‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 27 sur 80 · A LA FORMATION DES HAB. MOUALES. — ÉDUCATION · texte numérisé non relu

A LA FORMATION DES HAB. MOUALES. — ÉDUCATION

vatse part, Tamonr-propre, la colère, la haine, Torgueil, Paval ice, qui, bien dirigés pourtant, sont suscepiii>les de produire d'heureux effets, peoTeat-ils, s'ils sont laissés à \éat propre impulsion, nous pousser h des actes coupables. Eu général, nos affections, qui sont presque toutesbonnesà quelque chose* et dignes d'ètreentretenoes comme stimulants, comme forces motrices, ne Tâlent rien comme régulateurs ; et une conduite qui n*est dirigée que par le sentiment est si loin de pouvoir être qualifiée de morale, qu'il n'est pas un de nos sentiments, même dans le nombre des plus purs et des plus sympathiques, qui n'ait indispensablement besoin d'être réglé. Cest un point à bien recounaitre, et ce n'est pas le seul, ni peut-être le plus essentieL

Hàtons-nous d'ajouter, en effet que notre conduite ne devient pas morale , par ceh seul que le sentiment chez nous est éclairé par rintelligence. II faut sans doute, pour que nous devenions capables de faire le bien, que nous apprenions d'abord à le connaître; mais de ce que nous apprenons k le connaître, il ne résulte nullement que nous devenons capables de le pratiquer» On nous démontrerait avec la dernière évidence que la venu consiste à agir d'une certaine façon, liue si l'on ae bornait à nous dire ce qu'il faut faire, il n'est rien moins qu'assuré que nous le fissions; il serait fort possible qu'éclairés sur le bien, nous continuassions a faire le uial. N'est-ce paslk en effet la disposition naturelle de la plupart des hommes?

Video melioraproboque, deUriora sequor,

Qm ne sait combien il 7 a loin d'un homme instruit à un

homme vertueux , d'un homme éclairé sur la morale à un homme moral, et combien il nons reste à taire encore pour devenir d'honnêtes gens, après que nous avons le mieux appris en quoi l'honnêteté consiste?

226 Liv. cm. v, mb&rté des arts qui tra vaillent

Notre conduite n'est donc pas morale , par cela seul que now vivons sons Tempire du sentiment, car il peut arriver à tout moment que nos seaUments nous égarent; et elle ne le devient pas par eela seul que aons éelairons notre esprit^

car les lumières de l'esprit n'entraÎDCut pas nécessairement les déterminations do eceor ^ et la connaissance du Imoa ne donne pas toujours ce qu^il faut de vertu pour le bire. Nom ne devenons des bommes moraux que lors<{ue nous commençons à aceoutumer nos affections k se régler, dans la pratique» sur les lumières de la raisou, el à mesure que nous rompons notre vokmté k ee difficile exercice^ C'est un travail k part, et d*iHie nature toute spéeiale : travail difiérent de celui qui se propose d'éveiller, d'entretenir, de cultiver notre sensibiiitéii et tout k la fins de c^ qui a pour objet de dévd<^pperet de perfeclioQoer noire intelligeace ; car Tartisle a beau nous émouvoir, il ne nous donne pas la connaissance du bien, 4^ le savant a beau nous éclairer, il ne nous accoutume pas par cela seul à le faire. Le travail de tous deux est assurément biea essentiel, et c'est parce que nous Favons senti, que mus avons traité successivement des arts qui s'occupent de la culture de notre imagins^on et de nos affections, et de ceux qui travaillent k la formation de nos facultés intellectuelles ; mais^ pour l'objet dont il s'agit ici, ce double travail si essentiel est en même temps très insuffisant, et il &ut de toute nécessité (jue, dans le temps où l'art nous émeut et où la science nous éclaire, un travail d'une autre espèce et de la difficulté la plus «rdue vienne nous apprendre à soumettre rimagination et la passion aux avertissements de Tintelligence, aux règles d'une raison droite et exercée.

Or, tel est proprement, ou tel du moins devrait être l'objet de l'art ou des aris que se proposent ou qui devraient du moins se proposer de nous faire contracter de bonnes babi-

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iudcs uiorales. Le uioiatiste pratique a sûrement grand besoin que Tartiste entretienne notre sensibilité, et que le savant peffectionne notre intelligence; car la verta ne se compose que de sentiment cl de raison; mais sa tâche à lui, foncièrement distincte de celle de Tan et de Tautre , consiste surtout à accoutumer nos facultés affectives à agir conséqoemment k ce qu^enseignent nos facultés intellectnelles; elle consiste à nous faire contracter par de certains exercices Thabitude de nous bien déterminer, comm« celles de Tartiste et du savant consistent k nous habituer aussi par Texerciee k sentir délicatement et a penser d'une manière juste*

On peut distinguer dans la société phisieors dasses d'arts, de ministères, de services qui travaillent ou sont censés travailler k la formation des mœurs*

Tel est on tel devrait être Ton des principaux dijets de IV* ducation domestique et de celle des écoles.

Telle est aussi la fin principale que doivent se proposer les hoaimes qui, dans toutes les religions, se livrent à Texercice du sae0rdoeef qui nous enseignent les choses de Taotre vie.

Enfin le gmtvefnmeni n'a pas k remplir de devoir plus essentiel, de tâche plus londamentaie; et, si l'objet immédiat de son intervention est de vider les procès, d'apaiser les querelles, d'arrêter ou de réparer matériellemeiit les désordres, son but final et véritable est de prévenir tous ces maux en s'elforçant de corriger les habitudes vicieuses et anti-soeiales qui les engendrent.

Au reste, quoique Vintiituleur^ le prêtre^ le magùêrat 8*00* cupent également de nous faire contracter de bonnes habitudes morales, ils y travaillent par des moyens assez diSérenis, et chacun de leur côté, d'une manière assez importante pour que le miuistère que chacun d'eux exerce^ ntérite de nous occuper séparément et d'une manière tonte spéciale.

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