LIT» IZ, CH. VI. UBBRTÊ BÉ$ ARTS QUI TRAVAILLENT
Poorqnai ces sages exemples ne sont-ib pas plus imités? et
comment ne seiil-on pas que ks grandes vérités de la religion subissent une altération grave sitôt qu^on lenr fait Tiinigne TÊtùùi d*argnmeDler pour les établir? Tel prédicateur, qai m'Impressionnait, a cessé de me toucher depuis qu'il prétend me convaincre. Je ne sais si c*est k la pbilosopbie qu'il iiiot attribuer railaibiissement des idées religieuses; mais, très assurément, on ne reviendra pas à la religion par la philosophie : on y reviendrait beaucoup plutôt par la poésie. Le curé de mon village eu sait autant là-dessus que le plus grand philosophe dn monde. Quel besoin eussions-nous eu de la révélation si les vérités religieuses avaient pu èlre établies par le xaisonnementi La révélation n*a été nécessaire qu'à cause précisément de Tirapuissance de la raison. Laissez donc la révélation enseigner ce qu'elle seule pouvait nous apprendre. S'il est nne chose certaine au monde, c*e8l que Fauteur des choses n*a pas voulu se laisser pénétrer :
Qui pourra, grand Dieu, pénétrer Ibn sanctuaire impénétr^le?...
IMeu n*a pas voulu que le secret de nos destinées futures nous fftt complètement révélé. Il a laissé les choses à cet égard dans un demi-jour, dans un état de clair obscur d'oik tenterait en vain de les faire sortir la curiosité humaine la plus ardente et la plus sagace. La vue se trouble dès qn*on cherche à plonger dans ces profondeurs, et elle s'obscurcit d'autant plus qu'où a la témérité de s'y enfoncer davantage. Si elles pouvaient être pénétrées, d'ailleurs, quel mériteaurions-nous défaire ce que la religion ordonne, et quelle liberté d'esprit nous resteraitil? Dieu, qui, pour la dignité de sa créature, voulait lui laisser son libre arbitre, ne nous a donné que des pressentiments, et, dans sa sagesse, il n'a permis que nous connussions les vérités religieuses que par cette espèce de seconde vue que
A LA FOEMATION D£S HAB. MOAAL. — DU SACERDOCE* 285
nous DommoDS la loi. Sachous-eu donc comprendre la vraie nature, et de ce qui n'est qu'un objet de sentiment et de foi, n'allons pas faire indiscrètenent une affaire de science.
Uentretien des affections et des croyances religieuses a
été regardé, dans tous les temps, comme si iiétessaire à la perfection des sentiments et de la conduite, qu'une des choses qu'on a le plus dites et répétées, depuis qu'il existe des hommes, c'est qu'il ne saurait y avoir de morale sans religion.
Ce B*est pourtant pas que ceci soit vrai, et cette proposition, pour être assez communément admise, n'est pas pour cela moins erronée.
Je suis très disposé à convenir des biens que la religion peut taire. «S'il n'y a, comme nous l'avons vu ailleurs, nulle difficulté k concilier la poésie avec les sciences (*) , il n^est pas plus impossible, nous allons le voir bientôt, de concilier le sacerdoce avec la philosophie. Il est fort aisé d'établir que le ministère sacerdotal mérite de trouver place dans Téconomie sociale, et peut rendre d'éminents services k la société, liais, pour établir cela, il n*est nullement besoin de commeiicer par reconnaître pour vraie une cbose naturellement ineiacte, à savoir qu'il ne peut exister de morale sans religion.
Je conviens que la morale peut ti'ouver dans les croyances religieuses un appui très solide et très élevé : je ne saurais convenir que les sentiments religieux sont la source de la morale. Nos actions ne sont pas bonnes ou mauvaises, parce que Dieu les a ordonnées ou défendues ; mais Dieu les a <Nr« données ou défendues, parce qu'elles sont bonnes ou mauvaises, parce qu'elles sont utiles ou funestes à l'humanité. La moralité et l'immoralité de nos actes tiennent à la nature
(*) F. plus haut, p. iOi et lulvantes de ce volume.
386 Liv. ix, ctt. n. uofi«it i^es ams ooi trayaillent
même des choses. Une action esit digM ou indigne de devenir h règle de notre \ie, une action eat morale on immorale par elle-même, par les effets qu'il est dans sa nature de produire, et non parce qu'elle a été l'objet des prescriptions ou des défenses de la religion. Toute religion viendrait a disparaître de ce monde, que la nature de nos actes n'en serait point «itérée. Il y aurait toujours des actions bonnes et des actions mauvaises, et les motifs pour faire les unes et nous ab^nir des antres, ne nous manqueraient pas encore, assurément
Non-seulement il n'est pas vfai de dire qu'il ne saurait exisler de morale sans religion , mais il serait aisé d'établir que les religions d^aitleurs les meilleures peuvent quelque-* ibis être comprises et pratiquées d'une manière peu conforme à (a morale.
Serait-ce, par exemple, rendre une religion bien favorable k la morale que de corrompre la morale dans l'intérêt de la M? que de se montrer indulgent sur ce qui déprave les hommes, pourvu que les croyances restassent intactes et que la M ne fût pas altérée ? que d'attacher plus d'importance à l'exacte observation de certaines pratiques sans rapport direct avec la morale, qu'à l'accomplissement même des devoira véritablement moraux?
D*une autre part, rendrait-on une religion bien favorable it la morale, si, au lieu de la faire servirà régler les passions, on voulait l'employer à les étouCTer? si on lui faisait placer la vertu moins dans Tusage modéré que dans la privation absolue de certaines jouissances naturellement honnêtes et per* mises? si on lui faisait prohiber des actions innocentes, ou condamner, sous peine de danmation, des actes plus ou moins indifférents?
