‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 46 sur 80 · I. FOaHATlOrt D£S HAB. MORAL.— DU &ACERDOC · texte numérisé non relu

I. FOaHATlOrt D£S HAB. MORAL.— DU &ACERDOC

>ui&^e faire pai lie à aucun titre; qu'il ne puisse être ni élecveiur ^ ni dépaté, ni pair, ni chargé d'une fonetion publique ^iiolcenque; qu'il soit considéré en quelque sorte comme étramgeràla société, eomaie piacé en dehors de toutes les professions que le corps social embrasse, et qu'absolament relégué dans ses touctions, il y soit encore assujéti k un ré- ((âme préventif très étroit; qu'il ne puisse sans autorisation 8^ i^vair, fermer des congrégations, fonder des couvents , ouvrir de nouvelles églises, créer des écoles indépendantes* On hésiterait en quelque sorte à accepter une liberté dont il faudrait le laisber jouir, et celle de renseignement, par exemple» n'excite si peu de sympathie que parce qu^on ne sait si, une fois qu'elle serait établie, ii serait possible de lui en in« terdire Tusage, si sa qualité de corps constitué, chargé d*iiii service spécial, permettrait d'aller jusque-fà: on attache sur ce point infiniment moins de prix à devenir libre avec lai qu'à le maintenir dans la servitude commune.

Il arrive ainsi que ce régime, en apparence si satisfaisant, ne donne, en réalité, satisfaction à personne, et qu'il pro- * voque les réchmations les plus opposées* On ne cesse d'accuser le clergé, de lui reprociier son esprit de domination; 61 le clergé se plaint plus vivement encore qu'on ne Taccuse, disant qu'on attente à ses droits les plus naturels et qu on le gène dans ses actions les plus innocentes. L'Etat demande comment il ne pourrait pas déterminer et limiter les attributions d un corps qu'il a créé, qu'il eittreiient à grands frais, à qui ii procure tant d'avantages; et le clergé, comment ^ des avantages, qui n'équivalent pas à ce que ferait spontanément pour lui la piété des fidèles, peuvent donner à l'État le droit de le gêner dans l'accomplissement de sa mission. On s'étonne pour le clergé des plaintes qu'ont excité, chez nous, sesrefns d'inhumations, ailleurs ses refus de procéder à lacé-

3ii2 LIV. iX, CII. Yl, LlUflRTÉ ilLS AUTS QUI TRAVA.ILLEK1 ,

lébration des mariages nulles; oadeiiMiiidesIl nesera patKhn

même dans boa loi intérieur, s'il sera forcé d'âccouipiii des actes que refuse d^approuver sa cooseieDee ; et, à leor tour, te personnes que ses refus ont offensées répondent : il tmi sm douie que le libre arbitre du prêtre soit respecté; mais si voas voulez que sa liberté soit respectée, commenceE donc par respecter la nôtre, ne faites pas du culte un service public, oe nous forcez pas de contribuer pour une 4piise doat mi non a fermé les portes, pour un prêtre qui a manqué envers nous, c'est notre sentiment intime, de lumières ou de charité* Et, au vrai, chacun a raison, au moins du point de vue où il se place; et il a'en saurait même être autrement ; car le s^stètue étant arbitraire de sa nature, et blessMit tout le monde par quelque côté, fournit inévitablement à tout le monde de justes sujets de se plaindre. Ajoutez que s il ne satisfait pas ceux qu'il bvorise, il doit bien moins encore contenter eeox qi^tl sacriiie, et, par exemple, les églises indépendantes, qui nonseulement ne jottisaeot d'aucun des avantages accordée aux clerp^és officiels , mais qui ne peuvent même se réunir pour prier sans en demander la permission, et qui n'obtieMeoi pas toujours, il s'en iâut, cette permission indispensable. Ajoa* tez aussi que les plaintes multipliées que ce régime fait naître sont bien moins vives dans Tétat de tiédeur où les esprits m trouvent relativement à la religion, que si la ferveur religieuse venait sériensement à se ranimer, il y a toujours parmi nous plus de baptisés que de catholiques. Malgré noire apparent retour aux idées religieuses, bien desbommes encore ne demandent guère que la liberté de ne croire et de ne professer aucune religion. Mais, plus est entière cette liberté de ne rien praiif|tter et de ne rien croire, et plus est procbaên pent-^tit notre retour sincère à des all'ections aussi ualurclles ijiie celles de la rdigîon ; et si les âmes venaient à sortir à cet

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égard de leur froidêar, si la masse des hommes înstroits venait à metLi*e aux choses de la reiigioa autant de prix qu'elles leur <Mit inspiré longtemps d'indifférence, qui ne sent h quel

point pounaients'auimerles plaiûtes qu'inspirent les privilèges , les restrictions , Tarbitraire auxquels elles demeurent

assujéties.

