CHAPITRE IIL
M LA lIBBRTÉ BU AETS HVl TRAVA|Li.KKT A LA GULTUBS DB L*I1IA€1-
NATION ET VIS rACVLTtfs AmCTmSS.
Les arls si aUacbaDts, si variés et si puissants dont il s^agit ici sont ceux qu'on a désignés par le nom de I>eaux-art8. Il est essentiel, pour en bien comprendre la vraie nature, de commencer par distinguer avec quelque soin leur domaine de celui des sciences.
Je ne sais si la iimite qui les sépare a été bien clairement aperçue. Je crains qu^k cet égard des esprits très dissembiables ne se laissent aller, en sens cou u aire, à deux sortes d'erreur dont Tune pourrait avoir de âcheuses conséquences
pour les sciences et dont Tautre ne paraît guère uioins nuisible à ravancement des beaux-arts. La première est celle des hommes qui prétendent porter la poésie dans les ma«^ Uères philosophiques. La seconde, celle des hommes qui veulent qu'on introduise la philosophie jusque dans la poésie.
D'une part, une certaine classe d'écrivains a prétendu faire UD objet de science de choses qui ne peuvent être évidemment que des objets de foi, de choses qui se dérobent par leur nature inéuie à toute espèce d'investigation et de recherche, deDieu, deTàme, delà vie future, des causes premières et finales de tous les phénomènes qui frappent nos regards et font agir notre pensée. Nous ne pouvons connaître , on en convient , que ce qui peut être soumis k Tobservation, etnéanmoins on s'est aventuré k faire la science de
04 LIVRE IX, CH. ilU m LA LIBERTÉ DEL AUTS
r inobservable. On avoue que nous iguorons tout ce qui sort de Texistence présente de rhomme et du inonde ^ par cela seul que Vobservation ne le saisit pas, et Ton s'est néanmoîiis hasardé k dire que h visible peut révéler Vinvieibie; robser" vable^ Vinobiervable; et le connu du moment^ f inconnu qù^en» vehppenl le commence} ne ni et la fin des cho$e$m
On ne 8*est pas arrêté là. On s'est cm en état de préciser
les objets que pouvait embrasser cette science singulière de rinobservable, k laquelle on donne indifféremment les noms i^anthologie, de métaphysique, de philosophie Iranseendeniale. On nous a appris que celte philosophie devait se demander 1^ du monde^ et, ffour se borner, du globe terrestre .* eammeni il a été créé, quel en a été l étal primitif, etc.; ^ de l iiomme ; ce quil est dans son principe^ ce que son âme est avasU cette «te, si elle jouit d'une existence propre et distincte^ ou si elle v^est que l'être en PLisSANCE; et qu'en outre de la question de rhomme et du monde, la même science devait embrasser celle du principe qui les a créés.
C'étaient là, on Ta avoué, des questions ardues; mais on ne les a point jugées inabordables. On a trouvé notaromeiîf que s'il était diilicile de dire ce qu'était l'âme avant cette vie, la destinée future de Fétre moral offrait plus de prise à la science. On a pensé aussi qu'il n'étail nullement impossible d'arriver sur la science du Créateur à un ensemble de eonelU' sîons positives, el l'on a ajouté que la création était déjà assez connue dans ses parties et assez comprise dans son ensemble pour que les esprits éclairés pussent en avoir, sinon une idée complète, au moins une idée satisfaisante»
On a été plus loin, et, pendant qu'on déterminait ainsi quels étaient les objets que devait embrasser la science de f inobservable, on nous a révélé qu'elle était de nos facultés celle qui avait la vertu de nous élever à la connaissance des
QDt CULTIVEX«T LE SËMXlMEt^T £T L'IMAGINATION* Cô
choses que Tobservation ne peut saisir. Celte faculté, nous a-Uon dit, c'est fmsfiraUonf et Ton définissait rinspinitioii :
l action spontanée de la raison dans sa plus grande énergie.
On posait en principe que la raison était d'autant pins sûre d'elle-même et méritait d'autant pins de &ire autorité, qu'elle met moins du sien dans ses perceptions, quelle ne les cherche nCneles provoque^ qu'elle est moins réfléchie, qu'elle est plos
inspirée.
