A LA FORMATION DES HAB. MORALLS. — ÉDUCATION
sait d*abord que son imagination et ses passions, et ses pre»
mières déterminalions sont tout insiiuclives. Plus tard, son intelligeace se fonne; maisTiiabitadeetreatraioenienteon* tinuent à le diriger avec plus ou moins de violence dans le seo6 de ses premières impulsions; il persiste à (aire mal, longtemps encore après avoir reeonnn qa*il pourrait faire mieux. Enfin^ mais très à la longue, il apprend à mettre qnd* que accord eiilre ses actions et ses lumières, entre les monvemenis de la passion et les directions de reuleadement.
On poomii ajouter que le développement de son activité suit la même marche dans quelque direction qu^on Fobserve; c'est-à-dire que, dans ses travaux comme dans sa conduite, dans son action sur les choses coomie dans ses rapports avec lui-même OU avec ses semblables, il commence toujours par agir instinctivement; qu*ensuite, Teipérience Favertit» Tobserva* lion réclaire ; qu'enfin il apprend à agir conséquemment il ce qu'il sait et se laisse moins aveuglément conduire par ce qu'il sent, qu'il met moins d'entrainennent et plus de réflexion dans ses actes.
Maintenant, quelles sont de ces directions celles eili ssn activité peut dcveuir morale, et quand peut-on dire en eiïfi qu'elle le devient?
L'adjectif fiiaralf, morale^ dérive littéraleoient du latin nos, Muais, MORES, MORALis. Il scmblo donc, k prendre ce mot par son étymologie , qu'on devrait l'appliquer à toute manière
^ 3iÇ^\T qui est passée en usage, eu pratique^ eu habitude, et
qu'on devrait dire d'une action qu'elle est morale, par cela wul qu'elle est aeeouiumée, par cela seul qu'elle est dans les kaMiide« de ilodividu ou du peuple qui la ionU U n'en est pourtant pas ainsi.
El d'abord, ou ne qualiûe de morales, alors même qu'elles ^ent habituelles et régulières, auçjune des actions qui se
224 LIV. i\j CH. V. LIBEIITÉ DES AUTS Kim TRATAILUËNT
rapportent an travail; on réserve cette qualification k celles
qui sout relalives à la (;ouduite : on distingue les mœurs d ' ua peuple de ses travaux, son savoir-vivre de son savoir^-faire. Ensuite, encore bien qu'on donne le nom de mœurs anx habitudes telles quelles qui nous dirigent dans la conduite de la vie, on ne dit pas toujours de ces habitudes qu'elles sont morales. On ne donne le nom par excellence de morales aux habitudes qui nous gouvernent que lorsqu'elles sont dignes de nous gouverner, de nous servir de règle, lorsqu'elles méritent de constituer nos mœurs. On reconnaît universellemeiit qu'il y a des mœurs ou des habitudes morales, et des mcears ou des habitudes immorales. Ainsi, tant que notre activité ne renferme pour ainsi dire
que du UaAail, tant qu'elle ne se compose que d industrie, d'adresse, de dextérité, d'intelligence, elle ne saurait être ni morale, ni immorale. Que nos travaux soient habituels on in* solites, dominés par la routine ou livrés k l'esprit d'innovation» ils sont également destitués de moralité* On pourra dire d'un ouvrier ingénieux qu'il est habile, on ne dira pas qu'il est moral ; on dira d'un homme, non qu'il travaille morale-» tnent, mais qu'il se conduit d'une manière morale. Encore un coup, cette qualiticalion n'est applicable qu'à celles de nos actions qui se rapportent à la conduite de la vie.
Ensuite même, et pour ce qui est de la conduite, il y a k dire qu'elle n'est point morale tant que nos déterminations sont purement instinctives, tant que nous ne faisons qu'obéir aux. impulsions du besoin, de la passion, du sentiment, même de sentiments naturellement bons. Ne savons-nous pas, en efl'et, que les meilleurs sentiments peuvent nous induire a mal faire? n'arrive4-il pas assez souvent que l'amour, l'amitié, la teiidi esse paternelle nous portent k de mauvaises actions? A plus forte raison, les sentiments qui se prennent en man-