‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 33 sur 80 · LIV. IX, CM. V. LIBERTÉ DES ARTS TRAVAILLENT · texte numérisé non relu

LIV. IX, CM. V. LIBERTÉ DES ARTS TRAVAILLENT

rinstniction figure toujours seule. Il est question d'enseiguemeut partout et d'éducation nuiie part. U ne s'agit pas d'éducation même dans les mesures inspirées par on intérêt d'ordre eldediscipiine^ et ces mesuresn'ont pour objet que de mieux assurer le succès de rinstruction. On fait travailler de douze à quioze beures par jour Fintelligence d'un élève, et Ton ne saurait dire qu'à aucune heure de la journée, la for» maliou de son caractère et de ses iiabitudes soit l'objet d'aucun travail spécial. Quelle différence d'ailleurs dans le choix

des hommes qu'on destine a renseiguement et dans celui

des hommes qui sont voués à l'office de surveilkints et de

gouverneurs! Quelle différence aussi dans les rénmnéiations qu'on leur accorde et dans les distinctions dont ils smi Tobjet ! Pour renseignement , on choirit des hommes longuement préparés, sévèrement éprouvés, à qui Ton donne des traitements passables^ et dans le haut enseignement des traitements élevés , k qui toutes les chances d'avaiK^ment sont offertes, qui peuvent arriver enfin aux plus hautes fonctions ; et quand il s'agit de ces surveillants qui doivent passer leur vie avec les élèves ; qui les suivent au dortoir, ao iélectoire, à la salle d'étude, à la promenade ; qui doivent veiller sur leur sommeil, sur leurs jeux, sur leur tenue, sur leur déccuce; qui sont appelés vingt fois par jour a les avertir, a les réprimander, à les punir; à qui est spécialement confié le soin si difficile de régler leurs sentiments et de foN mer leurs habitudes; quand U s'agit, dis-je, de ce choix, presque aucune précaution n'est jugée nécessaire; on ne demande ni études spéciales, ni épreuves particulières; il sulUt d'hommes pourvus des grades les moins élevés ; on ne leur assigne que la dernière place; ils ne reçoivent qu'un traitement exigu, et ne peuvent espérer d'avancement d'aucune

k Uk* FORMATION DES HAU. MORALES. — tdUCATION. 24l

espèee ( ^ ). On les iraite comme s'ils n'étaient appelés à rem* plir que rofflce MtbtIterDe de gardiens. On ne parait pas sV ])ercevoir qu'ils sont chargés d'une fonction éminente. £videnimeoi, «m n*y a paa songé. On n*a pas pris garde que c'était li eux surtout qu't^taii confiée la tâche si élevée et si délicata 4e Téducation ; ou bien on n'a pas cru -que l'éducattoifffti en eflitt une tftdie dtfieile et eonsidéraMe; oo plnt4t cueore, ou a pensé que cette tâche ne se distinguait pas de reMeignenieiil, ei comme c'était de renseignement qu'on attendait tout, c'est naturellement de ce côté que se sont porté tons lee soins, tons les encouragements, toutes les ré* compenses.

Et prenons garde qu'il n'y a guère à ce sujet de reproches VfaimeDi justes k ndresser aux étaUissements d'instruction ni privés ni publics. L'Université , qu'on a accnsée sur ce point avec tant de véhémence» n'a pas de torts, à cet égard, qui ne ^ soient eemurons k peu près k tont )e monde» En se bornant k instruire, effectivement, elle ne fait qu'obéir k ce préjugé de notre temps et de notre pays qui fkit dépendre la moralité de rinslruction, et qui croit qu'on suffit à tout par les lumière&

Ce préj ugé est tel, et le sens de mot éducation s*est perdu k ce point, qu'il est devenu comme impossible de faire comprendieenquelpréelsëmentrédacsitieneonsiate,etquelesiiommes <]ui oûi le mieux vu qu'elle manquait dans nos établissements d'instruction, panassent fort embarrassés de dire comment on pourrait l'y établir, et quel est proprement le travail qn*eile «mit à flaire. On la confond tour à tour avec la culture du MtimeBl et avee celle de llntelligenee. On la fait consister lsnt6t k agir sur l'àme, k soiliciter la conscience, k éveiller, à

