QUI AGISSENT SUR L HÛMMË PHYSIQUE
abos évident des biens qu'elle nous donne, et conirairement àttsvcEux et à ses besoins les plos eerlains. Il est dans ses TCHii que rhomme euttifé se distingue de rbomme inenlte par la beauté, la vigueur, la grâce, rharmonie de ses traits et de ses ronnes, non moins qne par la régolarité de ses habi« tades et la supériorité de son entendement.
J'ajoute qu'il est dans ses besoins qne l'homnie demeure rolmsie, en même temps qu'il deyient intelligent et moral* Les conquêtes de la civilisalioa ne peuvent être conservées que pur les moyens qui ont servi k les faire. Quand tous ses ennemis auraient été vaincus, le courage serait nécessaire pour empêcher qu'il ne s'en élevât d'autres. Quand tous les pieeéd^ imaginables auraient été trouvés, Tîntelligence qui aarait présidé à leur invention serait encore indispensable pour en régler Tnsage. Quand nous n'aurions plus besoin de force musculaire pour iaire ce que nos machines font, nous en aurioDS besoin pour faire nos machines.
Et puis , nous avons eu beau perfectionner nos moyens d'agir, nous sommes loin encore d'avoir écarté de tous les travaux k péril et la fatigue. Il est une multitude de profe»* sioQs dans lesquelles le sang-froid, l'aplomb, l'agilité, l'adreaae, le courage, sont toujours des qualités indispensables. B en est beaucoup d'aud es qui demandent une grande vigueur de corps. 11 n'en est pas qu'on n'exerce mieux avec des organes fermes et sains qu'avec une constitution faible et iauguissaute. Moins certaines classes sédentaires de travailleon font usage de leurs forces corporelles, et plus elles au<laient besoin de les entretenir, si elles veulent éviter que la nature de leurs travaux ne les dégrade.
VaiHeurs, qnanA on n'aurait pas besoin de ces forces pour l'exercice de sa profession, ne seraient-elles pas encore à rechercher comme une ressource bonne il tenir en réserve
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contre les dangers et les aeeîdents imprévus? Quelles que soient les précautions qu'a imaginées notre prévoyance et les moyens de conservation dont nous nous sommes entourés,
il n'est que trop possible encore de voir notre vie ou celle de nos semblables exposée à des périls plus ou moins graves; et personne n*est assuré de ne pas se trouver , d^un moment à Tautre, dans une situation où' il serait heureux d'avoir un bon fond de vigueur ou d'adresse corporelle à mettre k son service ou au service d'autrui.
Après cela, on n'aurait ni travaux k faire, ni périls k redouter, ni services k rendre; il ne resterait qu*k jouir des biens que la civilisation fait naître, qu'il serait encore, et pour cela seul , fort avantageux de posséder un corps robuste et sain.
Plus la vie devient bonne, et plus il importerait de Tavoir dure* il faut d'ailleurs de la force et de la santé pour jouir des biens que procure la civilisation. Il en faut plus encore pour user de ces biens avec mesure : notre corps, qui languit dans les privations, n*est guère moins sujet k s'énerver au sein d'un trop grand bien-être; et Ton a remanjuédès longtemps que s'il fallait de la vigueur pour résister aux fatigues de la guerre, il tt*eii fellait pas moins pour supporter les loisirs de la paix, pour goûter sans se laisser amollir les douceurs de la prospérité qu'elle procure.
Enlin , ces facultés méritent d'être cultivées pour ellesmêmes; pour le plaisir qu*on trouve k les sentir, k les exercer ; parce qu^elles forment une partie des perfections dont notre être est susceptible; parce qu'elles servent d instrument k l'activité, au dévouement, au courage, et qu'elles sont ' comme le support et la base de nos facultés les plus élevées.
On observera peutpétre qu'il n'est pas possible de développer k la fois k un haut degré nos forces physiques et nos facultés intellectuelles. On dira que, n'étant doués que d'un
QUI AGISSENT SUR L'HOMMe PHYSIQUE. 13
eerUin degré d'éoergie vitale, nous ne pouvons diriger cette éaergie vers nos membres , sans la dérober h notre intelligence ; qu'il est très rare de voir un athlète homme de génie; qu'Hercule n*a pas i'espril d'Apollon, Apollon la force d'Hercule, etc.
11 faut s'entendre : sûrement, si Ton voulait diriger l'édu* cation de manière à perfectionner par-dessus font les forces musculaires, il serait fort à craindre qu'on ne nuisit au développement des facultés affectives et mentales. Mais ce n'est pas de cela i]iril s'agil. Nul doute qu'il ne faille conserver à l'esprit et au sentiment leur prééminence; nul doute que notre intelligence et nos penchants ne soient de nos facultés celles qu'il importe le plus de développer et d'apprendre à bien conduire; mais, loin qu'une bonne éducation physique 8'oi>puse k la culture de nos autres facultés , il est certain qu'elle la favorise. Il s'agit moins de dérober du temps aux exercices de l'esprit que de mieux employer les intervalles de repos qu*on lui accorde, que de savoir laire servir ces heures de relâche à l'éducation du corps. Ce n'est qu'en exerçant alternativement les organes de la locomotion et ceux de la pensée que nous pouvons donner à ces deux ordres de facultés le degré de développement et de perfection dont elles sont naturellement susceptibles.
Et en efliît, chacune d'elles ne profite pas seulement de l'éducalion particulière qu'elle reçoit : elles se fortifient les unes par les antres. Si l'énergie morale ajoute aux forces corpo* relies, les forces corporelles h leur tour soutiennent Ténergie morale. S'il faut exercer son esprit pour savoir tirer parti de son corps, nul doute qu'en entretenant les forces de son corps, on ne facilite beaucoup l'action de ses facultés intellectuelles.
Quoi de plus propre , par exemple , je ne dirai peut-être pas k donner du courage, mats k stimuler le courage qu*on a,
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que le sentiineat d'une grande vigueur physique, unie k bem- * coup d'adresse et d'agilité? £t quaut à rîDtelligence ^ com- ' bien d'exemples nVtH)o pas d'individus dont les fiicultés mentales, troublées par une excitation trop vive ou trop soutenue, ou bien devenues inactives par suite du dépérissanent général du corps , ont été ramenées k Pétat normal en détournant vers les organes de la locomotion la vie qui s'y portait avec trop de force, ou bien ranimées par des exercices qu i readiaieut au corps la vigueur et la santé?
Ainsi, en admettant, comme de raison, qu*il faut surtout faire de Thomme un être intelligent et aimant, nul doute qa*il ne faille s'occuper aussi d'en faire autant que possible un être sain, beau, bien fait, agile, adroit, vigoureux, et que les soîbs à dûuiier à cette partie de son éducation ne puissent très bien se concilier avec ceux que réclament les autres.
