QUI FONT L ÉDUCATION D£ L*INTELUGEISC
VOUS qa^elles sont tontes deox également téméraires ; nous savous <]ue uous ne savons rien. Au poiat de vue scieniliique, nooft concevons sans difiicnlté Thomme vivant, sentant et pensant; mais Tobservatioii ne nous fournil aucun moyen de discerner si la pensée et Tinstrument au moyen duquel rhomme pense sont une seule et même chose ou s^ils en forment deux. La conscience persistante que nous avons, tant cpie nous vivons, de nous-mêmes, de notre pensée, de notre activité, de notre identité, cette conscience ne nous dit point si elle est inhérente aux organes dont elle se sert ou si elle 8*611 distingue. H est vrai qu'à la disparition du principe vivant et pensani, le corps se dissout et tombe en poussière; mais il est hélas également vrai qu'à la dissolution du corps le principe vivant et pensant cesse absolument de se manifester. Nous désirons ardemment qu'il survive ; nous espérons qfo'il survit ; nous le croyons : une foi consolante nous Tenseigne; mais nul eflbrt humain ne parvieiulrait a nous ap- {Nrendre s'il survit en réalité : le problème est scientifiquement insoluble.
Heureusement, pour les recherches qu'il s'agit ici de faire, nous n*avons aucun besoin d*en donner la solution. Quoi qu'il en soit, en effet, de l'hypothèse du matériahsnie ou de celle du spiritualisme; que les organes de la pensée exécutent leurs fonctions en vertu d'une force qui leur est propre, ou bien qu'ils soient les insirumenls passiis d un agent immatériel dont ils reçoivent Timpulsion, toujours est-il que, par luimême ou par ses or^^nes, riiomine est un être pensant; et, de même que, pour nous occuper des arts qui agissent sur rhomme vivant et sensible, nous n'avons pas cru nécessaire de nous enquérir de la nature intime de la vie et du sentiment, de même po«r traiter des arts qui s'appliquent à la culture de ses facultés intellectuelles, nous n'avons aucun
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iiO LIVRE IX, CB. IV. I»E LA LIBERTÉ RE8 ARTS
befioiu de scruter la nature du principe qui pense en lui. U nous suffit tout-à-fait de savoir que ces arts ne peuvent perfeclioiuier son intelligence qu'eu agissant directement ou indirectement sur elle, c'est-à-dire en agissant sur elle ou sur les instruments au moyen desquels elle exécute ses Ibnclions.
> Tel est leur objet véritable en effet, et c*est bien h cela qu'ils
se consacrent. Ils diiïèrentde ceux qui tiavaiilent sur le corps de Tbomme, et de ceux qui s'occupent de la culture de ses insttiNïts, de ses sentiments, de son imagination , seulement sous ce rapport qu'ils agissent sur des appareils différents ou sur des facultés différentes, et que, dans le temps où les premiers s'exercent sur les organes de ia vie et du mouvement, et les seconds sur les instincts, les sentimentsi, lespasr sions qui donnent le branle il tout l'organisme, ils s'exercent, eux, sur la force intelligente qui est chargée de «diriger cette impulsion. Du reste, ils agissent sur Teulendement de la même manière que les beaux-arls sur ia passion, OU que la gymnastique sur les membres, c'est-à-dire en l'eier^ çant, en le faisant agir. C'est une véritable gy mnastique intellectuelle ou cérébrale.
L'entendement, en effet, est aussi susceptible d'éducation (|ue les sentiments passionnés ou que les organes du corps sur lesquels s'étend son empire. On le peut exercer comme on exerce Torgane de la voix ou les doigts de la main. L'exercice le modiûe de la manière la plus profonde. 11 lui rend fociles des actes qu'il n'exécutait d'abord qu'avec une extrême
(liiliculté. 11 lui fait acquérir de la souplesse, de la dextérité, de la force, de l'agilité, tout comme aux organes corporels qu'il met en mouvement.
A la vérité, le travail de renteudement, ne frappe pas h vue comme celui des muscles; mais, quoiqu'il ne soit aucu-
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nemeni apparent, ce trayail n'en est pas moins réel. Il est si iadispeasable de faire agir lïntcadement pour développer 868 foiees, qu*an iostitoteor qui se bornerait à pérorer Aemki ses élèves, et qui les laisserait recevoir ()as8ivemeDl ses idées, sans jamais les obliger à les rendre, à les reprodoire^ quelque force et quelque ordre qnll mit d^ailleursdans ses déductions, ne tormerail que très imparfaitement leur intelligence. Un tel ÎDstituteur ressemblerait au maître de dause qui, pour instruire ses élèves, se boriierail a décomposer sous leurs yeux, chacun de ses pas, et à leur montrer la cbaine des mouvements élémentaires dont ils seraient formés, mais sans jamais leur en faire répéter aucun. Ne sent-oo pas qu'un tel maître devrait faire des élèves assez mal habiles? £h bien! il en serait absolument de même de rinsliluteur qui se bornerait à produire devant ses disciples la série d'actes intellectaels auxquels il voudrait former leur intelligence ou les organes de leur intelligence.
