OUI CULTIVENT LE SENTIMENT ET L'ÎIIAGTNAT10N
que pudiques et chastes : la mythologie nous les représente
jeunes, belles, mais surtout modestes et simplement vêtues; et elle leur attribue, avec une justesse o^quise de sens^et 4e goût, toutes les qualités morales qui aecompagnentordiiiaire^ meut le génie, et qui en fout à la fois rorueiueut et la force.
Les artistes, et surtout ceux d'une certaine classe, ont besoin aussi d'habitudes régutièi'es daos Tiotérét de leur dignité, et pour acquérir dMrrécusables droits k cette considé* ration que la société ne leur accorde qu'imparfaitement encore, dont la privation les met dans un état de gêne et de souffrance qui nuit ;i Pessor de leur talent, et sans laquelle aucun art ne peut devenir toutce qu'il peut être, ni donner tout ce qu*il «st capable de rendre. Si la société a li se défaire , h leur égard, d'un reste de préventions deraisonnabies, ils ont, de leur côte, sedéfaire de plus d'une habitude propre k Justifier ces préventions. C'est par eux surtout que leur art doit être relevé et mis en honneur; c'est à eux qu'il appartient de marquer sa place dans Téconomie sociale et de faire qu*îl soit entouré d une considération proportionuée à la vive et profonde influence qu'il est dans sa nature d'osercer sur la société.
Sous quelques rapports, les artistes ont peut-être, pour arriver k h considération, plus de moyens que les travaiOeurs appartenant à d'autres classes. Les beaux-arts, pour peu qu on y excelle, procurent de tels plaisirs qu'ils sont presque toujours, pour ceux qui les exercent avec une certaine distinction, la source de gains considérables; et si la loi tune uq suffit pas pour obtenir la t^onsidération , elle est pourtant un mo}en puissant de l'atteindre. Les artistes pourraient donc s'^ever en devenant riches; mais, pour cela, il serait peutêtre désirable qu'ils prissent des habitudes de dépense plus
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modérées, qulls devio8sént des adounistniteiirs plus éom-
nomes et plus éclairés de leurs ressources. On ne peut nier qu'^ eei égard il ne leur reste beaucoup à aoqoénr* Passons
à des consideiatioub d'uu aulic oï die*
Si de bonnes habitudes personnelles 'dans les artistes pen-
veat ajouter k la 4>uissance des beaux-arts, U n'est pas douteux que de bonnes habitudes sociales ne Soient également pour eux une i^^rande source de force et de liberté d'action. Il suffit déconsidérer, pour s'en convaincre, l'abus qu'il est possible de faire de leurs moyens, les prétentions exclnsim et injustes que peuvent eiever ceux qi^L les exercent, les règleme^ts arbitraires et plus ou m(no9 oppressib auxquels la so* ciété peutles soumettre pour son propre compte, et les graves obstacles qui doivent semer sur leur route ces diverses sortes d'excès.
On comprend sans peine d abord combien sont suscep* tibles d'abus, par leur nature même, les arts qui parlent au sentiment et k l'imagination ; combien il est aisé de les employer a mal iaire, k outrager la morale, k diffamer, k provoquer au yice-et an crime ; eombien, par exemple , il est fieicile k Tari du sculpteur, du peintre, du graveur, du lithographe, d'offrir des images obscènes aux regaMs du publies; quels énergiques moyens de diffamation possède la caricature; avec qiieUe iiacilité et quelle puissance l'art dramatique peut être mie au service des plus mauvaises passions; et Ton comprend sans peine aussi combien , par cet usage licencieux de leurs moyens, les beaux-arts pfiOYent aisément se compromettre; combien ils se dégradent en devenant immoraux; combien des productions séditieusesou diffamatoires doivent leur susciter d'inimitiés puissantes, et peuvent founrir aux pouviiirs mal iutenùouués de spécieux prétextes pour les asservir.