Parlons donc ici des industries qui se chargent de la culture de l'homme physique , et ne craignons pas d'accorder dans cet ouvrage quelque place k des arts, je ne dirai pas qui en occupent,mais qui devraient en occuper une très considérable dans la société*
Toutes les industries, quelles qu'elles soient, concourent à la perfection de toutes les facultés de Thomme. Par conséquent, toutes concourent à la perfection de ses faculté physiques, même celles qui n'agissent pas directement sur lui, celles qui s'exercent sur la matière, et dont robjel immédiat est d'approprier les choses k ses besoins. On sait à quelles causes de dégradation et d'infirmité il peut se soustraire, quelles sources de vigueur et de saute il peut s'ouvrir seulement en modifiant les lieux qu'il habite, les aliments dont il se nourrit, les vêtements dont il se couvre. II en est de l'espèce humaine comme des antres espèces- animales^ qui
deviennent plus belles par cela seul qu'elles sont mieux soigaëee. Il airiTe tovjovrs qu^uoe popolatioo gagoe ea force el
en beauté à mesure (ju'elle acquiert plus de bien-être. On mil combien, en générale, il est plus rare de trouver parmi les classes pauvres, que dans les fiimilles aisées, des personnes distinguées par la délicatesse des traits ou la régularité des former M. Simond dit avoir remarqué en AngleterrOt que la classe des fj^entlemen est plus belle et plus forte que celle du bas peuple, et non-seulement du bas peuple des villes, mais de odtti des campagnes ( ^ )• On a observé qu^en France, depuis cinquante ans, l'espèce bumaine s'était singulièrelaeat embellie, qu'on n'y voyait presque plus d'enfauts naître dill'ormes ou contracter des difformités en bas âge ; et 1 on a trouvé surtout la raison de ce cbangement dans la prospérité croissante de la population, qui lui a permis d'avoir des habitations plus salubres, des vêtements plus propres, des alimeials plus sains, de mener, sous tous les rapports, une vie plus h)i,iénique ('). Mais j'ai suffisamment parlé des arts auxquels Tbomme doit tous ces moyens extérieurs d'aisance qm coBlribuent d'une mani&re si puissante à sa conservation et à sou perfectionnement. Je n'ai à m'occuper ici que de ceux qui agissent immédiatement sur sa personne, et parmi ceux-ci même, les seuls dojil je veuille pai'ler en ce moment sont ceux qui ont sa personne pbysique pour objet.
Ces derniers sont fort nombreux et fort divers, et il serait également dilUcile d'en iaire une enuniération exacte et de trouver un nom qui les embrassât tous. £n désignant les arts
(*) Foyujr^ AngMerre^ 2« édit., 1 p. 35 et SI» (*) F., relativenient à rinfluence que tout cela exerce sur Thomme physique, un mémoire très curieux de M. Villermé sur la taille de rk^mm #» JPrsfMe, inséré dans le S' n« de» Ànmki tthig, puè. «f 40 méd. U§.^ p. SSl et siUv.
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(lu médecin, du chirurgien, de roculiste, du pédicure, du deatisteidu gymnasiarque, du maitre d'escrime, deoata^ tien, de danse, d'équitatioD, je ferais une énnméralion fort longue, et ne serais pas sûr d'avoir lait uoe énumératioa complète.
Il est, en effet, des moyens puissants d'agir sur le corps de rhomme qui ue paraissent pas compris au nombre des aris que je ^ens de Dommer.
La médecine, par exemple, qui est très généralement exercéé comme art de guérir, ne Test que très peu dans ses rapports avec Tobjet particulier de ce cliapitre, c'est-à-dire comme moyen d'élever et de maintenir le corps de Thomme k son meillenr état de conformation et de santé. De toutes les parties de Tan médical, Thygiène, qui pourrait être la plus efficace, est sans contredit la moins pratiquée.
Elle ne Test pas surloui dans celui de ses moyens qui paraîtrait susceptible de donner les résultats les plus favorables. Si Ton a quelquefois recours k elle pour agir sur les générai tiens déjà nées, ou ne lui demande pas encore comment il serait possible d*agir sur les générations k naître. Quekines parents la consulteront peut-être sur les moyens de corriger dans leur progéniture certains vices de conformation, de modérer Taction trop vive de quelques organes, d*aceâérer le jeu trop lent de quelques autres, d'établir entre toutes les fonctions cet équilibre et cette harmonie d*où résulte la santé parfaite ; mais un bomme ne lui demandera pas, avant de se marier, comment il doit diriger son choix pour améliorer sa race, k quel tempérament il lui importe d*nnlr le sien, par quelle alliance il pourrait éviter de transmettre k sa postérité certaines prédispositions lâcheuses. À peine puis-je dire si elle serait, h cet égard, en mesure de lui donner quelles sages directions. Après nous être, on ne peut plus '
OUI AGISSENT SUA l'uOMME PHYSIOUE- il
curiettsement occupés, observe un illustre ph^âioiogiste (^), des moyens de reodre plus belles et meilleures les races des animaux ou des plantes utiles et agréables; après avoir remaoié cent fois celle des chevaux ou des cbiéDs; après avoir transplaoté, greffé, travaillé de toutes les manières les fruiis et les fleurs, nous n'avons absolument rien fait pour améliorer la race de l'homme.
£t pourtant, il est impossible de ne pas considérer le croi* sèment des races comme an des moyens les plus énergiques que l'espèce aîtd*agir sur elle-même et sur toute Téconomie de ses facultés.
Telle est Tinflaence de cette pratique, qu^un petit nombre de familles qui voudraient ne s'allier qu'entre elles, concentrant par là dans leur sein toutes les infirmités héréditaires qn*elles pourraient avoir, ou que le temps les aurait exposées à contracter, et faisant entre elles un échange continuel de leurs difformités ou de leurs vices, seraient infailliblement dégénérées au bout de lies peu de généralious.
C'est même là, pour l'observer en passant, une des causes qui minent le plus profondément le système monarchique de notre vieille Europe, système dans lequel un petit nombre de maisons souveraines, pour se séparer davantage du reste de rhumanilé et mieux conserver en un sens leur prééminence, ont adopté Tusage de ne s'allier qu'entre elles, et par cela même se sont exposées à rendre communes à tous leurs membres les imperfections naturelles dont quelques-uns d*eotie eux pourraient naître accidentellement affectés- Tels sont, pour ces augustes familles, les inconvénients d*iiit tel usagOf qu'il a fallu qu'elles fussent douées dans To-
(*) Cabanis, Rapport du physique et du mwal, ttc., I. lil, p* 455 de ses œuvres complètes.
