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commence à revenir de son erreur ou de son indifférence, et qu*il y aura désormais h compter davantage avec elle snr ce point. Le fondateur, quel qu'il soit, de l'un de ces élablissementsqua nous désignons par ies noms de collège ou d'institution, n*aora pas moîM k prendre conseil de ses besoins poor Téducation qu'il se proposera de donner, que pour le genre d'instruction qu'il entreprendra de répandre. Ces besoins, je le sais, sont encore assez mai compris, assez mal démêlés; mais ils existent; il y a nécessité de les discerner, et c'est à qui les discernera le mieux. Il n'y aura bientôt moyen, à cet égard, ni de demeurer dans l'indifférence, ni de spéculer impunément de travers. Force sera k tout instituteur de savoir cé qu'il compte faire de ses élèves; pour quelle fin, sous le rapport moral comme sous le rapport inlellectue), il a dessein de les élever, et de proposer à ce sujet des choses raisonnables, je veux dire des choses qui r( pondent aux besoins delà société. Il tombe sous le sens qu'un instituteur qui, dans l'état présent des choses, entreprendrait de faire de ses élèves des Spartiates, des Uomams, des hommes selon l'esprit de l'ancien régime, voire même selon l'esprit des premiers gouvernements que la révolution avait fondés, spéculerait on ne peut plus mal. Autant en dire de celui qui voudrait en faire dos dévots à l'ancienne mode des jésuites ou de Port-Royal, des jansénistes ou des molinistes. Rien ne serait assurément moins raisonnable, dans l'état présent de la société, et an milieu de l'activité laborieuse des citoyens de toutes ies classes, que de venir proposer aux familles de faire de leurs enfants des hommes confits en Dieu, indllférents aux aOaires de ce monde, uniquement préoccupés des choses du salut, et entièrement absorbés par les pratiques de la vie dévote. Il peut y avoir pour Téducation d lieureux emprunts à faire à l!esprit de tous les temp^ Je ne doute pas qu'elle ne pût faire encore 1
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de la religion un de ses instruments les plus efficaces. Mais, sans altérer en elles-mêmes les choses du passé, il faut savoir les faire servir aux besoins du présent; et, pour ce qui est de la religion, par exemple, il faudrait, en respectant ses dogmes , sa morale, ses pratiques, savoir l'approprier avec dignité aux besoins de notre temps, la rendre noblement intelligente et libérale, lui inspirer une vive sympathie pour tout<3s les bonnes acquisitions de Tesprit humain. En général, l'éducation, comme tout autre art, ne peut trop s'attacher k bien comprendre les besoins de la société pour laquelle elle travaille. 11 lui importe, dans l'intérêt de sa tâche, de tout approprier à ces besoins, non-seulement le travail qu'elle fait sur les mœurs, mais celui aussi qu'elle accomplit sur les intelligences. Une éducation intellectuelle non sulïisamment adaptée aux besoins des classes qui la reçoivent, n'est pas vicieuse seulement au point de vue intellectuel, elle l'est aussi au point de vue moral. Et qu'y a-l-il de moins moral, en effet, que de donner h un jeune homme une éducation intellectuelle en désaccord avec sa situation , avec la profession qu'il est appelé à exercer, avec l'étal où vit sa famille? qui l'expose à la désavouer, à la méconnaître , a lui manquer chaque jour de respect? qui lui inspire des goûts et une ambition qu'il ne pourra satisfaire? qui l'enferme dans un cercle de mécomptes, de souIVrances et de dangers? Et pourtant est-il rien de plus commun que des éducations intellectuelles dirigées de la sorte? N'est-ce pas un écart dans lequel donnent k peu près tous les instituteurs, à commencer par le plus élevé, c'est-h-dire par l'État? N'est-il pas vrai qu'ils ont le tort de ne pas tenir suirisamment compte des situations, de n'y adapter suffisamment ni les mœurs, ni même les intelligences, et, par cela seul qu'ils n'y ajustent pas suflisammcnt les intelligences, de commencer par rendre impossible
