LIV. IX, CH. V. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAUIKNT
depuis qu'on y croit suffire à tout pour la culture de rinleiligence, il n*est pds le moins do monde douteux que celsit • n'ait ses pnucipes , qu'il n'abonde en maximes pleines de sens^ qu'on n'en trouve de nombreuses et d'exceilentes daos les grands écrivains de tous les temps qui s*en sont occupés. Il serait diniciie peul-étre de faire de ces maximes un corps de doctrine bien complet et bien lié. 11 faut convenir d'ailleurs que la diversité et la mobilité extrêmes des passions, des caractères, des situations rendent peut-éure plus difficile encore l'application des principes que l'art a établis. Mais enfin la diilicuité des applications n'empêche pas que les principes n'existent, et il y a seulement à inférer de ces remarques deux choses qui vont également à mon sujet, savoir que, dans cet art-ci comme dans tous, l'esprit d'observation a conduit k un grand nombre de règles applicables, et que la nature des choses y semble rendre plus nécessaire qu'ailleurs le talent des applications* Enfin, comme il s'agit toujours dans ces applications de certaines façons à donner au moral des individus dont on travaille à former les habitudes, il est pareillement incontestable qu'il y faut un certain talent de main d'œuvre, et que ce talent est ici une des premières choses k considérer. De sorte que toutes les facultés qui tiennent a Tai 1, 1 aptiuidc technique, les coimaissauces théoriques, les talents d'application et d'exécution trouvent simultanément à s'y employer.
Ai-je besoin d'observer, en troisième lieu, que dans un.
art où il s'agit de la fonnaiion de^ mœurs, de bonnes habides morales sont indispensables? Non-seulement l'insûtateur, le moraliste pratique a besoin de bonnes habitudes peri>oaneiies pour la conservation et raccroissemeal de ses moyens, comme toutes les autres classes de travailleurs, mais
A LA FORMATION DES BKB, MORALfiS. — ÉDUCATION. SOT
il en a besoin, lui en particolier, pour l'exemple : il ne saurait s'en passer pour agir avec fruit. Il est certain, et je Tai assez bit sentir, que la chose dont peut le nioius se passer rbome qni se donne la mission difficile de former les habitudes d*autrui, c'est de posséder lui-même de bonnes habitudes. De même qu'un homme d'un esprit faux aurait grand' peine à former des intelligences droites, de même, on le compi eDd du reste, un homme d'un caractère vicieux réussirait difficilement à iaire de bons caractères. Il est clair qu'on ne peut pas enseigner la douceur en se livrant à l'irritation, la sobriété en donnant l'exemple de la gourmandise, la pureté en montrant du relâchement dans ses moeurs. Le premier devoir que se doive imposer riustiiuieur de morale c^est de se défendre avec le plus grand soin de tout acte peu moral. C est a lui surtout que s'adresse le précepte de Juvenal, qu'il iaut savoir respecter l'enfance ( ' ). Sans doute ce devoir de ne rien faire devant un enfant qui soit de nature k le corrompre, n'est particulier à aucun de ceux qui ont mission d^agir sur lui; mais on sent qu'il est particulièrement imposé à celui qui est chargé de la foiniaiioii de ses habitudes. Qui ne sent que celui qui, parlant d'une façon, agit d'une autre, ruine par ses exemples ses meilleurs conseils, et montre constamment par ce qu il fait combien il y a peu de cas k faire de ce qu'il dit, puisqu'il ne se croii pas lui-même obligé d'en tenir compte?Tout est perdu ([UduA Tenfani vient k perdre l'estime de ses parents^ de ses instituteurs, de ceux qu'il croyait la vertu même. Il est presque impossible que le relâchement des parents n'entraiue pas celui des enfants^
(*) Maxima dehetur pue ru rcvercnlia : si quid Turpc paras , lu l u pucri conlempst i is annoa^ Sed peecaluroobsislai libi filiua inlans,
(Sat, XIV),