48 LIVRE IXf CH. Il* I>E LA LIBERTÉ DBS A1IT8
rigine d*aiie constitioD physique et morale bien*parti€iilièff«-
menl distinguée, pour que, sans jamais ailei puiser une nouvelle vie à la source commuae, et sans aucune iuftiaioa frauduleuse de sang plébtieu, elles aieat pu se eonserver belles, noUles, intelligentes, dignes en un moi de la haute situation où elles sont placées, il n'eût pas été possible sans cela que la loi qui préside a leurs alliances ne leur fit pas subir de profondes altérations (
Il a été facile de voir, dans des rangs moins élevés. Si quelle dégénéralion inévitable on est exposé sous rinflueuee d'une telle loi* On ne peut douter que le préjugé qui, de tous temps
(') Les femilles dont II 8*agit ici suivent, le plus qo^elles peuvent, dans leurs mariages, la méthode dite de lu propagaiimn miiMém, méthode que quelques agronomes regardent, dans certains cas, comme la plus favorable à la conservation des bonnes races* BadMvell pensait
que lorsqu'une espèce d'animaux approchait de la perfection sons le rapport des formes , on devait en marier entre eux les individus, i^a maxime était qu il fallait unir les animaux les plus parfaits, sans examiner s'ils étaient ou nVMaient pas de la même famille : tel père ^ tel fils^ disait-il. Sur quoi sir John Sebright observe qu'il n'est pas douteux qu'on ne doive unir entre eux les sujets les plus parfaits ; mais que la question est justement de savoir combien de temps, en suivant la méthode de la propagation en dcdaiis^ une famille pourrait conserver des qualités qu'elle n'aurait acquises que [),ir une longue suite de croisements judicieux. (F. les Ann. agr. de Hovillc, t. IV, p. 3t>2 et suivantes.) — Peut-être les membres de certaines maisons régnantes ont-ils eu raison de ne se marier qu'entre eux ; mais peut-être aussi auraient-ils fait sagement, avant d'adopter cette métbode, d'examiner s'ils étaient , à tous égards , les plus parfaits des hommes , et s'ils n'avaient pas à craindic, en la suivant trop à la lettre, de perdre «ne partie de cette perfection. Une feuille allemande (La Gazelle d'Àugs bourg)^ dans une note infiniment curieuse sur les maisons souveraines de l'Europe, faisait remarquer, il y a quelques années, que, depuis un siècle, on avait vu s'éteindre douze maisons régnantes des lignes directes, et quatre-vingt-dix des lignes collatérales. Le fait, je pense, ne paraîtra pas indigne d observation. Je retrouve dans îe Courrier français du 25 novembre lii40, l'article de la iiazeUe U'Àugsbùurg^ qui la première l'avait consigné.
OUI A01S8fi!IT SUR L'hOMNE HYSIQUE. 19
m Ewope, a dâTeote «nx races aristoeratiqiiea de redier-
cher en mariage des personnes qui ne seraient pas de eon^ dttim, ne soit une des causes qui oat le plus nui à la durée de ces races. A force de vouloir ne s'alKer qali des familles de son rang, on circonscrivait tellement le nombre de celles dans lesquelles on pouirait faire un choix, qu'il devenait it peu près impossible d'en faire un bon, au moins pour tout ce qui ne tenait pas à la naissance ou aux richesses*
Aussi Ton sail combien de grandes familles se sont éteintes avec tous les moyens de fortune propres k les soutenir ; combîeii d'autres ne se sont soutenues que par des unions illégitimes ou k la faveur de mariages roturiers. Certains grands seigneurs étaient intéressés sous plus d'un rapport k coutrader de ces utiles alliances. Perdus de dissipation et de débauches, également ruinés dans leur fortune et dans leur santé, ils avaient pour le moins autant besoin de renouvder
leur sang que de fumer leurs terres.
Chez les peuples orientaux, les maîtres, qui ne se dirigent pas du» leurs mariages par les préjugés de Taristocratie d'Europe, et qui ne dédaignent pas de faire des femmes de leurs esdaves, quand elies sont belles, paraissent avoir par Ragi très utilement sur leur postérité. On assure que chez les Turcs et les Persans, cette coutume, observée depuis plusieurs siècles, a en quelque sorte changé Tespèce; et peu^ être la même cause avait-elle contribué jusqu'à un certain point k donner aux anciens Grecs cette beauté presque idéale de formes que nous sommes disposés k croire qu'ils avaient en les jugeant d'après leurs statues.
Quoique la physiologie n*ait pas encore dirigé ses recherches vers les eftets qu'il nous est possible de produire sur nousHnèmes par le mélange des couleurs, des formes, des tempéraments, ou croit savoir pourtant que la fusion d'une
90 LIVRE IX, CH. II. DE LA UBBETÉ W8 AftTS
cerlaiae quaaiité de sang indien et même aMcain avee le nôtre peut opérer de bons eflels. Des voyageurs assurent que les Hispano-Américains, dont les pères se marièrent d*abord ^ des femmes indiennes, et mêlèrent qnelqne temps leur sang à celui tic la race cuivrée, iormeul aujourd'hui, sous le rapport de la blancheur du teint et de Inélégance des fonnen, une race supérieure à celle des Espagnols. D^autres ont ob* servé qu'il était peu de races plus belles que les races produites par un mélange de sang blanc avec du sang noir déjà coupé à plusieurs reprises.
, 11 parait que les diverses nuances de notre race pourraieiit aussi s^allier entre elles avec beaucoop de profit pour leur commune amélioration. 11 serait diibcile, dit-on, de voir de plos belles créatures que les femmes de certaines villes du midi de TEspagne, venues d'un mélange du sang espagnol avec celui d'hommes blonds du nord de TËurope que le com* merce, ii diverses époques, avait attirés dans ces villes, et qui ont fini par s'y établir (•).
Enfin, il y aurait peutrétre autant d'avantages à marier entre eux les tempéraments divers que les couleurs diverses ; et des physiologistes éclairés pensent que Talliance des humeurs contraires, et, par exemple, des tempéraments lymphatiques avec les tempéraments bilieux , serait le meilleur moyen d'effacer ce qu'il y a d'excessif dans les prédominances qui les distinguent II n'y a donc pas moyen de douter que le croisement des races, que Tart médical n'a pas encore compris au nombre de ses moyens pratiques d'agir sur le corps humain, ne soit un des plus puissants qu'il y eût de modifier et de perfectionner sa nature.
JTen pourrais dire autant de Fexercice, qui a été beaucoup
C) On dis MrtQut Us kwanBs de Habga.
QUI ACISSEMT SUft l'hOMME l'UlSlQUE. SI
mieux apprécié, et 4ont nédoinoiiis on est encore UAq de
tirer autant de parti qn*on le pourrait faire.
Si IIO08 sommes fondés à supposer que les peuples mili* taires de Tantiquité devaient quelque chose de la beauté de leurs formes k la faculté que leur donnait la victoire d*épooser les plus bdies femmes qui pouvaient se trouver parmi les peuples vaincus, il y a lieu de croire qu'ils étaient encore plus redevables de cet avantage aux exercices du gymnase el à rhabileté avec laquelle ces exercices étaient dirigés.
