‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 17 sur 80 · QUI CULTIVENT LE SENTIMENT ET L IMAGINATION · texte numérisé non relu

QUI CULTIVENT LE SENTIMENT ET L IMAGINATION

Fart dramatique, et à qui elle ait imposé un régime plus arbitraire et plus restrictif* îivA ne peut fonder un théâtre sans sa permission expresse, sans justifier des moyens qu il a de iormer une telle entreprise, et, dans les départements, sans fonniir nn cautionnement en immeubles qui réponde de rexécution de ses engagements. L autorité fixe l'arrondissement, la ville, le quartier où sera le siège de l'entreprise, et ne permet à l'entrepreneur ni de changer de place, ni de sortir de son ressort. Elle détermine l'espèce de représentations qu'il pourra donner et assigne k châqne théâtre un genre dans lequel il sera forcé de se circons* crire. JSon contente de ces précautions, elle exige que les personnes qu'elle a autorisées k ouvrir un théâtre reçoivent de ses mains uu directeur à qui elle en donne non-seulement h surveillance morale, mais la gestion matérielle , qui sous^ crit les engagements avec les comédiens, ordoimance les dépenses, règle tous les détails intérieurs, administre, en un mot, pour le compte des entrepreneurs et à leurs frais ^ sans être intéressé dans l'entreprise; et Tentreprise dépend tellement de ce directeur, qu'il peut en conserver la direction sans l'agrément des intéressés, même contre leur volonté et quand il a perdu leur confiance, même alors que les tribunaux l'ont déclaré indigne de continuer ses fonctions; elle en dé-* pend k ce point que, sii vient a mourir, s'il disparaît, s'il t<nnbe en faillite, s'il donne sa démission, l'entreprise cesse par cela même et ne peut reprendre qu'après la nomination d'un nouveau délégué ministérieLÂjoutons que, non contente encore de tenir les théâtres sous sa main de tant de manières, Tautorité les soumet , à Paris, a la juridiction spéciale du préfet de police, et, dans les départements, à celle de l'autorité municipale, qui exerce sur eux une action à beaucoup d'égards arbitraire, qui, pour des raisons purement locales,

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peut leur défendre de jouer des ouvrages dont partout ailiears la représentation est autorisée, qui, sar la demaiule des directeurs de troupe, peut , adarinistratireiiimitet pour des loris iort légers, envoyer pour un ou deux jours les comédiens en prison, etc., etc. Ënfin Tantorilé, eonuie si tout cela ne lui servait de rien , soumet les ihéâlres h une dernière servitude qui, à elle seule, pourrait tenir lieu de toutes les antres: elle défend qn*aucna ouvrage dramatique soH repré* sente sans qu'au préalable il ait été rigoureusement censuré

Ë8t-il besoin d^observer que rexercice de Tart se concilie naiurellement fort mal avec un tel régime? Il importe sûrement beaucoup, dans son intérêt comme dans celui de Tordre publie, de le défendre contre les excès dont il est natnrellcment suseeptibIe.Mais était-il absolument nécessaire ponreela de le soumettre k une telle série de mesures arbitraresî Peuton même dire qu'il fût indispensable de le soumettre au régime préventif '^ £t lorsque des centaines de journaux, exposés seulement aux poursuites régulières de la justice pour les délits qu'ils pourraient commettre, peuvent, sans péril pour Tordre, Texpérienee Ta suilisamiiient prouvé, lancer, tons les matins dans le publie, cent ou deux cent mille feuilles volantes qui rentretiennent des choses les plus faites pour allamer son imagination, comprend-on comment la liberté des théâtres, exactement surveillée par la police et sévèrement eonleniie par les tribunaux, pourrait être sérieusement dangereuse? Il est vrai que Tart dramatique, an lieu de s'adresser comme les journaux à des individus isolés , agit sur des hommes réunis, et par cela même plus impressionnables; mais, dans les pays où règne une véritable Kberié de cultes, les prêtres d'une multitude de sectes, pariant tous au nom

(*j F. le Draiié, déjà cîté, de la iégiii(Ui9n d€$ IkéAUtë.