il y a dans les observances religieuses de certains peuples
d'ailleurs u ès cuttivés et très judicieux, un certain nombre
▲ lAFOKMATlOK DES lUB. MORiU.. — DU SACËRDOCË. 287
d** actes, de pénitence, de Jeûnes, d'abstinences, de morlificatîooft ea Aj^reiice peu raiftouQables, qui sont loio, je le«ak« d^étre destitaés, inéaie humainenient pariant, 4e tout iBolif naturel et sensé. L'esseoliei, sans/ doute, est de s'exercer à la patSaMe, de a'accootinDer à souffrir, d'apprendre à se commander, d'acquérir sur soi-inême un légitime empire; et il fiaat emveiiir que la vie oifre tant d'oceasious de faire ce difficile apprentissage, qu'il pevt sembla étrange qn^on ait jugé nécessaire de s'miliger encore pour cela des maux artificiels. Qm'oa sét souffrir patiemment les maux inévitables, qu'on s6t jouir avec modération des plaisirs permis, et la vie ne serait eoeore dépourvue ni de diguté » ni de décenee. 11 y aurait peut-être plus de mérite i^ savoir se résigner aux maux qu'on ii*a pu prévenir, qu'à s'imposer volontairement et par suréro-* gation des souiiranees artificielles; il y en aurait plus k savoii user en tout temps avec mesure, qu'à s'abstenir tout k fait de certaines heures, sauf à faire pins ou moins abus le reste du temps. La tempérance habituelle est certainement une vertu moîas aisée, plus utile, plus méritoire que le jeûne nbeoitt dans les }oun prescrits. Cependant il n'est pevt<4tre pas superflu de raser avec notre faiblesse. Si Ton attendait, pour apprendre \ se commander , le moment oà la passion éclate, peut-être serait-il un peu tard et courrait-on le risque de se trouver inhabile à se défendre, il peut y avoir sagesse k prendre d^avaace ses précautions, et )t se mettre, par Thabîtude de certaines privations volontaires et régulières , en mesnte de résister au mal à l'beure de la tentation. Je ne
dis donc point que les praliqnes dont il s'agit ne soient rai-
sonnablemenit explicables; mais si elles le sont, c'est en vue dn but moral dont je viens de parier^ et à condition de ne pas subordonner le principal k l'accessoire. Les observer pour eUes^mémes et les eeosîdérer comme eisentiel , ainsi
288 Liv. IX, en* VI. uuEaik l>iùs arts qui travaillent
que le font habituellement les personnes livrées aox pratiques de la vie dévote, est, moraiemeui parlajit, sans aucun doute ce qu'oD peat miagiiier de moins sensé*
Autaol ou en pourrait diredu système entier des expiationa^ envisagé d*une certaine manière. On ne peot certainement pas nier que ce système ne repose sur une idée de justice : il est juste d'ei^pier ses torts; il est juste de souilrir assez pour sentir le mal qu^on a 6ttaux antres, pour en éprouver on suflBsant remords et être conduit à la ferme résolution de ne plus causer à qoi que ce soit un mal semblaUeb Mais ce qui fait surtout la moralité de l'expiatioD, c'est qu'elle serve à celui qui Tendure, qu'elle agisse utilement sur son oœar^ qu'elle Tattendrisse, qu'elle Tamende, qu'elle Tépore; car si eileu*avait pour objet que de lui infliger unesoufirance stérile» que de lui faire subir, sans frmt pour personne, une sorte de taiion, elle impliquerait une idée de vengeance k laquelle il serait certainement difficile de trouver un caractère mm^n
Ce n'est donc pas entendre d'une manière morale le sys* tème des expiations que de le faire reposer, ainsi qu'on Ta &ittrop souvent,sur cette idée qu'il nesuffit pasquele pécheur s'amendeet qu'il laut encore le faire souffrir, ouquequ'elqu'un souffîre à sa place; qu'il a &liu qu'un Dieu souffrit pour que dos torts fussent réparés; que sa mort, une mort ignominieuse et cruelle, cétait nécessaire pour apaiser la justice de Dieu; que si nous ne souffrons pas dans ce monde, il fiiudra que nous souffrions dans un autre; que nous ne pouvons être sauvés qu'après avoir enduré des peines équivalentes au mal que nous avons fait. Âtnsi entendu ^ le système est fondé sur la supposition, certainement peu morale, que les peiaesia^ fligées, dans ce monde ou dans l'autre, aux hommes qil'éfll' eu le malheur de mal faire sont des vengeances exercées par> la société on par la divinité qui punissent ; tandis qœ
A LA FORMATIOlf DES BAB. MORAL»— DU SACBRDOOfi» 289
Dieu , ni les hooimeâ ne sauraiem avoir, moraiemeat du moins, la pensée de se venger. Ce qne doit Tonloir, en punis*
sanl, ]â justice divine cl huiaaiue, c'est surtout que le cœur des méchants soit changé; c*est, tout an plus, que les méciiaûls iocorrigibles soient détruits. 11 est désirable et néces* 8airede chercher à réformer les pervers en les châtiant, et, s li est impossible de les réformer, de les rédulio ait moins à l'impuissance de nuire ; mais Tidée de les laire souffrir l>our les faire souflfrir, pour se venger, pour leur rendre avec usure le mal qu'ils ont lait, sembk une idée basse et cruelle qoe la vraie morale ne saurait approuver. Un enfer, un purgatoire, un Dieu crucifié, des cilices, des jeûnes, desabsti-* neiiees, des macérations, imaginés uniquement étm cette vue, seraient des ciioses dont s'offenserait, à Lou dioll, la morale. £lie serait surtout blessée des idées de damnation et de supplice clei aels. Il est déjà bien odieux de pi êlci à la divinité des idées de vengeance; mais ce qui le serait davantage encore ce serait de supposer qu'il y aura des êtres sur lesquels sa vengeance ne sera jamais assouvie, qu'elle cbà«« tiera toujours sans pouvoir s^apaiser, k qui elle fera souffrir étemellemeat d'atroces et inutiles tortures. D'après l'idée que nous nous faisons aujourd'hui de l'objet des peines, on peut admettre qu'il y aura, après celle vie, un lieu d'épreuve ob les hommes morts dans le vice et dans le crime seront soumis à un traitement épuratoire plus ou moins sévère et plsB on moins long; mais l'idée d'un enfer, l'idée d'un lieu où ua Dieu clément el bon fera soullrir, sans utilité, des tortares éternelles aux hommes morts dans le péché, est une idée maintenant inadmissible et que l'on conçoit à peine qu'on ail pu admettre dans les âges féroces où elle a été imaginée. Â me« soreque la terre s'humanise, il devient indispensable d'effa^
cer du Code pénal de l'autre monde, comme de ceux de ce m. 19
290 UV. IX, CH. VK Lm£UTÉ DES AllTS QUI TBAVAILLSKI
iMnde-ci, quelques-unes des horreurs que la barbarie de nos pèfes y anit amaaaées* Il n^esl pas plus néeMtaiie naw-
tenant de menacer les hommes du feu étemel dans Faulre vie, que de la mort assaiaoBsée de tortures daas ta vie pré* sente.
