‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 39 sur 80 · LIV. IX, CH. V. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAILLENT · texte numérisé non relu

LIV. IX, CH. V. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAILLENT

El non-seulement rinslilulcur a besoin de veiller sur lui même et de s'abstenir de tout acte peu moral ; mais il est indispensable quMl donne à ses disciples l'exemple des vertus auxquelles il se propose de les former. De même que le maître de science est obligé de penser devant ses élèves pour exciter leur entendement à faire les mêmes exercices que le sien, de même Tinslituteur de morale est obligé de pratiquer la verlu devant ses disciples pour donner à leur volonté la force d'accomplir les mêmes actes que la sienne. Bien agir est une nécessité impérieuse de sa profession, comme bien penser est une nécessité de celle du maître de science. Il \ s'agit pour lui de la morale qu'on pratique et non pas seule- t ment de celle qu'on sait. Il ne lui suflit pas de dire : Faites ce que je dis^ non ce que je fais; il faut, finalement, puisque sa charge est d'apprendre a agir, qu'il agisse ; il faut qu'il fasselui-même ce qu'il veut qu'apprennent h faire les autres; c'est surtout en cela que consiste sa fonction : si l'on peut * exercer utilement l'intelligence par des discours, on n'agit efficacement sur la volonté que par des actes.

Je dis donc que de bonnes habitudes personnelles sont indispensables à l'instituteur de morale pour qu'il puisse exercer son ministère avec succès. Ajoutons qu'il ne saurait davantage se passer de bonnes habitudes civiles, et que s'il a besoin de morale privée pour ne pas trouver d'obstacles eu lui-même, il n'a pas moins besoin, pour n'en pas rencontrer hors de lui, qu'il existe une saine morale sociale, c'est-à-dire qu'il y ait de la justice et de l'équité dans les relations. On comprend, en effet, que des volontés injustes ne pourraient manquer d'avoir ici les mêmes effets qu'ailleurs, et, par exemple, que si de certaines classes, de certains corps enseignants, ou même la société, la personne publique, élevaient la pré-

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teotion de se livrer, k rexclomon de tout le monde, an traipail

(le la Ibrniation des mcpurs, celte prétention exclusive de quelques uds opposerait, tant qu'elle serait tolérée, un empêchement dîrimant h la liberté de tout le reste, et rendrait impossible Teiercice de Tari dont nous nous occupons. Dans rétat présent des choses parmi nous, il n*y a guère que la communauté ou les pouvoirs qui la représentent qui élèvent une pareille prétention ; et même, à parler exactement, ce que ces pouvoirs revendiquent ce n'est pas le droit exclusif de s'occuper de i' éducation, puisqu'il n'existe pas pour cela d'établissements séparés, mais le droit exclusif de fonder les étabiissemcnts où réducation se donne en même temps que 1 iifôtniction. Seulement c'eât«urtoutau nom de l'éducation et parce que les éti^Kasements d'instruction sont chargés de la donner que le gouvernement réclame ou eiiercbe à retenir le privilège de fonder ces établissements U incline fort h penser que la uiissiun d'élever les hommes ne peut être remplie convenablement que par lui. Ce n'est pourtant pas qu'il justifie par des faits une prétention d'ailleurs si peu juste en principe. Ce que nous avons eu a exposer plus haut de la situation de l'éducation dans les collèges , motive de reste celte observai ion. On a vii que réducation proprement dite était, depuis longtemps, la chose du monde à laquelle on avait le moins songé ; que les pouvoirs publics avaient partagé h cet égard rindiftérence commune ; qu'ils n'avaient, en quelque sorte, rien fait pour cet important objet; qu'ils ne s'étaient demandé ni quel but réducation dcvail atteindre, ni par quels moyens elle pouvait le mieux remplir sa destination; que presque tout, sur ce point capital, se réduisait dans les collèges au matériel de la discipline et k l'observation, comme devoir de bienséance, de formules religieuses dont le sens paraissait perdu, et que n'animait aucun sentiment véritable.

