LIV. IX, CH. VI* UBBRTÊ DES ARTS OUI TRAYAILLENT
port, rien de nouveaa à entreprendre; et k ee aiyet, le 1
genre d'aptitude qui nous occupe est nécessaire, c'est surtout
pour reconnaitre qu'en fait de cuite et de croyances il a'y a point de mies nouveautés à proposer.
Mais prenons garde que s'il n'y a pas à proposer de religions nouvelles, il y a la plus grande nécessité de comprendre et de pratiquer les religions anciennement établies de manière qu'elles ne gênent pas le progrès des améliorations que tes sciences et Texpérience tendent ii introduire sans cesse dans les arts, dans les mœurs, dans les relations, dans toutes les branches de l'activité sociale ; et c'est poar cela précisément que les minisires de ces religions ont grand besoin de cette babileté de conception et de cette sagesse de conduite que j'appelle génie des afliuree.
Je crois les divers cultes chrétiens parfaitement compatibles avec les progrès que peut avoir à foire la civilisation. J'ai notamment cette couviction du catholicisme, bien qu'il ait été, depuis plusieurs siècles, l'objet des agressions particulières de l^prit de réforme et d'innovation. Je crois, dis-je, le catholicisme non moins conciliabie que les autres cutieâ chrétiens avec les progrès dont il s'agit. Mais, Thistoire k la main, il est très permis de douter que la direction donnée par les che& de ces cultes aux croyances et aux pratiques de la foi chrétienne ait toujours été telle que la eivilisâtion eàt po le souhaiter. Ce doute est permis surtout k l'égard du clergé catholique, malgré l'immense réputation qu'il s'est acquise de prudence et d'habileté , et c'est à lui en particulier qu'il faut souhaiter, dans la conduite des choses de la religion, cette intelligence des choses du monde, celte connaissance des besoins de la société dont ne peut se passer aucun art, aucun ministère. Si la foi est immaable, les directioiis da clergé ne le sont pas. Le clergé, dans sa conduite, a su, maintes cl
À Lk FOniIATiON yikh MAII. MURAL. — JDU j>AGfiBDOi:ii. Ull
maintes fois se plier aux nécessilés des temps, s'accoiiiiiioder aux besoins de la civilisaiioii, uieUre plus oh uoiiis d'accord ses easeiguements avec ceui de robservatioo et de l'expérience. Cesi ainsi qu'après avoir déclaré le système de Co«peraic erroné dans la foi el eontraire an texte de TÉcriture, il a su, par une plus sage interprétation, concilier la double rotation de la lerre avec Ténoneiation des livres saints q«i paraissait la contrarier. C'est encore ainsi que les ministres anglieans , aprèa avoir lutté pendant un demi-siècle contre le système des monta^^aes primitives et ignées, et contre celui de ces créations successives qui ont dû être séparées par des baux de plusieurs milliards d*années, ont fini par trouver dans une meilleure intelligence des textes religieux, le moyeu de concilier avec la foi ces enseignements de la géologie , et laissent maintenant leurs ouailles paiire en liberté dans les verdoyantes prairies de la théorie huttonienne ). Et sur combien de points encore, dans d'autres ordres de faits, et, par exemple* dans les choses qui tiennent à Tordre moral et
social, les ministres de la foi n'ont-ils pas niodiiié leurs directions et leur conduite? Que sont devenus les temps où le clergé avouait et défendait la servitude de la gl^, le jugement de Dieu, Tusage des concubines? le temps où tous les vices avaient dans le ciel un patron ? le temps où Louis XI faisait la vierge comtesse, et croyait racheter ses crimes en pensionnant les saints qu'il croyait le plus en bveur auprèsde Dieu? le temps où Ton attribuait aux reliques la vertu de guérir de certaines maladies? le temps où Ton sortait des églises, armé de la croix et de la bannière, pour faire rentrer dans leur lit les rivières débordées? le temps où Louis XIV disait sortir le saint-sacrement de Saint-Germain-rAuxerrois pour
(*] la Revue briktmique^ 1. 11 de la quatrième série, p. 7 à iS,
^12 LIV. IX, CH. VI. LIBERTÉ DES AH'fS QUI THAVAliXENY
arrêter un incendie qui dévorait le Louvre? le temps de la sainte inquisition? le temps où l'on pillait les juifs « où Pob brûlait les hérétiques, où les protestants n*avaient pas d'état civil? le temps où Bossuet détendait, en principe et comme conforme anx lois de TÉglise, remploi de la persécution et des violences légales pour contraindre les hérétiques à observer les pratiques de la foi ( ^ )? Qu'on nous montre aujourd'hui, parmi tous ces prélats qui prêchent avec tant de fer» veur pour l'extension des libertés publiques, et eu particulier pour la liberté de renseignement, un seul homme qui Toulût avouer, sur le point que je viens de rappeler, la doctrine du plus illustre de nos évéques?