C'est cette iacullé primordiale (Tinspiration), qui fournit à la eeienee les premiers fondements, qui nous apprend he premières vérités, les vérités éternelles. Ce que nous révèle rinspiration est ce que nous savons le mieux et le plus cer^
tainemeDt. La révélation^ ainsi eiilendue, entre et prend place dane la scienee. Nous n'avons point à nous inquiéter de Top* position prétendue qu*il pourrait y avoir entre la science et la révélation. Cette opposition n'est point à craindre* Toutes deux waie» à leur maniérée^ elles ne peuveni pas ne pae s'ae» corder; l'une est la pure intuition, l'autre la pure connais* ionee.
Enfin Pinspiration paraît un moyen ai certain de savoir la
vérité, une faculté si sûre, qu'on n'hésite point k la placer au-dessus de la réflexion. FiUe de ffâme et du ciel, f inspirer lion, observe-t-on, parle d'en haut avec une autorité absolue» sUe ne demande pas l'attention^ elie commande la foi. Vinspira^ Itou étant timpersonnaUté est autorité; la réflexion étant la per^ sonnalitén* est point autorité. £t rou explique ces paroles en disant que finspiration n*affant rien de volontaire^ ni par eonséquent de personnel, il semble qu* on peut se croire jusqu^â un certain point le droit d'imposer aux autres les vérités qu'elle noue découvre, puisque ces vérOée ne son$ pas notre ouvrage^ et que nous-mêmes nous nous inclinons devant elles comme venant
den haut ; au lieu que la réflexion étant toute personnellej U m. 9
^ LIVRE IX, Cil. ill. DE LA LIBERTÉ l>fcS ARTS
$er0it trcp Mdemment inique ei absurde imposer aux autres
le fruit d opérations qui mus sont propres.
Ainsi, encore une fois, on a prélenda introduire dans la science des choses rc^ai Llees, ii peu près universellement et depuis longtemps, comme placées au-dessus de tous nos moyens de eonnailre, et Ton a affirmé qnMI était possible ci^atteindre à ces choses au moyen de Tinspiralion, de l'intuition, de la conscience, de la raison spontanée
D'un autre côté, en écartant du domaine des sciences ioul ce qui échappe k Tobservation, tout ce qui n'est pas susceptible de vérification et de preuve, tout ce qui n'est qije(i7nstinct, de foi, d'inspiration, d'imagination, d'autres écrivains ont paru vouloir Texclure aussi du domaine de la poésie; et, tandis que les premiers semblaient prendre à tâche de rendre la philosophie rêveuse et poétique, les seconds voulaient que la poésie fût pusilive, raisonnable et presque raisonneuse
il y a longtemps chez nous qu'on a demandé aux beaux arts de procéder d*une façon didactique et de parler surtout a la raison. C'est le précepte le plus fondamental de la poétique de Boileau, qui nous gouverne depuis le milieu du dixseptième siècle. Ce précepte est celui qui se présente le plus souvent sons la plume de l'illustre écrivain. Quelque sujet que vous traitiez, dit-il au poète, faites-ie avec bon sens; amex la raison; que vos écrits empruntent d'elle tout leur lustre; tout doU tendre au bon sens ; le burlesque est indigne de plaire par cela seu^ qu'il lail injure au bon sens; il faut du bon sens même en chanson; à plus forte raison en faut-il dans les jeux du théâtre ; la seine demande une exacte raison; gardez de
(*] Tous les passages soulignés, dans les alinéas qui précèdent, sont littéralement extraits d*ouvrages appartenant aui principaux cfaelis de récoie de philosophie qui a pris parmi nous le nomà Èeete édeetiqui.
QUI CULTIVENT LB SSNTIlIBNT BT l' IMAGINATION* 67
flaitanter aux dépem du bon iens; le poète le plus digne de flaire eet celui qui plait par la rai$tm 8BULB et fui ne la eAo-
^ue jamais^ etc.
Telles furent les recommandations eipresses et réitérées
que reçut parmi nous la poésie a Tépoqne ou se polit, où se fiu notre langage; et Tauteur de ces règles lut le premier^ le plas exact, le plus constant à les obsenrer.