Je dis doue que ce régime est la source de beaucoup de difficultés el de discordes; et encore fatt^il moins de mal l^eut-étre par les tristes divisions qu'il provoque et par le trouble qu'il entretient dans les relations que par la sécnrité trop grande qu'il donne, sous un autre aspect, aux clergés qu'il favorise, au clergé catholique surtout, et par les obstacles qu^il oppose aisé an perfectionnement du ministère ecclésiastique.

Si le clergé voit une portion de la société, la portion ins-

truiie et éclairée, celle précisément dont le concours lui serait le plus nécessaire, se tenir en général éloignée de lui, ce n*est par aucune raison qui soit inhérente li la nature même de son ministère, et parce qu'il s occupe de choses que nous ne pouvons savoir : c'est bien plutôt parce qu'il ne sait pas

assez les choses dont la société s'occupe; parce (jifi! ne la connaît pas suffisamment; parce que, de son côté, ii se tient trop loin d*eHe, de ses travaux, de ses arts, de sa civilisation, dechoses qui lui inspirent 1 intérêt le plus vii et le plus légitime. Le clergé, sans doute, ne peut pas tout savoir. Il à sa spécialité comme toutes les professions sociales. Mais, en s'eceapajst surtout des travaux de sa profession, ii pourrait aeqnérir de justes notions de ceux de toutes les autres, et saai;ûei pour les occupations de toutes d'une vive et juste

corame déplorablemeiiL arriéré l'enseignement de ses séminairetb On lui reproche d'être demeuré étranger k la marche

contre son esprit. On signale

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Ae toutes les sciences d*obsemtioii, même desseiences hm»

raies et sociales, qui tieoDeiii de si près à l'exercice de ses fonctions, et de tristes symptdmes nous viennent révâer, ée temps en temps, même sous ce dernier rapport. Tétai pe& avancé de ses connaissances.

A quoi tient cette situation de son esprit, si préjodieiableà rinfluence qu'il devrait nalureilement avoir? Entre au très causes au régime qui nous occupe, et à la situation immuable qo*il lui a créée. Kn le mettant a Fabri de toute concurrence, on l a délivré de tout souci et désintéressé de tout eûbrU Emcoi^ une fois il ne pouvait être question de toucha* à son exis^ tence olfîcielie; mais en le maiuieuaut dans la situation privilégiée que lui avaient faite les lois organiques des diveiv cultes, au moins fallait-il ne pas Vy défendre contre tout danger extérieur de rivalité* C'était le servir, loin de ioi nuire, que de le laisser exposé k des contradictions sérieiues, à des concurrences actives, partant au danger des défections, et c'était dans cette pensée sans doute que la charte, se pbçant en dehors des culles légalement organisés, et parlant d'une manière générale, avait voulu que tout le monde ptU professer sa religion avec une égale liberté.

La liberté des cultes indépendants, sérieusement établie à c6té de Torganisation des cultes officiels, serait certainement

le ineilleur moyen d'obvier aux inconvénienls inséparables de celte organisation, et de préparer, en ce qui touche à Texercice des cultes, Tavenir de la société an seul arrangement qui soit véritablemeut légitime et raisonnable. Cette liberté, dont on s'effraye, serait, sans contredit, surtout avec

l'aide d'une police judiciaire intelligente et terme , qui réprimât les entreprises extravagantes ou immorales et ne laissât le concours s'établir qu'entre des cultes honnêtes et sérieux, cette liberté, dis^je, serait la manière la plus légitime,

A Là FORMATION D£S UAB. MORAL. — DU SACERDOCE* 3âÔ

la plus praticable et la pluseilicace de faire la police du clergé le plus puissamment conslilaé, de modérer ses prétentions, (le raccoulumer a l'iuilulgence, de Tobliger k perlectioûuer son enseignement, à accroître ses connaissances, à se rapprocher de la société, a se nieltie, sous tous les rapports, plus en communauté d*idées et de sentiments ayec elle; el non<«eu1ement ce libre concours, exactement surveillé, aurait pour ellèt de perfectionuer tous les cultes, mais, en lesaccootnmant k se souffrir, à se tolérer mutuellement, li vivre en paix sous la même loi commune, elle ferait tomber graduellement l*hostilité qui les a si longtemps divisés, et rendrait leur fusion dans Tavenir jusqu'à un certain point possible.