11 peut donc arriver, cela n^est pas douteux, la foi demeurant toujours immuable, que le clergé modiiie son esprit, que ses directions changent, qu'il les mette graduellement plus en rapport avec les progrès de la raison, avec les enseignements de Texpérience. Non-seulement il a fait cela bien des fois, mais il ne pouvait se dispenser de le faire : c'est à ce prix que l'Eglise catholique se perpétue; et c'est justement parce qu'elle ne se perpétue qu'à ce prix , que le clergé ne peut se passer de ce sage esprit de spéculation, de ce génie des affaires humaines, qui est en ce monde le premier be^ soin de tonte profession. C'est au clergé surtout que peuvent être utilement adressées ces paroles du psalmiste : InteltigUe el erudmini. C'est à lui de considérer avec le degré d'atten* tioii nécessaire rasceudant de plus en plus décisif que les connaissances positives prennent, à tous égards, dans la direction des affaires humaines, et de tenir suflisamment compte de ce grand fait. Il n'a à s'inquiéter, et nous avons assez dit
(*) F. sa lettre à M. de BasvUle sur cette question : Si ton peui emiraindre les proUsknUs à astitUr â la meste.
AImÉL formation DESHAB. moral. — DU SACERDOCK. 313
{K>urquoi, du progrès d*aucun ordre de connaissaoces; mais il ne pourrait, sans épronver le plus grave dommage, se mettrai, dans quelque ilireclion que ce iùl, eû opposition avec ce progrès : la supériorité de ses dogmes, de ses traditions, de sa discipline ne Nuiliiait'ui pas pour le déreudre contre le danger d*aDe conduite peu intelligente, rei.ativement aux affaires de la société et aux intérêts de la civilisation. Il n*a pas de défections a craindre s'il entre honorablement dans Tesprit des générations contemporaines, sll se montre favorable, avec la sage mesure qui lui est propre, bien entendu, à ce besoin d'améliorations de toute espèce, morales non moins que matérielles, qui est en réalité la passion la plus sérieuse et la plus sincère de notre temps. Mais peut-être n'en serait-il pas ainsi sMl laissait prendre à cet égard l'avantage k des clergés rivaux; si, au lieu de sympathiser avec la portion éclairée et virile de la socîélé, il cherchait le moyen de refaire son pouvoir dans Tignorance des classes les plus faibles et les moins instruites; sll s'adressait à leurs penchants superstitieux; s*il recourait, pour agir sur elles plus puissamment, k remploi de prestiges Irauduleux ou de miracles apocryphes; s*il poussait aux pratiques de la dévotion aisée plus qu'à celles de la piété sérieuse et sincère; si, prenant notre siècle artiste par son goût pour les émotions, il cherchait à lui en procurer de sensuelles plus que de religieuses et d'élevées; s U tolérait qu'on matérialisât par de grossières images les mystères do christianisme les plus touchants ; s'il lui arrivait de donner à de jeunes confesseurs, pour la direction des consciences, des règles empruntées à la morale la plus relâchée; s'il procédait finalement k la restauration de la foi dans les âmes par un ensemble de pratiques et de règles empruntées kaue école que je ne veux pas désigner par son nom, mais qui, de queliiue nom qu'on la baptise,n'en est pas moins une école
3iÀ LIV. ÏXf Gfl. VI. UBKRTÂ DES ARTS QUI TRAVAILLSAT
corrompue « si ellechercbe k eatrer daos resprit du sièele, en lui enseignant un christianisme abâtardi. Assurément la apéculalion la plus déplorable que le clergé pût faire aujourd'hui dans rintérél de la religioii, ce sérail de travailler par - de tels moyens à notre régénération religieuse, il a sans doute k tenir compte de Tétat des esprits; mais ce n'est pas en spéculant sur nos dispositions les moins honoraiiies : il va sans dire, même k ne prendre conseil que de sa dignité et de Tintérét de son ministère, que c'est dans ce que nous pouvons avoir conservé on acquis de bons sentiments qu*il doit chercher la source des affections religieuses