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toul bon travail pour la formation des mœurs? Ësl-il possible de spéculer, de concevoir les choses, en Mt d'édocatioB, d^nne
manière plus déplorable, et qui k [joiide moins aux nécessités véritables de la société.... Nnl donte donc qu^on n'y 0 eût à tenir de ces nécessités un plus grand compte, et à faire ici un grand usage de cette partie du talent des aflaires <jpii consiste à spéculer avec babOeté , k comprendre ce que h société demande, k mettre ses euireprises, de quelque nature qu'elles puissent être, en rapport avec ses besoins, et que Tart élevé qui lait Tobjet de ce chapitre ne réussit, en agissant ainsi, à remplir infiniment mieux sa tâche, qui consiste surtout k mettre les idées et les habitudes de chacun en bar» monie avec sa situation et avec les devoirs que cette situation lui impose. — Je ne dis rien des autres parties du talent des affaires. Elles ne paraissent pas jouer ici de rôle spécial, ni agir sur les collèges considérés comme maisons ii'éducatiofi, autrement que sur les collèges considérés comme établissements d'instruction. Mais le rôle qu'y remplit celle dont nous venons de parler était assez spécial el assez considérable pour mériter <le nous arrêter, et Ton conçoit, en eflet, de quelle importance il est pour Tart élevé qui nous occupe de bien savoir, avant tout, quelle direction il doit donner li ses efforts, ce qu il doit l'aire des jeunes générations dont il est chargé de régler le caractère et les habitudes, comment, en un mol, il doit spéculer.
Si rétat d'imperfection extrême où se trouve encore cette haute profession u empêche pas d'apercevoir combien serait nécessaire à ses exercices le genre de capacité que j'appelle talent des allaires, il n'empêche pas de discerner non i»lus les services que pourraient lui rendre les facultés qui tiennent \ Fart. On comprend très bien, par exemple, que ITia-
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bileté pratique y serait, comme en toute autre classe de tra- Taiii[, la première et la plus désirable des aptitudes. El qui ne sent, eu eilet, que la chose essealielie pour i'éducatiou ce n^esl pas tant peut-être d*ayoir une connaissance théorique approibndie de la nature des passions, de leur marche, de leurs progrès, de la manière dont 8*acquièrent et se perdent les habitudes, que de posséder une certaine disposition nalurelle à manier les caractères, de réunir en soi un certain mélange de douceur, de raison, de fermeté, d*égalité d'humeur, particulièrement propre k les bien former ; que Téducation des caractères, k la différence de celle des intelligences, se r.îii avec le caractère infiniment plus qu'avec le raisonnement; qae si elle demande une grande dose de sagacité, de tact , de justesse de sens, le genre de capacité intellectuelle qu^elle exige est fort diûérent de celui qu'il faut pour la culture des esprits, et que des hommes d'un génie et d'une insUuclion d ailleurs médiocres, y sont quelquefois plus propres que des hommes d'un esprit très étendu et très exercé. Toutefois, et quelque marquée que puisse être dans l éducation l'importance de Tbabileté pratique, il est aisé d'apercevoir que de certaines notions de théorie pourraient en laciliter beaucoup le travail. Par exemple, il ne serait certainement pas indifférent d'avoir convenablement étudié cette partie de la physiologie et de la psychologie qui traite de nos facultés affectives ; de posséder des notions exactes de ces facultés et de leurs fonctions ; de savoir qu'on peut les modiher de plusieurs manières, en agissant sur l'ensemble de l'économie, sûr la raison, sur l'imagination, et surtout sur les affections mêmes; qu'en général, pour faire l'éducation de la volonté, c'est particulièrement la volonté qu'il faut exercer; que le vrai moyen de se rendre maître d'une affection c'est, comme parlent les physiologistes, d'agir sur sou exci-»
