L.A FORMATION DES UÀB. MOAALES. ÉDUCATION
qu*uiisecours iDeliiicace, que des arguii^euts iusuiHsants ; de ne faire, comme Ta dit une femme d'esprit, qae déchirer le cœur qui Tappelle à son aide ('). J'ai déju observé maintes Ibis qu'il était possible d^étre fort éclairé sur la morale sans élre pour cela un homme moral. Et qui ne sail^ en effet, combien il est commun de voir des hommes instruits qui man* quent de mœurs, des hommes chastes dans leurs discours et déréglés dans leurs habitudes , des hommes libéraux en théorie et dans la conduile très injustes et très despotes? Ce triste phénomène est observable partout. Il se hit surtout remarquer dans les pays où Ton s'occupe avec beaucoup d'ar-* dear de la culture des intelligences et où l'on donne peu de soins à la formatiou des mœurs. Cesl même, très probablement, le contraste qu'on observe habituellement en de tels pays d*habitudes peu régulières avec des esprits très cultivés qui a fait croire à tant de gens que la culture des esprits nuisait an progrès des habitudes. Ce n'est pourtant pas que ceci soit vrai et que la science fasse obstacle à la sagesse : on a eu le plus grand tort, dans tous les temps, de présenter les lumières comme ennemies de la vertu, puisque nos meilleurs sentiments eux-mêmes ont besoin d'être éclairés pouc ' ne pas nous induire à mal faire. Et pourtant il est très cer* tain que, tant qu'on se borne à donner des lumières, on fait presque toujours un travail insuffisant, et quelquefois un travail dangereux. Bomez«YOUS éclairer un homme faible , et en l'éclairant vous ne Taurez pas toujours fortifié. Bornez-
(*) Cette flère raôson , dont on fait tant de bruit. Contre les passions n*est pas un sûr remède : Un peu de vice la trouble^ un enfant la séduit. Et déchirer an cœur qui l'appelle à son aide, Est tout le bien qu^eUe produit.
Mad. DiSHOOtikius.
256 UT. Hi xk. t. UBButÉ dis arts oûi traVailUnt vous i donner deg limites k mi ottofri ndenx ei tons aViai-
tez fait le plus souvent que fournir des armes à ses vices et les rendre pins dangereux en les rendant (dus intelligeDt& Que faot-il donc ponr que la ciiltore de l'esprit ne soit ni iropoissante, ni dangereuse / 11 faut ne pas s'en tenir à la culture de Fesprit et hire eoncmrir svee les arts qui doDoent rinstruGtiim ceux qui sont chaigés de former les habitudes. Cest II ces derniers qull appartient de lever la contradiction qu'on a cru apercevoir entre les mœurs et les lumières, et en mettant autant de soin k plier la ?oionté aux directions de rintelligfiûce que d'autres arts en peuvent mettre à dresser rinteUigenoe ellennénie, de fiôre cesser le scandale d'une raison très exercée qui est sans pouvoir sur la conduite; de donner k Tàme bomaine, en loi faisant acquérir la force de vouloir, ce qu'elle a la capacité de comprendre, une façon qoî le complément de sa culture, et sans laquelle ce qu'elle a appris ne peut lui servir h rien, si ce n^est à hri mieux faire sentir la faiblesse de ses £sicultés pensantes et la dépendance humiliante où dies se trouvent de ses fluîultés seosibles.
Non-seulement les arts qui travaillent à mettre nos pensants accord avec nos lumières nous tirent d'un étal fort
humiliant, mais ils nous délivrent d'un éial excessivement
pénible. Quoi de plus pénible, en eâet, que le combat que se livrent, au dedans de nous, la raison et la passion ? Que cet état où. notre moi, selon la remarque de Buffon, se trouve comme partagé en deux personnes, dont Tune, la fiictiM raisonnable, blâme ce que fait la seconde, sans être assez forte pour s'y opposer, et dont Tautre, la faculté passionnée, fait ce que blâme la première, sans pouvoir se dérober au juge* ment que celles! porte de sa conduite et qui empoisonne tons ses plaisirs? Quoi de plus miséi aijle qu'un homme éclairé qui manque d'empire sur lui-même ? qu'un homme dont Tes-
A LA FOBMATIO.N DtS UAB. MORALES. — ÉDUCATION. 2u7
prit exercé démêle tout ce qu^il y a de blâmable dans une
mauvaise actioa, etqae ses peuchaolâ eniraînt ni sans cesse k faire ceque son esprit réprouve ? Mieux vaudrait, ce semble, manquer tout à fait de sentiment ou de raison que d'être aiûsi tiré en sens contraire par des facultés opposées. Mais ce qui vaut mieux encore que d'être sans passion ou sans raison, c*est de posséder k la fois des faculics alfectives et des &cuUés raisonnables, lorsqu'une bonne éducation morale nous a fait acquérir la force nécessaire pour soumettre les premières de ces facultés à la direction des secondes.