qu'il aspire à nous rendre; il va sans dire que c'est par ses progrès veis une pratique intelligente et élevée du christianisme qu'il peut espérer de ramener nos cœurs à la foi, et non par un triste retour k ce qu'on a bien ou mal appelé Yidolâim fétmUfm. Au reste, et quelle que soit la manière dont les besoins religieux de la société doivent être compris, toujours est4l qu'il ne peut se dispenser, pour peu qu'il ait de prudence, de considérer comment la société les comprend; qu'il ne peut éviter davantage de prendre en considéi ation Tesprit et les moyens des clergés rivaux qui travaillent avec lui k les satisCaûre; qu'en un mot, et quelle que soil l'idée qu'il a de lui-même el de la hauteur de sa mission, connaître Tétat de l'offre et de la demande, en tenir un compte suffisant est une nécessité non moins impérieuse pour lui que pour les travailleurs de toutes les classes, et que cette première partie du génie des aflaÎQçs est ici, comme partout, la première condition de succèftr ^ Je n'ai nul besoin de dire que les talents admûiistratiii ; sont aussi essentiels que celui dont je viens de signaler Timportance. La chose est natureUtfnani évidente , et cette ob^ servation n'apprendrait probablement rien à qui que ce soii. Il n'est personne qui ne sente que si les établissements reli-
A LA FORMATION D£S UAO. MORAL. — DU SACERDOCfi. 315
gieax daÎTent être bien eooçus , ih veulent aussi être bien administrés. La nécessité d'une l>onne administration a été comprise dans ces écablissemenls longtemps avant de Tétre dans ceux d'aucun autre ordre, et« à cet égard, comme à bien d*aatres, la société cifile a re^ ses premiers enseignements de la société religieuse. Qui n'a ouï parii^r de l'ordre adminUe qui a régné, dès les temps les plus reculés dans les établissements religieux dont le chrisliaiiisrae avait couvert TEarope? Qui ne sait, d*une antre part, que fadministration des paroisses, des diocèses et des cultes en général forme, de notre temps, une portion notable de Tadministration de fÉtat? qne la prospérité de toute communion, de toute église, de tout établissement religieux, particulier ou public, dépend beaneonp de la manière dont lenrs reipenns sont ad» miûistrés? Qui ne sait de plus que partout où il y a des dé- , peoaes à faire et des revenus k administrer, une comptabilité esliudiàpensabie? Tout cela, encore une fois, ue me parait donner lien k aucune réflexion qui mérite de nous arrêter. Je m'en liens aux remarques fondamentales qui précèdent, les seules sur lesquelles il fui important d'insister, et me borne k observer, d'ailleurs, d*ane manière générale, que les diverses aptitudes dont est iormé le génie des affaires acmt toutes ici de nécessité.
Je ne doute pas qu'on n*en dftt dire antant des moyens
^ un autre ordre qui se rapportent k Tart, si le respect du an sacerdoce et fat crainte de le profaner en scmlant tro|^ ev** rieusement ses fonctions, ne commandaient de parler de cet ordre de moyens avec une extvéme réserve.
Ainsi, il n'est certainement pas douteux que, sous le rapport de Tart, Tap^de instinctive et la capacité purement technique ne soit ici, comme ailleurs, le premier moyen de
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succès* S*n est, en eSéf, un ministèfe où l*art ait précédé les règles, et où Ton ait d'abord agi de sentiment, d'instincl, dlnspiration, c'est sûrement le sacerdoce, le plus inspiré de tous les arts, celui où Tartiste s'observe le moins lui-même et cède davantage à Témotion. Ce qull faut donc ici , avant toutes choses , comme dans les autres professioiis , c'est une aptitude naturelle perfectionnée par Fusage, par la pratique; et, puisque Teflet à produire esl d'exciter la piété, d'entretenir dans les hommes Tordre d'ailections que nous nommons religieuses, c'est une aptitude naturelle et pratique à exciter, à fortifier en nous cet ordre d'aiiéctions.
