourt ainsi a la production d'une manière très directe. Ils auraient pu donner le nom d'industrie voiturière à celte action de transporter, comme on donne à l'action de transformer le nom d'industrie manufacturière. Ils auraient encore pu dire le voiturage, comme on dit le labourage. Mais certainement ces écrivains ont eu tort de donner le nom de commerce à Y art des transports. Il n'y a pas plus de raison pour appeler ainsi l'industrie des gens qui voiturent les choses , que pour donner ce nom à l'industrie des gens qui les façonnent. Nous faisons tous des échanges dans la société, nous sommes tous marchands de quelque chose, nous sommes tous commerçants ; mais commercer, marchander, vendre , acheter, échanger, n'est proprement un métier pour personne. Il y a des hommes qui labourent, d'autres qui fabriquent, d'autres qui voiturent, d'autres qui enseignent, qui prêchent, qui peignent, qui chantent, qui déclament : ce sont la autant d'arts particuliers, autant d'industries spéciales. Commercer, échanger,

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