Les arts qui nous donnent ce pouvoir, les arts qui développent en nous cette classe de facultés si précieuses qu'on appelle des vertus, des habitudes morales, sont indubitablement ceux qui nous procurent les plaisirs les plus parfaits. II manque quelque chose a tous les autres : les plaisirs des sens sont grossiers et fugitifs ; ceux de la passion remplis de Uouble, ceux de rintelligence mêlés de froideur et de sécheresse : les plaisirs de la vertu sont les seuls auxquels il ne manque rien. Ceux-ci, sans exclure les antres, excluent tout ce qui les corrompis : ils se composent surtout de cette sécurité, de ce calme, de cette satisfaction élevée que nous pro* cure Tempire de nous-mêmes et F habitude de ne céder h. nos affections que conformément aux règles d*une raison éclairée.
Ajoutons qu'en tempérant notre ardeur pour les jouissances purement terrestres, les mêmes arts nous donnent le genre de vertu dont peuvent le moins se passer, au milieu même de leur prospérité, les nations industrieuses les plus florissantes; qu'ils nous font trouver dans la pratique du bien^ daus les pures satisfactions de la conscience, les seuls plaisirs sur lesquels notre cœur ne se blase pas, les seuls qui remplissent un peu le vide quMI éprouve encore au milieu de l'abondance de tous les biens, et, finalement, qu'en épurant m. i7
258 LIV. IX, Cil. V. LIBERTÉ DBS ARTS QUI TRAVAILLENT
les plus vives affections de uolreâme^eo fortiiiaal ses faculté» les plus élevées. Us nous préparait de la manière la plus con* venable k celte vie future, et meilleure, et plus liaute, et plus complète, vers laquelle la vie présente semble n*élre qu'une aspiration continue.
Ainsi, lart éuiinenl qui lait l'objet de ce cbapiire n^a pas seulement pour effet de créer un ordre de moyens indispen* sable k la libre action de tous les autres: il nous douue encore la plus importante des éducations. Pendant que d'autres
perteclioitiieuL uus organes , cullivcnl nuire imagination et nos aHeclions, développent notre intelligence, celui-ci achève rceuvre si diflBdle de notre éducation , en nous apprenant à souuiellre les iacuitcs qui nous émeuvent auiL facultés qui nous éclairent, et en nous portant k fiiire des unes et des
autres un usa^^e a la fois raisonnable et sain , élevé et pui". Par là il les conserve toutes; par là il rend plus vils les plaisirs variés qu^elles nous procurent; enfin, il nous fait trouver dans cet empire qu'il nous instruit à exercer sur les unes et sur les autres un plaisir supérieur à tous ceux qu'elles nous donnent, et qui parvient mieux qu'aucun autre à remplir le vide que nous laissent tous nos plaisirs»
Répétons donc que , s'il paraît pos^ble de réduire en art rappren lissage de la vertu, il est encore plus assuré que cet art serait de nature k exercer sûr la société la plus grande et la plus licureuse des influences.
11 me reste à montrer comment il se prêterait à Tapplica* tion des divers moyens généraux sur lesquels se fonde la puissance de tout art.
Ce que j ai k dire k ce sujet sera naturellement assez restreint, et pour deux causes. — La première, c'est que le travail de la loiniaiiuu des mœurs, dans les écoles, n a^anl jâ-
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mais été constitué à Fétat d'art , il n'a ^miîi e pu èire question d'y appliquer les divers moyens généraux auxquels la puissance de loat art se lie, et qu^il ne peut y a^oir beaucoup à dire des moyens d*un art qui n'exiâle pas, ou qui existe à peine. — La seeonde, c'est que ce travail ne pouvant être séparé matériellement de celui de rinstructiou , bien qu'il en i diffère d'une manière essentielle, et devant être nécessaire* meiii exécuté dans les mcmes établissements, doit par cela I ffléme être soumis , à beaucoup d*égards , aux mêmes règles générales, et qu'une grande partie de ce qui a pu être dit précédemment des collèges , considérés comme établisse- I méats d'instruction (^), doit natorellement s'appliquer aux I collèges considérés comme chargés de la formation des I mœurs et des caractères. Je me bornerai donc à dire quelles oiiligalions résultent pour ces établissements de la tâche par- I licuiière qui nous occupe , et quel compte ils on4 k tenir, en I tant quïlablissements d'éducation, des principaux moyens im lesquels tout art puise sa iorce, quelle miluence, sous le rapport de l'éducation, ces moyens exercent snr leur liberté.
Nul doute qu'à plusieurs égards celte mliuence ne soit ou ne pût devenir considérable.
Ainsi «pour conunencer par le genre d'aptitude que nous I désignons par le nom de talent des affaires, il n'est pas douteux que ce talent ne paraisse destiné à jouer ici un rôle élevé. Je conviens que pour l'objet dont nous sommes occupés, il n'a pas lu, depuis longtemps, grand' chose à faire dans 1^ collèges. L'éducation , proprement dite , n'était pas une ehose demandée. On croyait, avons-nous dit, que la formation des mœurs et des caractères résultait suffisanmient de la cnHare de Teqirit Hais il paraît qu'à cet égard la société
(M F. le précédent diapitre.