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habileté commerciale n'a pu faire entrer dans la circulation, et les auteurs systématiques de ces façons d'écrire, déjk modifiés dans leurs tendances, sentiront le besoin de se rapprocher davantage encore des vrais besoins artistiques de la société pour laquelle ils sont chargés de travailler.
Impérieusement obligé, comme tout autre travailleur, de s'enquérir de Tétat de la demande, Tartiste n'a pas moins besoin de connaître Tétat de Toffre. Dire qu'en même temps qu'il s'instruit des goûts du public, il doit soigneusement examiner si ces goûts ne sont pas déjà satisfaits, s'il en est quelqu'un qu'il sente en lui le pouvoir de mieux satisfaire, s'il n'aura pas h lutter contre des concurrents trop redoutables ou trop nombreux, s'il y a pour lui finalement quelques chances raisonnables de succès dans ce qu'il se propose d'entreprendre, c'est énoncer une vérité presque triviale, encore bien que cette vérité ne soit guère observée, et que la carrière des beaux-arts soit une de celles où l'on s'aventure avec le moins de réilexion et de prudence.
En même temps que dans ces arts, comme dans tous, il faut savoir entreprendre, il faut encore savoir conduire ce qu'on a entrepris. Tout artiste qui est entrepreneur, qui a une affaire à gérer, a besoin de capacité administrative. Ceci paraît particulièrement évident dans les entreprises de spectacles, qui sont les entreprises d'art par excellence, celles où l'on agit avec le plus de force sur le sentiment public, sur l'imagination générale et où un j)lus grand nombre d'arts concourent k l'effet qu'on se propose d'obtenir. On sait ce qu'il faut de talents administratifs pour gérer avec succès ces sortes d'entreprises, pour en diriger convenablement le matériel et surtout le personnel. Telle est ici l'importance de ce moyen et la difficulté de le mettre en œuvre qu'il y a peut-être autant de théâtres qui périssent pour mauvaise gestion que
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pour vice de spéculaiiuii , pour avoir mal administré leurs ressources que pour ii*avoir pas suflisaoïnieiii apprécié les goûts du publie et lui avoir présenté de mauvais acteuis ou de mauvais ouvrages.
Enfin, poisqaMI peut y avoir à spéculer et it administrer dans k6 entreprises d'art comme dans les autres, il est clair qa*on ne peut s'y passer davantage de cette faculté de tenir des comptes réguliers qui offre a Tentrepreneur quel qu'il soit le moyeu de juger si ses spéculations et sa gestion ont été bonnes, et de reconnaître a la fois par où il a péché et par où il a bien a^i.
On voit ainsi que les divers talents dont se compose le génie des affaires trouvent matière h s'exercer dans les arts qui agissent sur le senliment et Timagination comme dans tous les antres, et sont une des principales conditions de leur puissance et des heureux effets que le public en obtient. Molière, cbef de troupe, en même temps qu'acteur et poète, et 000 moins habile comme administrateur qu'il n*était distin* gué comme écrivain et comme artiste dramatique, assurait égadement par ces divers moyens les succès de son théâtre et la puissante et salutaire influence qu'il exerçait sur la société.