Ou voit que la morale, loin d*avoir préciséineoi sa source tes k religioft, poumit recevoir de la religion, mI interprétée, des atteintes assez graves*
Reconnaissons néanminns qn^eile en peut recevoir aussi les pins utiles secours, et que les liommes élevés h k dignité de prêtres trouvent dans Texercice de leur ministère des moyens d*iine efficacité réelle ponr concoorir à la perfectioB des mœurs. Je me contenterai de noier ceux qui le consti- Ineot le plus ess^tiellement et qui paraissent de natars k exercer sur les moeurs le plus dinllnenee, tek qoe ia pré* dication^ Us examMi de conseienee^ la prUre^ la confession^
Il semble qne k prédkaHon n*étant pas m moyen d'action particulier au ministère ecclésiastique, il n'y aurait pas trop Ken de k comprendre an nombre de cens que le saeerdoee a de travailler k raméMoration des mœurs. Tout le monde, ea efiet, peut parler morale, ainsi que le prêtre : le père de ia«» mHk an coin de son foyer, k processeur de philosophie dans sa chaire. Facteur dramatique sur ses tréleaui, Toraleur à la tribune, etc. Et néanmoins, h morale préchée dans ks temples reçoit une avtorilé si partienKère de k sainteté du lie« où elle est ainsi enseignée, du recueillement religieux qui j règne , et surtout de Fespèce partienfière de sanction qn*eUe y reçoit, des motifs si élevés, si purs , si puissants, au mm desqoek te prêtre y recommande Tobservalion de sea pr^ œptes, indépendamment des motifs naturek qui sont à sa disposition comme à eeUe de tout autre prédicateiir, ^ ai k prédieatioa est un puissani moyen de travailler à k pei^
A LA POMATION DES flAB. MORAL. —DU SACERDOCE. 291
feetîon des mœoTS, on peut dire que c*est poor le prêtre que
ce moyen est puissant, plus encore que pour lout antre insU« tuteur de morale.
La pratique des txmmtHBjwmalitn de eameieitee est encore un moyen fort recommandé par les ministres du culte poor réformer nos mauvais penchants. Je sais qtfà mesure que les idées relij^ncuses se sont affaiblies, celle pratique a été graduellement alKuidonnée, de même que beaucoup d*a»> très; mais, pour qmeonque attaelie dn prix k la correetioB des mœurs, c'est certainement une chose qui mérite d'être regrettée* Ainsi que nous avons en déjà occasion de rdbser^ ver dans le précédent chapitre, un homme qui a le sincère désir de se corriger d'une inclination peu morale « peut tirer le plus grand parti de Tusage d'arrêter chaque soir sa pensée sur les fautes où Ta lait tomber le penchant vicieux qu'il cherdie h combattre, sur les circonstances an miUeu dea* quelles il a &illi,sur les précautions qu'il a besoin de prendre pour ne pas s^exposer à fiûllir ^core. Jfe ne sais pas même
s'il lui est possible de faire quelque progrès sans recourir k ce moyen* Telle en est rexcellence, ainsi que je Taî dit encore, que rnn des moratisles les plus ingénieux, les phis profonds, les plus vrais, les plus pratiques qui aient jamais existé, Benjamin Franklin, n'en imaginait pas de plus favorable à l'amélioration des mœurs, et qu'ayant voulu , comme il 1 observe, h nne certaine époque de sa vie, travailler sérieuseas^tkla rectification de ses habitudes, il ne vit rien de mieux que de prendre ses défauts un à un, et de noter soigneusement sur ses tablettes, dans son examen de chaque soif, les manquements où Favait entraîné, dans le cours de la journée, le défaut dont il travaillait à se défaire* Lui-même nous fait ce»nailre à quel point Texpérienee justifia ce qu'il s'était promis de cette pratique et les heureux effets qu'il eu obtint.
292 LIY. IX, CH. VI. LIBERTÉ DES AltTS QUI TEÀVAILUNT
Un troisième moyen, au moins dans notre religion, dont
le sacerdoce fait usage pour parvenir a corriger les mœurs, c*est la confession* Je sais que c'est encore là une pratique tombée dans un grand décri, et néanmoins je a'bésite pask en prendre la défense, et la crois, philosophiqueoient, très sosceptible d'être défendue. Notez d'abord dans quelle bea* reuse situation (rcsprit la confession place rhomme qui y a recours et ce que renferme de favorable k son amendemeut moral le courageux dessein qu'il a pris de faire Thumble aveu de ses fautes. Qu'y a-i-il après cela de si déraisounaiiie k avoir des médecins pour lesinûrmités de Tàme, comme on en a pour les maladies de Tespiit et du corps? Que verraiton de peu sensé à faire confidence de ses torts et de ses £ûblesses, dans le secret de la confession, h un vieillard respectable, revêtu d'un caractère sacré, à un jugemdulgeiii et bon, dont les mœurs, à tous égards, seraient exemplaires? à un moraliste expérimenté qui connaiiiail Lieu le cœur iiumain, qui saurait l'bisloire de toutes les passions, et n'igno* rerait aucun des moyens dont on peut user pour en régler, pour eu modérer l'empire ? Comment serait ce manquer de dignité ou de prudence que de consulter ce guide spirituel sur le régime à observer pour se guérir de telle in^'fmité de cœur par laquelle on se sentirait entraîné au mal avec plus ou moins de violence? En vérité, il semble difficile de voir dans cette pratique quelque cbose de moins naturel et de moins sage que dans Tusage universellement observé d'al* 1er au médecin quand on a Tespril ou le corps malades et de lui faire connaître le mal dont on sent le besoin d'être gaéri.
Je sais bien que ce n'est pas tout à laii ainsi que le sacerdoce a toujours envisagé la confession, ni seulement dans ce but qu'il en a toujours fait usage. Mais n'est*il pas vAgM c'en est là la véritable ûn l Peut-on nier qu'il ne soil JMW
A LAFORHATION BBS HAB. MORAL. — DU SACBRDOGB. 293
de rappliquer à cette fin avec grand profit, et que, pour cela,
il ne suffise de lui donner en effet celte destination et de faire des cootes&eurs ce que malheureusement ils ne sont pas toujours, à savoir de bons moralistes, au double point de vue de la pratique et de la thcui ie?
Je sais bien aussi ce qu'on a dit de i*osage de faire confesser un sexe par un autre, les femmes par des hommes, de jeunes Mes par déjeunes prêtres; mais c'est là un mal, si mal y a, auquel il ne serait probablement pas impossible de trouver des remèdes, et qui ne tient pas nécessairemenl k la pratique de la confession en elle«>méme, pratique qui n*en reste pas moins, entre les mains du ministère ecclésiastique, un moyen puissant de travailler à la correction des mœurs.
Enfin, Vadùratum^ la prière^ Yinvoeaiion^ et en général tous les actes par lesquels le prêtre cherche k élever les ccenrs k Dieu et k exciter des émotions religieuses, sont un autre moyeu qu'il a de nous exciter au Lieu, et ce moyen, celui de tons qui appartient le plus particulièrement à son ministère, le seul même qui lui appartienne essentiellement et qui constitue en réalité sa nature, est aussi celui dont li peut obtenir les plus grands effets.