Que cette liberté fût légitime, il est assurément fort superflu de s'arrêter h le démontrer. L'État iie liuit aux divers cultes que ce qu'il doit à toutes les professions honorables de la société. Son devoir est de les protéger tous, an moins tous ceux qui ne blessent ni Tordre publie, ni la morale; mais il n'est ni dans ses obligations, ni même dans son droit, d'en faire dominer aucuu, et si quelqu uu ici pouvait articuler des plaintes, ce ne serait pas, on doit assez le comprendre, ceux à qui il a assure d'avance, au lieu de la siraple liberté, une existence officielle considérable el de grands avantages pa* blics.

Que cette liberté fût praticable, il n est guère plus nécessaire de le prouver, quoi qu'en aient pu dire certains pnblicistesyet,dansle nombre, des bommes d une grande valeur. «Je suppose, a écrit M. de Sismondi, un gouvernement qui, tel que celui d'Amérique, respecte toutes les opinions religieuses, les protège tontes, mais n'en fait dominer et n'en paye aucune, et je ne crois pas que sa tâcbe soi^ accomplie, &'il laisse les prédicateurs de toutes les sectes assaillir tour à tour la multitude par tous les moyens qui peuvent agir sur les

330 Liv. IX, en. VI. liuëutê des auxs qui iaavaillent

imaginations e3tallées, se disputer les consciences, muUiplter les terreurs, et précipiter les esprits dans cette espèce de folie, la plus contagieuse de toutes, celle qui résulte de Teotboosiasme religieux. N'est-ce pas un droit et un devoir poar la société de proléger la raison publique, et de repousser , Pinvasion de ces maladies de Tesprit; comme elle repousse celle de la fièvre jaune et de la pesle?... Quand les gouver- j nemeots instituèrent dans cbaque secte un clergé r^uli^r, qu'ils dotèrent ricbetnent, ils rendirent, sans le vouloir, un | grand service à la raison iuhuinaine; car les prêtres, par cela i seul,deTinrentbieD moins actifs et bien plus raisonnables | n y a quelques réponses simples, et, je le crois, péreniptoires ! k faire àces observations. La première c'est qu'avec la volonté du monde la plus libérale, il ne serait pas possible de faùie défirayer'par le trésor les clergés de tous les cultes qui poarraient avoir légitimement la pensée de se constituer. La seconde c'est qu'il ne sufit pas toujours de doter richemeut un clergé pour le rendre raisonnable, et M. de Sismondi en ' fournit lui-même une preuve irrécusable, dans ce qu'il dit de rÉglise catholique, « qui, h la richesse et au crédit d*un clergé constitué et qui ne souffrait pas de rivaux, avait su joindre le sèle ingénieux, ardent, persévérant de ses ordres mendiants, qui avaient besoin de convertir pour vivre; ]> et daus ce qu'il ajoute de ces missionnaires catholiques de la restauration, qui apparteuaient bien aussi à un clergé constitué et doté par l'État, et qui ne s'en faisaient pas moins, selon ses propres paroles, « une profession du travail d'exalterles esprits les plus faibles, d'éveiller les terreurs des femmes,

(') F., dans Censeur européen du l*?»" janvier 1820, une lettre fort éloquente sur ia liberté des cuites, que Tauteur de €69 piroles adressait de reâcia , en Toscane ^ aux éditeurs de ce journal.

