‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 48 sur 80 · UB» U« CH. ¥tt. LIBERTÉ DES ART» OUI TRAVAILLSNT · texte numérisé non relu

UB» U« CH. ¥tt. LIBERTÉ DES ART» OUI TRAVAILLSNT

entre des profeMons privées et de» magislratiires pobtiiiseB. Elle seule a le droit d*exmer desmagistratofes, et eiieii*a le droit de s'emparer d'aucune protesskm; elle n'a même le droit d'en gouverner diredement siicune, et il ne lui appartient de les gouverner qu'en réprimaul les faits nnisibies et les prétentions injustes de lairs agents.

Que si, du reste, après ces explications, il restait encore des doutes sur le véritable otijet du gouvernement et sur ks limites uaturelles de sa puissance, il sofUrait, je pense, pour achever de les dissiper, d'ouvrir le Code politique des nations les moins arriérées, et d*en examiner avee quelque sIteatioD les dispositions fondamentales. ûu^^Que imparfaite qu'ait été la rédaction de ces lois, les plus capitales de tontes, en y t pourtant déterminé avec plus ou moins d'intelligence et de soin ce que la pnissance publique ne pourmit pas iaire, et Ton peut voir qu'il y a été stipulé notamment qu'elle serat obligée de respecter la personne et la pro^iété de cbaeus, et, parmi les propriétés, la plus in<fisputable de tontes, celle des facultés et la lil>erté de les appliquer a toutes sortes d'arts et de. travaux paisibles. On lui a sans dMte laifleéle droit ou plutôt imposé le devoir d'empécker l'usage abusif qu'on pourrait faire de ses forces ; c'est précisément poar cela qu'elle est instituée : c'est la raison même de son existence; mais si on l'a cba^ée de réprinaer l'abus, c'était luûquement dans Tintérét de Tusage, c'est-^ire poar qu'il se tût permis à j^rsonne de le troubler, et il tombe sous le sens, qu'on n'a pu vouloir rautoriser à faire elle-même le mil qu'elle était expressément chargée d'interdire à tous.

On a dit que restreindre à ce point la tâche de rautoiité souveraine, ce serait limiter inflniraent trop ses atiributions; que cette autorité n'aurait rien à faire, si elle n'était cbaigée que du maintien de l'ordre et de la paix, de l'admini^fatiafl

de la justice, de Tentretien des boBBes relations, de la formaùoM dâs Gitffjem dm l^biHide^ de ia vio sociale ; qu'on avait pQ soQtenir ces chosetJhdn tempsde la Restaoralion, et sons UQ gouvemepieot qui s'était laissé subjuguer par des teodauces aDtî-natioiHiles, mais qu'une telle préteiiti<m était iiH souieuable soui» uq gouvernement national; qu'un gouveroenumi national ne (lonvaii être chargé de trop de choses; que sa iiiission véritable était de conduire toutes les affaires de la société, de se mêler directement k tous ses travauiL, de se montrer le promoteur habile et actif de toutes les grandes entreprises, etc.

Je n'essaierai pas de dire oe qu'ont fait de mal eea théories, reproduites k satiété depuis la révolution de 1830; coqu'elles ont fomenté de corruption, ce qu'elles ont préparé de difiieultés h l'avenir, ce qu'elles ont semé de germes de trouble, ce qu'elles ont mis notamn^ent de contusion dans les idées, ^t il quel point elles ont altéré le peu d'intèlligenee qa*Ott avait acquis durant la Restauration des véritables at* tribations de TÉtat, attributions dont tous les bons esprits

alors s'eirorgaieul de se loraier des idées justes, et dont le

se&timent depuis semble s'être entièrement perdu. Je me borne a faire remarquer combien est desiiiué de sens le motif sor lequel ces théories se fondent, et ce qu'il y a d'absarde à dire que les attributions de l'État, limitées ainsi qu'il a été dit plus haut, seraient iuliniment trop restreintes.

On ne prend pas garde que le travail dexette limimtion, qui oe saurait s'opérer sans son concours, sera déjk pour lui une tàehe immense, et qu'il ne parviendra k accomplir qu'avec infiniment de temps, de soins et d'elïoi ts ( * ).