Si Ton a besoin dans les beau^-arts des divers moyens personnels qui tiennent k la conception et à la conduite des entreprises, on n'y sent pas moins vivement la nécessité de ceux qui se rapportent à l'exécution et qui constituent plus spécialement l'artiste. Il est aisé démontrer qu*ici, comme partout, il laut du melier, de la théorie, des talents d'applieation et de main-'d^œuvre. Il semble, par exemple, qu'on y découvre avec plus de facilité que dans aucune autre classe de travaux la vérité de ce que j'ai dit touchant l'importance
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de la pratique et la nécessité qu'il y a de la considérer comme antériettre et supérieure à la théorie*
Non-seulement, dans les beaux-arts, comme dans les autres professions. Tari a devancé les règles, mais il les a eoBsCaroment dominées. Les beaux-'aris sont de tous les arts ceux qui ont le plus agi d'inspiration et d'instinct, ceux qui ont le moins procédé par principes, ceux dans les travaux desquels les sciences sont le moins intervenues. On a chanté avant de savoir la théorie des sons ; ou a dansé avant de connaître la statique; on a rendu les illusions de la perspective avant d'en avoir étudié les lois; on a su sculpter et pendre des corps d*homraes et des corps d'animaux avant qn*il y eût de bons anatomistes; les simples tailleurs de pierre qui, au i 5" siècle, concevaient le plan et dirigeaient rexéeution de ces immenses églises gothiques dont la vue, anjourd^hoî ' encore, excite k un si haut degré le recneiliemcnt et rémo«- ' tion, étaient probablement des mathématiciens assez mé- ' diocres ; enfin les artistes de tous les cfhlres, pour apprendre '
à agir sur riraagination t;t les passions, pour savoir eommeat '
on réussit à toucher, à remuer les âmest n'ont certainemeDt ' pascemroencé par étudier la théorie du beau, du sublime, ^ du gracieux, du tendre, du poétique. Ce ne sont pas tant les ^ poétiques qui ont fait les bons ouvrages de poésie , que les ^ bons ouvrages de poésie qui ont fait les poétiques. Lorsqu^un ^ artiste heureusement inspiré était parvenu k produire quelque ouvrage propre à satisfaire le goût et à toucher la passion, on a cherché à quoi tenaient les effets satisfaisanls qu'il avait obtenus cl c'est dans les meilleurs productions de Fart que l'art a trouvé ses principes. L'art a produit incomparable» ment plus d'auteurs critiques que la critique n'a créé d'ar«> tistes.
Il y a plus : c'est qu'amourd'bui même que les divers
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ordres de conoaissanoes dont je viens de parler, onl Mt des progrès plus ou moios coosidérables^ les arts coutinaeiit k n*eB tirer qa^uii médiecre parti. On peut donter qne RomnU
avant de composer ses opéras, eût lu force traités d'acoastjqiie; je n'oserais affirmer que la peinture ait beaucoup profilé des progrès de ranatomîe ; je nlmagine pas que les dansears de nos théâtres puisent de grands secours dans cette partie de la physique qui traite des lois dn mouvanent et de PApiilîbre; il ne paraîtrait pas que Farchitecture, encore bien qu'elle soit un art savant autant qu'un art d'imagination, ait besoin, poar obtenir des effets considérables, de connaissances très relevées en géométrie : on a remarqué que les phks simples éléments de cette science avaient snffi k la construction des plus vastes églises gothiques, et que ces admirables monum^ts ne présentaient dans tons leurs détails qi^ae application eontinne dn triangle éqailatéral ( ' ) ; enfin, quoique la critique se soit singulièrement perfectionnée et Vi^on ait fort multiplié le nombre des bonnes poétiques, on oesaorait dire que nos poètes s'appuient beaucoup sur ces ^ries d'écrits : les artistes de presque tous les ordres ne taîifoèiè eondoits que par leurs inspirations et par ce qu'ils ont d'apiiiude pratique a les rendre : c'est avec ce qu'ii a d'imagination et de goût qu'un poète trace le plan d'un dnme, qu'un pantre ^nehe un taUi^u, qu'un danseur compose un pas ou arrange un quadrille, etc. ; et c'est ensuite «M^e qu'ils ont d'habileté à s'exprimer les uns par le Imgâge, les a"^i*^s au moyen du peiuceau, les autres par Tin- Ittmédiaire de la danse ou de la pantomime qu'ils parviennent à rendre leurs conceptions, leurs idées poétiques : il
C*) F.,leheau travail de M. boisserée sur la cathédrale de Culogue.
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n'y a poar aiosi dire pas de sci^ea qa'ib meltent k contri-
butiou.
Et pourtant, quoique le moyen le plus simple et le plus sûr qu'un peintre ait de fiiire vivre sur la toile un personnage quelconque, et la passion dont il lui plaira de ranimer, soit de regarder* d'apprendre à voir et de s'exercer à rendre
comme il voit, a mesure qu'il acquiert riiabitudo de voir avec plus de sagacité et de justesse, il n'est pas douteux qu'il n'y ait pour lui quelque avantage k ne pas s'en tenir k l'étude des apparences extérieures et à acquérir quelques connaissances d'anatomie, à savoir eomment est formée la charpente osseuse de notre corps, comment s'attachent nos muscles, comment nos divers mouvements les font contracter, comment se distribuent nos veines les plus apparentes; etc. Ces connaissances sont de nature k lui faire démêler des effets extérieurs qu'il n'avait pas aperçus, à lui en faire comprendre
d'autres qu'il ju Gréait mal. Le peintre qui est anatomiste voit OU peut voir avec plus de profondeur, avec plus de détail de netteté, de précision, de sûreté. Il n^est donc pas inutile pour lui d avoir une connaissance théorique des formes qu il est appelé ài rendre et des modifications variées qu*elles subissent, des expressions si diverses qu'elles prennent sous Tin- Auence de la vie et de la passion.
