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Je vais, en conséquence, parler dans ce cbapiUe-cl de VÉdueaiian; Je traiterai dans le suivant da Saeerioee^ El daus celui qui viendra ensuite du GouvcmemerU.
La première et pour ainsi dire la seule cliose qui lfai>[)e-, lorsque Ton considère l'éducation domestique et surtoot celle des écoles dans leurs rapports avec la formation des mœurs, c'est leur insullisance, il faut presque dire leur nuUiié relativement il ce grand objet. De tons les arts qai agissent direc* leraeni sur l'homme, celui-ci est, sans aucun doute, celui qui est demeuré le plus arriéré. Mon^seolement il n'a fiadt depuis longtemps aucun progrès, surtout au point de vue technique, mais on pourrait dire que, depuis un demi-siècle, il a sensiblement décliné. Tandis que les arts qai donnent leurs soins au corps, qui parlent au sentimenl et à Timagi^ nation, qui s'occupent de la culture de Tintelligence peuvent passer, à beaucoup d'égards, pour avoir notablement gagné, on est iorcé de dire de Tari de former les habitudes, que loin d'avoir gagné il a perdu, il est tombé, il a presque cessé d'exister cooime art, il est moins compris et moins pratiqué qu'il ne l'avait été dans l'antiquité, qu'il ne l'a été dans Tancien régime de TEurope moderne, et finalement qu'il ne l'était encore parmi nousavant la révolution de 17S9«
Toute rhisloire, tonte la littérature de Tantiquité lémoi'» gnent de l'importance extrême que les anciens attachaient à cette partie de l'éducation qui a directement pour objet de nous enseigner à vivre. Cela ne ressort pas seulement du caractère moral de leurs écrits, de tout ce qu'on peut y puiser de bons sentiments et de saines maximes, mais des expiicatiens formelles dans lesquelles ils sont entrés si fréquemment à ce sujet, et du fait même de l'éducation quMIs donnaient à
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la jeimesse, de sa teDdance directe à régler la vie^ k formeff
les habitudes. Ils ne faisaient aucun cas des études qui ne tendaient à corriger d'aucun déiaut, et d'une instructioD, si libérale qu^elle fAt, qu'on n*aorait acquise que pour la montre : ex sludiorum liberalium vanà osientatione et nihU wnantiiuê liUerù (^). Us voulaient savoir de tout enseigne* ment k quoi il pouvait servir pour la conduite; de qui il redresserait les erreurs ; de qui il étoufferait la cupidité ; qui il rendrait plus ferme, plus libéral et plus juste : cufus igta errores mmumt^ eujus cupiditates premeni^ quem fortiorem, çuem Jtuiiorem^ quem lAeraUarem faeient
ils assignaient pour principale lin a réducation tout entière de rendre les bommes meilleurs, et ils croyaient fermement qu'elle en avait la puissance. Plutarque s'étonne qu'on en puisse douter, et, quand on croit à la possibilité de former des laboureurs, des arcbitectes, des orateurs, qu'on nie celle de faire des hommes houiiétcs ; qu'on ne veuille croire aux gens de bien, devenus tels par le bénélice de Téducation, que comme on croit aux Géants, aux Cyclopes et aux Hippocentaures A quoi bon, dit*il, s'il en est ainsi, se mettre en frais pour payer des maîtres et des pédagogues (*) ? Hais il ne croit pas, lui, à cette impuissance de Téducation; il la croit très capable de rendre les hommes meilleurs au contraire, et il indique comment elle y parvient II montre qu'on forma les hommes à la vertu en agissant tour k tour sur le sentiment, sur l'intelligence, sur la volonté, et il enseigne qu'on dresse la volonté, comme rintelhgence, par des exer-
{') Sencc, Episi. »9.
(^) Idem^ De Brev . vilœ, cap. i i.
p) ŒuvuEs MORALES : Que la t>€riu se peut enseigner et apprendn^^ (^) Idem,, itfid.