On ne sent pas sttffîsamweAtd'aiUeiirsiQOttbien sa làebe,

C) F. ce qui a été dit à ce si^et, t. I, p. 539 e^spv.

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ators même qne if^ elle aiiraf t été aiosi trao9ftH*iiiée, wrat

eocore cousidérable, et quei travail ce sera, dans tous k& temps, que le maiotien, an aem d*uDe liberté croissante, ordre toujours plus exact; que le soin de faire naître et d'entretenir entre les hommes des relations de plos en plus perfeclionnées; qu'une habile et active administration, eu un mot, de la justice civile et pénale, et, avant toat, qn*oae juste et intelligente d(^termination de ce qui doit être permis et de ce qui doit être défendu.

Cette tâche, qu'on trouve si simple, exigerait bien desaméliorations dans la plupart de nos codes, et Ton ne prend pas garde combien, h beane^op d^égards, ils Tont eneore ini|KU^ faiiement remplie; combien notamment ils renfenncDtde preuves que le législateur n*a pas soffisamment eonoa les lois économiques de la société et les conditions naturelles de son développement; combien à cet égard il s'est glissé d'erreurs dans nos lois civiles (*); combien nos lois administratives apportent de restrictions indues à la liberté du travail; combien, au milieu de tant de gènes inutiles, il manque encore à Tordre de désirables garanties ; combien finalement il reste d'imperfections dans le départ quia été fait du tien et do mien, du bien et du mal, deschoses à auLoriser ou à inlerdlre,dansle choix des formes destinées à régler l'application de la toi au fait, dans celui des peines employées h réprimer les faits punissables et à corriger les penchants anti-sociaux. Il est certainement permis de dire que dans beaucoup de ces choses il

(*) F., à ce sujet, dans les Mémoires de VAcad. des sciences mêraies et polUiqueSf t. II, p. 261, un excelleut travail de M. flossi. Siie rode civil a pu fournir matière à de telles remarques, on f?eni combien les autres branches de notre législation, et en particulier notre kp^ latioii administrative , seraient plus propres encore à provoquer de semblables rcUexions.

A LA FORMATION DKS IIAB. MOR. — UU GOlJVERNEUENT 357

n'y a encore, à bieo des égards, que des k peu près, et qiia Fart de gouverner les liomines,qui semble avancé qn^d om mge à h nideese et i la gressièreié de ses débats, esl en* core dans un éial d'enfance, comparé à ce qu'il est suscepliUe de devenir^ e& à ce qa'ît deviendra de pins en pins sans doute, à mesure que le gouvernement, dont Tactivité s'est foanroyée dans tant de lausses directions, concentrera davan* tage cette aelivké, sollicitée aujoord'hni par tant d*objet9 éUrangers à ses attributions véritables, sur Tobjet essentiel qui démit Toccuper, e*est-k-dire sur le soin si grave, ai compliqué et si étendu de réprimer les laits nuisibles, de corriger les penchanls anti-sodau, de former, en un mot^ les Lâibitudes qui doivent présider aux relations.

Ou De saurait assez dire quels sont Tintérét et Timpor- Unce de cette tacfae* Pins le monde avance, en effet, plus il s*6agage dans les voies du travail, et pins il a besoin que la poissauce publique i, en génaai de moins çn moins ses tr^lanx, lu procure une sécurité totyoum plus perfidie, el ré* prime de mieux en mieux dans ses babitudes ce qui est de tttore k troubler la paix.

Celte sécurité est pour les peuples laborieux et cultivés la diosedn monde ta plus désirablcSi ceux qui fontde la guerre leur élément, qui passent leur vie an sein du trouble et des alarmes, peuvent à la rigueur s'en passer, il n'eu est pas ûtti de ceux qui travaillent et se civilisent Ceux-ci commencent bientôt à éprouver un besoin croissant de sûreté, et si ee besoin n*esl pas satisfait, il arrive infailliblement qu'ils déclinent Sitôt que la sûreté diminue, le travail se ra- ; les désordres s'aggravant et se prolongeant, le travail •décourage et s'anéle ; les valeurs existantes sont consom- Qiées, la misère lait irruption, la population décroit et devi eut

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de plus en plus rare : ralentissement du travail, appauvrissement, dépopulation, tel est Tenchainement d'effets désastreux qui se manifeste inévitablement partout où la sûreté vient à manquer, et ces effets sont d'autant plus sensibles, que le trouble et le découragement ont plus d'intensité et de dorée.