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des enfants, des vieillards, d'égarer leor raison par des pro-

dige8<» deboorreler leur conscience par des remords que le scNiveDir d'aocoQ crime ne justifiait, etc (•)•> Ëofin, une dernière réponse, c^est qu'en eS^i'Éiain^apoêaeeampHM

iàche à l'égard des diverses! religions^ par cela seul qtiil les protège toutes sans en payer et sans en faire dominer aucune ; et il est vraiment étrange qu'an pnbliciste de b force de Sismoudi demande si oq laissera les prédicateui^ de loutes im sectes se livrer à la série d'excès qu'il signale, et dans le nombre desquels il en est beaucoup de condamnables et quelques-uns d'ouvertemeat criminels : comme si le r^ime de la liberté impliquait naturellement la tolérance de tels * actes; comme si d'ailleurs plusieurs de ceux qu'il rapporte, eiqoelqdes-nns des plus graves, n'avaient pas en lien précisément dans des pays de cultes légalement constitués et dotés! Non, sûrement, TEtat ne doit point souûrir de telles licences, lii du moins où il sait et vent faire son devoir, et Ton ne peut approuver, k cet égard, ni Tinexpérience ou Tincurie des gouvernements qui laissent tont faire, ni la paresse de ceux qui, pour n'avoir rien k faire, prennent le parti de tout einpéclier. L'£tat, en respectant laiiberté religieuse de toutes les sectes, doit réprimer indubitablement les excès de toutes; et le seul point à débattre ici c'est de savoir s'il a besoin de se cbaiger, poor y réussir, de constituer et de doter leurs clergés ; si même il y réussit par ce moyen ; et peut-être, en «taminant ce point avec quelque ailentiou, reconnaitrionsnoos que la chose à laquelle il parvient le pins sûrement par cette organisation de certains clergés et par la consécration peUique qu'il lenr donne, c'est à rendre beaucoup plus difii« ciie la répression de leurs excès. On en pourrait citer bien

in.

338 LIV. IX^ CB. VI. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAYAlLLEIIT

des preum; maiSt pour ee pas sonii* cks iails quc^iappeiie M. de Sismondi, je me borne à dire que, da temps de la re»tauratioQ, les faits les plus répr éUeusibles des missioaDaires de la religion de TÉtat passaient absolument impanis^tasdis qu'on poursuivait sans miséricorde, pour le seul fait de s'élre réanissans penniaeiont les ministres de touicuUe disstdent.Âa

reste la question n'est pas pieciscaienl de savoir si TEtat a eu tort ou raison de constituer oûiciellemeut de cerUiiae& sectes religieuses. Je me borne à répéter quil doit réprimer les exeès de toutes, et. que s'il se croit capable de conleuir celles dont, par son concours, il a démeserément accra h puissance, a plus forte raison pourrait-il réprimer celles qui n'auraient reçu de lut aucune consécration et dont les rnem- ^ bres seraient livres à leurs seules lorces individuelles.

Enfin, que la liberté surveillée et contenue des sectes in* dépendantes, il côté de clergés officiels devenus très puissants, fût un moyen efficace de faire la police de ceux-ci, de modérer leur ambition, d^aflaiblir leors prqugés, de law inspirer des senlimeuis d'indulgence, de les exciter sartoat k perfectionner lenr instmction, et, en entretenant mie vive émulation entre toutes les sectes, de les rapprocher néanmoins, de les rallier de pins en plus ans mêmes principes, et, au milieu de beaucoup de divergences apjKireiiieà, de faire naître une pins réelle unité, c*est encore un point sur lequel H est peu nécessaire que j'insisie. On comprend assez, sans que je le dise, ce que la crainte des défeetioas, rendues posribles par la réeMe liberté de la ecmcurrence, pour rait inspirer de bonnes pensées et faire faire d^uUies retour snr eux-mêmes^ même à des clergés çvstitQés et saiii (l'une grande existence oûicieile. On conçoit aussi ce que ce concours, une fois établi, une fois entré dans ledfwi commun et passé dans les habitudes universelles, serait de

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oâlure à laire tomber endii d'hostilités, à opérer des rapprochements, il reodre d'idées communes k tontes les sectes* La reli^non, qui est la chose du monde dans laquelle on a le plus voulu arriver à l'unité par Tautorité, est celle au contraire où était le moins permis remploi de la contrainte, et, où la justice et le bon sens commandaient davantage de n'employer qnela liberté ponr arriver k Tanité. Sûrement, Punité à laquelle la liberté pourrait conduire ne serait pas celte unité menteuse, qni se soucie peu de Taceord des sentiments, pourvu qu'il y ail uuilormitédans les paroles et dans les actes* mais, moins entière en apparence, elle serait plus parfaite en réalité : ce serait Tanitéqui nait du libre concours des volontés et des intelligences, celte qui est selon Tesprit de Dieu, celle qui se manifeste dam tontes ses œuvres, Tunité dans la variété , une grande identité de pensée dans une grande diversité de formes; et je ne doute point qu'au sein d*une véritable liberté de religion, les communions chrétiennes, extérieufennent plus nombreuses et plus divisées, ne fussent au fond plus unies et ne devinssent plus réellement homogènes.

