‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 49 sur 80 · UV. IXj eu. vu. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAILLENT I · texte numérisé non relu

UV. IXj eu. vu. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAILLENT I

tout possible qo*il pmisae eommode k Padministratim d*ei I

agir ainsi, et d'empêcher d'user pour éviter qu'on ne mésuse. l Mais ^er k possibilité de mal faire , est-ce accoutumer le 1 monde a bien agir? MeUre sa volonté îi la place de celle des 1 popolatioiis, estH^e le moyen d'obtenir que la iFoloata des po- i pulatimis se forme? Il ne iisiot , pour juger combien la totélle administrative est peu propre à produire un tel effet, qu'exa- I miner comment elle procède et qnelle est la nature de nés prescriplAuns. Je prie de considérer qu'elles consistent à peu près exclusivement en permissions à solliciter, en formalités k remplir, et que toot est bien dès qne celai qui yeat agir s'est mis en règte envers la tuielle; qu'il n'y a d'ailleurs, dans Tensemble du régime auquel il est soumis, rien ou qnnsi rien qui Tavertisse des actions nuisibles et blâmables dont il doit . s'abstenir, et rien par conséquent qui tende à lui donner de | bonnes habitudes civile; tandis que le système tont entier des pouvoirs de répression que j'énumérais tout-à-l'heure a pour ob|et, en l'abandonnant k son libre arbitre et en loi | laissant toute la responsabilité de ses actes, de l'instruire de ce qui est bien, de ce qui est mal, de l'accoutomer à ren* ' fermer son activité dans les limites de Tordre et de la justice, et de lui taire contracter ainsi les habitudes que recommande ' la bonne morale de relation.

J'éprouve le besoin de rendre ceci plus irappant par des exemples, et, en montrant la différence des procédés qa*obsei venl , chacune de leur côté, la tutelle administrative et h ju&tipe des tribunaux, de taire mieux sentir celle de l'iniluence ' qne Pone et Paulre doivent mreec sur les hatntudes sociales des hommes soumis à leur action.

On sait, par exemple , comment procède la tutelle admi- ■ nibtrative, |)our empêcher qu'il ne soit fait abus de la presse Kl où elle est chargée de ce soin. ËUe se réserve ordinairement

A LA FOklfATlOM DES HAfi* MOa.-^BU ttOUYSENfillENT. 368

de deteriiimer ce qu'il sera permis d'imprimer, à qui Timpression sera permise^ par rintermédiaire de qui pourront

avoir lieu la vente et la dislribnlion : Point d imprimeuri) ûi de libraires saos brevet; point d'impression sans déclaration; point de publication sans dépôt; surtout, point de publication ni d'impression sans ejLamen préalable de la censure et sans svtorisation. Telles sont , en abrégé , ses défenses ( * ). Or, qu'y a-t-il là qui soit de nature à instruire un écrivain de ses devoirs, k le former aux règles d*nne bonne morale sociaieî Évidemment rien. Ou i'assujétit à des formalités qui n'ont rien k lui apprendre; on lui été toute liberté et toute respon*

sabilité; uu le soumet aux décisions arbitraires d'uu tribunal secret, défenseur d'intérêts nàobiles, inconnus, probablement peu a?ouables, puisquHIs n^osent s^avouer et s^exposer h l'épreuve de la discussion : loin que de tels procédés tendent à éclairer sa conscience, ne les croirait^>n pas combinés pour empêcher qu il n'acquière aucune notion de ses vrais devoirs?

Tels ne sont pas les procédés de la justice. Elle laisse, d'une part, celui qui veut user de la publicité, k ses propres déterminations ; et, d'un autre côté, elle l'avertit avec le plus grand soin des excès qu'il devra s'interdire : elle lui défend riojure, la calomnie, la diffamation, la provocation au crime, Ik la sédition, k la guerre civile ; elle le surveille attentivement pour voir s'il ne commet aucun de ces méfaits; elle le poursuit s*il s*en rend coupable ; elle le cbàtie si sa culpabilité est reconnue ; elle veille enfin à ce que le cbàtimenl lui loit profitable. Sûrement, il peut y avoir plus ou moins de

F. le régiM qu'avait établi , à cet égard , le décret du 5 février 1810^ qui avait fait de la direction de l'imprimene, delà librairie et de l*eierdce de la ceiiaore, une grande administralion qui 8*étendaità t«it Fempire. V* aussi ce que la loi du ai octobre ISi4 avail eooaervé il«eette législation.