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du ciel, et s'adiessant au plus redoutable des laiiatismes, n'agiwenl^s pas aussi, sans que Tordre eu reçoive de trop graves atteintes, k des hommes assemblés et sur des hommes (l'une classe, en géoéral, moins iostruile et moins relevée que celle qui a les oioyens de fréquenter les théâtres? N'avons* nous pas vu, durant la restauration, des nnssioiiuaii es que ne retenait aucun frein» qui n'avaient à craindre ni mesures pré*» ventives, ni répresnoo légale, assaSiir, par tous les moyens à leur disposition, rimagination du peuple dans les villes et les campagnes, sans que Tordre en fût gravement tronbté? et doit-on sérieusement s'allarmer, après de tels exeraples, des dingsrs qn'entralnerait la liberté de Tart dramatique; surtout si les délits que peut servir à commettre cet art étaient sour mis, comme cela devrait être, à un système intelligent et ferme de surveillance et de répression»

Encore une fois, il est on ne peut plus essentiel que ces délits soient punis* Loin de trouver qu'ils le sont avec excès, je sem» fort enclin h penser quHIs ne Font pas toujours été d'une manière suffisante. On ne peut trop s'éloiiuer, par ouemlf , lia Tincurie qui a été montrée k ce sujet, durant les quatre ou cinq premières années qui ont suivi la révolution de I8S0, et de Fincroyable condescendance avec laquelle a été tolérée la ^présentation de tant de drames immoranx, surtout sur les théâtres de second ordre, c'est-k-dire sur les Ihéàti^qiii étaient fréquentés par les classes les moins inbtruites;'celles précisénieui dont les mœurs étaient les plus fiûbles et avaient le plus besoin détre ménagées. Rien assurément n*eÉt été plus nécessaire et plus permis que de dirigei; contre ces désordres de la scène la sévérité des lois pénaiei el la juste rigueur des tribanaui. Pourquoi n'en a-t-il été rien fait ? A-t-on craint qu'un peu de bonne répression ne ^^ompromUl^avenir de la censure? Ce qu'il y a de certain, c est

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que lont recours aux yoies ordinaires a été n^ligé on dédaigné, et qu'après plusieurs années de scandales impunis on 11% sa que revenir aux anrîens errements, c'est-à-dire à la censure et à tout l'arbitraire administratif. Or, autant il est certain qu'on eut dû recourir contre les abus aux voies légales et régulières, autant il est peu prouvé qall ; eût néees^ sité de revenir au s)^stèiue que j'ai décrit. Tout cet appareil de mesures extralégales, commode peutrétre pour l'administration, ne va point en réalité au but qu'on dît vouloir attendre. S'il n'est pas douteux qu'il ne faille protéger contre les excès du théâtre l'ordre public et les mœurs, il est très douteux qu'on y réussisse par le régime dont il s agit. 11 n'est pas donné à cet arbitraire d'imprimer au théâtre des habitudes de mora* Kté et d'ordre qu'il ne peut contracter qu'au sein de la liberté et sous la surveillance de la justice. Également funeste à Tari par ses rigueurs et par ses faiblesses, il ne sert pas mieux les intérêts généraux auxquels il a la prétention de pourvoir.

La conclusion pratique de ces observations n'est pas san$ doute qu'il fallût procéder hie ei mme â Fabolition de la censure dramatique. La question de savoir maintenant quand oa pourra revenir â un régime plus raisonnable est une question de fait, bien différente de celle que je viens de traiter. Mais la vérité que j'ai énoncée peut ne pas être actuellement applicable sans être pour cela moins certaine, et il demeure constant en principe que la censure est un très mauvais moyen de former le théâtre aux habitudes morales qu'il s'agirait de lui faire coatracter.