Uefiet de Texercice, suivant les physiologistes» est d*appele saiBget la vie dans les parties du eorps qui sont le siège des contractions musculaires qu^il provoque, de faire prendre du voluie à celles qu'il met ainsi m action, d'en &ire perdre i celles qu'il laisse en repos, et d'influer par la très seasiblement sur les proportions des unes avec les autres. On peut, en quelque sorte, par la manière de le diriger, développer telle partie du eorps que l'on veut, les muscles des jambes on des bras, ceux des épaules ou de la poitrine. On a observé que, chez les danseurs de profession, les jambes les cuisses et surtout les fesses prennent un accroissement marqué aux dépens do torse, du cou, du bras et de Tavant-bras; que, chez les marins, les forgerons et les forts des halles, au contraire, les bras, les épaules et la poitrine sont très développés aux dépens des fesses et des membres abdominaux ; qu*eB«> fin, chez les hommes qui, sans exercer spécialement aucun de leurs membres, s'occupent avec soin de l'éducation de tous, chaque partie du corps se développe de manière à con« tribuer aux proportions régulières de l'ensemble.
Ensuite, si rexercice peut agir à ce point sur la ftnrme des parties qu*il aitecte, il n'intlue pas moins sur leur vigueur. Il n*est pas rare de voir, dans des gymnases, des homntes qui, d*abord, ne pouvaient rester que quelques secondes
S8 LIVRB IX, CH. II. M LA UBEUTÉ DBS ARTS
saspendBS par les maing à une eorde oa à uoe perche^ acquérir par Texercice le pouToir de aonfenir ainsi le poids de leurs corps, avec les seules phalanges de leurs doigts, pendant vingm»oq , trente et trente-cinq mimites; on en voit deveoir graduellement capables de sauter par-dessus des cordes tendues à sept et huit pieds d*éiévation ; de 8*é* lancer sans échelle, 3ttr des murailles hautes de dix pieds; de franchir, d'un bond, des fossés de dix-huit et vingt pieds de large.
Enfin, un dernier eflfet de la même cause est de développer ta souplesse et Tagilité dans les muscles où elle peut oin^i faire naître la force. 11 n*est personne qui ne sache par expérience qu'en répétant plusieurs fois, et avec des inter « valles de repos, un certain inouvement, on développe dam le muscle où ce mouvement s'opère une facilité d'action qui n*y était pas auparavant. Les efets qu'il est possible d'obte«* nir par-là semblent quelquefois tenir du prodige. 11 ne faut que voir un danseur agile exécuter ses pas, un subtil escamoteur (aire ses tours d'adresse, un pianiste exercé jouer vu air sur son instrument, pour Juger du degré de précisioA, de sûrelé, de rapidité d'action que Texercice peat ikire acquérir k nos muscles.
£t ce n'est pas seulement sur les parties extérieures du corps que l'exercice agit avec une telle puissance; c'est anasi sur nos organes intérieurs. Il est dans la vie organique beaucoup de désordres, surtout dans la classe de ceux qui tien» nent k des vices extérieurs de conformation, (iif on ne peut faire cesser que par un usage éclairé de Texercice musculaire. On l'a VÉ produire des eflets presque miraculeux sur des jeunes personnes menacées de phihisie, par suite d'une mauvaise conibraiation de la poitrine, et pour la gnérieon desquelles on avait épuisé sans fruit toutes les recettes de la
OUI AGlSSKflT sua L*H0M1I£ PfiVSIQUK. 33
lliéiapeatiqae el louies les resaonices de la pharmacie. 11 est
considéré comme un des plus sûrs moyens de guérir les alleclioDs scroiuleuseSf lymphatiques, rachitiques, atoaiques, etc.
Il est m\ que, pour opérer tout le bien qu*i( est eu son pouvoir de produire, il a besoin d être employé avec beau* coop â*art et de précautions; qu'il exige plusieurs sortes de connaissances; qu'il veut que l'on tienne compte de l'âge, da sexe, du tempérament, des habitudes du sujet auquel il s^ngit d*en bire Papplication, de l'état actuel de ses forces, du lieu, de la saison, des heures de la journée où Ton veut le ftire agir.
Mais enfin, employé comme il est susceptible de l'être, Texercice est, après le mélange des races, sans contredit le pins poissant moyen dont Thomme puisse user pour améliorer sa nature physique, pour donner à ses membres de la gr&ee, de la vigueur, de la flexibilité, de l'adresse, de l'agi- Ulé, et aussi pour perfectionner ses organes intérieurs; car, inHiP mii iiii II viscères se développent par une sorte de gymitMfli^iSÈsi qtlè ses membres, la structure et le jeu de ces oiiganes dépend beaucoup, comme nous venons de l'observer, diWHitlilrtll ^tlérieuresdtt corps, sur lesquelles il peut influer Itès puissamment par l'exercice (').
l^ftiiBt plus aisé de perfectionner nos facultés ou d'empé-
(*) Je ne veux pas teimincr ers réflexions sur Tcxercice sans rendre un juste hommage à un Espagnol distingué, naturalisé parmi nous, à qui nom devons d'avoir appelé l'attention ilu public français surl'iin- IjorUnce de Teducation physique, et d avoii iulroduit la gymnastique en France. En créant chez nous cette branche précieuse de renseignement, M. Amoros a rendu au pays qui l'avait adopté un service vérîtahle, et d'aulaiit plus dii-ne de reconnaissance, qu'il était d'abord moins compris, et quHl lui a laliu, pour le faire agréer, plus de zèle et plus de constance.
On peut voir, dans beaucoui» d'éuib, et uoldiiuunient dan»» ceu.x
24 LIVRE XXj eu. ii. LA LIBERTÉ DES ARTS
cber qa^elles ne se détérinreDt, que de les ramener k TëtaïC
saio uue l'oib qu'elles soûl altérées : la roédecioe propremeat dite ne procède pas avec autant de sûreté que Thygièiie. £Ue H'oblieût pas non plus des résultais aussi salislaisants : car, s'il est heureux de guérir, il seraii plus heureux encore de ne pas devenir malade, et Fart qui écarte de nous la maladie est iodubitablemeot plus précieux que celui qui essaie seulement de nous en délivrer.
Aussi, quand ce dernier remplirait son objet mieux qu'il n'est en son pouvoir de le laire; quand il aurait moins varié dans Texplicalion des désordres qui peuvent survenir dans notre machiue, et dans le choix des moyens les plus propres à les réparer; quand ses connaissances seraient plus certaines et , dans bien des cas<^ ses procédés moins hasardeux, semhlerait*il difficile, au premier abord, de le comprendre au nombre des arts qui sVcupent de ta culture et 4a perfee^ Uonnement de notre nature pbysique.