Je n'ignore pas que, dans des esprits peu cultivés, ce genre d'excitation peut conduire k des excès déplorables. Qui ne sait quelque chose des crimes qu*est capable de conseiller le fanatisme religieux ? Rien ne serait si aisé que de dérouler ici un long tissu des horreurs que le sentiment religieux a pro* duites. Mais si le sentiment religieux, comme tous nos sentiments et plus qn'aocun autre peut-être, a grand besoin d'être éclairé et réglé , nul doute assurément que dans des esprits éclairés et contenus , cet ordre d'afTections ac produise les effets les plus salutaires. Et quel profit en effet n'y a-t-il pas pour la morale k élever Tàme de l'homme k Dieu , k taire re*
394 LIV. IX, CH. VI. LIUËRTÉ DES ABTS QUI THAVA1I.LEMT
monter Tesprit bmnain à sa source, )i mettre TiateUigeiioe humaioe en commaDication avec cette inleUigeace miiverselle qoî est empreinte an front des cienx et qoi se manifeste
avec tant d*éclat dans tous les phénomènes de la nature? Quel bien n*esl-€e pas faire aox hommes qae de leur montrer que les bonnes aedons sont dans les tœnx de cette intelligence, et que la morale la meilleure est le plus selon Tesprit de Dieu, puisqu'elle est visiblement la pins faTorablek laconservatioD, à la dignité, k la perfection de son ouvrage? Quel service n*est<*ce pas lenr rendre que de leur montrer cette inlelUgence amie du bien, et présente dans tout» la nature, comme un inévitahle témoin, qui voit leurs actions les plus secrètes, qui assiste pour ainsi dire à toutes leurs déterminations, el qui ne peut voir qu'avec déplaisir, non-seulemeui le mal qulis font ostensiblement , mais celui qu*ils commettent en secret et jusqu*aax mauvaises pensées qu*ils forment? Par ce commerce que le prêtre cherche à entretenir, au moyen de radoration et de la prière, entre l'entendement de l'homme el cet esprit divin que manifeste louie la création, il éclaire et purifie son âme, il l'élève et la fortiâe , il Tentretient et Tencourage.
Je n'ignore pas que des philosophes respectables, animés d*nn véritable amour du bien public, ont fort désapprouvé qu^on se servît de ce moyeu pour exciter les hoounes à se
bien conduire, et regardé comme nuisible touLexerdee religieux.
Mais je prie de considérer d'abord qu'il n'est pas si aisé que ces philosophes pouvaient le croire, de se dérober aux idées de religion. Les esprits qui semblent le moins accessibles aux pensées ou aux affections de cet ordre, ne réusussent pas ton-
jours à s'en garantir, avec quelque attention qu'ils veilleul sur eux-mêmes, et quelque soin qu'ils mettent k ne jamais sortir
A. LA. FORUATlOiX DËS UAB. MOftAL.— DU SACERDOCE. 2i^5
I*ordre deâfliîto naturels sasoeptibles fétre observés. J*eii ai conou qui regardaient toute idée de religion comme proveifeftoC d*iiQ mage déréglé de nos facultés intellectuelles, qui niaient la possibilité de croire ce qu'il est impossible de démontrar, et qui croyaient fermement néanmoins des choses ^iw'^ik déclaraient indémontrables; qui rejetaient les idées reià^ieuses comme incompréhensibles ^ et qui croyaient, par exemple, aux naissances spontanées, quiis ne comprenaient point et aYOuaient qu'on ne saurait comprendre; qui irou- ▼fldent peu sensé de croire sans preuve, et qui étaient intime» ment convaincus , sans pouvoir dire sur quoi s'appuyait leur ccHiviction, que la vie et le sentiment sont répandus dans tous las corps de la nature, même dans ceux où ils sont le moins apparents et que la crcaiion entière est vivante et sensible.
C'est que l'homme, animal essentiellement raisonneur, sinon raisonnable, demeure toujours, et quoi qu'il puisse faire, un être plus ou moins religieux; c'est que ses persuasions ont deux sources : Ym$pmai9m et Yohifrvmtiimf et que ces deux facultés ne sont pas de même nature et ne se conduisent pas par tes mêmes lois. Il est une multitude de choses, inad* missibles comme affaire d'observation et de raisonnement, qui sont, comme ai£aire de sentiment et de foi, d'autant plus admisribles , qu'elles satisfont plus heureusement le besoin que nous avons de croire, et qu'il serait impossible d*eu démontrer la firasaeté» La plupart de nos idées religieuses sont de ce nombre. Il n'y a certes pas a raisonner sur la conception immaculée^ et cette idée que ne peut admettre la raison, n'a rien dont s*effiuooehent les imaginations chrétiennes; bien loin de là,cesimaginations accueillent avec le plus vif a tirait l'idée touchante d'une jeone fille^ éminemment gracieuse et pure, dont le sein a été fécondé par l'esprit divin. L'idée de niants ailés représentant des anges,contraire aux lois ordinaires de la raison,
296 LiV. IX, CH. f I. LlEJERTtt D£S ARTS QUI TRÀTiLULJLBMY
nWrerien de choquant aux esprits religieux et poétiques. Ces esprits n'ont point d'objections à faire contre Tidée d'nn bon génie, d'un ange gardien, d'une intelligence bienveillante et protectrice qui veille à nos côtés, et qui nous avertit du mal où nos mauvais penchants nous entraînent Ten ponmis dire autant de cent autres conceptions religieuses que ne sauraient admettre l'observation et le raisonnement, et dont, sans aacuii elforl, le senlimenl cl la foi s'accommodent.
Il y a même cela à dire que, quelque progrès que puissent faire les sciences d'observation, les sources de la foi ne aont pas pour cela taries, et la raison en est simple : c'est qu'audelà des faits sur lesquels peuvent s'étendre les recherches de robscrvation, il est un espace incommensurable, nécessairement fermé aux investigations scientifiques, et qui demeure toujours ouvert aux inspirations et aux espérances de .la foi; c'est qu'au-delà des choses expliquées il y a tout un univers de choses inexplicables, et dont, par sa nature, Tes-
prit humain scia ciernellement préoccupé.