De même, quoique le meilleur moyen qu*ait un danseur de trouver les poses à la fois les plus gracieuses et les pluâ fermes, et dans ses mouvements en apparence les plus excentriques, de ne jamais sortir de la ligne de gravité, soit, sans contredit, de se livrer assidûment k Tétude empirique de son art, de s'y former par la pratique et rexercice, on comprend qu'il pût ne pas être sans quelque avantage pour lui de con' naître sa propre machine, de savoir ce qu'elle fait dans la marche, la course, le saut, la danse; quelles attitudes lui sont
QUI CULTlVLiXl LL bLxXTlMENT ET JU lMAGL\AilON. ilU
lespImiialafeUes ; qoel Aefté d'indioedsoD il peat lai donBer
dans tous les sens, sans s exposer à perdre Téquilibre» et fiDalemesl quel parti il est permis k son art d*en tirer.
Antant, probablement, j'en pourrais dire dii musicien. Quoiqu'il fioitiniimment moios essentiel pour lui de conuaitre les lois natarelles de la mélodie et de rharmoaie que d^ea avoir le sentiment proiond et d'élre eiupiiiquement très exercé à écrire ses idées musicales, à les exprimer sur des instruments ou par le moyen de la voix, il est possible quMI n^^t pas pour lui sans utilité de connaître les bases philosophiques de son art, de savoir la raison des plaisirs qu*il nous procure, et les lois siuvanl lesquelles il nous louche. Oo est fondé à croire, non qu'il sera mieux inspiré, mais que ses Inspirations seront plus sûres, et quHi réussira niteux k les exprimer.
£nfin ce que je dis, de chaque art en particulier, on peut
le dire de tous les arts considérés enseiuble. Quoiqu'il n'y ait pas de théorie des beaux-airts qui^puisse donner du g^e àTartiste qui en manque; quoiqu'il vaille infiniment mieux avoir du talent que de connaître les règles de la composition et de savoir par cœur toutes les poétiques du monde, on ne peut liler poui lant que l'arliste le plus heureusement inspiré, et le plus exercé à rendre ses inspirations, ne doive trouver ({uelque avantage à savoir théori(|uement comment Timagination et le sentiment procèdent alors qu'ils procèdent le vieux, quels artifices ils emploient, même sans s'en rendre compte, et par quel concours de moyens ils parviennent à produire l'intérêt et TémoMo». Ce n'est sûrement pas en vertu de ces connaissances que Tartisle doit agir ; il est essentiel qu'il procède non en savant mais eu arlisle; il Jaut qu'il if Dde ee qu'il sent, non ce qu'il sait ; mais, mieux il sait, q| plits^
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il ptrneot à i«nd»afac sÉreté t» que le sentiamit et Tiaia*
giuation lui inspirent.
Bien que les beattx««rU procèdent en générai empiriqoeqnement plus que les profenians d*«ieiin mtre ordre, il y a donc pour chacun d'eux en particulier et pour tous en gênécal, de certaines notions de théorie qui, en éclairani et en affermissant leurs procédés, peuvent ajouter plus ou moins à leur puissance*
Par cela même qn^on y peut fiiire on niite emploi de certaines connaissances théoriques, il va bans dire que le taieot des applications n^ est pas superflu ; U suffît de comparer les productions d'une certaine école à ses poétiques, pour juger combien il y a loin des principes à rappltcation. Quoique les principes ici fessent, k plus d'un égard, contestables , on sait quUls n'ont pas excité et qu'ils ne devaient pas exciter à beaueoup près autant de réclamations que l'emploi qu'on en a fiiit L'école romantique attend encore, h beaucoup d*égards, les hommes d'application à qui doit appartenir la gloire de légitimer ses théories.