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En fait donc, FacUon de TÉtat est bien près d'^te n«Ue dans

Ie8 collèges relativement à la formation des mœurs. A quoi il faut ajouter qu^elle n'est pas seulement négative, et qu'en fait encore elle prodoit, sous m certain rapport, des résnltals pobiliis fort peu moraux. Tel est notamment , ainsi que nous Tavons déjà fait remarquer plusieurs fois, l'effet de la direotien qui est donnée k l'enseignement et de son désaccord avec les besoins d'une grande partie des classes qui le reçoivent, de la situilion fausse et dangereuse où les place cet ensdgnement. £t non-seulemeul ce sont Ik les faits, mais ii y a nécessité d'ajouter encore que ces faits sont la conséquence natarelle de la prétention élevée par l'État, et que c'est précisccicnt, ainsi qu'il a été dit ailleurs ), parceque la direction des écoles a été concentrée dans ses mains, qu'il y a si peu d^ac^ cord entre la direction imprimée k i iustruclion et k Téducalion, et l'état d'une partie si considérable de ceux qui les reçoivent. Il n'en serait pas ainsi sans l'inlervention abusive de ïhAaii^ et si la liberté de Tart qui nous occupe était uâeui respectée. L'effet de la liberté, ainsi qu'il a été dit encore ( ' ), serait de mettre le travail des écoles plus en rapport avec les besoins de la société, de faire qu'elles donnassent à tontes les classes nue instruction mieux assortie a leurs travaux, qui les plaçât dans une situation glus naturelle et plus morale, et tout il la fois une éducation et des habitudes qui fussent en harmonie avec leur instruction. 11 va sans dire que cette liberté serait susceptible d'abus comme tout autre ; mais il n'y a point a iufércr de la que l'Etat se doive eniparer de la direction exclusive de l'éducation, plus que de celles des études, et que le moyen d'empêcher qu'il ne soit fiatabns de Tart

(*) Dans le précèdent chapitre, p. 199 et suivante». (') F. le précédent ciiap., p. 207.

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d*él6Ter, non plus que de Fart d'inalruire, soit de loi en faire

Fabandon. Sur ce point comme sur ceux qui précèdent, je ne puis que la'eu référer à ce qui esl dit ailleurs (■ ). J'ajoute seulement quMI y a dans Tari qui nous occupe une raison spéciale pour que l'État s'abstienne de toute injuste prétention: e^esi cette nécessité particulière, de prêcher d'exemple, où se trouve tout instituteur de inorale, nécessité dont nous parlions il n'y a que peu d'instants, et qui ne se fait pas moins sentir dans l'enseignement des bonnes habitudes sociales que dans celui des bonnes habitudes privées. Quelle autorité aurait en effet, pour prêcher la modération et la justice, un instituteur qui commencerait par élever d'injustes prétentions; et comment pourrait-il enseigner avec fruit qu'il faut s'abstenir d'entreprendre les uns sur les autres s'il avait commencé par se mettre en possession du privilège le plus abusif ? Le premier de¥oir, le devoir le plus étroit d'un instituteur, est d'enseigner, sous tous les rapports, la morale la plus exacte, et de renseigner surtout en la pratiquant. Sûrement, il ne dépend pas toujours de hri de mettre les faits d'accord avec ses maximes, et, sûrement aussi, l'un de ses soins les plus habituels doit être de ne pas laisser ignorer à ses disciples les dtS» ficultés de l'application et les ménagements extrêmes avec lesquels il y faut procéder; mais comme il n'y a pas pour la société d'intérêt supérieur h celui d'une bonne morale person* neiie et d'une justice exacte dans les relations, comme Tobjet même de son ministère est d'inculquer dans l'esprit de ses disciples ridée d'une telle murale privée et sociale, il ne peut, toute question d'application demeurant réservée, professer à cet égard, je le répète, des doctrines trop exactes et trop éclairées.

(') Ibid., p. 904 et suivantes.

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Ainsi, quelque imparfait qae soit demeuré et que pmsse rester longtemps encore Tart émiuent doui uous nous occapoDS, on voit que toute cette classe de moyens géné» raux qui se couiposeal de facultés personnelles, la boniie morale de relation, les bonnes habitudes individuelles, les talents qui tiennent à Tari, ceux qui se rapporteiu plus spécialement à l'esprit des affaires sont susceptibles d*y recevoir une eertaine application, et Ton conçoit d'une manière assez distinde quelle est la nature et la mesure de Tapplication qu'ils y peuvent recevoir.