Cependant, d'un autre côté, Tart médical peut réparer tant de défectuosités naturelles ou accidentelles; il a contre certains maux très graves, et k peu près inévitables, des préservatifs si assurés; il contribue k soulager et même k guérir tant de souifrauces, qu'il serait impossible de ne pas le ranger parmi ceux qui agissent le plus utilement sur le corps de riiomme, et qui aident le plus à le mellre et a le maintenir en bon état. Il ne faut, pour faire sentir son importance, qu'indiquer quelques-uns des principaux effets qu'il produit.
L'art médical réussit, par des opérations mécaniques, k faire cesser le strabisme et à rectifier la vue, k guérir la cécité
qu'a publiés le colonel Âmoros, des exemples nombreux et frappants des résultats que peut produire une éducation physique bien dirigée.
QUI AGISSENT SUR l'uOMME PHYSIQUE. 25
qui provient de la cataracte, la surdilé qui résulte de Tépaismsement de la membrane du tympan, le malisme qui tient k la dimioB coiigëniale de la lë?re supérieHre, du palais de la bouche et de la luette; il parvient h faire disparaître les courbures vicieuses de nos os les plus forts, même celles de la coloaae vertébrale ; il restitue à leur état naturel les membres fracturés ou luxés; il va briser dans l'intérieur de la vessie les calculs urinaires qui s'y développent; il remédie, par le procédé de Tinvagination, aux plaies transversales des intestins, etc.
Médicalement, il a trouvé moyen de nous dérober à la contagion du virus variolique ; il a modifié nos tempéraments de telle sorte que la sypbilis semble n'avoir plus sur nous une miluence aussi meurtrière et ne pouvoir plus sévir avec h même cruauté; il a des spécifiques à peu près infaillibles contre les fièvres intermittentes, et des remèdes plus ou moins efficaces contre beaucoup d'autres maladies, etc. Or, lorsqu'il peut produire sur notre corps des effets si dtver* sèment salutaires, comment serait-il possible de ne pas Tadmettre ao nombre de ceux qui ont pour objet de le conserver et de le perfectionner?
En somme, il ne faut que rappeler quels étaient, il y a quelques siècles, la fréquence des pestes, les ravages périodiques de la petite vérole, les traces plus ou moins profondes de son passage que cette cruelle maladie laissait snccessîvemeiiL sur la lace de toutes les générations, les dévastations noa moins grandes et les mutilations encore plus bideuses qu'opérait le mal vénérien, le nombre immense des malheureux qui étaient atteints de rachitisme, de ceux que dévorait
C) F., pour la plupart de ces faits, Tbistoire des progrès récents de la cUnugle, par M. Rieherand.
26 LIVRE IX, cm. II» W LA LIBERTÉ DES ARTS
la lipfe^ de cent qae des hmneora froides fiiisaieal tonber
en lambeaux, et d'une multitude d'autres, dont une multitude d'autros maladies variaient les difformités et les souffrances; il ne faut que mettre en parallèle l'état où la populalion se trouvait alors et celui où elle se trouve aujourd'hui, pour sentir de quoi sont capables les arts qai se ehargei^ de la culture et du perfectionnement de Thomme physique. Tout nous antorise k croire que les générations présentes sont plus belles et plus sain^ que les générations passées ; la durée moyenne des existences est plus longue; il faut moins de naissances pour entretenir une certaine population (
(•) Si Ton pouvait douter des acquisitions qu'ont faites, sous le rapport de la saute et de la beauti', Ils générations contemporaines, il suffirait, pour éclaircir cf point (]e staiisiique comparée, de raiipelcr ce qu'a dit un historien des beautés idéates dont était l'ormée la cour et la propre famille du roi Louis XIV :
« Je me suis toujours étonné, observe M. F. l'nrrinc , dis fausses idées qu'on a laissées dans notre esprit sur le siècle de Louis XIV^ Il semble que les hommes et les femmes y fussent des êtres privilégies. On ne suppose rien que d'agréable et de parfait dans leur taille ou dans leur visag^e. Les poètes, en parlant surtout des princes et des princesses du sang, ne trouvent pas de c ouleurs assez flatteuses pour peindre la beauté de ces enfants des dieux. Voyous doue le rare assemblage qu'offrait cet Olympe.
n Blarie-Thérése d'Autriche , femme de Louis XIV, était maigre, sèche et fort petite; Henriette d'Anglet( ne, si séduisante par son esprit, était un peu bossue , et La Yallière , comme on sait, un peu boiteuse. Le irrand Daiqihiji nvait pu le nez cassé dan« sa jeunesse en jouant avec ie prince de Conti. Le duc de Bourgogne, qui eût ete l'idole des Français, n'en avait pas moins une épaule plus hante rpic Tautre. Sa femme, dont la malice faisait les délices de la cour, n avait pas une senle dent saine fbn^ la î)ou«'lie. M. le duc du Maine était boiteux". Alademoiselie de Bourbon, ix tiie fille du grand Condé, était maacliolte; et Henri de Bourbon, qui fut ministre après la régence, était borgne, (jnaad au roi lui-même^ il exhalait une odeur dont aucun courfisaii ne s'aperçut jamais, comme de raison , mais qu'osa lui reprocfier un jour une maîtresse irritée, etc. » {La cour et la ville ioui Louis A/F, Louis XV et Louis XVI, ou RévéltUiwM hiêêwiqim îiféeê de manvMTiii iiiédiu^ par F. Barrière).
gui AiilSSËNT SUR l'uOMME PHYSIQUE. 27
Safis doQte, cea résoltato ne sont pts dos furiquemeiit an aftfi qui agissent sur le corps de Thomme. Je sais que beau* eoup d'antres ont pniaaamment concoam k les prodnire ;
mais ceux-lk y ont aussi contribué, et ils y ont contribué, qmiqae le perfectionn^ent physique de Tespèce n'ait jamais été un IMI qn^ils se soient formellement proposé. On a obtenu jusqu'k un certain point, sans les chercher, et par cela mol qne les mariages se sont formés en général entre des personnes mieux portantes et mieux conformées, les bons effets qui résultent dn croisement des races. L'exercice a contribué de diverses façons a Tenlretien et au développement des forces, quoiqu*on ne lui ail pas demandé de prodnire cet effet. La vie a été plus hygiénique, sans qu'on ait pensé à se conformer aux préceptes de Thygiène. L'art médical a embelli l'espèce, en travaillant seulement à soulager ses maux : qu'on songe à l'influence qu'il a exercée sur sa beauté, seulement par la découverte de la vaccine et par le soeoès avec lequel il a combattu le mal vénérien ( * ).