Il se peut enfin que les excès que je signale aient dans la société leur véritable cause. Il est même à peu près impossible qu'il n'en soit pas ainsi. Il n'y aurait pas eu autrefois de spectacles privilégiés, si les monopoleurs n'avaient pas eu l'autorité pour complice, et l'autorité n'auiait pas favorisé

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leurs entreprises, si elles n^STaient ea en leor faveor Tappro*

batioD, ou lout au moins la tolérance de la société. Si, maintmot que les privilèges sont abolis, Tautorité continue, pour 80D propre compte, à soumettre Tart dramatique k tant de gêûes, la raison de la servitude où elle le tient n*est pas tant dans la nature de Tart même, que dans le jugement qu*en porte la société. L auloiité ropprimerait moins, si le public en pensait mieux et le protégeait davantage. C'est dans les préventions du public contre Fart et ceux qui Texercent qo*a sa hase le régime arbitraire qu ou leur fait subir.

Le public est dans des dispositions injustes envers les artistes dramatiques, soit lorsqu'il les laisse, eux et leurs entreprises, à Tabsolue discrétion de Tautorité, soit lorsqu'il leur montre du mépris pour le métier qu'ils font plus encore que pour les désordres auxquels il peut arriver qu'ils Be livrent, soit enfin lorsqu^îl exerce contre eux des actes directs de tyrannie. Par exemple, il est arrivé quelquefois, surtout en province, que croyant avoir à se plaindre de cerlains acteurs, et se constituant juge des torts qu'il leur reprochait, il en exigeait la réparation sur la scène, et leur enjoignait de se mettre k genoux, de 4(||paander pardon, de proférer tel cri, de chanter tel couplet. C'était Ik du despotisme véritable. Nonseulement les al tistes sur qui le parterre prétend exercer cette tyrannie ne sont pas obligés de s'y soumettre, mais, à la rigueur même, il est pei mis de douter qu on puisse contraindre les comédiens à supporter patiemment les sifflets. En ouvrant au public la porte de leur théâtre, ils' ne lui vendent pas le ^loii de les bumilier ; s'ils ne peuvent exiger qu'on les appiaadisse, ils ne sont pas obligés de soufirir qu'on les hne. Des comédiens, eu posant leur aflicbe et en recevant Targent du public, prennent rengagement de donner, selon leuss, BU>yens, telle représentation théâtrale: ils sont obligés h

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cela, el pas plas« Le public sans doute esi fondé à exiger qa*aû actenr joue son rôle; mais racteiir, à son tour, est ibudé a demander qu'on lui en laisse les moyens, et si on le trouble, il est dans son droit en se retirant de la scène et en arrêtant la représentation. U a promis déjouer de son mieu}^« et non d'avoir dn talent , et non de contenter ceux qui rëcouteat S'il a le malheur de n'y pas réussir, s'il laisse les spectateurs glacés, s'il lait déserter son théâtre, il est assez puni, sans qu'on vieuae encore ajouter à sa honte, en le sifflant. Laissons au temps où écrivait Boileaii ce prétendu droit de situer qu'il n'est pas vrai qu'on achète à la porte, et prenons des habitudes plus dignes d'un peuple poli et ami des arts. Combien nos vœux sont quelquefois bizarres et contradictoires ! Nous souhaitOQS que nos artistes dramatiques aient du taleni, et nous voulons qu'ils demeurent serviies. Évidemment c'est trop de moitié. Ou conieutoDS-uous d'acteurs médiocres, ou, si nous voulons voir des gens de talent k la scène, renonçons k les avilir. Quelle élévation d'cspiil et quelle chaleur d àme voudrait-on attendre d'artistes qni se laisseraient patiemment humilier?