Et néanmoins on sentira aisément, pour peu qu'on y rénëchisse, que la connaissance théorique de ces affectioDS, c'est-à-dire i'intelligence des lois suivant lesquelles elles agissent et se développent, ne saurait être une chose indifférence au ministère sacerdotal* On conçoii, en effet , que mieux le prêtre coniiail la nature des affections religieuses, des écarts où elles peuvent tomber, des transformations successives qu'elles subissent, et mieux il peut se proportionner dans tous les temps à ce qu'exige la culture de ces facultés, plus il peut agir sur elles avec intelligence et avec sagesse. Il ne suffît donc pas au prêtre , pour exercer son ministère avec succès, de posséder une aptitude naturelle et plus ou moins perfectionnée par l'usage k agir sur leb sentiments religieux, il lui importe encore d'avoir scruté scientifiquement les affections de cet ordre, et il n'est pas douteux qu'en ceci, comme en toutes choses, la pratique ne puisse recevoir uu secours efficace de la théorie.
Autant on en peut dire du talent des applications. C'est, en effet, à ce talent, lorsque l'observation scientiâqne indique des altérations plus ou moins considérables survenues dans i'élat des idées et des affections religieuses, c'est h ce talent,
ÀUFOAMATIOM DlûS UAB. MOHAL.— DU SACEBDOCE. 317
dis-je, il appai lient de déterminer les changements plus ou moiDS seosibieft qu'il peut y avoir lieu dlniroduire dans la manière de parler k ces aCTectioDs, dans les rormes exté* rieures du cuite, el rien o'est plus important pour le sacerdoce que la marche k siiivre dans ces changements. SMIs D élaient pas accomplis avec de grands ménagements, il serait possible que la religion se discréditât, faute de fixité et de constance; et, d'une autre part, s'ils étaient trop attendus, il serait possible que la religion s affaiblit encore, faute de se Uouver .suilisatiiment en rapport avec les changements survenus dans les sentiments et dans les idées.
Enfin, il y a ici, on n'en peut disconvenir, un certain lalent d'exécution qui n'est ni celui qu'on peut mettre à serater la nature ou & observer le marche des affections religieuses, ni celui qu'on peut appliquer à mettre les mauUes* tations extérieures du culte en rapport avec Tétat de ces affections, mais celui du prêtre qui agit directement sur ces affections mêmes, qui les entretient, les excite, les culti?e par les moyens établis et consacrés. Il y a dans tout culte, (pû ne le sait, un certain nombre de rites, de formes, decérémonies qui en sont comme la maiii-d'œiivie, et qu'il faut savoir accomplir* Le prêtre, pour produire un certain effet religieux, a besoin d*exercer une certaine action extérieure; il a besoin de réaliser par l'expression l'impression qu'il éprouve et quHI veut transmettre, et il exerce son ministère avec d'autant plus de puissance qu'il réussit mieux, par les moyens qn'il lui présente, à faire passer sea sentiments dans les âmes religieuses sur lesquelles il agit.
ie n'en dis pas plus des moyens du sacerdoce sons le rapport de l'art et du rôle qu'ont à jouer ici les diverses aptitudes dont cette classe de moyens se compose. On sent ce qaele sujet commande de circonspection. Je me borne, eu
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lenDÎnaDt sur ce point, à prévenir ane objection qu'on pon^ 1
rait me faire. On pourrait me demander quel service je conçois qu'on puisse attendre des notions théoriques dans un ad q«i nom entretient, je Tai reconnu, de choses qvenoiisfie pouvons connaître, et qu'il est impossible, par coBséqaeat, d^élever à l'état de théorie. Voici ma réponse. Si nous ne pwvous savoir les choses dont la religion nous entretient, nous savons très bien du moins que Tesprit humain, k quelque d»* gré de culture qu'il parvienne, demeure accessible aux idées de religion, et qu'on peut observer aisément la marche qojj suîl dans la formation de ses idées religieuses. Nous st* vous qu'à mesure qu'il s'instruit et se civilise, ses croyance j se simplifient et s*épurent ainsi que ses pratiques. Il avait commencé par voir des dieux dans tous les objets de la nature : il finit par placer Dieu hors de tous les objets de la nature. Il avait commencé par honorer ses dieux en les bar- | bouillant de sang et de boue : il finit par n'adorer Dieu qu en esprit et en vérité. Il s'élève par degrés du fétichiraie le pios grossier jusqu'au plus pur spiritualisme. Encore une fois donc, si nous ne pouvons savoir les choses dont s'occupe ia t religion, nous pouvons très bien savoir la marche que suit I l'esprit liumain dans la formation des idées religieuses, et U \ n'est pas douteux que la connaissance des lois qu'observe à |
cet égard l'esprit humain , ne soit (Je nature à influer très , heureusement sur les directions du ministère ecclésiastique. Cette connaissance peut avoir Tavantage tout à la fois d^enip pécher que les esprits ne s'égarent à la recherche de religions nouvelles» et d'affermir, en en rendant la pratlipe \ plus éclairée et plus pure, l'empire des religions «irienDlment établies.