Or, si ces arts ont pu produire de tels effets, pour ainsi dire k kor insn; ou du moins sans qu^on songeât & les faire servir au perfectionnement de notre nature physique, on sent combien, dirigés k cette fin avec intention, avec habileté, avec concert, ils réussiraient mieux à Tatteindre. Aujourd'hui chaque homme, en ce qu'il a de parliculier, n'est en quelque
(M Ce niai était si commun , vers la fin du quinzième siècle , qu'il n\ aii f;illu prendre les mesnres de poln e [es plus sévères pour s'op[K>s€r à ses progrès; et Icsmanjues eu v\;ùv\\\ si a[tp,irentes qu'on reconnaissait, à la simple vue, les malheureux ([ni en étaient infectes. Ou les arrêtait, à Paris, dans rintérieur de la ville et aux barrières. L'entrée de la ville était défendue, sous peine de la hari , à ceux dn delioi-s. Quant à ceux de Tintérieur, ils étaient consignés dans leurs dement ps, et s'ils étaient pris , on les conduisait dans des hôpitaux où on leiu* appliquait les étrivières avant et après le traitement. F. Dulaure, UisL é$ Pmriê, U U, p. 111, p. 79 et siiiv.; VI, p. 24.
28 LIVRE IX, CH. il. DE hk LIBERTÉ DES ^ ARTS
aorte que ce qae le font les circonstances foriuites au milieu
desquelles il se développe : la diversité des tempéraments « les diiléreaces dans la taiiie, les proportions du corps, les traits du visage, ne sont en général que de purs aecideots. Pourlant, en ceci comme en toutes choses, nous pourrions sûrement chercher à diriger à notre plus grand bien les forces de la nature; et il n*est pas douteux que les arts sur lesquels roule ce chapitre ne pussent le tenter avec succès.««..* Mais j*ett ai dit assez pour donner une idée tout k la fois de leur nature et de leur importance, et pour inspirer le désir de chercher les causes générales auxquelles leur puissance est liée.
Ces causes nous sont déjk connues* Elles sont les mêmes
que celles d*où dépend la liberté des autres industries. On n*exerce avec facilité et avec succès les arts qui agissent sur le cor[)s humain que par les mêmes moyens généraux qui facilitent, étendent, affermissent la pratique de tous les arts possibles* Il y faut une certaine capacité pour les affaires, de Taplitude k entreprendre, à fonder, à conduire, à administrer; il y faut de Tinstructien technique, des connaissances théoriques, du talent pour les applications et pour Texécution; on ne peut douter que le succès n'y dépende beaucoup de rétat des habitudes morales et sociales; il est essentiel que les ateliers y soient bien situés et bien montés. Il n'y a de différence que dans Tespèce particulière d*aptitude, de notions, d'habitudes, d*ateliers,d'instruments que réclament les travaux de cet ordre, et en général dans la manière dont la nature de ces travaux permet qu*on y applique les divers éléments de puissance que je viens d'énumérer.
Ainsi, par exemple, nul doute que, pour le fondateur d*un
QUI AGISSENT SUR l'hOHMB PHYSIQUE* 99
gymnase oa d'une maisoa de santé, tout comme pour le chef d^noe fabrique, le talent de spéculer ne soit un moyeu de succès iodispensable.
Qu*un médecin veuille établir un hospice dans un lieu où chaean aura son domicile et les moyens de se faire traiter chez soi; qu'un danseur de i Opéra aille tenir école de danse dans un village et apprendre à des paysans à battre des entrechats; qu'un maître d'escrime entreprenne d'ouvrir une salle d'armes dans une société de quakers; qu'un professeur de gymnastique s*avise d'offrir des leçons de pugilat à des famiiies nobles et polies : il est clair que les uns et les autres foronl des entreprises absurdes et qui ne pourront manquer d'échouer.
£o ceci, comme en tout, l'essentiel d'abord est de savoir ce qu'on peut raisonnablement entreprendre, et quel genre de produits ou de services ii est possible de laire accepter à h société, il ne suffit pas toujours de lui proposer des choses utiles : il faut lui en proposer qu'elle agrée; et pour cela il est essentiel qu'elles rentrent jusqu'à un certain point dans ses goûts , et qu'elles tiennent plus ou moius à ses idées et à ses usages.
La gymnastique, telle qu'une philosophie judicieuse s'est
efforcée, depuis quelque temps, de l'accréditer, est sûrement une bonne chose; elle répond à un besoin fondamental de la société; elle tend k développer tout un ordre de lacuiics que les systèmes établis d'instruction publique et privée laissaient absolument incultes ou ne développaient que très imparfaitement; et néanmoins combien les personnes qui ont essayé de restaurer parmi nous cette branche essentielle de l'éducation, n'ont-elles pas eu de peine à la faire prendre ? La gymnastique, disait-on, était une chose, renouvelée des GrecSi sans nul rapport avec nos idéés et nos habitudes modernes;
30 LIVEB m» C8. II. IMS LA UBIMt US AETS
et gnoîqne les eieiûioea de M. AmoiM Ibsseiit fimiésMr les
mêmes bases que les jeax des enfants, et n'en différassent qoepar la direction plus éclairée et le plnsgrand développe» ment qu'il leur avait donnés, il n^avait eneore, après dix ou douze ans d'efforts et de soins , réussi que très imparfaite* ment à leur ooncilier la faveur publique.
Quel plus grand service pouvait-^on proposer aux hommes que de leur offrir de les préserver des ravages de la petite vérole? et néanmoins combien le principal inventeur de la vacdoe ne trouva*t*il pas d'abord d'obstacles à Tapplicatioii de sa découverte, et combien, depuis Jenner, n'a-t-on pas eu de peine à la propager ? Je pourrais iaire la même remarque sur la pratique de l'inoculation, et sur une foule d*aiitres procédés utiles, pris parmi ceux qui se rapportent aux. arts dont je m'occupe ici.
L'industrieux^ dont la profession consiste à agir sur le corps humain est donc obligé de reebercber, avant toutes choses, quelles sont les façons que les hommes veulent i ecevoir, quelles sont les qualités corporelles qu'ils désirent acquérir, et pour cela quels sont les exercices, les procédés, les traitements auxquels ils consentiront à se soumettre. £ji un mot, il y a ici un ordre de demandes dont il faut nécessairement qu'il connaisse l'éLat.
Il } a pareillement nécessité qu'il soit instruit de l'état des offres qui sont faites; qu'il sache le nombre et les moyens des concurrents qu'il a; qu'il juge si ce nombre est insuffisant, ou si les moyens qu'ils emploient sont inférieurs k ceux qu'il pourrait mettre en œuvre; qu'il soit en état dedéterrainer, finalement, s'il y a des chances de succès pour l'officine de pharmacien , pour la maison de santé, pour l'école d'escrime, d'équiution, de gymnastique qu'il aurait dessein d'établir.