Ainsi il ne suflit pas,, poui' que Ic^beaux-arts deviennent * libres, que ceux qui les exercent aient de bonnes habitudes privées, il faut encore qu'ils aient et qu'on ait en général àleui* • sujet de bonnes habitudes civiles; qu'ils sachent éviter ds se compromettre en abusant de leur talent, en le faisant servir à mal faire; qu'ilss'abstiennent de tout esprit d'accaparemaol; enlin, que la société, en réprimant leurs mauvaises actieus ou leurs prétentions exagérées, sache éviter, à son toor, de les opprimer pour son propre compte. On voit qu'il n'est pas un des moyens généraux dont se compose le ftmds de tacul' tés personnelles qui ne soit très directement pour eux un moyen de puissance et de liberté d'action.

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Auiaiit il 60 but dire de celte autre classe de moyens qui

constitue le fonds d'objets réels ou matériels.

Il a'est pas plus indilDérent ici qu'ailieurs, par exemple, Savoir an atelier bien situé. Il va sans dire qa'un artiste , pas plus que tout autre travailleur, ne saurait s'établir partout aToe la même eoûvenanee. Personne ne s'avisera d'alleir oavrir un musée de peinture au milieu des champs, ni d'établir une salie de concert ou un grand théâtre dans un village, n est telles localités où Ton ne peut avoir de speetacles que les jours de foire, et pour artietes que des batteleurs. Certaines viHes assez riches pour avoir une salle de spectacle ne le sont pas assez pour posséder à demeure une troupe de comédiens. L'établissement de vastes théâtres et de théâtres c».^birmanent8 n^est possible que dans des cités opulentes et populeuses ; et il y a cela d'assez remarquable que les beauxarts^qui fiiient, dit-on, devant la civilisation, ne peuvent avoir des temples et un culte dignes d'eux qu*au sein de nations ilorissanles et dans les lieux où se trouvent réunis en pins grand nombre les bonunes riches et cultivés de ces nations* Les artistes, comme les enuepieneurs de tous les ordres, ne s'établisaeni avec avantage que dans les localités où sont très demandés les services qnll leur est donné do rendre, et où se trouvent réunis en plus grande abondance tons les secours dont ils ont besoin.

Si la siiuatiou de l'atelier n'est pas dans les beaux-arts une chose indifférente, son-organisation n'y est pas non plus une chose a négliger. Il est possible que, dans certains d'entre eux, l'influence de ce moyen ne soit pas très sensible, maift ii en est d'avtres oi eUe se manifeste avec éclat On ne sa»* rait douter, par exemple que la puissance de l'art dramatique ne dépende k un hant degré de la disposition matérielle des lieux où il exécute ses fonctions, et que la bonne oi^anisa^»

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lion des théAtres ne paisse ajouter beaucoup à l'effét des représentations théâtrales. On peut déiiuir un théâtre un vaste étabiissemeDt oi une réuoioa d'ouvriers, ordiuairemeui de divers ordres, aeteurs, musirîeiis, chanteurs, danseurs, figurants et autres employés, au nombre quelquefois de plusieurs oenlaines de personnes, travaillent tous les jours, pendant un certain nombre d'heures, a modiiicr d'une certaine manière rimagination et les facultés affectives de rassemblée qui est réunie devant eux, sur laquelle ils agissent ensemble, et qui peut être considérée comme la matière première de leur action. Le succès d*une telle entreprise est sans doute subordonné a bien des causes; mais on ne peut nier qu'il ne dépende beaucoup de Tétat des lieux où elle est exé* eutée.

L'histoire nous apprend que, dans les temps modernes, les premières représentations théâtrales, en Italie, en France, en Allemagne, ont eu lieu sur des trétaux élevés sur les places publiques, daus des prairies, au bord des rivières. En Angleterre, au temps de Shakespeare, les comédiens ambulants étaient dans l'usage de donner leurs représeutalious dans des cours d'auberge : le théâtre en occupait une partie; les spectateurs occupaient Tautre et demeuraient à découvert ainsi que les acteurs, les chambres basses, qui formaient le circuit de la cour et les galeries au-dessus, offiraient des places sans doute plus chères. Les théâtres de Londres euxmêmes avaient été construits sur ce plan; et ceux qu*on appelait théâtres publics, par opposition aux salles particulières, avaient conservé la coutume de donner leurs représentations en plein jour et sans autre toit que le ciel ( *)• En

(1) F. la Vie de Shakespeare^ p. cj, en léte dç la traduction française de son Théâtre^ par M. Gui/ot.