Ài^e besoin de dire que de bonnes habitudes moraies
A W^A FORMATION DES HAB. MORAL. — DU $ACERDOGft« 349
s<Hit , k leur toiir^ pour le sacerdoce , un moyen de force non
moins puissant que les moyens qui tiennent à l'art? Qui ne sent que le prêtre, instituteur de morale, est obligé de prêcher d'exemple comme tout moraliste pratique? que son enseignement doit être surtout en action? qu*il ne lui suOirait pas de parler à rintelligence des hommes et de leur exposer les bons effets des vertus qu'il leur recommande? qu*il a besoin encore de les exciter à les pratiquer, et que le meilleur, le plus actif, le plus efficace des stimulants, c'est l'exemple?
On est d'autant plus fondé k attendre du sacerdoce l'exemple des vertus qu*il prêche, qu'il en recommande l'observation au nom d'une autorité plus élevée; que le prêtre parie au nom de Dieu; qu*il enseigne la morale au nom de Tauteur de toute morale, et que la sainteté de son ministère et le caractère religieux imprimé à toute sa personne impliqoent l'idée d'une plus haute perfection*
Telle est l'idée qu on se fait naturellement de la perfection da ministère ecclésiastique, que le dérèglement des mœurs, qui blesse et centriste dans tous les hommes , et notamment dan« ceux qui sont chargés par état d'apprendre aux antres k se bien conduire, paraît en particulier dans le prêtre une sorte de monstruosité , et qu'on s'attend tout naturellement h trouver chez lui les vertus les plus faites pour honorer et élever Thomme : la simplicité, la dignité, la pureté.
D'ailleurs, le prêtre n'a pas besoin de bonnes habitudes personnelles seulement pour l'exemple, il en a besoin, comme tout le monde, pour la conservation de ses facultés, et en particulier pour l'entretien de celles que réclame plus spécialement l'exercice de son ministère.
Ceux qui ont cm que l'Église catholique , en prescrivant le célibat aux prêtres, avait voulu seulement fiiîre du clergé une famille à part, séparée du reste des familles, n'ont pas
3â0 UV. IX, en. VI. LIBfiKTi HES AATS QUI TRAVAIUJ»1 |
compris toute la portée de i'iosUiuUon. L'Église ne s est pas contentée de prescrire aux prêtres le célibal : elle leur i l'ail uu devoir de la continence; elle a voulu ils vécussent dans la chasteté, et l'objet fondamental de ses prescriptioDfi h ce sujet a été de conserver en eux celte pureté d'imagination, cette tendresse de cœur, celte vive chaleur d'âme qui étaient si propres li entretenir, k exalter leur ardeur pour k religion. £lle n'a fait eu cela qu imiter ce qa^on avait souvent pratiqué avant elle. On sait qoe les anciens, qui avaient &it de la virginité un altiibut des muses, en avaient lait aussi un attribut de la religion. Je n'ai pas besoin de rappeler quels terribles châtiments étaient réservés aux vestales qui devenaient mères. Uu a coiapris ou cru comprendre, dans tous ki> temps, que les plaisirs sensuels nuisaient an sentimentetà riniagination, partant a la religion ; et Ton n'a rien va de mieux, pour entretenir, pour exciter la ferveur reUgieuse, que dlnterdîreles plaisirs des sens, que de prescrire notamment le célibat aux prêtres, et, en leur imposant le vœu de chasteté, de foire de Tobservation de ce vœu le premier, le plus impérieux devoir de leur état.
Â-t-on assez pris garde, seulement, si on ne leur demandait pas une vertu trop forte? A-t-on suffisamment considéfé qu'en leur prescrivant une continence perpétuelle, absolue, en leur interdisant de s'attacher légitimement k aucooe femme, et en les chargeant en même temps de régler la vie intime de toutes, de les instruire dès leur jeune ige, deks catéchiser, de recevoir dans le secret de la confession Favao de leurs fautes, de leurs passions, de leurs faiblesses, ou les plaçait dans une situation violente, qui pouvait devenir mortelle pour la vertu de plusieurs d'entre eux, ei qtii, pour ceux-là du moins, allait directement contre le but qu'oo s'était proposé d*aUeinch e ? Ccst là une question délicate qoe
A. FORMATIUN DKS UAIi. MORAL. — 1>U SACEUDOCK. 321
je n'examine point. Je me borne à dire que la prescriplion de la coalioeace et du cétibat a ea Tobjet que j'indiquais tout h rheure, et qu'en génàral le clergé, dans la seule vue de conserver entières les facultés que réclame plus spécialemeut Texereiee du saint ministire a besoin de s'imposer une l^rande régularité et une pureté extrême de vie et de mœurs.