Sûrement, de ce que cette liberté des cultes indépendants, k colé de Texistence privilégiée des cultes légaux, semble, spteulativement, la chose du monde la plus légitime, la plus pi alicable, la plus propre à produire d^heureux effets, il ne rébuite pas qu'on en doive faire immédiatement Tapplication ; éé ce qu'elle semble liltéralement écrite dans la charte, il ne faut pas inférer qu'on la doit violemment introduire dans les faits, et en faire k tout prix le principe régulateur de la matière : il faut encore, pour agir avec une sage intelligence, que la société le comprenne et le veuille ainsi« il est bien entendu

qu'a cet égard, ainsi qu'à tout autre, il n'y a a l'aiic qiie ce que comporte la situation, que ce que commandent les idées véritablen^eni dominantes, et que rien ne doit être précipité,

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ni forcé. Mais, quelle que sdlla chose imtieahleen fiât^îla'cs

cleraeurepasnioii)scoiistaiUenprincipe,(]iie, liors de lalibene^

il n'y a de possibles ni progrès, ni rapprodiemenls, ni fiisioB, ni relations paisibles et faciles; conme il est constant que, hors des boooes relations et des sentiments de justice qui les font naître, il n'y a point k attendre de liberté : eUe n'est possible, dans la religion comme en toutes choses, «{n'avei^ le progrès de ces sentiments, et h mesure que s'éleodent et s'affermissent les principes de la mie sociabilité.

Il nous reste a cet éi^ard fort a Hiire. Nous aurions^ tous à renoncer k qnelqoe injustice, k nous désister de quelqoe iolle |)rélcnUou, et la liberté des cultes n'est réellemeut compatible ni avec les prétentions de l'État, ni avec celles du clergé, ni avec celles da public. Poor qu'elle fût possible, il laudrait que TÉtat renonçât à ne permettre que les colles qu'il aurait autorisés, et k nous faire accepter pour la liberté des cultes la défense faite h tout culte de s^établir sans sa permission. Il faudrait que le clergé priTilégié, satîsfidt de ses privilèges, s'accoutumât, au moins, ^ supporter la concurrence des clergés non privilégiés, et, s'il craignait que la concurrence ne Texposât k des défections, qu'il prit le boa moyen pour les rendre impossibles, qu'il tachât de comprendre mieux qu'aucun autre les besoins religieu de la société ;qu*il les satisfit mieux qu'aucun antre; qn^il devint de tous le plus éclairé, le plus dévoué, le plus libéral, le plus modéré, le plus indulgent envers ses adversaires. Il faudrait que le public libéral, en souhaitant que les clergés ofliiciels abandonnassent graduellement ce qu'ils peuvent avoir d in* justes privilèges, apprit d'ailleurs k respecter un peu leur li* berté ; que, relativement au clergé catholique notamment, en continuant k réprimer son penchant k la domination, il renonçât enfin à la prétention, fort peu libérale, de le dominer, de

A t.A rOIIMAt<ON DES HAB. IIORAL.— DU SACERDOtC 341

l^enlraver, de Tasservir à TÉtat, d*en faire un iostrument de

83 politique, el, eu le relenaiil sous la main de l'Etat, de le mettre néaDmoios hors de FÉtat, de rexclure^ en quelque fa^D, de toute l'économie soeiale. 11 n'y a dans celte préienlion oi justice, oi sens. Le prêtre cultive des allectionsex' cellentes ; il remplit dans la société nn réle très important : H est incroyable q u'on ne veuille pas le voir iîgurcr dans les pouvoirs sociaux aussi bien que les autres professions sociales. Les générations qui ont précédé la nôtre étaient k cet égard plus équitablement inspirées. 11 y avait des évêques, des curés, des pasteurs dans nos premières assemblées nationales. On sentait probablement qu*il fallait appeler dans ces assemblées les hommes les plus notables de toutes les professions qui concourent k la vie sociale, et que les membres éminents du sacerdoce o étaient pas les moins dignes d*y entrer.