Les sciences se bornent purement et simplement à regarder les choses, à examiner leurs mutuelles relations, à voir dans quel ordre elles se succèdent et s'encbainent; mais, après avoir examiné dans quel état elles sont et quelles lois elles suivent, elles ne leur demandent pas pourquoi elles sont comme elles sont; pourquoi elles agissent comme elles agissent : elles n*ont pas la prétention d'aller si avant; elles ne cherchent point à pénétrer dans leur nature intime ; elles ne s'inquiètent ni de leur origine, ni de leur destination; bien loin de là, elles font sagement ])rolession de négliger l'étude des causes premières et finales, et posent en principe qu'il n'y a pour elles de découvertes possibles qu^en de^ de ces causes , et dans Tordre des faits accessibles à l'observation et au raisonnement
JL I^Jk. FOUMATIOI^ DES UAB. HOAAL. — DU SACERDOCE. 297
Mais les sciences ont beau avoir raison de dire qu'elles ne s* occupent pas de Tongioe et de la ûo de i'homiae et du monde , il ne s^ensnit pas que ces questions sont dénuées poux nous d importance et d'attrait, et que nous y pouvons demeurer insensibles. Les sciences ont raison de le dire, je l*avoue, que nous ne pouvons rien savoir de la vie, du sentiment, de l'intelligence séparés de Thomme vivant, sentant et pensant ; elles ont raison de dire que nous ne pouvons absolument rien connaître de la sagesse, delà bonté, de la puissance infinies que la terre et les deux nous réizèlent, hors des phénomènes sensibles où nous les voyons éclater. Mais de ce que nous ne pouvons observer i'àme de I bouune que dans rhomme animé, ni Tintelligence qui dirige lemondeque dans le monde qui le manifeste à nos yeux, s'ensuit-il qu'il nous est indifierent de savoir si Tàme de Thomme et du monde ne sont rien en dehors des objets matériels où elles se montrent
Est*il possible k nn homme, je le demande, de voir mourir
sa mère, son eniant, sa jeune femme, sans se demander si de cesétresqni lui étaientebers, il ne demeure plus rien que Ten^ veloppe; si tout le reste est détruit; si, taudis qu'aucune molécule de ces corps inanimés ne doit se perdre , ce qui en formait, il y a quelques instants, la partie la plus sensible, celle dont il éiaitie plus vivement impressionné, Tageut inconnu qui animait leurs regards, qui Êakisait vibrer leur voix, qui faisait mouvoir leurs membres, qui leur donnait sur lui un pouvoir si fort et si doux, est la seule chose qui se soit évanouie2£8t-il possible, d*ane autre part, k rhomme juste persécuté, k Tinnoeent que d'odieux soupçons accablent, leur est-il possible de se voir poursuivis de préventions aveugles, haineuses, implacables, sans leverinvolontairement lesyeuxén haut, et sans se demander s'il n'existe pas quelque part upe intelligence plus calme,
298 LIV lH) CM* VI. LIBIsiHTÉ Uliti ARTS QUI TRAV AlLl IfilIT
plus éclairée, plus bieuveiliaote, qui soit létuoiu de ia cruelle ÎDjufltÎGe qui lenr ést fiute, el qui coaupàtiBae k leur uNdhear ? L'expérience atteste qu'en de tels cas el en mille cas pareils, il 68t presque imposeiUe à Tesphl himaÎB de se pasMr d'idées religieuses.
Ëtquel vide, eu eûel, ces idées ne ren[iplftsseDt--ellcs pasl Quel pont heureux jeté sur rabime! Quelie expliealloD aatistaisante des mystères de notre desiiiiee! Qu'eûl-on pu imaginer tout à la fois de plus oaiurel) de plus plausible el de plus codsoiant qn*un système qui place dans Tanteur des mondes notre principe et notre lin, qui fatt de nos âmes autant d'émanations de Tesprit divin , destinées à remonter vers leur source; qui nous associe eu quelque sorte à la pensée et au travail de la création ; qui nous représente rhomnie comme ayant été placé en ce monde dans un état de nudité, d'indigence et de rudesse , avec la mission de se tirer de cet état, d'honorer sa vie par le travail, par le développement de ses facultés , par Tacquisition de tout ce qui peut la rendre plus douce, plus polie, plus noble, plus digne de la source A evée d'où toutes les existences sont sorties ; qui nous avertit, en même temps, de ne pas concentrer toutes nos a&ec^ lions sur cette vie, destinée à dmeorer, malgré tout ce que nous pouvons taire pour Tembellir et la prolonger, si courte, si passagère, si incomplète, si insufifisante, si remplie de œécomptes, si mêlée d'ennuis et de chagrins; qui nous permet de ne la considérer que comme une transition vers un avilir plus henreux ; qui, enfin, en imprimant ii notre activité la direction la plus propre à honorer et à charmer la vie présente, a l'avantage encore de nous préparer h cette vie fiiluK qui doit en être la récompense et le complément!
Quel est Thomme, l'état, la condition à qui ces explications ne conviennent? Combien ne sonudles pas nécessaires
A L,A. 1 OHMATIOiN DES HAB. MORAL. Dtl SACERDOCfi* 299
aa pauvre ponr le consoler, le «oHletiir, reooosrager? an riche , non pour amortir son heureuse activité, mais pour modérer ses désirs, poar remplir le vide qoe ses biens loi lais*
sent, pour le disposer les quitter sans trop de regret?
Ex puis, à quoi ces idées peuvent-elles nuire, el quel sujet les peuples de notre temps, des peuples amis du travail et de rétudc, auraieut-ilsdes'eo effrayer? Peuveut-iis craindre que la foi ne nuise aux mouvements de l'industrie et aux progrès des sciences? Couuneui l'artisan sublime de la main de qui les mondes sont sortis, et qui leur a imprimé une activité si inépnisable et si féconde, pourrait-il être ennemi du travail? Comment Tauteur de toute intelligence pourrait-il voir avec peine les hommes devenir intelligents? Le moyen de ne pas voir, au contraire , en comparant Tétat où il nous avait livré le monde et l'état où il a permis que nous le missions, l'état où nous étions a l'origine des choses et l'état où nous sommes parvenus, qu'il a voulu nous associer à son œuvre, et, loin de nous interdire Pexercice de nos facultés, nous faire une loi de leur culture et de celle du monde qu'il nous avait livré?