De même que le maître à danser, pour faire de bons élè* ves, est obligé de rompre leurs membres aux mouvements variés dont son art se compose, de même Tinstituteur pour faire des hommes instruits, est obligé d'aocoutumer les organes de leur intelligence à la suite d'actes intellectuels dont est formée chacune des sciences qu*ii leur enseigne, de lear rendre ces actes et leur enchaînement familiers, de les leur faire répeter jusqu'à ce qu'ils les exécutent, comme lui, sans effort et sans fatigue, t II est bon, comme s*exprime Montaigne, qu'il les fasse trotter devant lui pour juger de leur train* »
Ce qu^on appelle progrès des idées, progrès des aeiences» n*est autre chose, si je ne me trompe, que les progrès de réducation de Tentendement, que Taptitude plus grande que
nos organes intellectuels acquièrent a remplir les fonctions
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fjui leur sont propres. Une science, considérée dans rindividu qui la possède, n'est que Taptitude des organes de son intelligenee k passer par ane certaine flliatioii d*idëes, eomme l'air que sait chanter cet individu n'est que Taplitude de Porgane de sa voix à moduler une certaine soite de sons soos la direction de son intelligence, comme la danse qu'il a apprise n'est que l'aptitude des muscles de ses pieds et de ses jamt>es k exécnter, sons la direction de son intelligence, ane certaine série de mouvements. La science est d autant plus parfaite, que Tentendement qui la possède, c*e8l-à-dire qui est en état de la rendre, peut obsenrer dans ce travail un ordre plus conibrme à sa propre nature, comme k celle des choses qu'il réfléchit, et qa*i! est plus accoutumé, plus rompt à cet exercice.
Encore une fois, le propre des arts qui font leur ob^ei de rédncation et des perfectionnements de rintelligence est donc d'agir sur TinteUigence même, ou sur les instruments par Pintermédiaire desquels Tintelligence exécute ses fonctions , et de perfectionner ces instruments par les mêmes moyens que toutes nos autres facultés, c'est-i-dire par Tactîon, par Texercice.
Je n*ai pas besoin de dire à quel point leur travail est im-
portant. 11 sudit, pour le comprendre, de considérer que nos organes extérieurs n'exécutent absolument rien que par l'impulsion et sous la direction de nos facultés intellectuelles. Ces facultés sont la base et l'âme de tous les arts. Les arts ne font jamais que rendre ce que la pensée a conçu. Le chant, la danse, le travail des mains, celui des machines, depuis les plus simples jusqu'aux plus compliquées, depuis les plus faibles jusqu'aux plus puissantes, ne sont que des manifestatrous diverses de mouvements divers qui ont eu lieu d'abord
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daosles organes de reDtendemenl. Nos membres, an milieu
de leurs évolulioDs les plus rapidea, ne foot pâs un mourement qai ne résulte d'ane im^mlsio» particulière de Teuoéphale, qui ne soit Texpression distincte d'un mom eraent d'ime autre nature exécuté premièrement dans le système nerveux , ou dans la force cachée dont il esl Torgane*
Sûrement ii ne sutlit pas d'avoir une pensée pour être en état de la prodaire. S*il est difficile de concevoir , il n'est guère moins diflficile d'exprimer. On sait quelles peines nous avons besoin de nous donner pour accoutumer nos sens externes h rendre d'une manière convenable les mouvements intérieurs de l'àme, ou les mouvements de Torgane délicat et Mbile, au moyen duquel Tâme agit* Mais c'est surtout l'éducation de cet organe qui importe : le bon emploi de tout le reste en dépend*
L'esprit humain est le premier moteur des arts que l'homme pratique. C'est la force qui donne Timpuision à toutes les autres* Cette force est susceptible d'une extension pour ainsi dire illimitée, et lorsqu'elle estdéveioppée dans une direction conforme aux arts que la sociélé cultive, elle produit des résultats prodigieux. C'est ce qu'on a pu remarquer k tooies les époques où l'éducation de rintelligciice a été appropriée k la nature des arts qui étaient le plus en honneur, même avant que la culture de l'esprit eût fait des progrès bien considérables. Si, dans l'antiquité et le moyen-âge, par exemple, les dominateurs de profession se montraient si propres à la guerre, c'est que toutes leurs idées se l apporuient à Texer* cice de l'art militaire, comme toutes leurs actions, et qu'il ; avait accord parfait entre l'éducation de leur esprit et celle de leurs membres*
Il n'en est malheureusement pas de même a l'époque de transition où nous vivons. Depuis un temps pour ainsi dire