‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 5 sur 80 · LIYK IX, GB. II. DE LA LIBERTÉ DBS ARTS · texte numérisé non relu

LIYK IX, GB. II. DE LA LIBERTÉ DBS ARTS

lier ce procédé; au Heu d'ajouter à la charge de la colonne

vertébivile, on la débarrasse maintenant du poids du corps, et Toa remédie à la déviation par une iracUou lente et graduée, dont raction est infiniment plus efficace ('). — La physiologie ne sait pas comment le chagrin peut provoquer la formation de tubercules dans les poumons: mais, ces tubercules une fois ioriDés, elle explique fort bien la géne qu'ils causent dans la respiration et dans la circulation. — La même science ne peut pas dire en quoi consistent les nombreuses variétés des afTeclions du cœur: mais, ces affections une fois déclarées, elle sait pourquoi dans certains cas les extrémités sont habiiLH Uenient froides, pourquoi la face est tantôt bleuâtre, tantôt livide et pàle, etc. — La physiologie ignore paiement ce que c'est qu'un squirre au pylore : maî», ce squirre existiint, elle sait rendre raison des désordres qui surviennent dans h digestion, et finalement dans la nutri* tion. — La physique ne sait pas comment le nerf optique peut recevoir Timpression des objets extérieurs: mais, si le cristallin vient à perdre sa transparence, elle R*a aucune peine à expliquer comment le phénomène ne peut plus avoir lieu. — La mécanique aurait grand'peine k dire comment notre volonté a le pouvoir de remuer nos uieu.bres-.mais, si nos 08 viennent à se luxer ou à se rompre, elle rend compte sans difficulté de Timpuissance où nous sommes d'exécuter les mêmes mouvements. — La chimie ne sait point comment se fiiît la bile, ni comment elle agit dans le phénomène de la di-* gestion : mais, s'il vient a uiauquer un des éléments dont la bile se compose, elle peut éclairer le médecin sur les suites de cette altération, etc., etc.

Voilà quelques exemples des services que peuvent rendre

(*) F. Rioherand, Hùl, des progr, récents de ta chirurgie.

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à la pratique de Tart médical l'aiialomie, la physiologie, la physique, la chimie ; et il D*esl pas doateax que les hommes les moins versés dans cet art n^eo pnsseni eiter beaneoiip d'autres ei probablemeat de plus frappants»

Évitoos pourtant de tomber dans une exagération assez commune, et, en reconnaissant que Tari peut recevoir ici de grands secours de la science, ne croyons pas que pour Texercer avec dislînction il soit nécessaire de pousser U ts loin l'InstruclioQ théorique. Ici, comme partout, ce qui importe partienlièrement aux succès de Tart, c'est Tétode de l*art même. J'ai vu des chirurgiens , anatomistes très habiles , avouer qu*nne grande partie de leurs connaissances anatomiques ne leurétaient,k l'application, que d*une médiocre utilité. « L'anatomie thérapeutique, celle dont Tart fait une application journalière, se renferme dans les limites les plus resserrées. La structure, la situation et les connexions des viscères, la distribution des principaux troncs des vaisseaux et des nerfs, la forme et la disposition des os, les attaches des muscles, les eipansions des aponévroses, et peut-être encore quelques menus objets lioii moins faciles a saisir : voiià ce que le médecin a besoin de bien connaitre. Peut-être même serait-il permis d'ajouter que la délicate anatomie est bien rarem^t utile pour les opéraUous chirurgicales : j'oserais en appeler sur ce ^int à la bonne foi des cbintrgiens anatomistes les plus éclairés. » Voilà ce qu'écrit un médecin philosophe, un écrivain judicieux que j'ai déjà cité plusieurs fois dans le cours de ce chapitre (*). Il paraît certain que dans les arls qui agissent sur le corps de rhomme, comme dans ceux qui travail lent sur la matière inanimée, il s'agit moins, pour réussir.

(<) Cabanis, Bévolutians el réforme de la médecine, pages â65 et nivuites.