L'ioflueace de ces préceptes fut immense. Or, il faut con- TeDÎr quMIs étaient plus propres à former le jugement du peuple à qui ils étaient adressés qu'à donner une impulsion Vm animée à son imagination et k ses facultés affectives. Soixante ans après la publication de l'art poétique, Voltaire écrivait que les Français étaient le moins poétique de tout les peuples polis ; et c*était lii, suivant lui, la vraie raison pour laquelle la France n'avait pas produit de poème épique (*). Pendant que, comme philosophe^ il travaillait an progrès de la raison de toute sa puissance, comme poète, il lui an irait «ment de s'affliger de Taffaiblissement des imaginations :
On a banni les démons et les fées; Sous la raison les grâces étouffées Limnt nos eoBUrs à Tinsipidité; Le raisonner tristement s'accrédite :
On court, hélas I après la vérité, etc.
Voltaire se plaignait d'une sorte d'esprit géométrique qui s'était emparé des belles lettres, et qui ôtait tout élan, toute émotion k la poésie, t Notre nation, écrivait^il, regardée comme si l^ère par les étrangers, est de toutes les nations h plus sage la plume k la main. La méthode est la qualité dominante de nos écrivains. On cherche le vrai en tout Insensiblement, il s'est formé un goût général qui donne asses
0) Essai sut la poésie épique.
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]*eidii«oii aux kraginilioBs de Vépopée, etc. » Ii«-»flièM «efilsôile besoin se plier à ce génie exact et sage (c^esl ainsi qtiMl le qnalifie), et il n^osait être plus poète qae son «Me et son pays ne le comportaieiil. C'était» observait-il, pour se eenfemer av ^tdeaeii tesipacl 4e «a nalieii qv'it ayait
choisi pour son principal poème, « un héros véri table au lieu d*an héros fabuleux ; 4|i^il avait déerit des guerres léeUes et nta des batulles eUmériques, et quHI iiViwt pas employé une fiction qui ne futTimage sensible de la vérité. > On s'aperçoit de cette disposition de Voltaire à se tenir dans le viai et l'exact, dès les premiers vers de sa Uenrîade. Tandis que ^Mqii'à lui ÉOHB les poètes épiqnes avaient adressé lenis invo* cations k quelque être bien merveilleux, à quelque dîvinilé bien poétique, JUilton à la muse céleste qui fait «on «qeur sor lee sonnets «ofibiires d'Hoceb on de Sînai, le Tassel la vierge divine qui si^ au-dessus du chœur des anges, le front eeinld!ofte coœseMieélélMles innefteUes, il iiHn?o(|«ie,1n, que la vérité :
Descends du haut des cieinc, auguste vérité; Répands sur mes écrits ta force el ta clarté ; Que l'oreille rois s'accoutume à l'entendre, C'est à U)i dleofteigner ce qu'ils 4iaiveiit apprendre.
On reconnaît à Tinstant même dans ces vers le ton senteo* oient 4tt fiiède4e la ^iJosophie. €e Ion se protknt dans toutes les poésies sérieuses de la même époque, et jusque dans€eUes dont la natwe aeraUe le ednporter ie mens, dans «elles qui «ont plus particulièrement destinées \\ peindre les monvements et les efiets de ia passion, dans le drame.
Le iéportom de notre pienier ftéfttre no s^est pe^t ftre pas enrichi, dans k cours dn^mier siècle, d'une tragédie qni n*eût été composée dans une intention jAiloeophique, eu dans laquelle, tout au moins, on ne ii ouve en abondance des
QUI CUTIVfiMÏ L£ Sa&MTlIlfiNT &T It'ulMUfATlOif. 69
iBaoUmes de morale et de plûlosoplûe. On mi jasqu* k quék pont mit élépoaafié de aesjoani cet abos de fai Mttéffatore dramatique. Presque tous les genres de poésie s'étaient plus M HMios regsmtis de celte fausse direetion-iia^iriiiiée au gémm det arts. Peu k peu ens^étaHaecoèlmné k assigiier aux iMLvaux du poète le même but qu'à ceux du philosophe; on mit TOTlaque hpoésie Mt»ceaMBelipWle6opliie,enplo9ée à perfectionner la raison; partout la poésie avait eu quelfse ch<Me à prewrer, quelque tbèse k soutenir, quelque vérité k mettneen hmière; il était arrivé de la sorte que le mètre, la césure, la rime, étaient devenus les^ seuls traits bien caraelériitiques d*«i grand neoibre d'ouvrages appelés poétiques; la poésie s'était confondue dans une multitude d'esprits avec la wciiieatioii, et cette coofiision s'était tetieaieBt accréditée, te vrai sens du mot poésie avait paru se perdre ^ee poîut ipi'ea avait vu notre premier corps littéraire proposer habi^ tnalkment pour prix de poésie des sujets plutôt philosophiques que poétiques, des questions de morale et presque de jQriapruden6e:r«uMtt<toiidii;tiry, leim>4miaiiêsdefen$&ig9if wmiUnmiuel, ï ahoHtùm de la traite, VutOité des fondations et Ugs Monihyan en faveur des hospices et des académies, etc.