Il y a eu des preuves de ceci dans tous les pays du monde, et il y en a encore partout où Ton a des violences ou des déprédations h craindre, partout où Ton peut être traité en pays conquis, que les conquérants soient venus du dehors ou qu'ils aient surgi du sein de la population même. Il est digne ' de remarque que les pays prives de sûreté présentent tous un esprit uniformément misérable. Qu'on songe à ce que sont devenues les riches contrées tombées sous la domination des Turcs; qu'on se souvienne de l'état où le régimode la terreur avait, en quelques années, fait tomber la France; qu'on voie celui qu'offre, depuis plus de trente années, malgré son affranchissement, l'Amérique méridionale, en l'absence de tout gouvernement durable et régulier; qu'on pense encore i a la situation que commençait h présenter la France, dans les 1 premières années qui suivirent la révolution de juillet, s(Mê\ l'influence des émeutes, et avant que le nouveau régime eût I suffisamment réussi à les décourager; h la réduction que les consommations subirent; a ce qu'il y eut, quelque temps, d'entreprises ajournées, de travaux interrompus, de fabrications réduites, d'établissements inoccupés, de capitaux qui s'éclipsèrent, etc. Je pourrais aisément multiplier les exemples: rien ne serait moins difllcile que d'en trouver de nombreux et de frappants ('). •• » '.^,1^».. j ir^^u

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0) K., pour l'appréciation des effets (jue produisaient les tU'>4)nlir, dont fut accompagnée, durant plusieurs années, la révolution de i83n, rarticle cxcelléntquc M. Saulnier, dirertcurdeln WetU£? feriT, publiait

M^Jk FORMATION BiiSaAB»irM««^MGWVBIIMKIIfillT. 380

Ed Tabsinee de pMeolioo et de aécuritx^ wsÊkuuM^ leue

biens perdent de leur valeur, et toutes les facultés prolucti^m sentent décroître leur éa^te : avee de la séearité» i u contraire, la valeur de tons les bieMis'acereSf , et toaSes les iaieuhéadevienneuiaelives^et fécondes. À chaque progrès de la sûreté et de la eoniaaee qa^eUe inspire, se développe on surcroît de prospérité , et chaque accroissement de prospérité iwd le masûlten de la aàceté plas désiiaUe et plasaé^ cessaire.

U est împossiUe de ne pas être frappé des progrès qne font l€8 besoins d^eidre, k mesure qae s*étend et se perfectieone

la civilisation. Ces besoins veulent être de mieux en mieux aatiafBttta eemne tons les antres^ et Ton en vient à nSùgm: sur ceux-la comme sur tous : on éprouve le désir d*iiiie jus* lice plus prompte, pins exacte, plus complète ; on demande qtt^eUe soit toujours inieQx dirigée , qu'elle respecte davaii* lage la liberté en maintenant plus exactement Tordre, qu elle maintieiiDe Toidie dans natérél même delà fierté ^qa*elle. le lasse consistera empêcher que nul ne soît tronbM dansrasage innocent de ses Acuités et de ses ressources; enûn, cette sécunté dsns la liberté, on ne veut pas seulement qa'elle soit entière, mais encore qu'elle soit durable, et non-seulement qn^elle acquière 4e la stabilité, mais qu'en s'at^rmissani elle se généralise, que le sentiment s'en étende gradueliement sur de plus grands espaces et sur un plus long avenir, qu'elle permette de plus en phis de s'engager dans des entreprises à long terme et d'étendre partout ses relations. Ces dfIspoBftieBS d'esprit sont la chose dn monde la plus naturelle; elles sont la suite néccssaii^ et forcée des progrès

sous le litre de Bilan de la guerre el des étÈieules^ daus le l. Vil, p. 3 et saW. de la S* série de ce recueil.