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France, à l'époque où se jouaient les mystères, on n'avait que des moyens ridicules et grossiers pour donner une idée des choses que devail repréBenler la scène. On figurait le Paradis au moyen d'un écliafâud dressé dans le fond du théâtre; la maison dePilate était représentée par un échafiakvd moins élevé; une gueule de dragon, pratiquée au bord <ie la scène et par ou entraient et sortaient les démons, était destinée à flgarer Tenfer, etc. ( ' ).

On sent quelle distance il y avait de tout cela k nos salles de spectacle actuelles, et combien de pareils établissements étaient moins propres aux effets que Tart dramatique se propose de produire que les grands théâtres de notre temps, où, d*one part, on a disposé les choses pour que plusieurs mil- Bers de spectateurs, assis à Taise et à couvert, dans le pourloor d'une vaste enceinte, richement et élégamment ornée, et faisant spectacle les uns pour les autres, pussent tous voir en, même temps ce qui se passe sur la scène ; et où, d'une notre part, on est parvenu à arranger la scène de manière à produire sur les spectateurs une illusion (juekjuefois si vive, si complète, si propre à ajouter à Tefiet de l'action ! Certes rinfluenee de la bonne organisation de Patelier se montre clairement quelque part, c'est au tiiéâlre; et il est impossible de méconnaître ce qne les talents réunis de l'architecte, dn décorateur, du machiniste peuvent faire pour rendre cornmono à on plus grand nombre de spectateurs et plus vive pour tous ensemble Timpression de la représentation*

n faut des machines aux arts qui agissent sur le sentiment et rimagination comme il en fout à tous les arts possibles. Seulement il y a à dire de ceux-ci, comme de tous ceux qui

(*) V. \^ Mémorial de ehromlogie, «le., t. 1, chap. ii, au mot Thééire.

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dirigent leur activité sur rhomme, qu*oii n'y peut pas Daire des machines un usage à beaucoup près aussi étendu que de

ceux qui agissent sur la matière inanimée, et ootammeiit qu'on ne peut pas s'y servir de moteurs aveugles; que riionHiie est obligé de conduire lui-même el k la iiiâin la plupart des instruments qu'il y emploie.

Sans donle, la vue d^one grande force en action, d^ooe roue hidraulique, d'une machine à vapeur ou de tout autre mécanisme puissant n'a y^s moins la vertu d'agir sur Fimagination que de faire travailler l'iDlelligence. H est même assez ordinaire qu'elle s'empare de l'imagination avant de parler k l'entendj^ment. Mais je dis que , par leur nature, les arts qui agissent sur le seoUment et rimagination ne ( oiuportent pas l'usage des machiues qui travaillent d'ellesmêmes et sans rinterveution de rhomuie; que si ron ne peut pas employer de semblables instruments pour démontrer, on ne peut pas s'en servir davantage pour séduire, pour émouvoir, pour exciter tel ou tel sentiment et en exprimer les diverses nuances. Les machines qui se meuvent d'ellesmêmes, en effet, procèdent sur un plan uniforme et ne sauraient se plier aux mouvements îrréguiiers de la passion. On peut bien fabriquer des instruments qui chantent, mais ce chant uniforme manquera uucessuiieuient d'expression; tandis que l'artiste qui joue d'un instrument peut k son gré affaiblir ou enfler les sons, en modifier à l'infini le mouv^ ment et le caractère, et réussir à rendre les nuances les plus délicates du sentiment dont il est animé.

