‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 41 sur 80 · À LA. FORMATION DS$ HAB. MORAL*— W SAG£IUIOCS · texte numérisé non relu

À LA. FORMATION DS$ HAB. MORAL*— W SAG£IUIOCS

u*adfl[iet pus pour sas Trais eo&ata ^mx qui croteni $an» mi-*

p iration »

Lia foi, la religion, les croyances rebgienm les plus positives

consistent doue, encore une fois, en inspirations, en senti* neote^ea éoLuûoûs, plus qu'en idées et ea connaissances vcrî* tables; elles ne sont pas produites par lesnEiémes focnltés que les sciciicei»; cuûsidérées comme phéuoujèue psychologique, elles fiorleot des mêmes sources que la poésie. A Dieu ne plaiflo que je les accuse de choquer la raison ; mais elles parlent surtout à rimagm^tion et aux facultés affectives ; Tari qui travaille à les produire ou k les entretenir en nous, le sacer* doce, devrait éUe classé au nombre des arts qui touchent et élèvent le cœur, plutôt qu*au rang des arts qui ont pour nus-* biou d'éclairer Tintelligence.

Ce que je dis là est si vrai que , chez les anciens , le même mot, wUe9^ servidt également à désigner le prêtre et rbonMOe inspiré, le poète, Tartiste, et que la religion, chez eux, se trouvait mêlée à toutes les productions des beaux-arts ^ pu que les beaux-arts exprimaient presque toujours des conceptions religieuses. L'épopée des Grecs n'était, en grande par* lie, que le récit des actions de leurs dieux. C'étaient surtout des dieux que représentaient leurs peintres et leurs statuaires. Leur théâtre, et spécialement leur scène tragique, n*était guère que leur religion mise en aclioo, que des drames où tiguraient de religieux personnages et ou les rites de la religion étaient observés. On sait que notre scène et celle de la plupart des peuples chrétiens ont commencé par la représentation des mystères; que, chez ces peuples, les sculpteurs et les peintres se consacrèrent d'abord principalement, et presque exclusivement, k la représentation de personnages

C) iéMf.» p. «04.

3W uv. IX, cm. Lmutt bes arts qui tra?aiixbiit

rdigieox. Il y a wnlemeftt, entre les bean-arls et le eaeer^

doce, entre le poète et le prêtre, ces deux graves différences, que, daos le temps où le poète fait de ta poésie sur tente sorte d'objets, le prêtre ne s'inspire qu'aux soorces mêmes I de la religion^ ne noas entretient que des causes pranières et finales, de Dieu, des intelligences intennédianres, de rime, des rapports de Tâme avec Dieu , des futures destinées de Fespèce hnmaine ; el , d*nn antre côté, que, dans le temps oft Fartiste se propose seulement de nous amuser, de nous émou- ▼oir, de enltiver notre goftt et nos facultés affectives, le prêtre, en agissant, à sa manière, sur notre imagination et uos affections, a essentiellement pour oljet de perfectionner notre nature morale.

An surplus, si l'on pouvait donter de cette mérité, que ia mission du sacerdoce se rapproche davantage de celle delà poésie et des beaux-arts que de celle des sciences, il suiiirait, pour s'en convaincre , de considérer le sacerdoce en action. Observez, en eâet, le prêtre dans la plupart des actes de sou ministère; dans la célébration des offices divins; dans Tobservation des rites religieux ; dans ses génuflexions, ses ablutions , ses cbants, ses prières, ses effusions de foi, d'espérance, d'amour; dans l'emploi qu'il fait du silence, du demijour, de l'obscurité de ses temples; quelquefois de l'éblouis* santé clarté de ses chapelles ardentes, illuminées par mille flambeaux, du doux éclat des fleurs, de la fumée enivrante des parfums, de la mélodieuse harmonie d'une musique céleste, du son mélancolique et religieux des cloches ; et, si vous voulez TOUS transporter parmi les sectes où les formes da culte sont plus exemptes de pompe et de solennité, dans les simples hymnes qu'il chante, dans ses pures élévations d'esprit à Dieu, dans ses prédications sur des dogmes sublimes, et vous reconnaîtrez sans peine que s'il n'y a dans tout cela

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rien qaî offeese la raison, il n*y a rien non plos qui ait précisémenlpour objet de Téclairer; qu'il s*y agit, non (instruire, mais d'émouvoir : toucher, purifier, élever le cœur et Tima-

ginatiou des iiotumes, les faire communiquer avec Dieu, leur fidro puiser dans ce commerce la force d'accomplir tous leurs

devoirs, telle est sa mission, tel est le véritable objet du sacerdoce.