Mais pent«étre n^aperçoit-on pas aussi clairement quel est

le rôle qu'y peuvent jouer , les moyens qui tiennent aux choses, et dont se compose le fonds que nous appelons fonds d'objets réels ou matériels. La nécessité de tenir compte de ces moyens ne s'y &it pas aussi nettement sentir que dans la plupart des arts que nous avons passés en revue. On ne démêle pas très bien comment ils y sont applicables; quelle influence» par exemple, exerce ici le choix des emplacements, et comment une école, bien située pour le travail qu'elle a à faire sur les intelligences, peut ne pas se trouver aussi bien phh cée pour le travail qu'elle doit accomplir sur les mœurs ; quel genre particulier d'organisation elle peut exiger pour le travail de celle dernière espèce; de quelle sorte d'instrumeuls elle peut réclamer l'emploi; de quelles divisions et subdivisions est susceptible le travail qu'elle opère. Et néanmoins il serait certainement dilUcile d'affîrmer que,pour ce travail spécial de réducation proprement dite , une école n*a h tenir compte d'aucun des moyens dont nous parlons; qu'il lui importe peu d'être située en tel lieu plutôt qu'en tel autre ; que toot arrangement intérieur lui est indili'érent; qu'elle n'a besoin d*aucone sorte d^ustensiles ; qu'elle n'a à faire subir ni divi-

▲ JLA FOIMATION DES HÀfi. MORALES. — ÉDUCATION. 273

sioDS, ni coupures k PcenTre si difficile de la formation du

caractère et des mœurs. Je suis au contraire fort disposé à penser que les progrès de l^édueation, comme ceux de tout travail, sont subordonnés i des conditions matérielles de plusieurs sortes, et qu'il doit y avoir aussi pour ce travail des convenancesde localité, des convenancesd'organisation, des instruments indispensables, des distributions à faire et des gradations à observer. 11 faut avouer seulement que tout cela est encore assez yague. On ne doit pas perdre de vue que Fart est presque eutièrement à créer. S'il y a beaucoup à faire encore pour renseignement théorique de la morale, il y a presque tout à faire pour son enseignement pratique. Si l'on n'est pas toujours d'accord sur ce qui constitue la moralité d'une action , si le départ entre les actions morales et immorales est loin d'avoir été bien exactement et bien complètement lait , on est plus loin encore de savoir par quels moyens on peut accoutumer la volonté à exécuter les bonnes aciionset à s'abstenir des mauvaises. Non-seulement il n'y a pas d'écoles spéciales pour cela, mais il n'y a rien de monté pour cela dans les écoles. A peine peut-on dire qu'on ait senti le besoin de faire de la morale l'objet d'un enseignement particulier. Je ne sais quel homme d'État de nos Jours a regardé un cours de morale dans une école d'arts et métiers comme un véritable objet de luxe. ]*endant que d'un côté on tient pour assuré que les caractères sont la seule chose que l'éducation ne réforme point, on a l'air de croire, d'une autre part, que les miQjU^ se forment pour ainsi dire d'elles-mêmes, par le seul des influences de toute espèce auxquelles on est inévitablement soumis, et sans que d'ailleurs on se donne la peine de fflll^^de la vertu ,^1^ spécial d'aucun apprentissage (*X

(•) Ou ne saurait inécoimailre sans cloute que des causes générales

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11 serait donc assez malaisé que j*insistasse beaucoup sur les Mjenft d'un art qui n'existe pour ainsi dire point II ne suffît d'avoir montré qu'il est possible, que l'objet en estdairemeni déterminé, qu'il se distiogue nett^^tde tous les attr66<,qa*on en possède les éléments les plus esfientteis, qae l'influence en serait grande, immense, et d'avoir iudiqué que les principan moyens dn travail, les éléments les plus fondamentaux de &a puiSbaDce } U ou veut aussi leur application.

usez iMnabreuses «t tout à fait îndépenâanttB de Tédoeation ne |rimsent influer sensiblement sur les mœurs d'un peuple -, puisque la moralité pratique de notre paya s^est notoirement améliorée, depuis undemiiiède , encore bien que Téducation proprement dite ait été d^alIleorB fortn^igée. Tel est Teffet quW produit les reiattons plus Justes que la révolution a établies entre toutes les classes, raccroissement génAral 4u bien-étrê et la plus grande facilité de vivre qui en est résultée, le progrès du boa sens universel, une appréciation filas éclairée des effets de rinconduite, etc. Mais il faut savoir reconnaître aussi que rheureuse influence de ces causes aurait pu être infiniment plus sensible si eOe avait été secondée par Téducatlon, et, en fait, que réducation a fait déCaut, qu'on a, fort à tort, tout attendu du progrès de Taisauce et de» lumières.

A LA FOa«lTIO!f DES UkU. MOKAL. — DU SACERDOCE* B75

CUAPITRË Vf.

SUITE DES ARTS QUI TRAVAILLENT A LA FOHHATIOff ÏÏBS BABIT0DE8 MORALES.

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