(') F. Teicelient travail de M. Corne, intitulé : De NdueaL publ.^ ^t^m rapporêê avec la famille ei avec l'élai,

m. iS

242 LIV. IX, eu. V. LIBERTÉ 0£S ARTS QUI TRAVAILLENT

Stimuler les sentiments moranx ; tantôt à agir sur Tentendemeatyk io&iruire des préceptes de la morale, à eoseiguer^à ealéehiser. Il n'est pas dottleux, je le sais bien^ que ce double travail ne soit nécessaire à Tiastitateur, et qu'il n'^t besoiu d*agir à b fois sur le cœur et la raison de ses élèves; mais l'erreur est de croiie que ce travail suffît, et qu'il ne faut, eu quelque façiNi, qa*eiidoetriaer les hommes pour réussir à les rendre vertueux. L'erreur est de ne pas voir qu'il est sui loul indispensable de les aecouturoer k agir conséquemmenlam

bonnes directions qu'on leur tloniie, cl que la tache du moraliste pratique est précisément de £aûre Téducatioa de la volonté.

On ne saurait commettre une inadvertance plus grave. La vertn en effet n^est pas une théorie, eUe est un exerdce:

elle consiste dans cette sorte d'énergie mentale qui nousreod capables de résister aux entraînements de la passion^ et non pas seulement dans la faculté que nous avons acquise d'apprécier sainement les actes immoraux auxqnds la paasioa nous entraîne. Celte faculté , quelque ferme et exercée que nous soyons parvenus k la rendre, ne suffit pas pour noos rendre capables de résister an mal. On ne fait pas, en un mot, Féducation de la volonté tant qu'on se borne à exercer l'iutelligence; et se contenter, pour moraliser les hommes, de les instruire, c'est vouloir qu'ils deviennent vertueux seulement en théorie.

Il y a donc, ne craignons pas de le redire, quelque chose d'extrêmement erroné dans cette disposition d'esprit qui nous porte aujourd-hui à attendre la correction des mœurs de la seule culture des intelligences, et qui nous £iit négliger, comme inutile, dans l'éducation, tout exercice qui aurait directement pour objet de les former.

Au reste, n^inférons pas de ce qu'il n'y a rien d'arrangé

à LA FORMATION DES flAB. MORALES •r-'lÉ;DUGATION. 243

pour cela dans les écoles, qu'il n'y saurait rien avoir, et de ce que Part de former les habitades n'y existe pas, qa*il y est

impossible.

On s*est li^ré à cet ^rd k des affirmations qu'il semble difficile de concilier. On a prétenda prouver, d'une part, qu'il n'y avait pas moyen de faire un art de Téducation, et Ton a cherché h établir^ d'an autre côté, que l'éducation était excellente dans les collèges, c'est-à-dire qu oii a élevé la prétention de ùite avec le plus grand succès ce que l'on commençait par déclarer impossible. C'était, je trouve, aller trop loin en principe et en lait tout k la fois. Il n'est certainement pas prouvé en principe que Téducation soit un art impossible, et il est encore moins certain en fait qu'elle soit excellente dans nos étabUseementsd'instruction* Ce qui parait certain, an eon^ traire, c' est qu'elle laisse fort k désirer dans nos écoles, et tout kja fois qu'il ne serait nullement impossible de l'y améliorer.

Ob: ferait déjk beaucoup pour cela si Ton voulait que cette Vàclie, qui n'y existe pas, y fût créée, et s'il était une foisdécidé*qu*on s'y occupera de la formation des.mœur8 avec non moins de soin que delà culture des intelligences.

On ferait plus encore, si, en même temps que serait créée cette grande tâche, on avait la sagesse de reconnaître qu'il y faut être préparé; que le premier venu n'y est pas propre; que les mieux doués ne sauraient, pour la bien remplir, se passer d'un noviciat ; que personne k cet égard n*a la science infuse; qu'on n'improvise pas plus un instituteur qu'un professeur, et que s'il fout de longues études et de sévères épreuves pour devenir apte k renseignement le moins élevé, il ne doit pas £dloir de moindres préparations pour devenir propre k la formation des habitudes et du caractère. On assurerait encore davantage le succès de la tache k créer,

si, non content de sentir que les hommes qui s'y destinent

244 LIT. 1X9 CH. ▼« LIBEETi DBB ARTS QUI TRAYAILLBRT

y doivent être préparés , on aliak jnsqu^k reconnaître qn'ib

doivent être choisis, que leur mission demande des natures d'élite» des bommes appelés par une vocation spéciale, et qai^ distingués par rintelligence, le soient surtout par le caractère et le cœur.