AO LIVRE IX, €H. iU DB LA LIBERTÉ DES ARTS

d'acquérir des connawsaiices seieatifiqQes très éteiidoes qae

d'apprendre k tirer un parti très varié et très étendu d'un petit nombre de notions élémentaires. C'est dans le bon emploi de ces simples notions qoe les progrès de Part consistent, et sa puissance est d'autant plus grande, qu'il en a fait des appliestîons pins heureoses et plus mnttipliées.

Ainsi la connaissance pratique du métier, les notions théoriqoos, le talent des applications» sont ici des moyens de libâté tout ausd réels que dans les arts qni travaiUent s«r la mtière.

n en est de même des talents d*exéeulion» Il y a dans les

industries qui agissent sur le corps de rtioninie, ainsi que dans les autres arts, une main-d'œuvre indispensable , aa moyen de laquelle se réalise le produit qn*on se propose d'obtenir. L'écuyer, le gymnaste, le niaitre d'armes exercent une action matérielle sur l'homme qu'ils entrepiennent de modifier : ils lui font prendre de certaines postures, ils lui foat exécuter de certains mouvements. Le chirurgien agit d'une manière plus sensible encore sur le corps du malade quHI opère, rorthopédiste sur celui du patient dont il veut redresser les os, le pharmacien sur celui de l'homme à qui il fait avaler ses drogues : tous exécutent quelque opération chimique ou mécanique sur le corps humain, et il n'est pas douteux que la puissance de leur art ne dépende beaucoup du plus ou du moins d'habileté qu'ils peuvent appliquer à cette main-d'œuvre.

Il est seulement à remarquer que dans cette classe d'arts, c'est ordinairement le même agent qui conçoit et qui exé«* eute, et que les fonctions de l'ouvrier se trouvent réunies, dans la même personne, k celles de l'ingénieur, du savant et de l'entrepreneur. C'est le maître d'escrime qui apprend à ses élèves à tau e des armes ; c'est le professeur de danse qui

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les instruit k danser; le chirargien ne bit pas bire son opération, il Texécute loi^même : c*est surtout sa main-d'œuvre qne l'on recherche, et le principal mérite est ici dans Texé-

cution. De lous les ai listes qui agissent sur le corps huniain, il n'y a guère que le médecin qui se borae à donner des prescriptions et qui agisse ordinairement par intermédiaire. On conçoit néanmoins queTécuyer, le danseur, le gymnaste, paissent airoir des ouyriers^ des professeurs qui agissent sons leurs ordres et qui exéculeol pour eux. C'est luème la ce qui arrive h cenx de ces artistes qui possèdent de grands établissemenlset quisont parvenus à ) réunir beaucoup d'élèves*

Je ne sais si Ton trouvera snfïisanls les détails dans lesquels je viens d'entrer sur le rôle que jouent ici les moyens qui relèvent de Fart et ceux qui tiennent ïk rintelligence des afibires. Peut-être aurais-je dûi être plus explicite sur ces deux points, sur le premier qui m'a occupé surtout* Je crois en avoir dit assez néamnoins pour convaincre le lecteur que les divers ordres de facultés que je viens d*énumérer sont ici, non-seulement très applicables, mais très nécessaires, et que, pour devenir véritablement puissant dans les arts qui agissent sur rhomme physique, comme dans tont autre ordre de professions, il est indispensable de réunir les divers moyens qui font le spéculateur habile et Tarliste expérimenté*

Je ne crois pas qu'il soit plus dilliciic de montrer le besoin qn^on y a de bonnes habitudes morales* Il va presque sans dire que la médecine, rh}giène, la ^^mnaslique ne peuvent nen sans le secours d'une vie sagement réglée. Hippocrate demande que le médecin soit patient et sobre, qu'il ait des luanières graves et une conduite modérée* On voit dans Tbistaire des Grecs que les anciens athlètes vivaient ordinairement d'une manière très frugale, et que plusieurs s'interdit