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tant fonctionnel, soit en la familiarisant tellement avec cet 1
excitant qu'elle iinisse par y être indifférente, soit eu lui i soustrayant ce qui Texcite et en faisant qu'elle s'apaise faute 1
de stimulant; qu'h cet égard, la règle générale c'est, lorsque | raffection est pénible, de la familiariser avec ses excitants, | et, lorsqu'elle est trop douce, d'écarter au contraire ce qui tend à Texciter : qu'ainsi, par exemple, le moyen d'euhaidir un enfiint timide, c'est de le placer avec ménagement à côté du péril ; de le guérir de Thorreur des ténèbres, c'est de l'y mener fréquemment; de l'aecoutumer aux détonations violentes, c'est de lui faire faire entendre par degrés de plus fortes détonations ; de lui faire surmonter la répulsion ou le d^oût que la vue de certains objets lui inspire, c'est de le familiariser progressivement avec la vue de ces objets, etc.; ' qu*au contraire, le moyen de guérir un entant d'une affection dangereuse qui le séduit, c'est d'éloigner de lui tout ce qui ia lavorise et d'exciter révulsivement quelque autre ia- , culté; que, pour amortir dans un homme l'activité trop grande des appétits vénériens, la première chose k faire est * d'écarter tout ce qui conduit à réveiller en lui les idées de volupté, et la seconde de le mettre en présence des objets les ' plus propres à doiiner k ses penchants une autre tendance; que le moyen d'affaiblir dans un autre l'attrait des bénéfices faits par le jeu, l'intrigue, l'agiotage, c'est de lui inspirer te goût des bénétices laiis par le travail; qu'en général le moyen d'étouffer dans les hommes les mauvais penchants , c'est d'exciter leurs bonnes dispositions, et de les exciter moins par des discours que par des actes, c'esUk-dire en leur donnant de bons exemples et en les poussant à les imiter; que, pour rendre un entant bienveillant, il faut, non lui faire des sermons sur la bienveillance, mais le placer naturellement dans la situation la plus capable d'éveiller en lui ce sentiment
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et le laisser ou le faire agir conséquemment à ce qu*il prouve; qu*oii ne doit pas sans doute négliger de parler à sa raison, mais qu'il est très essentiel de le faire avec sobiicté, et, c^mme le dit Roliin après Sénèque, par des paroles courtes et Tives qui entrent dans le cœur et qui s*y fiient (M ; que rien, en général, ne réussit moins que de parler raison à la passion, et de vouloir agir sor la passion par des arguments qui s'adresseal a rintelligence; qu'il convient d'atlendi e au moins que la passion refroidie ait permis à la raison de re^ prendre quelque empire; qn^l faut éviter d^ailleurs toute exagération, et exposer d'une manière simple, exacte, et qui ne soit ni outrée, ni affaiblie, les effets du vice dont on vent corriger 011 de la vertu li laquelle ou exliui te; qu'il est plus nécessaire encore de se défendre de toute irritation ; qu'on ne réussit pas mieux par la violence k exciter le bon vouloir que l'enteodement, et à faire aimer la vérité qu'à la faire comprendre; qu^après tout et avec quelque précaution et quelque habileté qu'on use de la parole, il n'y a pas de grands effets à en attendre pour l'éducation; qu'il en faut toujours revenir a Faction et aux bons exemples ; ne pas être trop sévère pour de faibles enfants, quand on est si indulgent pour sot; leur apprendre h se corriger de leurs défouts, en se corrigeant de ses défauts propres; s'en faire aimer pour les rendre ouverts et confiants; ne pas s^étonner de leurs mauvais penchants; savoir compâtir h leurs faiblesses; ne leur reprocher un défaut qu'en leur indiquant le moyen de le surmonter, etc. Eu somme, et quelque imparfait que soit demeuré Fart de Téducalion, quelque négligé qu'il soit parmi nous notamment,
(') JVimimi/lti opus esi $€d egSutocitm. FaeiUùs inirant et hœreni.., Pauca mnt quœ dicmlur (Senec , ép. 5S). F. le Trailé dm éiudei, dise, prélim.