Enfin je n'ai pas besom de dire qu'il y a dans les arts qui cnltivent le sentiment et l'imagination, plus peut-être que dans ceux d'aucune autre classe, un talent d'exécution et de main*d'œuvre qui est la dernière chose dont on puisse se passer. On sait pour combien ce talent entre dans les succès du peintre, du sculpteur, de l'auteur dramatique, du compositenr, du corégraphe. Il ne fait pas tout k lut seul sans doute, et il ne constitue pas l'art tout entier. II y a a distinguer, dans les travaux du peintre et du statuaire, le travail de la composition de celui de l'exécution et de la mise en œuvre. A plus forte raison distioguera-t-on dans une représentation théâtrale le travail de l'auteur tragique ou comique de celui des
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acteurs; dans un opéra, le travail de l*auteur de la partition de celui des chanteurs et des nnusiciens; dans un ballet, le travail du chorégraphe de celui des danseurs. Mais, qui ne sent a quel point, dans toute représentation théâtrale, le succès dépend du mérite des acteurs divers qui réalisent, en quelque sorte, la pensée du poêle, du compositeur, du chorégraphe, et qui agissent immédiatement sur les sens et l'âme des spectateurs? Oui ne sent surtout h quel i)oint, dans un tableau, dans une statue, et en général dans tout ouvrage d'art, le mérite de la conception est relevé par celui de l'exécution et de la mise en œuvre?
On voit ainsi qu'il n'est pas un des moyens généraux qui se rapportent à l'art, comme il n'est pas un de ceux qui tiennent au génie de la spéculation et des aflaires dont on ne trouve l'emploi dans la pratique des beaux-arts, et qui ne concourent d'une certaine façon à leur puissance.
n ne faudra pas beaucoup d'efforts pour découvrir que ceux qui les exercent ont aussi un impérieux besoin de bonnes habitudes privées. Mais il y a d'abord h examiner si ceux qui les exercent ont plus de peine que d'autres h acquérir de telles habitudes. On sait de quelles idées est encore imbue à cet égard une i)ortion considérable de la société. On n'a pas l'air de croire que les personnes qui se livrent par étal à la culture des arts, et surtout de certains arts, puissent vivre comme tout le monde. Cela irait si loin, que le nom d'artiste, sous de certains rapports, se prendrait presque en mauvaise part, et qu'on dirait des mœurs de coulisses, des fnœurs d'atelier, des habitudes d'artiste ^ comme pour désigner des mœurs déréglées. Jusqu'à quel point sont fondées ces préventions contre l'influence que les beaux-arts sont censés exercer sur les mœurs de ceux qui les cultivent?
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Je conviens qu'il peut y avoir dans la nalure de quelques arts, et dans les circoastances qui en accompagnent Tétude ou la pratique, de certaines raisons pour que les personnes qui en font leur profession n'aient pas toujours une vie bien réglée. Il n'est pas besoin d'être très explicite pour faire comprendre que la fréquentation des ateliers de peinture, où viennent poser quelquefois déjeunes lilles nues, peut ne pas être sans inconvénient pour les très jeunes gens aux yeux de qui sont exposés ces modèles. On sent aisément aussi que la confusion qui règne dans les coulisses de nos théâtres. Je mélange où s'y trouvent les comédiens des deux sexes, et la nature des rapports qu'établit entre eux l'exercice de leur arl, peuvent ne pas être propres h exercer sur leur imagination une influence bien salutaire. Enfin, l'obligation où les artistes de presque tous les genres se trouvent placés, par la nalure même de leur état, d'exercer beaucoup leur imagination, de chercher le sentiment, d'allumer et d'entretenir en eux le feu des passions que leur principale tâche est de peindre, peut encore avoir pour eux de fâcheux effets. Par cela même qu'ils ne cessent de surexciter en eux ces facultés, il semble qu'ils doivent plus vivre sous leur influence que sous celle de la raison ; et de là peut-être celte excentricité, cette exaltation, ce décousu, ce défaut d'ordre et de sens que présente de temps en temps leur conduite.