4â LiYne IX, CH. ii. de la. umwrt des arts saienl Tusage des t'emmes et du vio. li parail qucu Angleterre les boxeurs de profession, les maîtres eo fait de pugilat observent à peu près le même rc^iine. M. Siaiond { ' ) lait la remarque que ces athlètes sont obligés de vivre régulièrement et sobrement, et que, surtout avant un grand combat, ils passent plusieurs semaines en préparations, s'abstonant de toutes liqueurs fortes, même de bière, et s*exerçant continuellement, quoique sans excès de iatigue*

Des habitudes de modération, de sobriété, de tempérance, sont également nécessaires a Tai lisie qui agitsurlecorpsd'au^ trui et au sujet sur lequel son industrie s'exerce. Il y a en effel entre les arts qui s'exercent sur les choses et ceux qui travaillent sur les hommes cette différence essentielle, que dans ceux-ci la matière première de l'artiste, l'homme sur lequel il agit ne peut pas être et n'est presque jamais enUèremeat passif : il faut quil se prête à Faction dont il estTobjet, et la plupart du temps qu'il ^ concoure lui-même. Sans doute celui qui entreprend de le modiOer a dû commencer par agir sur sa propre personne; il a fallu qu'il se rendit capable de donner l'exemple des actions que son élève doit faire pour se perfectionner. Mais il n'est pas moins essentiel que celuici rimile ; il est en quelque sorte son second , et peut être considéré comme un athlète qui travaille sur lui-même , et qui aspire à perfeclionaer son propre corps.

Or, pour réussir dans ce travail, la chose peut-être dont il a le plus besoin, est de mener une vie rcguikre. La saiiLé, la vigueur, la beauté, ne se peuvent obtenir ou conserver qu'à ce prix. Les meilleurs remèdes seraient impuissants contre des erreurs habituelles de régime. II n'est pas d'exercice qui pût faire un homme robuste d'un homme enclin k la volupté

(•) Voyage en Angl, t. ï, p. 175, a«édit.

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et iocapable de résister k ses amorces. Un peuple livré à la crapule est presque toujours un peuple laid « malsain, mal portant ; comme une population sobre et tempérante est or* dinairement une saine et belle population. De tous les exercices auxquels se livre Thomme qui s'occupe de Tamélioration de ses Êicultés corporelles, un des meilleurs qu'il puisse fcire est donc d'apprendre h régler ses appéiiLs à subordonner ses plaisirs aux lois de Thygiène et de la morale.

Si eu France, depuis un dcnii-siècle, Tespèce humaine s'est pbjsiqnement améliorée, ce résultat est dù pour le moins autant au progrès des mœurs qn*a celui de Taisance et du bien-être. M. Simond, après avoir observé, dans son Voyage m émgleUrre^ que la classe des genilemm lui a paru plus belle et plus forle que celle du bas peuple des villes et descanipigiim ^liyrtité, je ne sais si c'estavec fondement, qu'en France e^estlteot Topposé , que les mesiieun y sont inférieurs aux pajsanis eniacuUes corporelles, el il en donne cette raison, qo*en France la vie des jeunes gens aisés est loin d'être aussi active qu'en Angleterre, que les amusements athlétiques enlreot pour beaucoup moins dans leur éducation et quUâ nml fêlés beaucoup plus (ôi dans la société des femmes : si c'est des femmes honnêtes, dit-il, il en résulte des habitudes sédentaires peu favorables au développement de la constitution et des belles formes; et dans le cas contrali e , c'est bien pis(.).

Pour peu que je voulusse examiner Finfluence qu'exercent surThomme celles de ses vertus qui se rapportent particulièrement k lui-même, la propreté, Tactivité, le courage, la sobriété, la continence, etc., il me serait aisé de uiouu er qu il n'est pas un ordre de moyens dans lesquels les arts qui agis-

C) Voyage en Àn^,^ L I, p. 85 et 54, t« édit.

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