360 LIV. IX| CH. vu. LlBEATi INBS AATS QDI TftA¥AIUANl

de la civilisatioA et de la nalure des aria qu^elle développe ; il eslen effet dans la nature de ces arts de ne peavoir efeMie

el fleurir qu'au seio de la paix, et de la réclamer toujours plua entière et mieux afermie*

C'est un effet de la ciytlisaUoo, ii mesure que de Mowiles industries s'installent^ que les travaux se diversi lient, que s*aetivent et se mullipUent les entreprises, et qn'ii »*7 ewgaff de plus grandes masses de capitaux, d'augmenter coutinnellement le nombre des existences vulnérables.

Cest encore un effet de la civilisation , k mesure qu'elle accroît le nombre de ces existences, de les rendre, ea liant d'une manière toujours plus étroite le succès de leofs travaux et l'accroissement de leur bien>étre au maintien de la

paix, de plus en plus sensibles à ee qui peuiia trouUer, et de leur inspirer une aversion croissante pour le désordre. Nws

avons sous les yeux une muiiitude d'exemples généraux et particuliers de cette sensibilité, de cette susceptibilité des populations engagées dans les voies du travail , et de la facilité avec laquelle elles prennent Talanne, surtout k la suite de longues agitations, et quand elles ont éHé souvent privées de cette sûreté qui leur est si nécessaire. Qu'on en juge [>ar les fluctuations quotidiennes du crédit public, par sa mobilité extrême, par Teffet que produisent, pour peu qu'elles soient sérieuses, les menaces de guerre ou de sédition ; et pour ne citer qu'un fait particulier, qu'on en juge par Témotion que causait en Angleterre, il y a quelques années, pendant le procès de Mac^Leod, la crainte d*une rupture avec les Étals- Unis, et Tauxiélé avec laquelle on y attendait des ucuvellieB. c L*impatience était si grande à Uverpeol, écrivait un jav-

nal au plus fort de la crise, que, dès que le South- America^ qui est arrivé le premier, a été signalé, toutes les aâaires oui été suspendues, la bourse et les maisons des principaux né-

Jl 1^ FOBMATION&CSHAB^ilOR. — MKSOUVKRNEWNT. 961

gocianls tout defenueseiitièrenieBtdéserleS) et loin le monde

a couru sur la jetée. »

Eli Boo-seuleoieat la civiiisation, en accroisiiaai iadéâoîment le nombre des hommes qui ne peureol se passer de sûreté, leur inspire ainsi le Lesoin d'une sùrelé toujours plus profonde « mais elle veut encore, ai-je dit, que cette sdreté acquière plus de stabilité et de durée ; car les entreprises auxquelles ils se livrent, exigeant souvent beaucoup de temps, et âani d^ailleurs destinées h se renouveler sans cesse, requièrent naiurellement un repos saos iniermiueoce, et pour aânsi dire sans fin; et elle demande en outre que celte sûreté devienne de plus en plus générale ; car il est aussi essentiel qu'ils ne soient pas troublés dans leurs écbanges que dans leurs travaux ; et, partant, que les populations avec lesquelles ils sont en relations d'affaires, n'aient pus vu non plus leurs spéculations interrompues; que la sécurité univmelie, en encourageaiU toutes les industries, ail rendu faciles toutes les transactions, et, en multipliant partout les produits, ou* . irert partout la voie aux achats et aux ventes.

Ëûiiû, c'est encore un eûel de la civilisation, en affermissant et en étendant la s6reté, de vouloir qu'elle soit d^uue nature toujours meilleure, c'est-à-dire qu'elle coûte de moins en moins h la liberté ; car, si elle est si désirable, c'est dans l'intérêt du travail, qui ne peut pas plus se passer de liberté que d'ordre, et il laut qu'il y ait sûreté aussi dans la possession et le libre usage de ses facultés.

Encore une fois, ou ue peut pas trop dire à quel point tous les travaux, pour se développer, ont besoin de Jouir, au sein

d'uoe liberté loujoui-s moins liiiiiLee, d'une sécurité toujours plus prol'onde, plus générale, plus durable. Cette sécurité, dans ane grande liberté d'action, est le principe même de

Digiii^

302 Liv« iXj en. Yii. LiBËinÉ des arts qui travaillent

leur flkMméfté : spéenhtîons , projets, intelligence, aelivilé,

tout s'arrête dès que la sûreté Tient k manquer.