Tout cela n'est pas aisé à obtenir sans doute. On sait avec quelle peine nous parvenons à nous défaire de ce qu'il peut y «voir d'injuste dans nos prétentions. Mais, aisé ou non, cet abandon de nos senthnents d'injustice est nécessaire, indispensable ; el si le ministère sacerdotal, pour être exercé avec puissance, attend de ceux qui le pratiquent, ainsi que de

toute autre profession, qu'ils joignent aux aplituties (nii liennmi à l*art, celles que réclame la conception et la conduite des affiiires, et qu*ils possèdent en outre de bonnes habitudes privées, il u'exige pas moins impérieusement qu on possède, en général, de bonnes habitudes sociales, et qu'on sache se renfermer, relaiiveineutaux cultes, dans les règles de justice qui doivent présider k toutes les relations. — Terminons par de courtes remarques sur ses instruments matériels et sur la force d'action qu'il y puise.

11 n'est pas d'art qui semble avoir mieux compris l'impor-

Ll¥« IX, CH. VI. LlDEaiL DLS ARTS QUI TRAVAILLENT

tance de cette classe de moyeus, et que Tinspiratioa ou la réflexion aient mieiix averUde la nécesaité d'avoir dea étaUiasements bieu situés, bien couçus, bleu adaptés à leur destination, pourvus des ustensiles nécessaires, ete«

Et, en effet, il suffit de voir quelle place occupent en général les monuments religieux, les temples, les églises, et quel soin on a mis, à peu près partout, de les édifier au poiat le plus centrai des circonscriptions paroissiales, et au miiieu même des populations sur lesquelles ils étaient destinés i agir, pour juger quel prix on a attaché à choisir des empia* céments convenables.

Il ne faut de même qu examiner un moment le caractère de ces édifices pour voir avec quelle justesse et quelle saga* cité l'art lelii^^ieux les a appropriés k leur destination , et comme tout y concourt à Teffet qu'ils doivent produire. Considérez, à rentrée des temples chrétiens, ces deux toars élaocées, portant dans le ciel leur iront pyramidal; cette nefqai, se proportionnant aux tours placées aux deux côtés de soa entrée principale, s'élève, s étend, pour préparer un magnifique abri au peuple des fidèles, et rappelle, en se eroisaHt avec uu autre , le signe du culte chrétien ; aux deux côtés de la nef, ces faisceaux alignés de colonnes, dont rextr4medi> vision déguise le volume, et qui, se ramifiant à leurs exirc mités, se dispersent le long des voûtes, courent y distribuer la solidité sans pesanteur, el portent légèremeuL sur leurs têtes toutes ces voûtes symétriquement groupées; cas hauteurs immenses où la lumière s'obscurcit, où le chant s'étend et se perd comme dans un vague horizon; ces bas-cotés sombres, tous ces recoins mystérieux, ces demi-ténèbres da sanctuaire; au-dehors, ces tours encore, se subdivisant eu toui^ plus petites, qui se terminent comme elles en flèches aiguës; cette flèclie principale, partant du sommet de Tédi-

JL LA rOftMATlOM DES HAB« HOBAL.— DU SAlIBaBaCE. 343

lioe^ au point où se croisent les deux nefs, et dont la bautewr, supérieure à celle des tours mèaie^ semble se perdre dms le

liriiiament; ces iiinouibiables contreforts se iermioant tous eo pointes triangulaires; toutes ces sommités qui s'élancent et prennent un aspect fuyant et pyramidal et diles s il étaii possible de concevoir des constructions plus merveilleuse-^ mect adaptées aux fins que la religion se propose , plus propres, exiérieurcment, k ciever les pensées vers le ciel, et, iatérieorement, à* faire entrer le reeneiilemeni et Témotîos dans les âmes (*)! *

\oalons-nous considérer un moment, à leur tour, les iastraments innombrables dont l'art religieux dispose, an sein de ces monuments? les clocbes qu'il y a suspendues et dont le son, qai ya si directement ii Tàme , excite des émotions si variées ? ces orgues immenses qui versent dans le lieu saint des torrents d^une harmonie tour à tour si forte, si douce, si nerveuse, si pénétrante, et toujours si gravement reiigieaaftf ces orgues d*un moindre volume, destinées k Taccompagnement babitoel du chant, et qui semblent ploa expressives eneofe? ces statues et ces tableaux iiiultipliés, ces vases, ces urnes, ces candélabres, ces lampes, ces flambeaux, ces en^ eensoirs, ces croix, ces dais, ces bannières, et tout cet appareil d'instruments destinés k Tusage du cuite, et qui concourent tous k l'effet qu'il veutproduire?..NottS reconnaîtrons qu'il est bien peu d'arts, surtout dans le nombre de ceux qui agis-