Toutefois je ne doute pas qu'il n'y ait infiniment d'exagération dans ce qu'on a dit de l'influence des beaux-arts sur les mœurs des artistes. Je trouve notamment que Rousseau, dans sa Lettre sur les spectacles^ a ridiculement outré ce qu'il dit des effets de théâtre, relativement aux mœurs du comédien. H n'est pas vrai , comme Rousseau prétend prouver, que la profession de l'artiste dramatique soit naturollonioiit déshonorautc. dette j>rofessiou ne consiste pas,
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comme il le dit.» k donner sa personne en speelaele pour ée
l'argent. Ce o'esi pas lui que le comédien donne en spectacle, c*e8l le personnage qo'il joue. Sa première obligation eii de s'efîacer, de se faire oubliei pour ne laisser voir que ce personnage. Le comédien , dans la réalité, se met infiniment moins en scène cfne Toratenr, que le prédicatenr; il u exhibe pas, à beaucoup près autant, sa propre ligure ; il ne met pas autant, on plotôt il ne met pas da tout sa personne en avant. Sou but d'ailleurs peut, à la rigueur, être tout aussi louable que celui ëe Tbomme qui monte en cbaire. il peut, tootansei bien qne lui, se proposer d'éiereer une action «aluiâire sur la société. Il n'y a de différence que dans la manière dont Tnn et Pantre s'y prennent. Ce qne te prédicateur met en récit, le comédien le met en action. Le prédicateur qœ vous venez d'entendre, peut observer le comédien, vous a dit ce que c^est que tel trams, tel vice : moi, je vais voue le faire voir; je vais faire agir devant vous un jaloux , un avare, un joueur, un misanthrope; je vais voue montrer ce que c'est qu'un Orgon et le profit qu'il y a à se laisser duper par des Tartufes; vous allez juger de visu à quoi s'expose un boui^eois idiot et vain qui veut trancher sottementdu gentilhomme; ou bien ce qui doit infailliblement arriver ^ un manaut assez orgueilleux pour vouloir épouser une fille de condition. Vous voyez que mon art peut servir aussi li vous instruire. Il y a même k dire en sa faveur qu'il peut être employé il cette fin mieux que celui du prédicateur ; car il est dans sa nature de produire des impressions l)eaucoup plus vives. 11 s'agit de savoir si ce qui le rend plus efficace est précisément ce qui doit le faire condamner; s'il y a de ma pilurt moiua de noblesse a vous montrer la véhlé en action qu'à me borner k voua la décrire, à quitter ma figure pour exposer vivî^nts^ vos yeux les ridicules que vous avez, qu'à
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la r^reodre pour vous faire directement la morale. Certes ^ de ce que je quitte ma figure, il oe s'ensuit [>as que j'entends Texposer à vos mépris ; de ce que je cherche a vous faire rire d'un sot, il oe s'ensuit pas que je veux livrer ma personne il Tos insultes; de ce que je consens, pour votre insinietion, à jouer devant vous le rdle d'un homme vicieux, il ne s'ensuit pas que Je eonsens passer pour le vice même. Loin de mériter votre blâme lorsque je réussis k contrefaire heureusement le personnage que je cherche à vous Ëûre eoa** naître, e*e8t alors précisément que je mérite votre approbation, et mon art n'est jamais plus estimable que lorsqu'il ¥pus montre plus au naturel les vices que tous avez, et dont il voudrait, s'il était possible, vous faire rougir. Enfin , si je vous fais payer mes services, autant en font, sans nulle ex-* ception, les autres états de la soeiété, depuis le roi jusqu'au garde-champêtre, depuis le prince de TÉgUse jusqu'au bedeau; et si mes services coûtent cher h votre bourse, c*e8t que vous me refusez à tort et à travers votre considération : ils vous coûteraient moins cher, si vous en pensiez mieux*
Les motifs qui Ibnt dire k Rousseau que Tart du comédien est naturellement déshonorant, manquent donc foncièrement de Jttstesee* Le comédien, encore un coup, se donne moins en spectacle que toutes les classes de personnes dont la profession consiste k parler en public et qui s'adressent directement au public; il peut, comme elles, seproposer unbut parfaitement louable; il prend pour Tatteindre un moyen plus eûicace et qui n'offre rien de moins noble que le langage direct; il ne fait eolin, en recevant le prix de son travail, que ce que fait absolument tout le monde.