QUI A€18ftSNT SDR l'hOMME PHYSIQUE. SI
J'ai il peine liesoÎQ d*ajoiiter qae ces BOfla» d*éuU^
demandent, comme d'antres, k être habilement conduits, et qu'ii est tel hospice qui n'exige pas moins de capacité admiaasualiveel de talent pour la comptabilité que bi fidtfiqœ la plus considérable.
Les diverses H^ultés qui font le véritable homme d*afiaires trenvent done, dans une certaine mesure, le mos^en de s*appliqaerid, et peuvent y être considérés comme un élément de puiasanee très réel et très nécessaire.
On en peut dire autant des facultés qui se rapportent k Tart.
Nulle part, par exemple, ne se vérifie mieux ce que j'ai dit de l'importance des connaissances techniques* Ces connaissances sont ieid'aaUint plus nécessaires que les secours de la tiiéurie y sont plus bornés et plus douteux* De même que rindnstrie agricole, les arts qui agissent sur le corps hu« main ne peuvent opérer leurs transformations, j*en ai déjà fait la remarque, qu'avec Taide de la vie, agent mystérieux dont ib ignorent absolument la nature, dont ils ne connais^ sent que très imparfaitement les fonctions, et dont, par cela même, il leur est impossible de soumettre Fusage à des prin* cipes fixes de théorie.
Dans cet état d'ignorance , ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est sans doute d'observer attentivement les bits extérieurs par lesquels cet agent secret se manifeste, de regarder cornaient il agit dans la santé et dans la maladie, de voir comment son action peut être modifiée par celle des stimulanls et des calmants de toute espèce auxquels il est possible de le soumettre, par la ebalenr, par le froid, par l'air, par lesalimenla, par les remèdes, par l'exercice, et d'agir conséquemment à ces indications. Cet empirisme raisonné, tant qu'on n'aura pas trouvé la véritable explication des phëiiomènes vitaux,
32 LIVRE IX, es. IL DE Lk LIBERTÉ DES ARTS
sera ineoiilestsbleiiieQt le meillear guide que Tari puisse
Cela est si vrai que toute la science médicale des aociens, chez qui positant la médecine fst exercée avec ane grande
disiioctiou , se réduisait à des connaissances de cet ordre* Hippocrate, dont les écrits, de Faveo des médecins les plus
éclairés, offrent encore une lec ture si profondémeiU inslructive, iiippocrate ignorait les sciences que Ton regarde aujourd'hui comme la base de la médecine, et n'avait snr Torganisation et les fonctions du corps humain que des notions peu exactes et peu étendues» H ne savait en quelque sorte de
riioninie que ce qu'en manifcsienl les phénomènes extérieurs; mais il avait profondément étudié ces phénomènes ; il avait attentivement examiné Taction des causes par lesquelles il est possible de les iulluencer ; et quoique ses connaissances anatomiques fussent au-dessous du médiocre, sa pratique, observe Cabanis, excite encore aujourd'hui Tadmiration des plus grands médecins (
Il parait qu'on en pourrait dire autant de celle de beaucoup de médecins de Taniiquité, qui, à une époque où Tanatomie et la physiologie n'étaient pas encore nées, ne devaient
[)as être ^ilus anatoinistes et }»lus physiologistes qu'H'ppocrale. « La vraie pathologie, écrit encore Cabanis, se trouve surtout dans les livres des anciens, auxquels un petit nombre d'observateurs modernes ont fait quelques heureuses additions. Uîppocrate, Arétée, Alexandre de Tralles, AéUus, Paul d'Égine, Galien, et deux ou trois médecins arabes, nous ont laissé les tableaux les plus exacts que Tart possède encore : aucun homme de bonne foi ne peut en disconvenir ; et leurs
(M Itévolulio7\s cl réforme de la médecine, 1. 1 des œuvres complètes de i'auleur, p. 60 et suiv., et p. â5i( et 5tS.
suivre.
QUI AGISSENT SUA L^UOULUE MIYSIQUE. 33
rifles géoénte de UaôleoieBts, tirées, dn moins en géi^ral,
du sein même de la nature , n'ont pas moins droit de nous âonoer par les grandes vues qu'elles supposent que pur leor sagesse et leur étemelle vérité (')*
4 Les explications des anciens, ^oute le même auteur, quùiqu9 formées mr la ttmyto ohêrvaiiom de Ihomm mm cm
malade^ sans le secours de V anatomie^ des conna issances phymh§ifuê8 qui lui sont dué$s, des cxpéiimces dont l'art était presque eniiiremerU i^noiré de leur temps^ et des sciences eoflatéralcs^ qui nous prêtent sans cesse ou des lumières directes^ ou des iastrumetUs nouveaux , ces explications n'ont pas tMjours été remplacées d'une manière fort heureuse. Il en est plusieurs qui reparaissent de temps en temps avec édât, et qui semblent devoir survivre à tontes celles qiii les ont renversées; il en est où le sceau de la nature parait si iortement empreint qœ chaque nouveau progrès de la science les confirme; il en est enfin que le bon esprit des pères de la médecine avait laissé dans le vag^e, et qu'après tant d'efibrts inutiles pour leur donner pins de précision, Ton doit peut-
être cousidérer comme devant y rester toujours (•). »
On peut juger par ces remarques, de Timportanoe qu'offrent les connaissanees pratiques dans les erts qui agissent sur le corps humain. Moins la ihéorie de ces arts est avancée, et pinson a besoin d'y prendue conseil de l'expérienee. L<es bons esprits, obseivea ce sujet le médedii philosophe que Je victts deciter, ne peuvent trop se hâter de se mettre aux prises avec tes objets mêmes de lents travaux* Les médecins de Ces étaient bleu loin de penser que la médecine pût s'enseigner.dttilani d'une ehaite, et loin dés objets sur lesquels
(*) Rh. et réf. de la méd,, p. âSS.
(«) Ibid,, p. 270.
34 UVHE IX, CH. H. JOE LA LiB£UTE i>£S ARTS
elle doit agir. La vraie maDÎère de Tenseiguer est de Tensei- « giier ao lit des malades. Soos les yeox du processeur, et ' presque sans sa participation, se forment de jeunes médecins dont i^iostrucUoQ est d'autant pins solide qne la nature en fait presque tous les frais. Dans cet exercice contiauel de leur sagacité et de leur jugement, à l'aspect de tableaux tout * composés de fiiits, ils contractent l'habitade de les mieax voir, et le dégoût de tout raisonuement qui ne s'y renferme pas(*).