370 liT. IX, CH. vu. LIBERTÉ D£S AUTS QUi TRAVAILLEM

justice et dlntelligence im la création et la mise en oeofre de cet eosembie de moyens; duos ia détermination ou la qoAlifleation des actes défendus, dans le mode de snrveillance établi, dans le système de procédure institué, dans le choix des peines k infligert ^ d^n^ TapplicatioD et radminislratioa de ces peines; mais n*est-il pas évident que, par sa natore, tout ce régime iQod aussi directement k former les habitudes sœiales de ceux qui le subissent, que ie précédent y tend peu? Passons à un autre exemple.

On sait par quelles voies la tutelle administrative eberehe h empêcher quMl ne soit formé aucun établissement de la nature de ceux qu'elle quaiitie d'incommodes, d'insalubres on de dangereux, dans des emplacements oà ih poissent nuire. Elle n'admet pas que les particuliers puisseul avoir à cet égard de volontés, ni qu*il faille les accoutumer k s'en former de justes et de raisonnables : elle ne leur parle, à ce sujet, ni de droits, ni même de devoirs; elle concentre excinsivement leur attention sur des formalités à rempisr, forma- Htés qui varient suivant la classe de rétablissement à créer et ie plus on moins de gravité des inconvénients qu'il présenle. S'agit-il, par exemple, d'élablissemenis de la jiremière catégorie ï elle exigera qu'il soit iait au préfet une demande, que ee magistrat la transmette & tout ce qnHI y a de municipalités dans un rayon de ciiicj kilomètres autour de rétablissement à fonder, qn'elle soit affichée dans toutes ces commnoes, et qu'elle y devienne la matière d'une enquête dans laquelle ehacun, particulier ou maire, sera admis à s'opposer; on consultera les ingénieurs, les conseils de salubrité, les arehi» tectes de la petite voirie ; il y aura avis du conseil de préfecture, avis du préfet, avis du ministre, avis du comité des travaux publics, et tout se terminera fuiaieuieul par une ordonnance arbitraire, rendue en Conseil-d'Ëtat Telle est la

A LA «*Olllf ATION D£S HAD* MOB. —DO OOOVfiRHElIBNT. 371

série de formalités par lesquelles devra passer celui qui voii-

dra fonder un établissement incommode, insalubre ou dangereux, de la première classe. Or, qu'y a-t-il là qui tende à rinstruire de ses véritables obligations, des distances où il doit se placer, des précautions que raisonnablement il doit prendre? Rien. La tutelle administrative se charge de décider tout cela pour lui. Elle u'aiioiet pas qu'à cet égard il puisse jamais apprendre à se conduire, ni qu'elle doive rien faire pour Taccoutumer à prendre de lui-même de bonnes déterminations.

En serait-il ainsi dans Tordre des procédés judiciaires ? Sûrement non. Tout dans ceux-ci, en laissant les citoyens à leur libre arbitre , tendrait h les avertir des bornes où ils doivent s'enfermer. Ils sauraient que le droit qui leur appartient d^exercer leur industrie et d'user de leur propriété ne peut pas impliquer celui de nuire, ils trouveraient dans la loi l'expresse défense de rien faire sur leur propriété qui p6t altérer sensiblemeiit la valeur des propriétés voisines , ou de devenir pour les voisins une cause appréciable d'insalubrité, d'incommodité ou de danger. Ils seraient d'ailleurs Tobjet d'une exacte surveillance, et s'ils ne tenaient pas compte des défenses de la loi, si, par incurie ou par témérité, ils faisaient sur leur fonds des choses qui fussent pour les voisins une eause imminente de dommage, on n'attendrait pas que le dommage lût arrivé pour réprimer cette infraction aux règles de la prudence et les obliger à détruire, à déplacer, à rectifier les ouvrages exécutés. Ils seraient ainsi très directement intéressés à prendre ieui-s précautions d'avance, à s'éclairer de l'avis des hommes de l'art, à s'entendre au besoin ayec leurs voisins, et, finalement, à ne pas s'exposer au danger d'être obligés de détruire m de changer leurs tnrran avaot ■iéme de s'en être servis. Tout, dans la loi et dans l'appli-

372 LIV. IX, CH. vu. LIBERTÉ 0£S ART S QUI TRAYAILLËMT

cation qui eu serait laite, tendrait également à les ÎDStruire de la mesure de leurs obligations, et à leur faire contracter à ce sujet des habitiuies eu harmonie avec la connaissauce des Téritables r^les.