Ainsi tandis que, d'une part, certains phBosophes pleins da poésie ont poussé l'amour de Fenthousiasme et de Tinspirattoa jnsqu'à vouloir introduire ces facultés dans le domaine de la science et en faire le moyen le plus s6r et le plus fondamental de discerner la vérité, Técole des poètes-philosophes, d*iin autre côté, a porté la passion de la raison et le désnr d étendre son empire jusqu'à vouloir lui soumettre des arts dont la tâche^ parfaitement distincte de la sienne, consiste surtout a cultiver le sentiment et Timagination. Je ne crois pas qu'il soit bien diâkiie de montrer ce qu'il y a eu d'abusif et d*erroné dans ces prétentions inverses.
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ComineQçoûs par dire, sans craiuie d'être démenti, que renthottsiasme n^est pas une méthode et que les aeienfies ne se font pas d'inspiration.
Ce n'est pas le fait même de l'inspiraiioa que je conteste, c'est le caractère qu'on lui donne et le pouvoir qu'on lai confère. Je conviens que les impressions des sens externes, ne sont pas la seule , ni même la première cause qui met notre intelligence en mouvement. Il est possible qu'elle agisse avant que ces sens lui aient transmis aucune impression, on que
les impressions qu'ils lui ont transmises aicni pu donner lieu à aucune détermination raisonnée. Cen'est en vertu d'aucune instruction acquise par Tintermédiaire des sens extérieurs que i'en&nt qui vient de naître saisit le sein de sa mère et exécute une opération aussi savante que celle de la succion; que, peu de mois après sa naissance, ii manifeste déjà des désirs, des volontés, et emploie ses faibles moyens k les satisfaire; qu'à mesure que ses organes intérieurs se développent, il se montre différemment afiecté; qu'à l'époque de ia puberté notamment, il prend tout-à-coup d'autres idées, d'autres habitudes, et que l'absence des objets propres à satisfiure ses nouveaux penchants, ne les empêche pas de naître et d'iuiluer, de la manière la plus profonde ^ur le caractère et la direction de ses idées. En un mot, je ne fins aucune difficulté de reconnaître que nous apportons en naissaut et qu'il se développe en nous, à mesure que s'opère notre cnrissanee, des dispositions, des facultés qui nous déterminent instinctivement à agir, et qui suscitent en nous des idées qu'il est impossible de rapporter à aucune impression exté- * rieure.
liais de ce qne rintelligence est mise en mouvement par
jos impulsions de l'iusiiiict autant que par les impressions des sens^ s'ensuit-il que nous pouvons rapporter nos connais*
OUI CULTIVENT Lfi S£1^T1I1£NT £T L'iMAUir^ATlOM. 71
tances aux excitations des sens intérieurs et considérer Tinspiraiioa comme une source de lumière ? Assurément non« Autant il serait peu exact de dire que les sens perçoivent ^ comparent^ raisonnent^ imaginent^ autant il Test, et plus encore peul-étre, de transporter ces opérations de l'esprit à ces autres sens, placés en dedans de Jious, qui nous remuent, nous agitent, nous disposent à Taction, mais qui ne portent a l'esprit que des émotions vagues, ([ue des impressions confuses, et qui nous poussent à agir sans nous faire connaître les objets vers lesquels ils dirigent Taction de nos organes
extérieurs.
Si Ton devait considérer les facultés instinctives comme
les plus propres à illuminer l'esprit, les animaux auraient des connaissances bien plus certaines que nous; car leurs instincfs paraissent bien plus forts que les ndtres, et leurs inspirations bien plus sûres, plus vives et plus animées. Les animaux font d'inspiration infiniment plus de choses que nous n'en pouvons faire, et ils les font infiniment mieux. Le poussin, au sortir de sa coque, poursuit avec vivacité le grain qu'on jette devant lui, et il le saisit sans commettre la moindre erreur d'optique ; le chevreau naissant discerne la cytise dans . un faisceau de plantes ; l'agneau, h peine sorti du sein de sa mère, se met à bondir autour d'elle, et, si elle s'écarte, il sait la découvrir et la reconnaître au milieu du plus nombreux troupeau.