Si la puissance du sacerdoce est étroitement liée h la perfection des mœurs personnelies et privées, à plus forte raison dépend-«ile de la bonté des habitades civiles. Il n'est peut-être pas de profession où se fasse sentir plus vi- TeoMDt le besoin d'une bonne morale de relation* It n'en est pas, en eftel, où se soient mauifesiées des jalousies de mi:- Uer aussi effroyables, où les concurrents se soient autant baï les uns les antres, où ils se soient (ait réciproqnment autant de mal , où Ton ait eu autant de peine k les faire bien vivre ensemble. Il est arrivé que la ebose du monde ob il est le moins possible, humainement parlaiU, de savoir la vérité, a été précisément celle où les affirmations ont été le plus tranchantes, le pins hantaines, le plus emportées, oit Ton a le moins souffert la contradiction, où les opinions contraires se sont fait la guerre la plus acharnée et la pins furieuse.
Je li'essairai pas de tracer ici le tableau des excès auxquels les religions diverses et surtout les sectes différentes dans me même reilfifion se sont portées les unes contre les autres. Je m'imposerais la plus grande réserve de langage, que je serais accusé encore de donner dans la déelamalion» Je dirais des choses horribles et ne ferais qu un tableau pie k côté de la réalité*
J'aime mievx me borner k examiner quel est maintenant parmi nous, relativement à la religion, l'étal des relations sociales, ce qu'il peut y avoir d'injuste ou d'imparfint encore
322 UY. IX, CH. VI. LIBERTÉ l»fiS ARTS QVl THA VAILLENT
dans ces relations, et ce que les imperfeciions que J aurai -à MgDaler peaveot opposer d'obstacle à la liberté des di? en cultes et par soite m rapprochement, a réparation y m perfectionnement de touSr
Quoi qoMI paisse rester, retatt?enieot k la religion, d^ioiperfection dans les relatioiis sociales, il y a du moins cela d'acqnis aajoQrd^bui qu'aocooe communion n*invoqae plus, pour assurer Fempire de ses croyances, Fappui roalériel ds bras séculier, qu'aucune ne prétend plus dominer par la violence. J'ignore si, mentalement, TÉglise romaine esl encore d'avis, comme au temps de Bossiiet^ qu'il est permis de contraindre par des lois pénales les hérétiques k se confonner aux pratiques et aux professions de foi de b communion catbo* lique ( * ) ; mais du moins est-il assuré qo^aucun ecclésiastiqne parmi nous n'oserait aujourd'hui demander des loispareîlies; et il est encore plus certain qu'une telle demande, s'il se trouvait quelqu'un d'assez hardi pour la Caire , ne serait pas un instant écoutée. La dissidence, le schisme, l'hérésie sont de droit commun, en fait de religion comme en toute autre matière. Il esl permis à chacun, en évitant d'insulter aux persuasions d'autrui, de pioiesser toutes les croyances, voire
(*) «J*ai toujours été du senti ment, écrivait Bossuet,preinièrement,qae teê princes pêuvent contraindre par des ioie pénales tout let héréliqmm à se ecnfimner à la prùfeeHm et auœpraiiqueê de l'égHeetathoUfiÊe: deuxiéinement, que cette doctrine doit paeeer pour constante deme fégfite^ q[aif non êèulemetU a suivi ^ mais encore dewiandé deeewMa' bks ordonnances des princes,*. Voici , ajoutait*-îl , ce que Je crois être la règle certetine de fé$liee : premièrement, que Van peut ueer de Ms pénales plus ou moins rigoureuses selon la prudence contre les hérétiques ; dewLièmement , que ces peines étant décernées par TautoriCé de9 princes , Péglise reçoit à sa communion tous ceux qoi y Yienneot dHdeliors, quand elle peut présomer qu'ils y viennent de lionne loi, et que ta vexation qui les a rendue plue attentifs, les a ausei écMfétJ^ F. sa lettre à M. de Basyille sur cette qtiestion : si ton peut etmtfuiudre les protestants à etssister à la messe.