Toutefois, en reconnaissant que les beaux-arts, comme tous les arts qui agissent sur l'homme, font un usage infiniment moins étendu des machines que ceux qui travaillent sur les corps inanimés, il i^ut convenir que leurs suscès dépendent encore kun haut degré de la perfection des instruments dont

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ils fontinage. On nît k quel point les pouvoirs de b mtiri-

que instrumentale ont été accrus de nos jours, par la mulliplicatioo etleperfectionnenieiu des instruments de musique. On sait aussi quelle extension la puissanee de la peinture a reçue de la gravure et de la lithograpliie, qui sont à la peinture et au dessin ce que rimprimerie est à récritoie» qui per«* metfentésmultiplier les copies d^un bon ouvrage en quelque sorte à rinûni, et qui oûi eot, pour former le goût d'une nation, des moyens comparables à ceux qu^on a trouvés dans l'imprimerie pour faire Téducation de son intelligence. Ou sait enûn ce que la presse, qui propage au loin les émotions du poète aussi bien que les idées du savant, a dû ajouter aux pouvoirs de la poésie. On ne peut donc mettre en doute que les beauxarte ne doivent, eux aussi, une partie notable de leurs moyens d^actiou à la mécanique.

£nfin, s*il leur importe de se bien placer pour agir, d*avoir des ateliers habilement construits, de se pourvoir de macbi* nés et d'appareils savamment appropriés à Teffet qu'ils se pro-* posent de produire, il ne leur est pas plusindifierent qu'aux autres professions d'introduire des divisions convenablesdans leurs travaux. On conçoit aisément combien les artistes pris en masse ont dû accroître leurs pouvoirs en se partageant les rôles et en agissant sur la classe particulière des facultés qu'ils se proposent d'entretenir et de perfectionner, les uns par la peinture, d autres prir la musique, d'auires encore par la déclamation, le ebant, la danse, etc« L'action que chacun d'eux exerce est susceptible de coupures variées qui devien* nent une nouvelle source de force et permettent d'introduire dans l'an de nouvelles perfections* Il y a dans toute école d'art des divisions et subdivisions inévitables. Tout homme dont on fait l'éducation artistique doit nécessairement passer par une certaine série de transformations. Encore bien, fina-

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lement, qu'on ne procède pas h la culture du sentiiiieiit en fabrique^ on ne peut oier pourtant que de certaines œuvres d*artf et par exemple un concert, une représentation théàtralei n'exigent le concours simultané d un plus ou moins grand nombre de personnes qui contribuent, par des moyens sépsh rés, a une fin commune, et que dansées œnvres Tellet obtenu ne soit dû, en grande partie, à la division et au concours des opérations.

A vrai dire donc, il n'est pas un des moyens qui tiennent aux choses dont on ne trouve plus ou moins à iaire ici Tapplication, et la situation de Tatelier, son organisation, les instruments dont il est pourvu, la manière dont le travail $*y divise, tout ce qui est principe de force dans le fonds d*objets réels, couiuie tout ce qui constitue le Ibnds de facultés personnelles, devient, d'une certaine façon et dans une certaine mesure, un moyen de iniissance dans les arts qui agissent sur le sentiment et l'imagination comme dans tous Jes arts possibles.

On conroil enfin que, du concours de ces moyens et de leur accroissement progressif et simultané, ainsi que du développement de toutes les forces sociales, il serait aussi facile ici qu'ailleurs de faire sortir un dernier et très grand moyen de puissance. Je laisse ce travail à faire à la sagacité du lee* teur. Je me suis occupé des arts de rimai^inaiion avec une étendue que leur attrait justifie à peine. Il est temps que je finisse, et je vais passer immédiatement aux arts qui font leur affaire de l'éducation de Tentendement. C'est l'ordre que je me suis tracé et que m'indiquait la nature même des choses. Après l'instinct vient la réflexion, et la culture de la raison devait succéder à celle de l'imagination et des facultés affectives.

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