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cieaft ('). Oo a «giudé maintes fois cette confianee que les andens avaient dans Tart de plier la voloaté, de l'accoutumer au Ken, de M fidre contracter de saines habitudes. RolKn
surtout en était frappé. Après avoir tracé k ce sujet un certain nomiure de règles : c Paratt-il manquer quelque diose à ce que je yiens de dire, demandait-il ? Je prie cepeiiiiaui d'obeerver que tout ce que j'ai dit jusqu'ici je Tai puisé aniquement dans le paganisme ; que ce sont Lycurgue, Platon, âénèque^ Cicéron, Quinliilieoqui m'ont prêté leurs pensées, fourni les règles que j*ai prescrites, et que ce que ]*ai emprunté à d'autres auteurs ne s'élève pas au-dessus des idées payennes« > Il n'y a donc pas k mettre en doute qae les anciens n'aient cru a Tart dont nous sommes occupés, qu'ils ne l'aient pratiqué sérieusement, qu'ils n*en obtinssent des effets considérables, et je n'insiste pas sur ua lait qui ne parait pas susceptible d'être contesté.
Un secoiid fait non moins constant c'est que, dans rancieii régime ^e l'Ëurope moderne, et sous l'influence des idées chrétiennes, cette importance que les anciens avaient mis à diriger toute l'éducation vers fa formation des mœurs pouvait bien avoir changé de caractère, mais qu'elle ne s'était point affiiiblie, qu'eUeétaitau contraire devenue plus marquée et plus forte. Et, en effet, bien plus encore que dans Tantiquité, l'objet ioudamental de l'éducation, sous l'influence du christianisme, était de former les hommes à une vie réglée.
{*) « Pour faire un homme parfaitement vertueux, dit Plutarque , il faut que trots choses y soient concurrentes, la nature , la raison et IV
sage : ] appelle raison la doctrine des préceptes, et usage rexercttatioD: le commencement nous vient de la nature ; le progrès et aecroissement
des préceptes de la raison , et T accomplissement de Tusage et ixercitation. » Œuv. mou. , (rad. d'Ainyot : Comment il fauU nourrir la enfants.
(-) Trailr «ics Khuirs, \. l\\ p. ôoi \ Taris, iS21>, iii-ia. •
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£st-ce préciséoieat, deiiiaiidâii RoUin, pour faire des poètes, des oiateors ^ ées philosophes, des hommes 4e soieaoe , qae Tou coniie les eufaats à des lusiituteurs? Qui oserait le dire? Qui oserait même le penser? Le bat est de faire des chrétiens véritables: le reste ne tient lieu que de moyens (*)« Tout^ dans les aaciiejisr^lements universitaires, ajoutait fauteur, lendaii è sanctifier les études par la religion ; et c^est même 4aas cette vue, écrivait-il, que i' Université avait ordonné que, dans toutes les classes, outre les exercices de piété, les éco<» fters réciteraient chaque jour quelques seuteuces tirées de rÉcriture sainte et surtout du ^ouveau-Testameat, afin que les études ft»seiit comme assaisonnées par ce sel di?io Le Parlement chargé de veiller a l'observation des statuts, ne souffipait pas qu'oa s*écaitàt de cette règle C )• On ne s'en ieuaii pas d'ailleurs à l'enseignement des préceptes de la morale, et les pratiques religieusesqui s'y Joignaient pouvaient être considérées presque toutes comme des eKerdces desitiués a corr^i^er les mauvais penchants, k rectiiiei les habitudes vicieuses. La prière, Tobligation de se recueillir et de se met- Vve Iréquemment en présence de Dieu, les bonnes résolutions du matin, Texamen de conscience du soir, la confession de ses fautes h un directeur ^irituel que Ton consultait sur les moyens de corriger ses imperfections morales, Tusage des expiations, celui des privations et des pénitences qu'on s*imposait régulièrement k des jours marqués, pour prendre de 1* empire sur soi^éme et ne pas se trouver faible au moment de la tentation, tout cela avait eu ou pu avoir, dès Forigine, Tobjet que je viens d'indiquer. Il ne s'agit point ici d'esaini*
[*) Ibt'd,, t. 1, p. 50.
n ièMi.,p. Si.