Combien ëonc n^eat pas importante, surtout quand elle est bien remplie, la mission d'ordre que la société confie au gouvernement, et la classe particnKère d'habHades qo*ii est spécialement chargé de former, la classe des habitudes ciriles, celle des mœurs qui président aux relations! La tâclie du goofernement la pins immédiateest dVréter matériellement tout Irouble, tout désordre, de vider les débats, déjuger les différends, d^assurer Texécution de ses sentences; msàs sa mission plus éloip^iiée, c'est de faire naître, en remplissant bien ces devoirs , des habitudes qui rendent plus tard les mômes perturbations, sinon impossibles, du moitts plus difficiles et graduellemeut plus rares.

Il n'y a pas de termes pour apprécier le bien que fiiit h puissance publique, seulement en arrêtant de fait le cours des violences et des contestations privées, en punissant les malfaiteurs, en forçant les plaideurs h accepter des juges. Le seul fait de celte interveolion, alors même qu'elle ne serait pas de la meilleurs nature, et à plus forte raison quand eiie réunit tons les caiactcies {Vuu service public intelligent et juste^ en même temps que ferme et modéré, est d^ii un bienftit inappréciable, et qui n*est apprécié ii toute sa valeurque dans les moments redoutables où le cours des lois est interrompu, oà l'autorité n'a pas su conserver Tascendant néces* saire pour les faire respecter, et où chacun est exposé au déchaînement des passions parlicutières ou collectives. Ce bienfait eàt tel, que, sans une semblable intervention des poU" voirs publics, non -seulement il n'y aurait de possible ni Iravaii, ni accomolatlon, ni population cfoissanle, mais <|ue la société n'existe qu a condition d'être ainsi secourue, et que

A. 1.A JbOHMATION LES HAB. MOa. — DU GOUVERNEMENT. 363

c^est Ik le premier et le plus grand des services k lui rendis.

Quand donc par son intervention le gouvernement ne ferwl autre chose que réprimer macériellemeut les désordres

€î t assurer de fait robservation de certaines rè^^les, hors des- «luelles il n*y a pas d'existence possible pour la société, il joQèrsit dans la société le rôle le plus important, et y exer« serait la plus salutaire des influences. Mais au-delà de cet'' effet immédiat, il en produit , pair voie de conséquence, on ' second, qui est d'accoutumer les hommes a Tobservalion des règles qui sont la condition fondamentale de l'existence et des progrès de la société, de les former àui habtfndes de la ine civile; et son influence, sous ce second aspect, est d'autant pins digne d*étre appréciée, qu'il ne rénssit véritablement à maintenir Tordre et le bon accord dans la population qo*)i mesnrè qu'il est mieux secondé par les habitudes publiques , et que les règles de justice qu'il prescrit puisent dans Tassentiment moral, et, au besoin, dans l'a^stance' matériello des populations la force dont elles ont besoin pour ' se faire respecter. Aussi peut-on dire qu'en rendant les hommes sociaux, qu'en les façonnant aux bontaes habitudés ci-' viles, il est, sans comparaison, de tous les arts qui agissent sur eux, celui qui leur donne la plus haute valeur, et qui contribue avec le plus d'efficacité et de puissance k tous les développements que rend possible le maintien de Tordre et de la paix dans les relations.