On craint que la foi ne nuise k la raison , que l'esprit religieux n'altère l'esprit scientifique, que le réveil des croyao^ ces n^arréte le progrès des connaissances dues k Tobserva* lion. Je sais qu'il pourrait y avoir là un danger grave; mais il suffit, pour prévenir ce danger, de maintenir exactement, chacun dans leur domaine, l'esprit religieux et Tesprit scientifique, les sciences et la religion. Naturellement, et à bien prendre les cboses, les idées religieuses ne sauraient miire sciences, puisqu'elles ne sont pas le produit des mêmes facultés et ne se développent pas dans la même sphère ; pnis^ qu'elles sont l'ouvrage de la foi, tandis que les sciences soni fonvnge de l'observation et du raisonnement; puisqu'elles
^00 LIV. U| eu. VI. LIBERTÉ D£S AUli» QUI XKik VAILLENT
ronleDt ser des questions qui sortent de Tordre des faits observables, tandis que ies sciences font profession de se renfermer avec scrupule dans Tétade des choses qui soal du domaine de Tobservalion.
n pourrait arriver, il est vrai , que , tandis qoe certains philosophes prétendent appliquer le raisonnemeutaux choses religieuses, des théologiens, par un abus inverse, voulussent décider des questions scientifiques par les lumières de la foi, contester au nom de ia religion des vérités établies par Texpérience, des choses d'observation et de raisonnement, des
points d'histoiie par exemple, des questions de clirouologie, de politique, d'astronomie, de morale, de philosophie, d'éco* nomie politique. Il y a eu mille exemples décela, depuis le temps où Galilée, k genoux devant Tinquisition de Home, était obligé de nier, contrairement k la vérité matérielle et à ses plus fermes convictioDs, le mouvement de la terre, que Copernic avait établi, jusqu'à Tépoque, plus rapprochée de nous, oà les doctrines les moins contestables de la géologie étaient traitées datiiees et excommuniées par l'onbodoxie anglicane , ou jusqu'à celle toute récente où Ton voyait, en Angleterre, le sentiment religieux pousser, sur certaines questions économiques, à des solutions véritablement insensées (*)• Or c*est là, sans contredit, un abus de la nature la plus grave. Autant il serait peu sage que la science voulût décider des choses appartenant à Tordre surnaturel , autant
(*) Il s*agit ici surtout de la motion que lord Ashley faisait deiniére* ment à la Chambre des communes, pour Cure régler législativement les heures de travail daos les manufactures. On sait le rôle qoe le sentiment religieux joue en Angleterre dans cette quesâon , cooiBe dans d'autres problèmes économiques, et combien, dans la plupart des débats de ce genre oû il intervient, il lui arrive fréquemment de twser les idées et de pousser à des résolutions peu éclairées ou peu prndentés.
▲ L.A FOBMATION DLS HAU. MORAL. — DU SAC£aO€)CË. 301
il Ve&t peu que Torthodoxie religieuse prétende faire intervenir la ioi (laDS des questions de pur raisonnement, dans des choses naturellement livrées aux disputesdes hommes, et dont la solution doit varier h mesure que rexpérience peruiel de les concevoir d*une manière plus sensée. U est absolument imposable de subordonner la marche des sciences aux enseignements de la religion, ou, si i on veut, aux enseignements de ses interprètes, naturellement susceptibles d'erreur. On sait assez, sans que je le dise, le mal qui a été lait quand on a voulu soumettre les choses de science aux décisions de la foi ; les obstacles înGnis qui ont été mis par là aux progrès des sciences ; les inimitiés redoutables qui ont été suscitées k la religion. Si le protestantisme a mérité de trouver des seclaieurs, c'est moins k cause de la supériorité de ses croyances religieuses qu'à cause de la supériorité de ses doc* trines sociales; c^est quMl soutenait en prindpe la liberté d*exameu, et qu'en dehors de la religion, il devenait ainsi fa- Torable aux progrès et aux améliorations de toute espèce. On eut, probablement, respecté l'unité et la fixité des dogmes eatholiques, si le catholicisme avait eu la prudence de se renfermer dans les choses de la foi. Ce qui soulevait contre lui, c'était son intrusion dans la plupart des sciences humaines, et sa prétention de les contraindre, en beaucoup de choses, k régler leur enseignement sur des interprétations plus ou moins exactes des livres saints. C'est encore là que serait pour lui le danger le plus grave. S'il n'y a nullement à s'inquiéter de ses croyances véritables, qui, par cela même qu'elles sont divines, ne sauraient contrarier, dans aucune science, la vérité des faits naturels, il y aurait fort à s inquiéter de toute prétention qui tendrait à opposer, sur quoi que ce soit, ses enseignements a ceux de rexpérience, et il n'est pas moins fâcheux, en général , de voir la religion empiéter
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8Qr le éoonine des ackoces q«e de toLt te philosophie I
gérer dans des questions de foi. \ Mai», si ckicuBe de ces choses se reaferme exactement dass i sa sphère, si la religion se boniek pvier des choses finma- | turelies et la science des choses d'obserration , la scieace n^anra pas phts à souffrir des décisioas de la rehgioa» qseh religion des recherches scientifiques. Rien n^empêehera que, dans le temps où la religion nous entretiendra de ses pecsaasions et de ses espérances relativement aux ehoses di Tautre vie, la science, sur les affiûres de ce mondes-ci, ne se livre k toute Paetivité de ses recherches. Il n'y aura pas plus d'opposition euU e la religion et les sciences, qu'il n'en existe entre les sciences et la poésie. Le même siècle pourra être simultanément religieux et philosophique , le même honnne savant et pieux. Il n'y aura plus k demander puérilement si Pascal n^était pas fou quand il a écrit ses] Ananas, et si tout ce qu'il a dil sur la religion n'est pas d^une date postérieure à la chute du pont de Nenill;; il n'y anva pks à s'étonner de voir Newton commenter l'Apocalypse, et de très grands savants, dans l'acception du mot le plus philosophique, être ac>^ cessihles aux émotions les plus vives de la religion eise moot trer aussi émineuis par la loi que par la doctrine. U suivra* j pour trouver ces choses très coneihahies, de ne pas perdre | de vue que rhouiine doit ses croyances à ses sentiments de foi, tandis que l'observation et le raisonnement sent la senrce de toutes ses connaissaBees positives.
Non-seulement k^ig^on, quand elle est fi dèle k sa naUue ' et qu^èlle se renfeiwMsHis les choses de Tordre suniatard, j ne met point d'obstacle au progrès des sciences, mais il < semMe qu'elle devrait concourir k leur avancement. EUeéévs» loppe eu nous, en effet, des facultés qui ne peuvent qu'être très [ favorables à la puissance de leurs investigatiens et au succès '
▲ FORVATION DES BAB. MORAL.** DU SAGCRDOGE. 303
de leurs expériencei; elle excile d'antaiii plas viv«neot notre esprit qa^elle dirige son aetivité vers un ordre de recherches • où la mérité» qu'ii croit saisir, est plus dilUcUe à atteindre, si elle faii fiût sofsérir dans QSlls psunsUe me sagacité et mm fovee qui, appliquées ensuite à des sujets d'une nature moins impénétfabte, lui penaellsat de ks pénétrer profoadéneaU Voila peut-être ce qui explique comment de cei taiiis hommes oui montré pour ie& seisinm un génie d'autant plus e&traor** dioaire, qoe leur esprit, d'na aotra edté, était plus éminem* ment religieux; et qui sait s'il n'a pas iaiiu que Newton tut eapaUe de eominenter TApoealypse pour quil le iiliit de dé*
couvrir la loi de la graviUUoa univeiâeUe et d'expUquei' le système du monde /
11 but ajasterqve la rsKgioB, k qui Ton peut attriboorllmreui effet de donner de la pénétration et de la vigueur à 1 es^ prit sdeatiiqna, est particttlièreneiit propre, d^iin antre eélé^ a animer, à faire vivre le génie des beaux-arts. Il est en ef-^ fet dans sa nature d'entretenir le goàl du merveilteuiu filla fUt disparaître en quelque façon le monde visible ponr rendre présent et visible le monde surnaturel. C'est dans les tesips où elle exeree le pins d'enpirs, que tont ce qni est moral re» vét des foriiies sensibles, qu'où réussit le mieux k personniisr les sentiments et les passions, à les représenter sons des fermes élevées et pares, k concevoir et k rendre le beau idéal^ Cest une ol»servation que justifie toute l'histoire; et en effet ce ht lotijoars aux époques où un ordre quelconque d'idées religieuses domina tes esprits avec une certaine puissance, qne les beanx^arts furent le plus féconds, et se distinguèrent le plus par la perfection de leurs ouvrages. Mais c'est 1k une vérité si connue, qu'elle mérile k peine d'être notée.