Rien ne serait si aisé que de rapprocher, sur beaucoup d'autres points^ les procédés de la tutelle admiuistrative de ceux de la justice^ et de confirmer par de nouveaux exemples la preuve que ceux-ci sont iniinimeut plus propres que ceux-là, ou plutôt sont exclusivement propres k nous former aux bonnes habitudes de ia vie civile. Mais la proposition paraitsuffisamment établie. Je répète qu*il peut y avoir dans les convenances administratives, dans l'état des esprits, dans Je pli qu'on leur a Ëiit prendre, des raisons sufiisantes pour respecter les règles établies ; mais il n^est pas permis de dissimuler que, sur les points qui restent soumis ainsi à la tutelle de Tadministration, la formation des habitudes sociales est plus ou moins entravée et faussée, et partant qu'il ne saurait y avoir lieu de faire figurer celte tutelle dans la nomenclature des pouvoirs publics qui sont véritablement préposés à la formation des habitudes en question.

Il y a d'ailleurs une raison particulière de ne s'en point occuper ici, dans celte considération qu'elle tend natureUement k s^amoindrir, h se circonscrire. Cest Teffet des4kre* loppemenls successifs de la société. Peu à peu i activité individuelle tend à prendre la place de l'activité administrative. Ce progrès, quelque lent et disputé qu'il soit, et qu'il doive étce, est constant 11 se fait sentir dans toutes les braaehes de l'activité sociale, depuis rexeicice des droits politiques jusqu'à celui des dernières professions réglementées, et, k mesure qu'il s'accomplit, ce qui était jusque-là réglé préventivement par l'administration, tombe sous la surveillance et les répresMons de rautorité judiciaire, qui, en laissant les

A LAPOUATfON DES IIAB.irOR.— DU GOUVfiRNEUNT. {HS

Giiojeus à leur libre arbitre, se boroe k les retenir dans la iBODoe voie quand ils s^en écarteat et k les y ramener quand mis en sont sortis.

A vrai dire, les progrès du gonv^iieiiient consistent surtout dans celle substitution graduelle de ractivilé de la société à celle de radiniûistration,etde ta police judiciaire à la police administrative. Pen k peu des choses que le gon* Yernement tenait directement sous sa main lui échappent , pour tomber dans celles de la communauté ; et dès qu*nne chose jusque-là dépendante de lui vient à tomber ainsi dans le domaine de Tactivité générale, il y a pour lui nécessité d*examiner k quelles actions nuisibles et punissables elle pourra donner lieu, devant quels juges et suivant quelles formes ees actions seront poursuivies, ^ quelles réparations seront tenus ceux qui les auront comtiiises, quelle punition leur sera infligée, comment cette punition sera subie. Ce n'est que lorsqu'elle a été l'objet de ces diverses dispositions, que cette chose, livrée jusque-là à l'arbitraire administratif, commence k être gouvernée comme elle doit Tétre, et les perfectionnements du gouvernement consistent surtout dans eesretranebements soccesstfs du domaine de raii>itraire, et

dans la substitution, sagement el liabilemenl préparée, ;t cet arbitraire, de l'autorité de la loi et de celle des tribunaux, appliqués uniquement k la répression des actes nuisibles.

Sans doute il est fort à soubaiter que la tutelle de Tadminislration, sur tous les points où elle ne peut encore être remplacée par la libre activité du public, agissant sous les regards et les avertissements de la justice, soit bien constitituée et bien exercée ; mais, dans Tintérét qui nous occupe, ce qui importe surtout c'est qu'il en soit ainsi des pouvoirs qui ont véritablement pour mission de former la morale so* ciale ; c'est que la base de ces pouvoirs soit bien placée, c'est-