(0 F. le beau travail de M.Sulp. Boisserée, intitulé tHiêtoire et des eripliendt ia eathédfûte 4e C^ogM^ aecompagnéeê de rëcKerchex «sr VatcMUelwe du ancltwMi mtkédraUi. F. aussi, dans les Ta* blftieê-Vniverêiiki » recueil périodique qui a paru quelques temps f»u8 ia Restauration, le compte qu*un anonyme a rendu , en quelques pages pleines de goût , de sagacité c \ de justesse , du magnîÂtiueouvrage de M. Boisseroe. «

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sent directemeot sur rhomme, qui emploient des ustensiles \ plus nombreox, et qu'il n'en est goère peut-être qai obtien- \ ueiit de l'eusemble de leurs appareils des effets plus cod»- i dénibles. I

Enfin, voulons-nous considérer le culte en action? nous découvrirons sans peine que ses cérémonies, dans le culte catholique surtout, et particulièrement dans les lieux où il est célébré avec certain degré de solennité et de magoiiîcence, exige le ooaconrs d'un nombre de personnes pins oh moins grand, entre qui sont partagés les rôles, qui Ogurent dans les cérémonies à des titres divers, pour des opérations séparées et | distinctes, et nous reconnaîtrons aisément qm la fin du eolte 1 est d'autant mieux remplie, et Teffet à produire d*autaiit plus sùrwent obtenu, que le partage est mieux fait entre Tofficiant, ses acolytes et tous ses assistants , et qu'ils concourent I à l'objet de la cérémonie avec plus d'ensemble , d'unité et de convenance.

Il n'y a donc pas à mettre en doute qu'il ne faille ici, | comme dans tons lesarts, des établissements bien sitnés^ bien ^ appropriés à leur objet, pourvus des appareils nécessaires, où le travail à faire soit convenablement distribué, et le peu que | je viens de dire montre assez que Tart religieux a compris ^ cela aussi bien qu'aucun autre. On le sent du reste au simple aspect des monuments de la religion, et la chose devient particulièremenl sensible quand on considère ces établissements en activité, aux heures de la célébration des offices, et dans J les moments oA s*accomplfssent les actes de la religion les plus saisissants y quand le son des cloches ébranlées, Tbar- ' . monie pénétrante de l'orgue , Téclat des cierges allumés, h fumée enivrante des pariums, quand tous les moyens dont le culte dispose* sont mis en œuvre pour éveiNer dans l'âme de certaines éiuutious.

A LA FOaMATlON 0£S UAB. MOiUL.~DU SACERDOCE. 345

Sûrement, les iastruuieats malériels du cuile ue soul pas disposés partout d*une manière également heurenae. Il peut y avoir des églises mal situées; il y eu a de mal coosii uites ; il y en a plus encore de mal décorées ; le calte n*esl pas célébré partout avec la même pompe, et cette pompe sui louL n'est pas partout également appropriée k sa tin, également bonne à fiôre Dâttre la piété dans Fâme des fidèles. Il est bien des églises dont rarchitecture ne témoigne guère de la foi de leurs constructeurs, soit laiqnes, soil même ecclésiastiques ; et si tout n'avertissait de raiïaiblissement des idées religieuses, si Ton ne savait déjà k quel point le sens du christianisme s*est perdu, il ne faudrait assurément, pour s*en apeicevoir, que regarder un peu quelles sont les églises que depuis longtemps on élève, et se demander sous Tiafluence de quel sentiment ces édiiices peuvent avoir été conçus* Combien, en efifel, de ces monuments, élevés au dieu des chrétiens, qu'on pourrait prendre, extérieurement, pour des temples dédiés k quelque divinité payenne, et, intérieurement, pour des constructions destinées à quelque usage purement mil, pour des salles de spectacle ou de concert , pour des bazards, pour des halles! Il serait bien superflu de demander oik est le Dieu caché , Deus abi€ondituê<t dans quelques-uns de ces temples prétendus, où tout est livré k Tinsolence des regards profanes, oii il n'y a rien de mystérieux et de profond, où pénètre de toutes parts une indiscrète lumière, où les sanctuaires sont ouverts, où Tœil peut en quelque sorte plonger jusqu'au fond des tabernacles. Et cet oubli du senti* ment chrétien, dans les œuvres de Tart religieux, dont on ne Parviendrait peut-être k découvrir la première trace qu'en remontant à une époque fort reculée, à l'époque de la re- Qflûssance, k celle où le sentiment de l'art antique s'est raniiQé et est venu mêler sa poésie à une poésie d'une nature si

