LIVRE IX, CH. III. UE LA LIBERTÉ DES ARTS
senbte imedeftpio&gnTesdaioi leM|aelles il fût possible de
tomber. Certes, quand je suis ému, inspiré, il n'est pas dout6Qs que ce ne màX là ma manière d*élre» Les faits de la passion et de rionginatien sont des bits amsi certatns qne cen d'aucun autre ordre. Ou peut les observer, les connaître, eu décrire les Ms, en foire la scaenee. Mais, aa-delà de leur propre existence, que prouvent ces faits? M'offrent-ils quelque garantie de la vérité des choses? De ce que je puis porter Teiallation jusqu'il Textase, en résulte4-il que mes tisioiis se rapportent hors de moi à quelque chose de réel? De ce que b passiott et Timagination sont de véritables facultés, s'en* suit-il qu'elles sont de bonnes logiciennes ? De ce que je puis observer leurs procédés, doit-on en conclure qu'elles sont douées d*un véritable esprit d'observation et que je puis me fler k leurs rapports? Non, sans doute. Nos sentiments ne sont pas toujours une preuve de rexistence des objets ters
lesquels ils nous entraînent; nos imaginations sont encore moins une preuve des qualités dont elles se plaisent k orner ces objets. Nos sentiments ne renferment point d'idées on n^en renferment que de confuses; nos imaginations en contiennent presque toujours de fousses on d'eiagérées. L'inquiétude amoureuse d'un adolescent qui n aura jamais vu de femmes ne M dira pas ce que c'est qu'une femme, et son imagination, après qu'il en aura vu, pourra fort bien les lui re» présenter revêtues de plus d'attraits encore qu'elles n'en ont. Rien ne semble donc plus imprudent que de vouloir puiser la lumière aux sources de l'enthousiasme. Nous ne pouvons être véritablement instruits, ni par le sentiment, ni par rimagination. Quand commençons-nou» réellement k connaître, k faire de la science? quand nous cessons déjuger les choses d'inspiration; quand nous commençons k examiner les rap» ports que la passion et l'imagination s étaient plues d abord
QUI GULTIVBMT L£ SENTIMENT ET l' IMAGINATION. 77
k nom eu faire ; quand, les tenant bien en notre pouvoir, nous commençons à les soumettre aux divers moyens dlnvestigaiion dont la nature nous a pourvus.
Ainsi , tous les faits que peut vérifier notre intelligence, floit qa'elle porte ses regards an dehors, soit qu*e!le les replie sur elle-même et fasse Tobjet de son élude» de ses propres fonetionfty tons cenx qu'elle peut observer, anal3f8er, eompa* rer, juger, peuvent être des objets de science. Toutes les choses, au contraire, qui ne sont pas susceptibles de vérifi-* cation , que Tanalyse et robservation ne peuvent atteindre, et sur lesquels nous n'avons de prise qu'à l'aide du sentiment, de rimagination, de nnspiration, sont des choses qui ne peuvent être sues. Sans doute rima^dnation et le sentiment peuvent aussi être scientifiquement étudiés; mais ils ne sont ca|NdMes d*ancun travail scientifique. Nous pouvons connaître ces facultés; mais ces iàcuiiés n'ont pas le don de connaître : ee n'est point k elles qnMl appartient de faire la seience, et les choses que nous ne savons que par elles , encore bien qu'elles deviennent fréquemment des articles de foi, ne sanlaiHit jamais passer pour des vérités sdenfifiques.
7'est ainsi, par exemple, que nous pouvons faire Tofojet d'oae élude scientifique du cours des astres, parce que f ohsemtion peut faire connaître Tordre qui préside à leurs mowements; et non de la cause primitive de cet ordre, parce q«e cette question est de celles sur lesquelles nous ne pouvons |)orier que les lumières de la foi ou les inspirations du mlinieot. • <
Cest encore ainsi que nous pouvons scîentifiquemest^lii* dier les phénomènes physiques et chimiques qui frappent eoBliiMKillqnent nos regards, parce qu'il noas est possible, à force de patience et de sagacité, de découvrir comment ils s*eiieiiainent; et non la cause première et la tendance fimde
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de ces faits, parce qu'il n'y a que rimaginatioa qui se puisse ayenturer dans de telles recherches.
