‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 20 sur 80 · LIYUË IX, CH. IV. DE LA LIBERTÉ DES AETS · texte numérisé non relu

LIYUË IX, CH. IV. DE LA LIBERTÉ DES AETS

immémorial, on n*a (Sût sabir aneon changemmil essentiel

au programme des éludes, et il n'y a pour ainsi dire plus de rapport entre Téducation fondamentale qoe reçoivent toujours les nouvelles générations et les arts divers que la société pratique. La plus grande partie de celte éducation, dans toute la race européenne, est consacrée à enseigner deux

langues mortes, et a tonner des artistes littéraires dans le goût des Grecs et des Komains.

On est, je le sais, dans Tusage de distinguer, quand il sV git d'apprécier ce genre d'enseignement entre les personnes qui le reçoivent, et je sais aussi qu'en trouvant qu'il répond assez mal aux besoins des classes inférieures ou intermédiaires» on pense qu'il est infiniment mieux approprié k celui des classes élevées* Tai peur qu'il ne convienne véritablement ni aux uues ui aux autres.

La difficulté est de juger quel devrait être le fonde de ces études primordiales que la sagesse des siècles, a-l-oû observé avec un grand sens, a si bien nommées les humanités, parce que c*est le fonds même de la nature humaine que leur tâche est d'élever, de nourrir et de forliiier. Est-il vrai, de par la nature des choses, que renseignement des langues grecque et latine doive, jusqu'h la consommation des siècles , servir de base à ces premières études, et constituer le fonds même des humanités?

On ne peut se dissimuler qu'il n ') ait à ce sujet des doutes sérieux, non-seulement dans beaucoup d'esprits réfléchis, mais encore dans les instincts publics, dans la sagesse spoo* tanée du grand nombre ; et il est certain qui! s'élève, sur ce point, contre la puissance de l'usage qui a prévalu depuis tant de siècles, des objections auxquelles on trouverait avec peine quelque chose de solide à opposer*

Par quel miracle arrivc-t-il que la littérature de deux ns«

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lioQS païeones soit foncièrement la plus propre et même la seule propre h former Fesprit el te eœur des peuples chrétiens? Le christianisme uc nous a-l-ii donc rien appris, ou rieu de ce qu'il nous a appris n'est-il passé dans les langues qui se sont formées sons son influence?

Comment se fait-il que la liltéralure de races essentielle* ment tnilitatres soit la seule qui se puisse convenahleroent S^usler an goùi et aux mœurs de peuples essentiel Icmeul pacifiques el industrieux ? Que la littérature de deux peuples dont rexistence reposait foncièrement sur la domination et Tesdavage soit la seule qui puisse servir de modèle à des nations dont Texistence se fonde uniquement sur la liberté et le travail ?

S4l est vrai, comme on Ta dit avec tant de justesse, que la littérature soit Texpression de la société , comment se peul-il que les littératures de notre temps, expression de sodélés infiniment plus polies et plus perfectionnées, à tous égards, que ne pouvaient Tétre les sociétés grecque et romaine, soient pourtant moins dignes de nous servir de modèles que celles des Grées et des Romains?

Comment se peut-il que Tctude de ces littératures ait à nos yeux assez d*importance pour nous faire négliger presque absolument celle de nos voisins les plus cultivés et avec (]iii nous aurions le plus besoin d'entretenir des relations actives? Comment concilier ce dédain pour la langue des nations nos voisines avec les efforts que nous faisons en même temps ponr nous mettre avec elles en communication? Comment accorder les procédés de notre administraiion des travaux publics, qui 8*évertue sans relâche à faciliter nos rapports avec les Anglais, les Allemands, les Ilaliens, les Espagnols, et ceux de notre instruction publique, qui ne fait que le moins qu^elle peut pour que ces peuples et nous puissions nous en-

