‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 29 sur 80 · LIV. 1\, CH. V. LIBERTÉ DES AUTS QUI TRAVAILLENT · texte numérisé non relu

LIV. 1\, CH. V. LIBERTÉ DES AUTS QUI TRAVAILLENT

sce » ( ' ). Ses écrits sont pleins de remarques de ce genre ; et combien de fois , depuis Montaigne, n'a-t-on pas eu à faire les mêmes réfléxions? H y aurait k se demander, d'ailleuis, si la morale enseignée, à toutes les époques, même aux àj^ du christianisme réputés les meilleurs , était une morale bien éclairée, et si les procédés pédagogiques employés pour b iaire passer dans les actions , pour la rendre pratique ei usuelle, élaieni l>ieu sages et bien avisés; si les exercices religieux dont j'ai parlé, par exemple, étaient employés avec autant de sens et d'habilelc qu ils auraieuL pu l'être a inllucr utilement sur la vie, à iisûre entrer la morale dans les habi* tudes ; si, trop souvent, la vie dévote n^était pas k elle-néme sa propre fin; s'il n'arrivait pas sans cesse qu'elle dégénérât en vaines formules; et si, en oubliant le sens moral de ses pratiques, on ne leur iaisait pas perdre leur elticacité. 11 y aurait fort à gloser sur tout cela, comme on pense* 11 est indabitable qu'à toutes les époques la partie de Téducatiou qut est destinée à former les habitudes , a laissé infiniment à débirer. El néanmoins, quelque part qu'où veuille faire sous ce rapport k la critique, il demeure certain qu'à toutes les époques, soit de Tantiquité payenne , soit.du christianisme, et jusqu'aux derniers temps qui ont précédé la révolution, la formation des mœurs, du caractère, des habitudes, des manières, avait été Tobjet d'un travail spécial, imparfait saus doute, mais réel et tout à &it distinct de ceux que rédocatioa exécutait d'ailleurs sur l'homme.

Mais il est certain aussi qu'à la révolution cela a chaméi et que ce travail a perdu alors dans l'éducation la place qu'il y avait occupé dans tous les siècles» €oDlme, sous sa dernière forme, il se liait surtout aux pratiques religieuses qui ont ete précédemment énumérées, il a dù cesser à l'époque où ces

(*) Ibid. Iiv.i,ch.25,

k LA FORMATION DES HAB. MORALES. — ÉDUCATION. 1235

pratiques ont été violemment inlerrompues, et il n*a pas

même été question de le continuer ou de le reprendre sous des formes noaveUes. La philosophie du siècle, qui, pendant un long cours d'années, n'avait cessé d'opposer la raison aux croyances religieuses, avait fini par établir dans les intelligences eetle idée, fort accréditée encore, que la raison suffisait k tout, et que la seule chose d*un intérêt réel et sénenx était de travailler à éclairer les hommes. On semblait croire qu'un travail judicieux fait sur l'esprit suffisait pour redresser les travers du caractère , et que la diffusion des lumières devait nécessairement entraîner la réforme des mœurs. En conséquence, tous les efforts de Téducation ont été dirigés dès-lors vers la culture des facultés intellectuelles, et elle n'a eu, en quelque sorte, pour objet que de répandre V'mstruction , que d'accroître et de propager les connaissances.

Plus tard, lorsque la religion a vu relever ses autels, l'enseignement religieux et Texercice du culte ont plus on moins repris dans l'éducation leur ancienne place. Mais quand on a fait rentrer ainsi la religion dans l'éducation, s'est-on rendu bien compte du but qu'on se proposait? A-t-on cédé à des convictions bien sincères? Peut-on ailirmer que le siècle fût Tedevenu bien religieux? N*est-il pas permis de croire qu'on obéissait moins à des sentiments de foi qu'à des sentiments de simple bienséance? Et enfin, prétendra-t-on sérieusement que ce qui s observe aujourd'hui de pratiques religieuses dans les établissements d'instruction privés et publics a pour obiet la formation du caractère et des mœurs? Deux causes ^'opposent également k ce qu'il soit possible de se rendre avec ^nne foi ce témoignage : la première, e^est que, dans la situation d'esprit où se trouve encore une partie considérable de notre nation, il est tout à fait permis de douter que ces

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