374 LIV. IX} eu. vu. LlllfiRTÊ U£S ARTS QUI TRAVAIIjLS!!!

à-dire dans les mains de la partie de la populaliau où i'éut de la sooiélé \wi qu'elle ae trouve ; c'eatea outre qu'ils soieai habilement et libéralement constitués; c'est encore qu'îla soieut pourvus d'atiriJi>uiioa& couveuables; c'est enfin et pardesaas tout qu'ils soient eapablea de faire de ces altribationa UQ boa emploi ; c'est-à-dire que le pouvoir législatif sache déterminer d'une manière intelligente et juste les actiaoa qu'il faudra s'interdire, les réparations auxquelles seroui tenus et les traitements que devroat subir ceux, qui.commettxaat ces aetions ; que le pouvoir judiciaire sache faire une appln» cation impartiale et éclairée de ces dispositions aux espèces qui lui seront soumises; que le pouvoir exécutif finalemeoi sache préparer la mise en action do la législature et des tribunauXt et opérer tout à la fois Texécution des lois et celle de& décisions judiciaires. Oecopons^nous donc essentielleraeni de cette partie ioudament^le du gouvernement, et voyons quelles applications on peut y faire des moyens généraux

d'action sur lesquels la puissance de tous les arts repose.

Après avoir reconnu la nécessité de ces moyens jusque dans les arts qui semblaient le moins en comporter remploi, et, par exemple, dans le sacerdoce, il paraîtra naturel sans doute que la même nécessité se manifeste dans le gouvernement, et elle y est en effet évidente. Nous allons voir qu'à l'exemple de, tous les autres arts, celui qui pourvoit à la police sociale et qui se charge de la formation et de l'entretien des bonnes relations, a besoin k la lois des moyens d'action qui ^nnenC aux personnes et de ceux qui se réalisent dans les clioses ; qu'il demande, sous le rapport des affaires et sous le rapport de l'art^ les diverses aptitudes générales dont la nécessité s'est révélée à nous dans toutes les industries; qu'il exige des mœurs privées d'autant plus honorables et surtout une morale de relation d^autant plus juste et plus éclairée.

A IkA JTOAlUTiaN DKS HAB« MOH. — DU Q(MJV£ANK|f£fiV. 375

HU^il a» i>lus qu'aucun, wissiou d'apprendre à vivre il tous ïa» aïKrm; que, d'osé avire pari eofio^ ii lui Cnat^ comiDe à tous^ des ateliers, des cenh es d'action bien situes, bien organisés, polirvttë de divers ordres d'ioftirumenu ou de méedAismes, et où lès ocettpaliooa soient eooveMUeaient séparées et dis* iribuée&

El d'abord nous allons reconnaître aisément qu'il n'est pas é^mn oà soient plus haatement réchmés les divers ordres de talents qui constituent le génie des affaires , et en premier lieu le talent du spéculateur.

S^il est un art, en ettèt, où Ton ait été possédé du déaMO de la spéculation, depuis un demi-siècle surtout, et au roilieu .des psasiofis aisAîlieiises ou euipides que nos révc^tîoiis ont soulevées, cet art est certainement la politique. Nonsealemeot il n'en est pas où Ton ait spéculé davantage, mais il n'en est fOA où les spécaiatioiis aient été habituelleinent pltts irréfléchies et aient abouti plus fréquemmcut à des résailails déiplorabies. Qui poorrait compter dans les pays libres de l'Europe les échecs qu'ont essuyés les partis, seulement depuis cinquante ans? Qui pourrait dire ce qu'il a éliS iait^^égvKàrsmeBt o« irrégulièreHiMt de tentatives de réformes, et combien en noterait-on qui aient ctc iuenées habiienicnt et heureuseaient k fin? Quelles séries de luécomptes, de ié^ boires, d'entreprises avortées, de mystilicalions cruelles? Qnel était l'objet proposé, et quels ont été^ la plupart d^ temps, les résultats obtenus? Combien de violeuees D*est4| pas sorti d'entreprises destmées k mieux assurer les droits de tous? Quels désordres ne sont pas nés de spéculations qui visaient k rendre les relations plus justes, plus régulières et phis paisibles? Que de projets qui devaient bâter le cours de la prospérité générale, et qui n*ont amené que des déjuré*»