En6n on compléterait les chances de succès k attendre de la tâche dont il s'agit, si, en même temps qu'on la créerait et qu'on demanderait pour la remplir des hommes natarellemeal apteset convenablement préparés, on montrait encore, parles marquesd^intérét et de considération dont on la rendrait rob» jet, qu^on en comprend sufTisammenl les difficultés et Timportance, et si en effet on y attachait des avantages assez considérables pour qu'elle dùl être naturellement recherchée.

En un mot, il ne parait pas douteux que la tâche que remplissent aujourd'hui dans les étabKssements d'instruction secondaire les fonctionnaires désignés par le nom de mailrss surveillants, ne pût, ainsi qu^on Ta exposé, devenir le {ierme de fonctions beaucoup plus élevées et plus importantes, et quil ne fût possihie, en la perfectionnant d'une part, elf'd^on autre côté, en la rémunérant mieux et en l'honoranl davautage, de &ire pour l'éducation ce qui a été fiiit pour rense^nement, et d'assurer la formation des mœurs, aussi bien que celle des intelligences.

Nul doute encore assurément qu'on ne pût ajouter anx chances de succès de ce travail, non-seulement en y prépa« rant mieux ceux dont il est la spécialité , mais en y fiiiflaDt concourir davantage toutes les autres autorités des collées: par exemple les professeurs, qui trouvent presque tons dans leur enseignement des occasions si naturelles et si fréquentes d'agir miiement, dans un intérêt d'éducation, sur Fàme et la raison de leurs élèves, et très particulièrement les auniouiers, \ qui l'exercice éclairé de leur minntère pourrait, aujourd'hui

▲ t^A FOBKATKHf DES UàB. HOBALES.— ÉDUGATIOII. 245

encore, offirir des moyens à efficaees de contribuer aux succès •de IWucatioD.

£t vaio^nent dîraitroo, comme on Ta iait, contre la possibi* Kté d^obtenir ces résultats, qu'on ne peut former les cœurs, façonner les caractères qu'à l'aide d'uû principe supérieur, et que ce principe aujourd'bni manque; qu*on avait le patriotisnoe dans Tantiquilé, qu'on avait la religion dans l'ancien régime de l'Europe moderne, maisqueces principes ont perdu leur ancien pouvoir, et qu'on ne fait plus ni citoyens, ni dévots à l'époque actuelle... Comment conclure, en etl'et, de ce qu'aujourd'hui on ne fait plus des hommes précisément, ni des dévots, ni des Spartiates, qu'on n'en saurait rien faire de bon , et de ce que certains principes se sont affaiblis ou naodifiés , que Féducation n'a plus sur eux aucun véritable moyen d'influence?

Il ne s'agit de iaire des hommes aujourd'hui ni des patriotes farouches, prêts à exterminer le genre humain pour le salut de leur pays, que personne ne menace, ni de sombres croyan ts, décidés h sonSnr les dernières tortures pour la conservation de leur foi, que nul ne songe à leur ravir. Le temps, grâce au eielt n'a pins besoin de vertus d'une énergie si sauvage* L'accroissement du bien-être, l'adoucissement des mœurs, le progrès de la tolérance et des bonnes relations les ont rendu . à peu près superflues. Ce qu'il faut h notre temps et ce qu'il a k demander à l'éducation, c'est qu'elle travaille de plus en plus à rendre les mceurs honnêtes et sensées, et les relations justes et laciles; et quand on aurait perdu (ce qui n'est aasQiânent pas) le pouvoir de faire servir k cette fin la reli«

gion et le pali iotisme, il s'en faut qu'on fût destitué de tout moyen de l'obtenir* On n'a mis en doute, dsms aucun temps, qu'il ne fût possible, k la longne, de façonner les hommes k la justice et aux bonnes mœurs comme aux autres nécessités

246 LlV.llL, CH. V. LIBERTÉ D£$ ARTS QUI 1 RAVAILLENT

de la Tie hamaine. t Quoi doDC, dH Plntarque , les hommes

peuvent se former à tout, et ou oe saurait les plier k l'art de' bien vivre? Les hommes apprennent à chanter, à danser, à lire, à écrire, k se vêtir, k labourer la terre, k dompter des chevaox; ils ne sont capables de bien faire ces choses qu'après les avoir apprises, et cdie pour laquelle tontes les antres s'appr^ment, la bonne vie, la sagesse pratique dépendrait nniqnement dn hasard, et serait la seule qoi ne se pût enseigner ni apprendre (') ! » Montaigne observe, d'après Xénophon, que les Perses enseignaient la vertu k leurs enfants, comme d'autres nations faisaient les lettres. Roussean est d'avis qu'il n'est pas de vertus dont on ne puisse faire l'apprentissage, et il observe que hi constance, la fermeté et la autres vertus sont des apprentissages de l'enfance. Cet apprentissage sans doute n'est pas aisé , mais il est possible. Tout le monde n'y apporte pas les mêmes dispositions : on est plus ou moins apte k la vertu comme a la science; on est plus ou moins porté k la pratique de telle vertu comme k Fétnde de telle science; mais il n'est guère de vertu a laquelle on ne puisse plus ou moins façonner notre volonté, comme il n'est guère de nations avec lesquelles on ne puisse plus ou moins familiariser notre intelligence.