Enfin, pour terminer ces réflexions sur la nature du ministère sacerdotal, il est encore si vrai, dirai-je, que ce ministère n'a pas ponr objet dlUaminer Tesprit, d'exercer, de former la raison , qu'on le dénature sitôt qu'où y applique les formes du raisonnement, et que vouloir feire servir la philosophie h la démonstration des vérités religieuses, c'est courir le risque de compromettre à la fois la religion et la philosophie* U fut un temps où la philosophie s'occupait à pen près exclusivement de l'analyse des iaculiés et des fonctions de l'entendement humain , de l'origine et de la iiliation des idées, des règles générales du langage, des lois naturelles qui ont présidé k sa formation. Ce domaine légitime de l'observation philosophique est de nos jours presque abandonné. Ces investigations, les seules évidemment qui puissent avoir un caractère scientifique, n'étaient, assure-t*on, que de la très petite philosophie, k peine digne des regards de la philosophie véritable, et elles n'ont plus rien à nous apprendre depuis fort longtemps. Aujourd'hui, la philosophie place plus haut le champ de ses recherches, et, pour juger de la valeur philosophique d'en esprit quelconque , elle vous demandera quelles sont ses opinions sur Dieu, surféiiM, sur comuMiiecÊMHt êt la fi» du ckoiu. Cette direction donnée aux études philosophiques me parait affligeante, et pour deux raisons. La première, c'est que c'est là de la théologie et non de la philosophie ; c*est que la philosophie qui se bit théologienne

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et qui 86 diâ i ge de dénontrer les mérités fondiraeDlateft de b

foi, preod par cela seul rengagement (i'èUe orthodoxe, et i qa'k fofce (la vouloir être orlbodoxe^ elle coart le risque de bientôt cesser d être philosophique. La seconde, c'est qu'elle peut cesser d'élre philosophique saos deveair pour cela lefih gieuse, et elle risque eûcoie de nuire graveaieut à la religion , tout en prétendant la servir. Rien ne me semble ^ en , effet, plus périlleux pour la foi que de vouloir établir par le *< raisonnement les vérités qu'elle enseigne* Ce ne peut être là « un objet de controverse et une matière k argumentalion. Ces vérités sont de l'ordre de celles qui se racontent ( ' ) ou qui se seatent, et non de celles qui se prouvent En s' évertuant k les ' élucider, on ne fait presque jamais que les obscurcir. € Vous B*aves plus aucune foi, disait saint Antoine aux hommes ài < vieux monde Romain ; vous n'avez plus aucune foi, puis^iue * vous avez besoin de recourir aux ai^umenta. Ce n'est pas •

ainsi qu'en use le chrisUaiiisiiie. Aous iie nous servons pas i<

des paroles persuasives de la sagesse des tirées. Nous ne ^ sommes que des ignorants qui croyons en Dieu. Eh bieo,

notre foi grossière est eûicace ei puissante, puisque notre ^(

cuhe se répand; tandis que, malgré yos raisomiements so- I

pbistiques, vos idoles tombent de toutes parts C"). î> C'est :

done faire abus du raisonnement que de rappliquer à la dé- i

monstration des vérités religieuses. 11 n'en est point, même i

(•) Cœli cnarrant gloriam dei..,

(*) ce Certè V09jam fidem nuUam habeiû dum argumenta perqui- j iitiê. Nos quidem non in pesutuibilibuê grœeœ iapieniiœ verbis argumenta proferimui; eed fide iuademui.,,, Litterarum ignari^ credimnu in deum.,. Qmd mOern egkam tii/lie$ noêêra kinc oêlendUiw ^ guod nMt fide in Chiiêtum imixU^ vobiê verà êapkiitieiê ditaft*- % tiowihue, vestra quidem idotorum portinta tMeniur, noetra verà fidee hH que propagatur..,,i^ {Saneii À0um, opéra cmnia , 1. 1, peiv MC. Yila êmneU ÀnUmii, $i 7è et SO).

à LA FORMATION DES UAB. MORAL. ~DU SACERBOCL. ÙHd

dans le nombre des plus simples, qu'on parvienne h établir

solideaieat par ce moyeiL La philosophie, malgré tous ses efforts, n^est pas plus avancée aiyourd'bni sur ce points .qu'elle ne l'était il y a vingt siècles , et ce n'est que par un insigne abus de langage qu'on a pu risquer de dire , de noa jours : c Je ne crois pas que Dieu existe : je le sais. > Vous n^ea savez rien, ne vous déplaise. Vous le croyez sans doute; mai& vous ne sauriez dire : je Utaù, dn moins à praftdre ces moU dans leur acception naturelle, et il y a une témérité ei^tréme à affirmer ainsi que vous savez, ce que le genre humain ea» père et croit sans doute, mais ce qu'homme vivant n'a jamm eu et ne saura jamais» Crayez->vous donc ajouter à la certi'-' tnde de cette croyance en en exagérant ainsi Texpression? Allons-nous faire des articles de foi des vérités scieutiques, et une affaire de science des mystères de la foi ? C'est le rea* versement de tout ordre. Aucun des grands écrivains dn christianisme n'a jamais fait une telle couiusion. loua ont soigneusement distingué les choses de foi des choses de science, les choses qui tombent sous le raisoanemeiu de celles qui sont au-dessus de la raison : Pascal surtout, Bossuet, Malebranche. Pascal avertit qu'il n*anra garde de faire tomber les vérités divines sous l'art de persuader. «: La foi, disait Malebranche, ne vient que par la révélation et non par la spéculation. Me vouloir croire les dogmes de la loi que lorsqu^on en voit clairement la vérité , c'est une disposition morlelle. Nous n'avons pas d'idées de l'âme, ajoutait-il ; nous n'en connaissons rien, car le sentiment intérieur n'est pa& proprement une connaissance; et douterons-nous de l'âme néanmoins <k L'écriture, disait Bossuet, la tradition! et il croyait avoir tout dit sans argumenter davantage. (').

C) Lpîfrc à Mairan snr SpÎQOsa.

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