Les animaux ont quelqueiuis des pressentiments, des prévisions dont nous sommes tout à Êiit incapables. Je pourrais citer beaucoup d'exemples : je me borne à nippeler, comme un des plus curieux , la terreur prophétique que manilestèrenl la plupart des animaux k l'approche du formidable tremblement de terre qui eut lieu dans la Calabre et la Sicile au mois de février 1785. Un voyageur digne de foi, té-
73 UVR£ IX, c;ii. iu« de la muehié dls arts
moîn oculaire de révènement, raconte que les poissons se iiioiitjrèi>eal à la surface de Teau, le loug des eûtes, dans im étal cmplet de stupeur, et qn*on en prit des quantités considérables. Les oiseaux sauvages parcouraient Tair en poussant d'efEroyables cris. Les oieS) les pigeonst les poules et tous les animaux domestiques étaient en proie à une égale teifenr. Les chiens, les ânes gambadaient, sautaient et faisaient résonner Tair d'aboiements et de braienients horribles. Les ehevaux et les boeufs beanissaient, mugissaient et tremblaient de tous leurs membres; ils dressaient leurs oreilles et promenaient çà et là des yeux étinceiants et égarés. Il n*était pas un être vi^nt que ses pressentiments ne parussent clairement avertir de rapproche d'une grande catastrophe. L'homme seul semblait ne prévoir en aucune fiiçon les calamités qui le menaçaient, et de tous les animaux il n'y avait que lui à qui Vûtstmeê , Vmipiratimj ViUmiion $p9^ tanée ne révélassent rien du travail redoutable qui se faisait dans les entrailles de la terre et de Thorrible boulSTersement qui allait s*opérer ( ' ).
Non-seulement l'homme est de tous les animaux celui à qui riiuqpiralion parle le moins, maïs il est celui qu^elIe trompe le plus. Comme tous les autres, il s^émeut, se passionne, et agitd'abord iDstinctiTement;mais, soit queses instincts soient moins clairvoyants, soit que son imagination le trompe davanUige, il n*en est pas qui soit plus sujet k se faire illusios sur les objets de ses désirs ou de ses craintes, et chez qui la réflexion ait à corriger plus souvent et plus longtmps les erreurs de nnspiration.
Lorsque Vhomme, remarque un médecin philosophe, éproufve un besoin intérieur bien prononeé, en vertu des sti*
(') F. k QauiU UUiraire, 1. 1, p. 7S.
QUI CULTIVENT LB S£MT1X£NT hT L'iMAGIMàTION. 73
malatioDs porlées au cerveau par les nerfs des viscères, il observe toua les objets extérieurs daos l'intérêt de ee besoio. À la vue des objets propres à le contenter, le cerveau réagit sur le viscère qui, rendu plus irritable par ce surcroît de stimolatioii, réagit à wù tour sur le eerveau a?ee une foiee ooovelle ( ' )- Or, dans cet état d'ex acerbation de Forganecérébral, il arrive presque toujours que rimagination allumée entoure d*ill«ion8 et de prestiges les objets sur lesquels se porte la pas&iou ; et ce n'est que lorsque la passion, satisfaite et apaisée , a pennîs k rimagipation de se refroidir, que la raison peut commencer à juger sainement des choses qu'elle lui avait présentées sous des couleurs si peu fidèles, et à les voir telles qo*élles sont Cette liaison de rimagination avec les facultés atiecLlves est un des faits les plus constants de la nature humaine. Nous ne pouvons pas éprouver un sentiment,
sans qu'aussitôt notre imagination soit plus ou moins mise en jeu; et c'est sur les rapports de Timagination que nous jugeons pendant longtemps de tous les objets de la nature vers lesquels nous entraînent, ou desquels nous détournent nos besoins et nos penchants ; c'est l'imagination, excitée par la
passion, qui uous inspire, qui fait nos sciences ou plutôt nos croyances, et qui décide de la plupart de.nos actions.
Or, on sait de quels rêves cette magicienne est capable de nous bercer, à quelles mystifications elle nous expose, dans quelle suite d'erreurs ridicules ou monstrueuses elle peut nous faire tomber. L'imagination tend, par une sorte d'initinct».à la production d'idées superstitieuses de tout genre : elle voit ou enfente partout du merveilleux. Plus elle nous fait sentir la vie, et plus elle nous porte à la supposer dans tout ce qui nous environne : elle anime tout ce qui se meut.