Et non-seulement la vertu se peut apprendre', maison sail quel est fondamentalement le moyen par lequel ony peut réussir. Ce moyen, nous Tavons dit, c'est Texercice. t Vouldraisje, demande Montaigne, que le Palluel ou Pompée, ces beaux danseurs de mon temps, nous apprinssent les capriolesk les veoir faire seulement et sans bouger de nos places (*)? » Eh

(*) Œuvres morales, ch. VI : Que la tertu te peut enêHfffkir el^ n B$tai$, 1. 1, €fa. as : Vintiruelion ie$ enfants.

A Lu\ FORMATION »ES HAB. «ORALES. — ÉDUCATION 247

iAen ! si nous ne pouvons apprendre les eabrioles seulement

k les voir faire , nous ne pouvons davantage apprendre la yferUà seulement k Tentendre prêcher. La puissance de ^pmore nos désirs , observe Lœke, s^acquiert et se perfectionne par la coutume , à qui tout devient facile et familier. 11 ne faut pas, ajoute le mime écrivain, instruire les enbnts par de simples règles dont le souvenir leur échappe sans cesse; mais ce qu*on juge essentiel qu^ils fassent, 'û tàni le leur feire pratiquer aussi souvent que roccasion s*en présente, et, s*ii est possible, en faisant naître les occasions. Cela produit des habitudes qui, une fois établies, agissent «i'elles-mémes et sans le secours de la mémoire

A la vérité, les philosophes qui reconnaissent le mieux qu*on ne peut former la volonté, comme rfnteUigence, qu'en Texerçant, qu'en la faisant agir, sont assez embarrassés de dire par quels exmices on réussit le mieux à la dresser; comment, par exemple, on parvient k faire Téducaiion du courage, de la patience, de la sobriété , de la justice, etc.; et néanmoins il n^est pas douteux qu'il n'y eût des méthodes pour former la volonté et des procédés pour déterminer les habitudes. On voit dans les Mémoire$ de Benjamin Franklin qu'à l'époque de sa vie où il forma , comme il s'exprime luimême, le hardiet difficile frcjei de parvenir à la perfeeiion morale , il sut s'arranger de manière k allier k ses travaux et k ses* études un cours pratique des vertus auxquelles il sentait le plus le besoin de s'exercer. Rien de plus simple et de plus ingénieux tout ensemble que la pratique dont il s'avisa. U avait tracé sur une tablette d'ivoire , qu'il portait toujours avec lui , un certain nombre de colonnes transversales, en marge desquelles était inscrit le nom des vertus qu'il désirait I. ■ ■■ ,. .1 ■ »

(') ÉducaL du enfania, ^ 5^, 67, OS.

248 Llir. tty CH. V. UES ARTS QUI TRA^AILUM

particuUèraiiani aeqoérir* Ces oolonnss éuient croisées pu

sept colonnes perpendiculaires , portant en téte les jours de la seiDsiaa« Cest sar ce tableau que s'opérait son travail II doimait, i^eodanl qds semskie entièpe, nus MtentioD rigstreuse à sa cooduile relativement à cbseune des vertu» inscrites ea marge du taUeao, abandomiaDt les autres k leur

chance ordinaire, et ayant soin, chaque soir, de marquer les fautes du jour* La semaioe d'eosuiteit il éteudaii soa atieutiou Il la vertu placée dans la seconde eoloone transversale, pais k la vertu placée dans la troisième, et aiasi de suite jusqu à la fin du tableao* Il âissit an cours coaipleten treise ss* maines, et quatre cours en une année. A mesure qu'il persévérait dans ces utiles exercices, il avait la satiataction de voir les marques de ses fautes devenir moins nombreuses, et sa vertu faire des progrès C)^