Si Hippocrate acquit dans la médecine une répotation si élevée, il le dut surtout à une éducation médicale toute pratique. Ce fut au milieu des jeux de Tenfance, dit Cabanis,
qu Hippocrate, dont les ancêtres avaieutcoustanimerit exercé
la médecine, depuis dix^sept générations, reçut, de la boucbe même de ses parents, les notions élémentaires de cet art Ce iul à l'aspect des maladies qu'il apprit à les reconnaître ; ce fut en voyant préparer et mettre en usage les remèdes qui!
se rendit également familiers leur préparaiiuu et leur emploi. Il fut entouré dès le berceau de tous les objets de ses études
et suça les principes de son art pour ainsi dire avec le lait maternel
Nous ne procédons pas précisément comme le fit Hippocrate. On pourrait presque dire que nous suivons une métfiode opposée. L'observation des faits est la dernière chose à laquelle nous arrivons, et c'est surtout par l'étude des théories médicales qu'on se prépare parmi nous à la pratique de Part de guérir. La fréquentation des hôpitaux n*est certaine-» ment pas défendue, mais elle n'est pas non plus ordonnée, et rien, à la rigueur, ne s'oppose k ce qu'un jeune hevnme reçoive le diplôme de médecin sans avoir vu un malade, sans
(*) Brv et réf. de la méd,, p. 3S8, 2S9 et 295. (*) ibid., p. 60 et suiv.
OUI. AGISSENT SUR l'bOMIIB PHYSI0U£. 85
avoir assisté à une opéralioo, sans avoir préparé ou adminis* tré nu remède, sans avoir appris à €onnaitre une maladie ailleurs que dans des cours ou dans des livres.
Cette manière de préparer à la pratique de la médecine esl-elle faite pour inspirer une grande sécurité? Ne serait-il pas aussi sûr d'avoir affaire à une sœur d*h6pital) fort pea versée sans doute dans la théorie, mais qui amaii vu et soigné beaucoup de malades, qu'à un jeune gradué qui n'aurait vu ni traité de maladies, pour si riche qn*il fût d'ailleurs de connaissances théoriques? On impose aux étudiants Tobligatioii de suivre les écoles, et on leur laisse la faculté de fréquenter les hôpitaux r il semble que Tin v erse serait plus $age, et que si la société devait exiger quelque chose des hommes qui se destinent & donner des soins aux malades, ce serait surtout que d'avance ils eussent observé et vu traiter beaucoup de maladies. Entre l'étude de la pratique et celle de la théorie, c'est évidemment le premier travail qu'il faudrait rendre obligatoire, et le second qu'on pourrait laisser facultatif.
An reste, quelque importante que puisse être ici la connaissance pratique du métier, il n'est pas douteux que les notions de théorie n'y soient un élément très réel de puissance. Il est impossible qu'il n'y ait pas un grand avantage pour les liommes qui agissent sur le corps humain, k posséder des notions exactes sur Forganisation de la machine humaine, et sur les fonctions que cette machine accomplit, )gnor&t*on d'ailleurs la nature du principe qui la fait agir et la manière dont cet agent procède*
U est vrai que les gymnastes gre.cs formaient de très ])Oiis coureurs , quoiqu'ils ne fussent ni analomistes, ni physiologistes; cependant il paraît que < es sciences fournissent, relativement aux mouvements dont se compose la course, quel-
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ques notions propres k bien diriger cet exereice et h en aog- . menter Ja vitesse et la durée.
La médecine d'observation, Tempirisnie philosophique peut guérir beaucoup de maux sans le secours de la physiologie ; et néanmoins les médecins les moins disposés à exa-* gérer Timportance de celte science avouent que la médecine doit aux progrès des connaissances anatomiques et physiologiques la marche plus hardie et plus ferme qu'elle a suivie depuis que ces progrès ont commencé.
On en peut dire autant de la chirurgie* < Ce ne Ait, observe Gabanis, qu*k)a naissance de Tanatomie, à l'époque où Vessale secoua le joug du galénisme et des écoles, qu'aidée de la physique, qui se frajfait elle-même alors des routes nouvelles , la chirurgie prit ce vol hardi qui Ta conduite depuis de découvertes en découvertes et de succès en succès. L'anatomie, ajoute le même écrivain, semntde base à lartde guérir, surtout à sa partie chirurgicale, parait maintenant inséparable de la pratique tie cet art, dont elle assure souvent les succès (*). »
A la vérité, il serait assez difficile de dire dans quelle mesure elle a contribué à en affermir, à en faciliter l'exercice. 11 ne parait point qu'il existe d'ouvrage où Ton ail tenté de déterminer d'une manière détaillée et précise l'influence que i'anatomie, la physiologie, et pfaisieurs sciences collatérales, ont exercée sur la pratique des arts qui ont le corps de l'homme pour objet Mais cette influence, quoiqu'elle n'ait pas été exposée profmo, ne bisse pas d'être très réelle, et il n est pas de médecin ou de chirurgien un peu instruit qui ne pût aisément citer des cas où elle se fart utilement sentir*
(*) 8^. 9i réf, dê la méà., p. 505 et 306.
QUI AGISSENT SUII l'oOMNE PHYSIQUE. 37
Il est, par exemple, des circonstances o& il devient très
essentiel de pouvoir faire la ligaiure d'une artère; et cependant la ehinii^ n'osait tenter autrefois cette opéra^on, de peur que le sang n*allftt plus vivifier le membre où cette artère se rendait: la découverte aaatooiique du système capillaire et de la propriété que les vaisseaux capillaires ont de se 4iiater, a permis d'exécuter celte opération que jusqu'alors on avait regardée comme impraticable. — Il se développe quelquefois dans de certaines parties do corps des tnmeors IVngueuses causées par Tengorgemeat des canaux par où les gbndes exécutent leurs sécrétions ; avant que Ton eomAt ces canaux et leur usage, on ne savait k quoi attribuer ces tomears, ni par «juels moyens les guérir : Tanatomie et la pliysiologie, en découvrant la cause du mal, ont mis sur la TOie du remède. — On supposait faussement autrefois que les phénomènes de la nnlrition ne pouvaient s'accomplir m sein de TinacUon et de l'immobilité, et, en conséquence, ou condamnait le repos dans le traitement des diflormités du système osseux, et spécialement dans celui des conrbnres lÎMOim de la colonne vertébrale; on se fondait sur ce prétexte spécieux que la maladie provenant de faiblesse, il ne Mim%|tasfwgaienter cette faiblesse par une inaction prolongée, et, par suite de cette erreor, on plaçant derrière le tronc une croix de fer dont h tige verticale descendait de l'occiput fPf^fjftfUmt, tandis que la tige horizontale s'étendait d'une ^anle ii l'antre ; c'était un nouveau poids ^outé k celui dont on voulait soulager la colonne vertébrale, et l'état de station devenait plus pénible encore pour le malade , chargé de ce poids additionnel, ei gùué dans ses mouvements par les liens HfcfiMÎrfP I^" y attacher solidement le tronc et la téte : des idées plus saines sur les effets de l'immobilité relativement k la nutritiouetkraccroissenicntdes forces, ont fait abandon-