(*) BnHU»ais, De tirHuuim «I de Im fUie, p.aos.
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le vent, les flenves, les magnes de la mer, les nuages ; elle en* toure Tobjet de nos craintes de fantômes effrayants; elle prête un charme illasoire à celui qae notre passion coovoHe; et Terreur où elle nous lient est d'autant plus forte et plus « per^stante, que Tobjet sur lequel elle s'exerce est plus enveloppé de mystère , ou qnll oppose ^ nos désirs plus de résifttauce^ que nous n'avons plus de peine à nous en saisir, à le posséder, à le connaître, à le pénétrer. Que Ton considère les divers objets de la nature vers lesquels nos besoins et nos passions ont dirigé les facultés de notre esprit, depuis Torigîné de Tespèce, et Ton se conyaincra qu'il n'en est pas on sur lequel Timagination ue nous ait fait d'abord les rapports les plus mensongers, les contes les plus fantastiques, et sur lesquels toutes nos coiiiiaisbaiices ne se soient longtemps réduites à de pures illusions.
Qu'on juge, après cela, du degré de confiance qu'on peut raisonnablement accorder aux actes de l'esprit humain qui ont précédé toute opération réfléchie , et de Tantorité que Viniuùion spontanée^ V enthousiasme^ {'inspiration méritent d'avoir aux yeux de la science.
On dit que l'autorité doit appartenir k {'inspiration , par cela seul qu'elle n'est pas le fait de celui qui l'éprouve, qu'elle ni vient d'en-haut , et qu'il est le premier subjugué. Nul doute que les inspirés, les enthousiastes, les hommes dont la passion est émue et l'imagination enflammée, n'exercent en général plus de pouvoir sur l'esprit des hommes que les geus éclairés et de sens rassis qui ne s'adressent qu'à la raison. Mais ce qui est vrai en fait , est-il digne d'approbation au principe? Et devait-on s'attendre à voir la philosophie, amie de la sagesse, donner à l'enthousiasme l'autorité sur la réflexion? Sûrement l'homme ^ui médite ne peut pas, k son tilre d'esprit réfléchi, demander que le monde soit obligé de
i^Ul CULTIVENT LE SLiMlMEM ET l'iMAGINAïION. 75
se gooveraer selon ses maximes : poète on philosophe, en-
iiiousiasle ou flegmatique, inspiré ou de sens rassis, nul ne saarait, sans injustiee et sans impertinence, exiger que les antres soumettent leur jugement au sien. En bonne logique et en bonne morale, les hommes ne doivent céder qu*à leurs propresconvictions.Mais ils'agitdesavoir quelles sontde lenrs coûvictioiis, de celles qui sont nées de renlliousiasme et de rinspiration, ou de celles que la réflexion , a produites, celles auxquelles ils peuvent céder avec le plus de raison et de sécurité.
L'école philosophique qui donne lieu k ces observations paraît être d*avis que les premières sont les plus dignes de conliance. C'est à tort, dit-elle, qu'on appellerait erreurs les produits de Témotion et de Tenthousiasme : il peut sans doute se iiiéler beaucoup d'erreurs à la poésie; mais la poésie en elle^me eU i>rate. Quelle est donc le sens de ce langage, et qu*entend-on par ces mots de poésie vrat« ? Veut-on dire que rhomme est susceptible d'inspirations poétiques, et que lorsqu'il est inspiré, il est inspiré? Qui pourrait prétendre le contraire ? Yeut-on dire qu'il est bon que l'homme soit capable d'émotions, et que Timagination est une faculté précîeuse? Qui pourrait encore le nier? Mais ce n'est pas là tout ce qu'on prétend. On ne se contente pas d'avancer en fait que rhomme est susceptible d*émotion et dMnspiration', ni d'établir en principe que l'émotion et l'inspiration sont de bonnes choses : on affirme que nous pouvons arriver à la vérité par l'inspiration, que l'enthousiasme est un moyen de connaîtie, ou, comme on s'exprime, que la raison ne nous informe jamais mieux de la réalité des choses que lorsqu'elle met moins du sien dans ses perceptions, qu'elle est moins réfléchie, qu'elle est plus inspirée.
Or, c'est là qu'est l'erreur; et, pbilosopliiqueraeiU, elle nous