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différente, cet oabli , di&-je, ae se maniteste pas seulemeat

dans la forme inlérieure et extérieure des édifices consacrés k la reiigiou : il n'est guère moias sensible daas leur décoration , ni même , quelques égards, dans les formes qu^on y donne au culte, et, par exemple, dans Thabitude qu^ou a eue longtemps de mêler des chants >scéniques à de la amsiqoe religieuse, et d'adapter des ans profanes à des cantiques pieux. Pour comprendre jusqu'où, à cet égard, on a pu pousser les choses, il suffit d^ouvrir quelque recueil de cantiques a Tusage des missions , et de voir sur quels airs ou y a mis les paroles les plus religieuses. On n'a pas pris garde, évidemment, que la musique était pour quelque chose daus reflet que la religion visait à produire, et que des paroles dévotes, sur des airs voluptueux , on guerriers, ou grivois même, n'étaient pas de nature à éveiller des sentioieats Jbiea chrétiens. Qu'on juge par ces. méprises étranges , par ces contresens odieux, à quel point les idées chrétiennes se sont afiaiblies jusque dans les âmes qui devraient le mieux eu avoir retenu la divine empreinte.

Heureusement, l'esprit du siècle nous ramène à cet égard dans la bonne voie. Le sentiment de l'art chrétien commence à renaître. On tend a abandonner, dans les consiruclious de l'ordre religieux, les formes de l'architecture grecque, et peu d'architectes aujonrd*hnt feraient la faute de donner, même extérieurement, à une église, les formes d'un temple payeo. On ne mutile plus, sous prétexte de les rajeunir, les églises dites gothiques. On répare ou l'on termine ces monuments dans l'esprit selon lequel ils ont élé conçus. Le même esprit préside h leur restauration intérieure. Enfin, un juste sentiment des bienséances ecclésiastiques a déjà lait bannir, jusqu'à un certain point, des chants d'église, la musique dramatique, les ariettes, les airs d'opéra, et il faut espérer qu'on ne sarré-

▲ LA FORMATION DES HAB. MORAL. — I>U SACt.aDOCB. 347

fera pas à moitié chemin dass cette rénovation henrease.

C'est par le eliaut surtout que la religion agit sur le cœur, et rien n'est si désirable que de voir la musique religieuse prendre un caractère vraiment religieux. Le caractère de cette musique est tel qu'elle ne saurait être confondue avec aucune autre, et qu'aucune ne pourrait utilement ia remplacer : aucuue n'aurait cette liarmonie divine, cette indéfinissablé douceur^cetteineflabie suavité : aucune ne serait propre, au même degré, à élever, à toucher, à purifier les âmes.

Qadies que soient, au surplus, sur c^ divers points, les tendances contemporaines et les choses qui se passent en fait, une chose, en principe, demeure constante, c*est que le sacerdoce ne peut pas plus que les autres arts se passer d'instruments matériels, ni ni^liger d'adapter de plus en plus ces instruments aux fins spéciales qu'il se propose ; c'est que cette classe de moyens se joint merveilleusement, pour a»* surer le succès de sa mission , li celles dont nous avons d*abord présenté l'analyse, et que sa puissance, comme celle de tous les travaux , se compose k la fois de facultés personnelles et de moyens extérieurs et réels.

Je n'insiste pas davantage. JTen ai dit assez, je pense, pour donner une juste idée de sa nature, de son influence, de ses moyens d'action. Je passe, sans rien ajouter, an chapitre qui doit terminer ce ueiivième livre et compléter ce que j'avais à dire des arts qui travaillent a la formation des mœurs. Nous allons voir seulement qu'à la différence de Véduealwn et du sacerdoce^ qui travaillent à la formation des mœurs en géné* ral, \e gouvernement n'a la s'occu[»er, lui, que de la formation de la morale sociale, c'est-'à-dire de celle qui présida aux relations»

Si8 LIV. CH. vu. LIBERTÉ DSS AIITS QUI TilAVjklLLCIII

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