Je cite cette particularité de ta vie inlime de FiaoUin comme un exemple de la possibilité de soumettre sa volonté à des ej^ercices, et d^obtenir de ces ei;ercices d*beureox résultats. Je n^examîne pas si le procédé de ce sage était le meilleur et le plus avisé qu'on pût choisir. Je me borne h dire que des exercices sont indispensables, et qaVm ne parvient pas h régler sa volonié et à former ses habitudes sans y songer, sans y travailler, sans prendre la peine de veiller sur soi, sans s'imposer aucnne gène, sans se commander suooa effort et en se laissant aller, selon Tusage, au hasard de ses bonnes ou mauvaises impressions. Il n*; avait d'aillenrs ésm la pratique de notre ptiiiosoplie rien de bien extraordinaire et de bien inaccoutumée Cette pratiqtie, k vrai dire, se rédair sait à cet examen de conscience journalier^ qui est un dee

(') V. sa Vie et ses muvTêê posthumes , traduites de Tanglaispar Çasicra, 1. 11^ p. 5SS et mx. — Pans^ an Vi.

▲ LA FORMATION DES HAB* MOEAIiES. ^ÉDUCATION. 340

dévoilé les plus recommandéfi du chrhtianwme, et auquel ne peut guère éwiter de s'astreindre tout bonne raigonnabl^,

ehrétiea ou non, qui songe sérieusemeat à régler sa vie. Seulement le moraliste pratique de Boston procédait par ordre, et chaque jour il portait particulièrement sou attectioa sur cauK de ses peucbaots qu*il lui paraissait le plus urgeat de régler et qui ët»ent Tobjet spécial de sa vigilance.

Quel sérieux obstacle y aurait-il à rintroduction dans uœ école de cet exercice ou de tels autres à qui la même fin serrait assignée ? Quelle impossibilité ti ouverait^on à y faire des cours de vertu comme des cours de science, des cours de gymnastique morale comme des cours de gymnastique intellectuelle ou corporelle? et, par exemple» qu'est-ce qui empêcherait que de certaines vertus devinssent dans une école Yobiei d'exercices communs à tous les enfants? qu'on intérpssàtileur émulation à les pratiquer? qu'on notât les atteintes qtt*y porterait ostensiblement chaque élève? qu'on les accou« tumât k Taire eux-mêmes, chaque soir, Texamen de leur consctenoe et à se rappeler les manquements du jour? L'efficacité de ces pratiques pourrait être accrue par un usage éclairé de tous les stimulants propres & £ûre agir la volonté dans le sens des déterminations qu'on voudrait lui Caire prèndre; par la douceur, par le bon exemple, par des appels aux bous sentiments des élèves, par une action judicieuse exercée sur \mx raison, en leur exposant avec simplicité et tidélité les conséquences des bonnes et des mauvaises babitudes ; en leur enseignant comment les habitudes s'acquièrent et se perdent; comment une première action ou une première abstinence eu rendent plus aisée une seconde; comment enfin on s'accoutume pai' degré aux actes et aux privations qui parais-**^ saieut d'abord les plus pénibles.

Le §uccès de ces exercices dépoiitliaii beaucoup de l'habi-^

250 LIV. IX| CB. V. UBeilTÉ DES ARTS QUI TRAVAILLENT

leté des honmies qoi seraient chargés de les diriger, et snrtout de leur habileté spéciale, de celle qu'il laui pour gouwoer les cœurs et disdplioer les Yolootés, très différente de celle qull hni poar développer les intelligences. Cest-k-dire qve leurs saccès seraient subordonnés aux qualités de leur earaetèie plus encore qa*à celles de leur esprit N*est-ce pu avec son caractère, en effet, qu'on façonne surtout les caractères? Qui ne connaît la nature contagieuse des sentinaents? Qui ne sait comment les passions se communiquent? Qui n*a remarqué, par exemple, comment une personne irritable sème autour d'elle Tirritation? Gomment un homme d*liD caractère vicieux a le pouvoir d'altérer autour de lui les n>eilleurs caractères? Et, dans un autre sens, qui ii*a observé quelle est Tinfluence des sentiments bienveillants? quelle est Tautorité des volontés fortes? comment un même liomme, par le seul ascendant de ses qualités morales, pouvait tour k tour couteuir les esprits superbes, ramener les égarés, donner du courage aux timides, et comment il y réussissait d'autant mieux qu'il joignait à ces qualités morales un esprit plus délié; qu'il avait une connaissance plus approfondie du cœur humain et de ses mobiles; qu*il avait eu k traiter avec plus de caractères et était plus exercé k les mauier?