Il est vrai que son art peut être employé k nmuvaise fin. Maïs quel est l'art dont on ne puisse faire un mauvais usageT Si l'on voit fréquemment au théâtre des reps^pentations peu
qm eotïWBNT le sentiment et l'imaoihatom. 126 morales, est-il impomble d'entendre k l'égliae de» tttmm pea édifiants? et concluera-l-on de ce qu'il est possible de faire de ii»wai»8eBnon«,<inelBprédicati«n eBliinwlfunerteî Pourquoi doue du uiauvais emploi qu'en a fidt sonveat da tMfttre tirerait-t-oD la conaéquence que l'art diamalique est mauvais en soi? Considéré en Ini-mteie, cet art, eemme tout antre, n'est ni bon , ui mauvais. L'an di aniaiiiiue n'est qu'na moyen d'agir sur les hoannès : le bien et le mal qui en résultent dépend eolièremeni de la direction qu'on M donne et
de rasage qn'on en Sùi.
Si l'on voulait assumer sur l'artiste dramatique l'odiev des mauvais personnages qu'il consent à représenicr, il faudrait l'assumer anssi sur le poète; car le poète, qui a écrit les rôles de ces personnages, ne s'est pas moins identiflé avee eux que l'artiste qui se charge de les jouer. Il a lallu que l'auteur diamaiique, revêtit, pour ainsi dire, leearaotèie de iouftles hommes ridicules, ou vicieux, ou méchants, qn'ii a entrepris de traduire devant le public, pow les livrer k ses risées ou k sa haine, tout aussi bien qu'est obUgéde le fidie le comédien qui prêle un corps et une âme à ses concep- Uons. Mais si le poète a fait une bonne action en mettant na certain rdie à la scène, le comédien n'en peut pas faire une mauvaise en consentant k le jouer. Tout se réduit, pour apprécier la moralité de l'acteur, à estimer la moralité de la pièce Dè» qu'en résultat un drame est de nature à laisser une impressM.n salutaire damjVftrte des specUleura, l'acteur qui concourt avec le poète k faire uaiire celle impression ne peat pas plus encourir de Wâme que le poète lui-même.
Les beaux-ans, en général, ai-je dit, et l'art drmnalMiM en particulier, «posent k quelque danger les ariistes : Us peuvent être victimes de leur art; il « peut qu'à force de 8'exei«er k comprendre, à sentir, à exprimer de eertaia» pe».
426 LIVRE IX, ca. m. db la liserté dss arts diaots, ils fiDÎsseat par en subir le joug* Gela est vrai. Miis
ces effets possibles ne sont pas des elïels iaévilables. S'il y avait dans cette élude expérimentale des mouvements da cœur botnain à laquelle est obligé de se livrer Tartisfe, des périls auxquels il fût impossible d'échapper, le professeur de morale, et le confesseur surtout, ne rénssiraimt guère mieux k s'y souslraire, car ils ne s^exposenl guère moins, «t ib ne sont pas moins que lui obligés de s^inatroire de la nature, des effets, des dangers des passions.
Quoiqu'il en soit, au surplus, de Tinfluence des beauxarts sur les mœurs des artistes, au moins est-il certain que de bonnes, moeurs, dans les artistes, ne pourraient qu'être une grande source de force et de puissance pour les beaux^arts. Je ne sais pas s'il est uu ordre de professions qui eût plus besoin dé se distinguer par des habitudes régulières. On sent que des périls plus grands imposent une plus grande prudence, et que plus de certains arts mettent habituellement la vertu des personnes qui les exercent dans une situation scabreuse, plus ces personnes ont à s'imposer de précautions* - Les artistes ont besoin d'habitudes régulières dans Tintélét de leur talent et dans celui de leur dignité*
Ils en ont besoin dans Tintérét de leur talent, pour ne rien perdre de cette vivacité d'impressions qui est la source de tous les effets heureux que leur art parvient à produire pour conserver à leurs iacultés poé tiques de la iraicheur, de la jeunesse, de la vie. On connaît les effets de la continence et de la pureté sur rimai^malion et les facultés effectives. Les anciens considéraient ces vertus comme ^ favorables à Tenthousiasme et à Finspiration, qu'ils avaient fait de la virginité un attribut Essentiel des muses. Ils ne prêtaient pas un cœur 'froid \ ces divinités; car ils les supposaient conduites par *i*amour même; mais, en même temps, ils ne les comprenaient