Ajeatans encore, en revenant k des réflexions qui se lisnt d'aae sianière plus directe k Tobjet de ce chapitre, que la
304 UB. IX, CH. VI. LIBERTÉ DES ABT8 QUI TRÂTAaLRMT.
religion qo!, bien entendue, ne met otolacie k ancnns progrès, est paHiciilièrement feyoraUe k céux de h morale. Je ne dis pas qu'elle la periectioûue comme science : ceci serait plutôt l'àffaire de Tobservation etdn raisonnement; mais elle ajoute, sans contredit, une haute sanction k ses préceptes, et peut contrîbner puissamment k les fiiire observer.
Il y a visiblement dans le monde deux forces, deux principes qui, sous des noms divers, se combattent depuis Torigine des temps, le principe du bien et du mal, de Tordre et du désordre, du vice et de la vertu, Arimane et Oromaze, Dieu et Satan. L'action de ces deux principes contraires est manifeste dans toute la création; ils y sont dans une lutte éternelle, heureusement inégale, il est vrai, mais persistante; ils 86 disputent ouyertement le DMmde, qui appartient de (dus en plus en plus au gëuie du bieu; ils se disputent surtout le cœur et Tesprit de Thomme, celle des forces vivantes de notre
planète qui y exerce l'action la plus puissante, la pluià élevée, la plus étendue. £h bien, le ministère de la religion est essentiellement de nous entretenir de cette lutte toujours ouverte, et de s'eflbreer de nous conquérir de plus en plus au bon principe, k Tesprit vivifiant et conservateur, k Tesprit de ki* mière, d'ordre, de justice, de bonté, de pureté. Elle nous enseigne que ialorce qui vit au dedansde nousdoi t nécessairement appartenir au bon ou au mauvais esprit, k Dieu on au diable, et elle demande comment celui dont Tesprit s est corrompu, et qui, en mourant, n'a plus k exhaler qu'une âme impure, peut raisonnablement espérer que son âme aille se joindre à Dieu? £Ue proclame que cette àme appartient naturellement an principe qui Ta conquise, qu'elle est de droit k Satan, et il est (liiliciie que cette induction si plausible n'inquiète pas k son lit de mort rhomme qui se sent coupable, et que, durant la vie, par cela même, elle n'agisse pas sur nous comme ireio*
A LA f^ORHATION LES UXB. MORAL.--DCJ SACERDOCE* d05
La religion, d*ailleurs, a cet avantage qu'elle nous pousse au bien par des motifs supérieurs aux cousidérations ordi-* uaires, et qui nous honorent davantage à nos propres yeux, £ll6 donne du désintéresseoieQt, de la dignité, de Télévation aux caractères. Elle attaque le vice à sa source, et s'efforce surtout de puriiier les cœurs. La crainte du blâme public» celle des châtiments que la loi prononce peuvent corriger la partie extérieure et ostensible de notre vie, mais non pas nos
mauvaises inclinations secrètes : la religion seule descend au
fond des cœurs et demande que leurs affections soient pures.
il n'y a point à teindre devant Dieu; le monde, la loi sont
obKgés de se contenter de semblants; ils n^ont rien à dire d'un lioinine quand tous ses dehors sont honorables; mais cela ne suffit point k la religion : elle exige de lui qu'il soit véritabieiueiil bon et ne s'en tienne pas seuleiiienL aux apparences; la religion seule peut répondre qu'un bonnéte kofliiaie en apparence n>st pas un hypocrite en réalité : la sincérité des sentiments religieux répond de la sincérité de
ktoos les autres.
^ Que si elle puntie ainsi le fond des cœurs et influe si heu- Bnsement sur les habitudes personnelles, combien, d'un ^wre côté, n'est-elle pas favorable à la morale de relation. Je ^Hsaurais finir sans faire remarquer à quel point est concilia- ^^P^t civilisatrice Tidée d'un Dieo père commun de tous les §flKunV^s,au sein duquel tous les cœurs peuvent se rencoutrer, ^RpeliNis les hommes invoquent ensemble, à qui ils demandent . de les pardonner comme mutuellement ils se pardonnent; et combien ce centre d'union élevé et tout puissant est particulièrement nécessaire dans des temps comme les nôtres, dans des temps d'agitation et de troubles civils, au milieu du chaos des idées et du choc de tous les systèmes. Ainsi la culture des principes religieux, qu'on a représentée
308 UV* l\, en. tl. UBERTÉ BE8 ARTS QUI TRAVAILLENT
tour k tour comme iaatile, comme dangereuse, comme funeste , peut avoir , pourvu qa*on ait la sagesse de laisser la religion dans son domaioe et qu*on ne prétende pas subordonner la raison à Tinspiration et opposer la foi k la adence^ peut avoir, dis-je, toute sorte d'effets heureux.
Après cela, examinerai-je si cette culture est absolument indispensable , et si , comme on Ta hardiment affirmé, nons ne pourrions pas nous passer de religion, tout aussi bieu que certaine peuples des Iles du grand Océan?
Il est possible, à la rigueur, de se passer de beaucoup de choses : un sourd, un aveugle, un paralytique se passent des sens de Touïe, de la vue, dn toucher ; il est des personnes à qui manque tout à fait le sens de la musique; d'autres qui n*ont pas le sens de la poésie : pourquoi ne pourrait- OD pas se passer aussi du sens des croyances et des affections rdigieuses? Rien , il faut Tavouer , ne serait moins difficile, dans notre pays surtout, que de trouver des hommes a qui manque le sens de la religion, et qui ne croient pas pour cela que leur existence soit incomplète, qui ne paraissent nullement sentir la privation de ce sens-là.