Si donc dans les établissements d'instruction, privés oo publics, on emploie peu de temps et Ton déploie peu d'art k former les habitudes morales , convenons que c'est moius la faute des choses que celle de Tinstitution, et reconnaissons qu'il serait possible d'approprier des écoles k réducatiou de la volonté comme à celle de l'intelligence, s*y former à Tart de bien vivre comme h Tari de bien penser, y apprendre ainsi la morale en action et non pas seulement la théorie de la morale*

A FORMATION DBS BAB. MOnALES. — ÉDUCATION. 351

S*î1 ne parait pas douteux qu^on ne pût réduire en art Fap-

prenlissage de la verlu, il l'est bien moi os encore, ou plutôt il ne Test pas du tout, que cet art, pratiqué avec succès, ne tèt de nature k exercer snr la société la plus grande et la plus salutaire influence.

On a assez vu dans le cours de cet ouvrage quel est le rôle que jouent dans toute réconomie de la société les bonnes habitodes personnelles et la bonne morale de relation. On ne peut ignorer maintenant que, de tous les éléments dont se compose la puissance du travail, les vertus privées et civiles sont on des plus essentiels et des {Aus considérables. Je n*ai donc pas besoin de dire quelle est, pour tous les arts, Timportance de celui ou de ceux qui ont la mission élevée et directe de produire la vertu; ce quMIs peuvent donner de valeur aux hommes, et ce qu'ils leur procurent, pour tout ee qu'ils ont à faire, de puissance et de facilité d'action? Cest une vérité qui peut se passer de développement et de preuves.

Hais ce qui n'est peut-être pas superflu, c'est de dire qu'on ne rabaisse pas la vertu en montrant ainsi k quel point elle est nécessaire aux hommes et combien elle se lie d'une manière étroite au succès de tous leurs travaux. On a manifesté à ce sujet des délicatesses et des susceptibilités en vérité bien singulières. On a trouvé que c'était faire déchoir la morale que de la présenter comme un auxiliaire du travail et d'oser la compter an nombre des forces dont Téconomie politique ilispose? Qu'y a-t-il pourtant de plus conibrnie à la vérité? Comment nier que les bonnes habitodes personnelles ne conservent et ne développent toutes nos forces? Que la justice dans les relations, que les bonnes habitudes sociales ne iacifitent Texercice et n'accroissent l'activité et la fécondité de tous les travaux ? £t si ce sont là des vérités patentes, pour-

S52 LtV* ne, CH. V. liberté dés arts qui TRA^tAILUNT

qadciaiadraitpwdek^prodamer? Est-ce rabaisser h wt&

que de moiilrer qu'elle devient, en se répandant, la source des plus grajades prospérités sociales? Serail-ce vraimeatla relever que de v<Nilotr la rendre eopérieare k tous les intérèto Immains? Un moraliste contemporain a préleadu qu'il u'j avait d*aeliaos mondes que les bonnes actions dont on n'attendait aucun bien en ce monde ou dans Tautre* Je iie sais si les philosophes qui professent en principe une morale ai désintéressée, sont toujours en fait ceux qui montrent Tabnégationla plus stoïque; mais je doute un peu que la vertu, par le temps qui court surloat, ait de grands avantages à atten* dred*une telle philosophie. Quel service est-ce lui rendre, ea effet, (pie de la placer ainsi à des hauteurs inaccessibles? C'est, il me semble, la reeommanderfortmal. Elle se défend, comme a dit éloquemment Montaigne, < non par quelques épicycles imaginaires, mais par raisons naturelles et palpables. Elle u est pas plantée à la teste d'un mont coupé, raboteux, inabordable... Fantosme à estonner les gents i.. Ceux qui ïmt approchée la tiennent, an rebours, logée en une belle plaine, fertile et ileurissante, d'où elle veoid bien soubs soj toutes dioses, et o& peult arriver, qui en sait Tadresse , |)ar des routes ombrageuses, gazonnées, doux ileurantes et il une pente facile et polie comme est celiedes voûtes célestes >

RassuroDS-nous doue, et ue craignons pas d'avoir tait subir une sorte de déchéance à la morale en reconnaissant Ja place élevée qu'elle occupe dans Téconomie de la société, et en exposant comment elle devient une souree de force et de fécondité pour tous les arts que la société cultive. Prenons garde d'ailleurs que les arls qui ont la mission de Tenseigoer,

ae soat pas iaiportants seulmeut en ce sens qu'ils rendent

(') £6SAis, 1. 1, fb. SS : DetinUr^ ée$ «lisait.

Page 1