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ner ia valeur de ces pratiques. Je dis seulemeut qu'elles avaient ou pouvaieDt avoir pour but la correction dea mœurs, qu'eu général, dans Téducalion qui était donnée autrefois, sous rcmpire des idées religieuses^ apprendre à vivre était
robjet d'au travail tormel, d'une élude expresse cl positive.
J'jgoote qu'il en était encore ainsi à la fin de Tancien régime , et que la formation des habitudes était toujours la préoccupation la plus fondamentale de l'éducation. Ce travail, sans doute, avait pu s'affaiblir, se modifier; le sens des pratiques religieuses ordonnées originairement dans cette vue avait pu, jusqu'à un certain point, s'altérer et se perdre; mais ces pratiques étaient encore observées; elles tendaient toujours plus ou moins à la même fin, et le soin des mœnrs continuait k tenir dans réducation une place considérable. Il s'étendait même jusqu^à la culture de la politesse et à i*easeignement des bienséances sociales. Uu règlement préparé pour le collège Louisrie-Grand, à la date du 4 décembre 1 769, vingt ans avant la révolution exhortait les maîtres k faire régner la politesse parmi les élèves , et , pour y rénsûr plus aisément, à maintenir entre eux les sentiments d'union et dV mitié fraternelle^ Il voulait que les élèves, <l destinés à vivre en société, au sortir du collège, se formassent de bonne heure à un commerce doux, aisé et honnête, el que, dans leur extérieur, dans leurs discours, dans leurs actions, ils évitassent tout ce qui élail de nature a choquer d'honnêtes gens, les airs suffisants et avantageux, les hauteurs, les mépris, la causticité, les railleries. » Il faut ajouter que ces enseignements, commencés dans les collèges, se poursuivirent dans le monde, et, comme l'observe Montesquieu, qu'on entendait sans cesse, en y arrivant, diie ces trois choses : <i qu'il faut mettre dm les vertus une certaine nobl^se, dans les mœurs une cer- \^iïjiQ Iranchise , dans les manières une certaine politesse. »
ALAFOBMâTIÛN D£âUAB. MOIUL£S. — ÉIHiCATION. 233
Bref, on ne peut nier que la ioimalion des habitudes, du caractère, des manières, ne fût eneore, dans rédueaiion, l'objet
ii'uii travail exprès el tlircct.
Certainement, il serait très permis de mettre en doute que ce tra?ai) , le plus difficile de ceux que Téducation exécute sur les jeunes générations, ait jamais été très éclairé ni très efficace. Les philosophes et les moralistes en avaient signalé rinsutlisancc dans tous les temps. Plus de trois siècles avant Jésus-Christ, Diogène, le Cynique, se moquait des grammuLiious qui s'eiiquéraient des maux d Liasse, et ignoraient leurs propres misères, des musiciens, qui savaient accorder leurs flûtes, el qui ne savaient pas accorder leurs mœurs, dcb orateurs qui s'escrimaient à disserter sur la justice et se montraient incapables de la pratiquer (*). « Nous appreuoiis à disputer, non à vivre, » disait beaucoup plus tard JSénèque : «on nUœ $ed sehctm diieimus C)* € Depuis qu*il y a tant de savants, disait-il encore,nousne vojonsplus degeiis de bien d : fostquam docU prodierwU , boni deswfU (*)• A quinze siècles de là, au 16^ siècle de notre ère, un autre moraliste énuueut, le philosophe Montaigne, renouvelait les mêmes plaintes ou €0 avait a faire de toutes pareilles. « Le seing et la despense de nos pères, observait-il, ne vise qu'à nous meubler la teste de science, et pour ce qui est de la vertu, peu de nouvelles.... Nous nous enquérons volontiers ; sçait-il du grec ou du latin ? Escrit-il en vers ou en prose? Mais s'il est devenu meilleur ou plus advisé, c'estait le principal, et c'est ce qui deuieure derrière (^).... On nous apprend à vivre quand la vie est pas-
(*) Montaigne, Eaaiê, liv. i, cb. 34.
n Senec, 'E]^ist,, 106.
Senec., iém,^ OS. C) l^$ais, Kv. I, ch. 24.