On ne peut donc pas dire qu'il soit matériellement indispensable; et néanmoins qui pourrait nier qu'il n'y eût un immense désavantage k être inaccessible à toute idée comme à tonte émotion religieuse, et qu^élonfér on laisser périr cet ordre de sentiments dans l'homme, ce ne fût lui faire subir une très grave mutilation ? La nature ne noua à point donné de facultés inutiles. Toutes ont besoin d'être réglées; mais toutes sont bonnes à quelque chose, et les allections reK* gienses plus que d*atttyes , pourvu qu'elles soient sagement contenues et dirigées.
Sachons donc rendre hommage an ministère élevé des hommes qui les cultivent , et convenons , malgré d'anciens
▲ LA rORMÀTIOlf DES HAB. MOKAL. — WJ SACBEDOCB. 807
pr éj ugés phiioâopliiqueft, heiu'easeiQeai aiTaiblis, ei remflftcés par des dispositiODs d'esprit plas éebirées et plus bienveillantes, que le sacerdoce mérite de trouver place dans Téconomie sociale et d'y occoper m rang éminent. Il est esseotiel
seulement d'y marquer exactement sa place, et, en déterminaat avec soio sou véritable objet, d'empêcher qu*il ae devienne nuisible. Le diserédit où il était tombé était moins venu du ministère lui-même, que de ce qu'à diverses époques on avait méconnu sa vraie nature, et de ce qu'en se trompant sur sou objet, on avait pu le rendre hostile aux sciences et ennemi des progrès de la société.
Évitons ausri de tomber dans un autre excès au sujet du sacerdoce, et tandis que les uns le proscrivent parce que son objet est vain et que toute religion est chose bcliee, n'allons pas le proscrire, d'un autre côté, parce que la religion est chose naturelle, et que nous naissons tous prêtres, suivant Teriullien. Nous naissons tous prêtres, sans doute, mais nous nais-» sons tous artistes aussi : laut-ii en inf<ker que les artistes de profession sont inutiles? Ne eoncluons donc pas de ce que l'homme est naturellement religieux, que la société peut se pnsser de prêtres. La société a besoin de prêtres pour cultmr
le penchant des hommes à la religion, comme elle a besoin de savants pour développer leur disposition à l'étude des scien- 088, comme die a besoin d'arHstes pour perfectionner leur goût pour les arts. Les aâections religieuses ont beau être naturelles, il ne s'ensuit pas qu'on peut les laisser se former à l'aventure, et qu'elles se développeront et se perfectionneront d'elles-mêmes, sans que personne fasse de leur culture l'objet d'un travail particulier. Ces affections, si naturelles, sont peut-être, de toutes,cellesdont l'éducation est la plus ditflcile, et le sacerdoce, habilement et dignement exercé, était,
306 LIV. IX, CB. VI. LIOEETÉ D£S ARTS QUI TRAVAlIX&iiT
daBAle nombre des aris que i économie sociale embrasse, qb de ceux dont la société pouvait le moins se passer.
Je n'étendrai pas davantage ces réllexions. Elles siilTironl, j*espère, pour faire comprendre la vraie nature du sacerdoce et rînfluence salutaire qu^il est susceptible d'exercer sur la société. On voit qu'il est possible de le iaire euuer clans 1 conomie sociale d*une manière très naturelle, très philosophique, et uoii-seuleinenl sans que les sciences en éprouvent aucune lésion^ mais avec grand prolit pour elles, comme pour tous les travaux qu'embrasse Téconomiedela société. Reste à examiner quelles sont les coudilions de sa puissance, et quelle application peuvent recevoir dans le ministère ecelésiastiquc ks divers ordres de riiO}eab sur lesquels se Ibnde la libre action de tous les arts.
J'espère ne pas faire scandale en disant que, dans cette profession sainte, dans ce ministère quasi divin, le génie des aÛ'aires humaines est encore un des moyens de puissance dont on peut le moins se passer.
Il va sans dire qu*il ne peut pas être question d'appliquer des idées de spéculation k des questions de dogme. Arriére les inventeurs et les fauteurs de nouvelles religions I II y a les raisons les plus fortes pour qu'à Tépoque où nous sommes parvenus il ne puisse être question d'entreprendre l'élablissement de religions nouvelles. Les établissements de ce genre ne sont pas de ceux auxquels on devient plus apte à mesure que les connaissances humaines font des progrès. De ce qu'on a pénétré un peu plus avant dans l'explication des phénomènes naturels , il ne résulte pas qu'on se puisse croire plus capable de scruter les vérités surnaturelles. C'est précisément le contraire qui doit avoir lieu; et^ plus, ea
Al-A FOilMAÏiaW DK» MAB. MURAL. — SACliRDOCfc. 309
effet, l'esprit scieniilique se perfectionne, plas U doit être disposé à conveoir de sa radicale iini>uissaDce à s'occuper de dogmes religieux.
La civilisation croissante réprimerait donc , loin de la favoriser, la disposition k établir de nouYell^ croyances, et tel est, à cet égai tJ, Tétat des esprits qu'il serait à peu près impossible d'introduire parmi nous une religion véritablement nouvelle, c'est-à-dire qui ne dériverait pas de celles précédeoiment établies, et de proposer un nom entièrement nouveau, k l'adoration des hommes. On en a pu juger par la teiitatiTC qui fut laiie dans les jours agités qui suivirent la révolution de 4850, Quelques esprits ardents entreprirent alors de substituer à l'adoration du christ, celte figure divine, devant laquelle s'inclinent, depuis tant de siècles, les nations du monde les plus cultivées, celle d'un homme, d un philosophe, mort il y avait seulement quelques années, que plusieurs d'entre nous avaient connu, et dont la nature physique et morale n'offrait assurément rien de divin. On sait ce qui advint, maigre le prodigieux dévergondage d'esprit qui régnait alors, de celte entreprise singulière, et combien le succès en fnt court. Autant if en arriva d'un autre essai, bien qu'il fut moins excentrique, puisqu il ne s agissait que d une modification du culte de la majorité : l'Église française qu'on tentait d établir vers le même temps, n'eut guère plus de succès que l'Église Saint-Simomenne, et l'échec de rabbé Chàtel fut une nouvelle preuve de la difficulté qu il y a de faire accepter des nouveautés réelles en laitde religion. Plus les esprits sont éclairés et plus on est disposé k porter de ces nouveautés un Jugement sévère, et la civilisation, qm pousse au changement presque en loul^ choses, est cerlamement, en fait de dogmes et même de culte, favorable krancienneté et k la fixité. Il ne i>em donc guère avon«, sous ce rap-