C'est ainsi, enfin, que nous pouvons faire une science des fonctioos de Tesprit humaia, parce qull y a possibilité de découvrir les lois suivant lesquelles ces fonctioos s'accomplissent ; non cberclier à quoi ii tient que Thomme pense, parce que c*est encore Ik un de ces problèmes sur lesquels la raison n'a nulle prise, que l'imagination s'efforce en vain de pénétrer, et que la foi seule peut résoudre.
En somme, je ne conteste, on le voit assez, ni le sentiment, ni Tenthousiasme , ni Tinspiration : je reconnais Fexistence de ces facultés et celle des effets qu'elles produisent Je dis seulement que ce n'est pas dans ces facultés que sont nos moyens de eonnattre, et que les choses que nous ne savons que par elles , admises par beaucoup d'iiommes, quelqaesrunesparruniversaHté des hommes, commeartidesdefoit comme vérités de seniiment, ne sauraient être rangées, en aucune façon, dans la classe des vérités scientifiques.
Cependant qu'allons-nous faire de ce fonds de sensibilité rêveuse qui nous émeut sans nous éclairer? Qu'allons-nous laire de ces penchants , de ces dispositions instinctives qui nous poussent vers les choses, en quelque sorte h notre iuso, ou du moins sans pouvoir nous dire en quoi elles consistent? Qu'allons4ious fairede cette singulièrefaculté, bien et dâment convaincue de sorcellerie et de magie, qui entoure de tant de prestige les objets de nos affections , qui nous trompe d'autant plus sur les clïoses que nous les désirons plus ardemment, que nous avons plus de peine à les obtenir, que nous sommes plus inquiets sur leur possession après les avoir obtenues, et qui, pour créer ses lictions, et établir ses hypothèses, choisit toujours de préférence les sujets où la lu*
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mière ne peut pénétrer? Nol doute assurément qu'il ne faille exclure des ateliers de la science ces facultés passioouées et aTentnreuses; mais devons-nous les écarter aussi du domaine des beaux-arts?
Autant il est peu sage de vouloir faire les sciences avec de
l'inspiration, autant il le seiail peu de vouloir appliquer It-s formes du raisonnement aux créations de la poésie. Je n'iiéeiterai certainement pas à dire au philosophe : aimez h raison; que vos écrits tirent d'elle tout leur lustre; vos travaux seront d'autant plus dignes d'estime que vous vous serez tenu
plus près des faits, que vous aurez moins accorde à Timagination..«* Mais j*aurais quelque peine, je Tavoue, k adresser le même langage à Partiste. Au lieu de lui dire : aimez la raison; je lui dirai : aimez la passion ; étudiez ses mouvements; saches comment elle s'exprime; observez son influence sur
rimagfination ; voyez quels rêves elle lui fait iaire ; connaissez les chimères dont elle lui demande de la bercer. J'aurais exhorté le savant ii n'être ni passionné, ni ami du merveilleux : je recommanderai à Taniste d être i'un et l'autre. La passion, qui aurait égaré le savant, est seule capable [de Lien diriger l'artiste : les illusions sont sa première réalité, puisque ce sont des illusions qu'il doit peindre. Le savant, sans doute, doit soigneusement éviter de travailler d'inspiration. Mais malheur h l'artiste qui voudrait introduire dans b poésie les procédés de la science et faire parler à la passion le langage de la raison. C'était l'inspiration qui était ennemie dans la science; c'est la raison, entendue d'une certaine maflièfe; qui le serait dans la poésie. La seule raison dont le poêle ttt besoin, en tant que poète, est celle qui connaît les secrets de la passion et de l'imagination ; qui sait comment agissent, comment se conduisent ces puissances mystérieuses; ei cette raison-là, il la possède d'autant mieux qu'il est plus