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tendre ? Comment le grec et le latin s'excuseront-îls de nous

faire manquer à ce point de bon sens? Comment s excuseront-ils surtout de nous avoir infatués au point de nous faire dédaigner Pétude de notre propre langue , au point d*empè«

cher qu'elle ne devint dans les collèges l'objet d'aucun enseignement direct, au point de ùire qn*une très notable portion des élèves arrivât a la fin de ses études sans devenir

capables de récrire correctement et avec une certaine fa:-

Que rétude des lettres grecques et latmes soit un complément très désirable pour de certaines éducations spéciales, pour celle des érudits de profession notamment , pour celle encore des hommes qui ont une vocation véritablement littéraire, on ne peut songer k le nier. Hais il est, assurément, très contestable qu'elle doive former en général le fonds même de réducation et servir de base pour tout le monde à ce qu'on appelle les humanités.

On s*est fondé récemment, pour soutenir une autre opinion, sur des raisons puisées dans une sorte d'iiygiène intellectuelle. L'antiquité est simple, a-l-on dil; et, comme il faut des alimenu simples au corps des enfants, il faut aussi des aliments simples à leur âme. Autant on met de soin à éviter de blaser leur goût par des saveurs trop vives, autant on eu doit mettre à s*abstenir de surexciter leur esprit par la beanté souvent exagérée des lettres modernes. 11 faut les formera récole d'Homère, de Sophocle, de Vii^ile, ainsi qu'on forme les artistes à l'école de Praxitèle et de Phidias. On ferait inévitablement dégénérer leur entendement en les éloignant des sources du beau antique, du beau simple. Laissez-les dans 1 anii^uilé comme dans un asile calme, paisible et sain, etc. {%

(') Rapport de M. Thiers sur le projet de loi relaêifà l'imtrucUon motidaire. Ch. des députes, session de 1844.

cilité?

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On est toujours sûr de séduire les bons esprits par des appels à la simplicité, sartout qaand il s*agit de déterminâr le régime auquel ou soumettra renfancc. Mais celui qu'on indique ici pour la forjnatioo de soo euteadeoieut, est^il aussi simple et aussi salubre qa*on parait le croire? Produit-il les bons etiets qu'il semi>ie si naturel d'en espérer? Puisque Tantiquité est si simple, pourquoi doue les écrits qui la fréquenteut puiseal-iis, en général, dans leur commerce avec elle, (quelque chose desi guiudé, et que siguifieat les quaiilicatîous .pie le moode leur adresse ? Pourquoi les hommes élevés k récole du beau simple éprouvent-ils tant de peine à dire les choses simplement? Qu^importeque l'aotiquitésoit siropICiSi cette simplicité n'est pas sentie ou si elle se communique si raremeui aux esprits élevés k son école? Tout est-il simple, d'ailleurs, dans Fantiquité, et si Fart antique a été simple, au moins aux bonnes époques , en peut-on dire autant de h dialectique^de la science, de la philosophie antiques? D'une autre part, tout, dans les lettres modernes, est-il empreint d'exagération? Ne sont-elles pas assez riches pour qu'on y pût faire un ample choix de ces beautés simples et naturelles qui doivent surtout être proposées à rimiiaiiou des jeunes esprits? Prenez garde enfin qu'il ne peut être question d'aban* donner l'étude des lettres aneiennes. Il est tout simple qu^elle occupe, dans l'éducation des hommes destinés à la proi'ession des lettres, la même place que celle de la statuaire an* tique dans l'éducation des hommes u[)pelés à lexercice des beaux-arts. Mais, comme on n'oblige pas tout le monde à étudier les œuvres de Phidias et de Praxitèle, on ne doit pas non plus ûbUger tout le monde k se mettre eu mesure d'entendre les classiques grecs et latins. L'erreur ici est d'avoir voulu rendre cette étude généralement obligatoire. 11 n'est pas douteux que le grand uprit qui a fait revivre parmi nous