Il faut ajouter que dans un État constitutionnel il n'obtient* pas ce second efl'et de rendre les homilies sociables et d'en former de bons citoyens seulement en agissant sur eux, mais encore en les associant à son action et en les faisant participer k Texercice des divers pouvoirs qu'il exerce : k la pui»-' sauce législative par Tinstilnlînn de Téleclorat politique ef des eor^ rë^résèntâtifs, à l'administration de la justice par

304 LIV. tX, Cfl. VII. 1.IIIKIITÊ »ft6 AKTS OVf TftAVAUJLKPfr

rinlerventioD da jory, à la conservalioii de l'ordre pablic el des lois par rétaMissemeot des milices ou des gardes nationales* On seul en ellet que, s'il les instruit de ieurs devoirs en agissant sur eax par les lois qu'il rend , par ta pnblidité

quMl leur donne et par Tapplica lion parlicuiière (ju'il eu faît^

il doit contribuer plus directemeni encore k cet e&t m 1^ associant k ses actes, et en les initiant aux diiSenkés

tiques du gouverneoient et de radmioistration, de la législatn tion et de la justice. On peut dire qu*il complète par là lear éducation et leur doooe la façon la plus élevée qu'ils soient susceptibles ^e recevoir. 11 ne doit, il est vrai, autoriser c^iie participation des citoyens à Texerciee des pouvoirs publics qu'avec infinio^ent de réserve, et il suffît de dire qu'elle est desU^ée à compléter leur éducation, pour faire sentir qa*^le ne peut être raisonnablement permise que lorsque beaucoup d'autresacquisitions ont dé|à eu Ueu ; mais, sa^s nous inquié^ ter ici des précautions avec lesquelles elle doit être autorisée, répétons que lorsqu'elle Test avec l'ioteiligeoce et la prudence, requises, elle leur est profitable au phis haut degrA, et que s'ils se ibrinent à la vie sociale eu subissant passivement Taction des pouvoirs publics, k plus forte raison y doiveutnils faire des progrès, lorsqu'ils sont aduiis à participer k celle action d'une manière active et directe, . , ,

En somme , je ne crois pas qo*il soit possible d^exagénsr rimporiance du rôle que joue le gouvernemeiu, ni la valeur , de rinfluence qu*il exerce en maintenant Tordre dans ta société, et surtout en y faisant naître les habitudes les plus propres à l'assurer : le respect pour les personnes, pour les propriétés, pour la pleine et générale liberté do travail, pour f inviolable possession de ses iruits, pour la lacilité des Iran-, aactions, pour la fidèle exécution des contrats^ pour ta liberté, des transmissions de i>ieu gratuites, en même temps que des^

Jk FOmiATlON DBS HAB. MOR.— DU G0U?BR1IB1IENT. UO^

aliénations à litre onéreux. 11 ouvre , en faisant naître ainsi les vraies bonnes reiations et les habitudes propres k les entretenir, tontes les sources de ia prosp<^rité sociale, et c'est avec joste raison qn^on ie place au premier et au plus haol

rang des ai ls qu'embrasse réconomie de la société....... Mais

c'est assez nous occuper de sa nature et de son influtaee. Parlons maintenant de ses moyens ; et, après avoir dit en peu de mois de quel ensemble de pouvoirs il se con^pose, vopns qudles applications on peut y faire des prineipaux moyens de puissauce auxquels se lie la libel lé de louâ les arls.

Rien déplus simple et de plus connu, au moins dans son

ensemble, que les éléments dont est formé, et les moyens d'action dont est pourvu Fart élevé à qui est spécialement dévolu le soin de maintenir Tordre, de distribuer la justice, d'entretenir les bonnes relations, et de façonner les citoyens aux habitudes qui les font naître. Cet art réunit pour cela, dans ses mains, quatre sortes de pouvoirs : le pouvoir légi»» lalif, un certain pouvoir administratif, le pouvoir judiciaire, le pouvoir exécutif; c'est-k-dire , le pouvoir qui fait la loi, cdoi qui en prépare matérieHement Texécution, celui qui rapplique, celui qui l'exécute. Chacun de ces pouvoirs, à son tour,en renferme plusieurs autres qui concourent de diverses filons II la fln particulière qui lui est assignée. Ainsi on voit figurer dans le [»ouvoir législatif , là du moins où le gouvernement a revêtu des formes constitutionneiles, des corps électoiiiux, des assemblées représentatives, et finalemenlle pouvoir royal, agissant par fintermédiaire de ministre respoa» aaUes. On remarque dans le pouvoir judiciaire plusieurs sortes d'oliieiers ministériels, des avocals, le ministère public, des jurés, des juges. Le pouvoir adminislralif, en se mélani aux autres pour préparer uatérieUement leur action.