QUI GULTIVSNT LIS SENTIMENT ET L. aiAGIMATiOJIi. 128
D'une autre part, on conçoit également sans difliculic que les lionunes qui les exercent peuvent être dominés, comme les aotres elaeses de travailleurs, par un esprit d'exclusion et de monopole. Avaut la révolution, les artistes de tous les ordres, réunis en corporations comme les gens de métier, ne s'appliquaient pas avec moins d'ardeur à maintenir leurs |>rivilèges et à limiter Le nombre des concurrents. Cet esprit de jalousie et d'usurpation se manifestait surtout parmi les artistes dramatiques. D'abord et très anciennement, l'autorité rdigieuse, redoutant la concurrence des confrères de la Passiez, avait demandé et obtenu du Parlement qu'ils ne pussent praeéder à la représentation des mystères qu'après la céléimlion des offices divins. Quand à leur tour les confrères de h Passion craignirent de se voir supplantés par des comédiens profanes^ ils prétendirent qu'ils avaient le privilège ex« clurif des spectacles, et voulurent les empêcher de jouer. Autant ceux-ci en firent plus tard à l'égard deb comédiens qui voulurent aller sur leurs brisées ou tenter dis choses nouvelles. Les premiers établis ne manquèrent pas de s'opposer à ce que d'autres pussent s'établir. Lorsque la Comédie frantiilse et rOpéra furent fondés , ces deux grands théâtres se regardèrent comme les seigneurs suzerains de l'art dramatiqtt^ et nulle entreprise de spectacle ne pût être formée qu'avec leur autorisation. Comme il n'était pas de genre qui ne tint plus ou moins à ceux qu'ils exploitaient et dont ils avaient le privilège, ils se crurent en droit de mettre obstacle à tout ce qu'on voulut tenter de nouveau. Ceux qui se réduittneut k jouer la pautomime étaient accusés de ne pas observer assez rigouieusemeni le silence; le théâtre des Marionnettes faisait jouer k ses ligures de bois des ouvrages trop réguliers ; on ne chantait pas assez k la Comédie italienne ; ailleurs on parlait trop : il n'était pas d'entreprise nouvelle k m. a
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qui le ihéati e Français et l'Opéra ne reprochassent d'empiéter aar leurs privilèges. Quand TOpéra-Comique voulut s'établir, les comédiens du théAtre Français, prétendant qa*ils avaient seuls le d i oit de jouer la comédie eu paroles, lui ûrent défense de parler ; TOpéra, de son côté, alléguant qu'il avait le monopole de la musique, lui fit défense de chanter; et la tioavelle troupe, réduite à l'impuissance de satisfaire son public, qui voulait qu'au moins elle mêlât des couplets chantés ii sa pantomime, n'eut d autre ressource que de placer ostensiblement des couplets sur de grands écriteaux qui descendaient du cintre au moment opportun, en laissant aux 8pec«* tateurs le soin de chanter les paroles, pendant que les musiciens jouaient les airs, et que, de leur côté, les acteurs fesaient les gestes Âi-je besoin de faire remarquer qu'un tel esprit d'accaparement parmi les artistes dramatiques, une telle ardeur de leur part & se gêner, li se cireonscrire^ à se repousser les uns les ai^es, ne pouvaient que nuire beaucoup au progrès de leur art; et ne sait-on pas bien qoo le privilège, dans quelque ordre de travaux qu'il se manifeste et qu'il parvienne à s'établir, a le double inconvénient de réduire ceux qu'il dépouille k Timpuissance d'agir,' et de dispenser ceux qu^il favorise des qualités dont ils auraient besoin pour bien iaire leur tâche?
Il peut arriver, en troisième lieu, que Tautorité, au lieu de se borner à réprimer les délits de ceux qui abusent des beaux<*arts, ou les prétentions exclusives de ceux qui voudraient les accaparer, se donne le tort de les opprimer pour son propre compte. Je ne sais, par exemple , s'il est parmi nous une profession qu'elle soumette à plus de gênes que
(') F. le Mémorial de chronologie , t. ï, ch. n, au mot Théâtre. Y . aussi le Traité de la législation des théâtres, par MM. Yiviea et Edmond Blanc, dans Tintroducliou.