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celte ancienne obligation n'ait comme on Fa dit, ce qu*U fm$aù. Il pouvait convenir très fort à ses vues de reléguer dans rétudedes faits et gestes antiqves, Factivité intellectuelle des nouvelles générations; mais ces vues mésquioes et personnelles d*one tyrannie dès longtemps déchue sont loin de convenir au même degré à la politique libérale et élevée de répoque actuelle ; et les hommes éclairés de notre temps, tout en appréciant comme elle doit rétro la bcautc des anciennes littératures, tout en comprenant Tintérêt qu'elle peut avoir encore pour certaines classes de la société, et notamment pour certaines proièssious spéciales, sentent tort bien aussi querétnde n*en convient pas k l'universalité des esprits, et qu'en inainlenanl, en eoiuinuani d ouvrir k tout le monde les établissements publics destinés k les enseigner, il faut laisser aux générations nouvelles la liberté de se fonucr au milieu des faits, des sentiments, des intérêts contemporains, dans les langues qu elles parlent et dans celles que parlent les nations leurs voisines les plus cultivées.

L'étude des langues grecque et latine , considérée comme moyen direct d'instruction, est pour elles sans contredit d 'un intérêt très inférieur k celui des langues que parle aujourd'hui l'Europe, il est plusieurs de ces dernières dans lesquelles on trouve infiniment plus k lire que dans le latin et dans le grec. Toutes les nclicsses littéraires de Tune ou Tautre de ces deux langues peuvent être renfermées dans une cinquantaine de volumes, tandis qu'il y a des milliers de boas ouvrages à lire dans le français^ Tangiais^ Titalien, Tallemand. Nous pouvons puiser dans ces ouvrages des connaissances, eu général, bien plus sures, plus variées, plus étendues, et surtout bien mieux appropriées k nos arts, à nos goûts, à nos mœurs, que dans les livres grecs et latins. Les langues dans lesquelles ces mêmes ouvrages sont écrits pea-

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▼eut être lues el parlées, tandis qne le latin et le grec ne

peuvent être que lus. Les première s de ces langues sont celles de pations vivaces, nombreuses^ florissantes, qui nous cernent

el nous pressent de tous côtés, avec lesquelles nous sommes peci^éUieUesaeni en relation d'affaires ou de plaisirs, tandis qse-left secondes iBont celles de deux peuples qui ont pour jamais diï»pai'u de la scène du monde. ISuus ne pouvons pas laire ramoor en grec; nous ne saurions parler d'affaires en latin* Dans quelque pays que nous allions, ces Ian<2;ues ne sont en réaiUo pour nous d'aucune ressource; et lorsque nous arrivous f»arflùjdes peuples dont nous n'entendons pas Tidiome, et chez qui nous sommes, en queKiue borle, trappes imuiédialeuiciit de HHilisne et de surdité, où nous ne saurions échanger deux parokithienveillanles, o(i nous pourrions être, sans nous en douter, un objet uuiveisei de raillerie, c'est, comme on Ta dit, une sioginli^ façon de nous consoler de cette position ridi- I cule et Ininnliaiile, que de penser que nous pourrions traduin^ pénihlement une églogue de Virgile, ou scander tant bien que mal une ode d^Horace ( * ).

Âu fond, rien ne semble plus siupide et plus fou, au moins de lnupûti dn très grand nombre , que de consacrer de lonj gues années, prises sur la portion la plus précieuse de la vie httttfûiie^ uniquement à apprendre deux langues, et précisénMnt deux langues que le très grand nombre n*a pas le UiQjtidre intérêt à savoir; que les éiueliLs de profession ont piMlRMenisintérétà connaître; deux langues qu'on ne parle plus, dans lesquelles il y a bcaucou]) moins à lire que dans pbisieiwde.celles qu'on parle, et dont tous les bons ouvrages

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(') F., dîui«; 1 1 li , I" lînL, 1 I \ , p 19 <'r suiv. (le la première série, \in arlicio ' il.:m <uv riiiëtrucuuii pubiique, Uaduil de la Revue Ue Weëlmiiuiex. ; ■ ■

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