Digiii^cu b

366 UV. IX, CH. vu. UBËaT£ DJË^ AHTS QUI TfUVMUUm

revêt (le son côté diverses formes, et emploie un personnel plus on moins nombreux. Eàûu le pouvoir exécutif , qu'il j^gisse sur des sujets netioean ou quil truite evec des ntlioDS étraogèrcs, quil procède directement k Tapplicatioude la loi ou qu'il ttéeute seulement les décisioiis des Uribonanx, 9 besoin a son tour d'un très grand nombre d'agents, dont . reetioD se produit sous une muiiiiude de formes : le seul fiiit d'exécuter les sentences des tribunaux criminei^à , a mesure qu'on visera davantage, dans la punition des erimes, à la réforme des condamnés, devieiulra pour lui une tâche inimeuse et qui lui demandera le concours d'intermédiaires divers et nombreux, dont Tari existe k peine encore. Mais, quel que soit an reste le nombre d'agents qu'emploient tous ces pouavoirs et la diversité des formes qu*affiMte leur activité, il est aisé de voir qu'ils tendent tous, par des moyens divers, à une :.fin commune, qui est la détermination, sur chaque eboee, des devoirs et des droits de chacun, rappUcalion journalière des qui déterminent ces devoirs et ces droits, et, quand la loi est juste et bien appliquée, un avertissement continuel donné ,l»ux citoyens des laite dont ils doivent s'abstenir, des bornes dai» lesquelles ils doivent renfermer leur activité pour que la, vie commune soit possible, pour que ie cours des travaux et des prospérités sociales ne soit pas interrompu, et, comme conséquence , la graduelle formation des babitudes sociales et l'éiablisaement et l'entretien des bonnes relations.

On remarque sûrement que, dans cette analyse sommaire des pevToirs dont ae compose Tappareil gouvernemental, je ne fais figurer que la portion du pouvoir administratif qui est nécessaire pour la mise en action des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, et que je ne parle pas , d'ailleurs, des an- Ues branches de l'administration, et notamment de celles qttia'appliquenl aux innombrables ohfeto que l'État tient seus

sa tutelle et qu il goiivei ne plus ou moins directement. 11 ne faut paft ^ méprendre sur les raisons de celle lacune. On n^en doit iniSérer oi que jen^ai pas aperçu ce quHI y a de plus c^asidérable et de plus saillant daos notre étabUssement public, ni que je ne compte pour rien ce que d'autres peutêtre seraient disposés à cuuipter pour tout. Je sais quelle est lu place qu'occupe dans rensembie des pouvoirs publics Tadministralion proprement dite. Je sais notamment quelle est l^impof lance et Tétendue de la tutelle que radministralion exerce sur une multitude d'objets. J*ai asscK dit que cette tutelle ne pouvait être légèrement ni abandonnée, ni même modifiée. Je vaisavoir plus d'une occasion de le rappeler dans le cours de ce chapitre. Je suis bien résolument d'avis qu*on B*y doit renoncer que lorsque la ckose est devenue véritablement nécessaire et que tes populations y ont été suflbamment préparées.

Mais, quelles que soient k cet égard Télendueet la sincérité de mes réserves, il suffit que la tutelle administrative ne tende aucunement à la fin dont je m'occupe dans ce cbapilre, pour que je n*aie point à la comprendre dans la nomenclature des pouvoirs dont le gouvernement a besoin pour arriver k cette fin. Or, il est certain qu'elle ne concourt point k

la formation des bonnes ha bit iules socialos. Bien loin de là,

son effet le plus maniliesle est d'en prévenir ou d*en sgourner la formation. Qui ne sent , en effet , que dans les choses

qu*elle soustrait à Tactivité particulière, et dans lesquelles elle se réserve le droit d*agir seule on de ne permettre h per

souue d'agir qu'avec sou autorisation, où il n'y a de volonté spontanée que la sienne, la volonté de personne ne peut se former? Il est possible, sans doute, qu'il y ait des raisons pour retrancher ainsi, au inoins temporairement, de cofw taioeschoses du domaine de l'activité universelle. H est sut-

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