Digiii^u

316 LIV. fX, CH. vil. UB£RT£ D£8 ARTS QUI TRAVAlIiLKlIT

dations et des destructions? Ët quels n'ont pas éië les retours d« révolations même les plos heoreoses ? Quelle peine les plus triomphantes n'ont-elles pas eu à trouver un milieu où elles pussent se fixer? Quand s'arrêteront et à quoi s*ai^ rêleront celle de rAmérique espagnole et celle de TEsp^gne? Combien, chez nous» même, où, dès le début, on avant pealr être plus d-ayanee, n*y a-t-ii pas eu, depuis cinqtànnilii^attBv de changements de régime; et maintenant que nous semblons être parvenus ii un régime plus stable , <{aeUe insittWiitfii^ core dans les ministères et dans les majorités qui lea^pnîent,^ et comment ne pas reconnaître ce qu'il teste d?iiÉcfliitii< dans nos principes, quand on songe que, depuis la révolutioo de 1880, nous ayons eu treize ministères en dix us^ tandii qu'en quatre-vingt-sept ans l'Angleterre n'en a eu qnilÉngtquatre (* )? Enfin , dans les réformes de détail qu'ont a»^ treprises, combien d*erreurs encore et de lacune^ «eiNWiiiig' rections? Combien de choses mal commencées et qu'il a fiillu reprendre en sons œuvre? Combien de éièlés qn'm croyait avoir terminées, de choses décrétées et redécrétées^ et qui sont toujours à foire ou à refoire î - * iwMl Et veut-ou savoir d'où sont venues toutes ces déeeptionif de ce que les spéculateurs politiques spécnlaiint^Ëid^de*6s

que les réformes qu'ils tentaient île faire n'étaient presqilfe jamais convenablement et suffisamment préparées. Ces spéculateurs ne savaient pas assez comlrien ils airaiiéiffiië diiiiê^ k e<msidérer, combien ils avaient de précautions à prendre, et quelle distance il y a trop souvent dans lëtt^àrl^^^ rités consacrées par la théorie aux vérités devenues suscep-

. (•) En 87 ans, c'est-à-dire de iftU à F. dans les Mslido 5 septembre 48-41 , la liste chronologique de ces vingt-quatre miabtèret^

▲ LA FORMATION 0£$ flAB.MOA. — W 6aiJY£HiN£M£I«iT. dll

tililes d'application ? Les spéculateurs politiques ont ordhiaîremeai le lort de croire que loiU ee qui esl vrai en droit pourmit être immédiateniest traduit en fliit, ou, plus brièTement, que tout ce qui est vrai est praticable. Us fout proiession de penser qve leji idées les plos justes sout néeessafrement les plus comniunes; que les plus avaocées sont par cela même les plus généralement reçues; que le publie, en fait de loiAr a la science infuse; qu'une muiliiude (l'iiouimes, médiocremeni instraîls en particulier, doivent naturellement former un peuple intelligent, pris en masse ; que la volonté générale ne peut pas errer; qu*on ne saurait, en. conséquence, recon* Battre trop de droits k la généralité des habitants d'un pays; qu'il snttït de leur attribuer de grands pouvoirs , pour être sûr qn^iis en feront un bon usnge; qn^on perfectionne tou* )ours raulorité en en généralisant Texercice, et que le vrai moyen de Tavanc^ est de la faire descendre; que d'ailleurs, alo»$ même qu'une nation est peu avancée, on peut suppléer aisément par rémotioo à ce qui lui manque de iupûèresi la moraliser en Texaltant, lui donner des vertus par ordonnance» suppléer aux moeurs par les lois, neutraliser les vices du iond par Padresse et la subtilité des formes, et, alors même qu'elle serait dominée par le plus âpre égoïsme, la constituer de si bonne sorte, qu'elle agissexomme si elle n'était déterminée que par la considération désintéressée du bien général ( * ). C'est ainsi que les spéeulateurs raisonnent. Ët quels ei^em*

(') Il faut , disait Tabbé Sieyès , que, dans la décadence même des tnœurs politiques, lorsque Tégoisme parait gouverner toutes le'^ nmos, il faut, diS'je, gue, même dans ces longs intervaltes, l'astemblée d 'une nation toit telUment coMtiluée , que les intéréis pairiiculiers y retient itolés, et que le vœu de la pluraliU y Mt*l ta^auTê cm[orme on bien général. Cet bffbt bst assuré si là constitution bbt smea» fuu. {Qu'est^e qtte le Tien-tM? p. 90», Paris, iSSS.)

378 UY. CH. vu. UKRTÂ »SA iMS QUi TRAVAILUfillI

pics n'out-ils pas tlouûé, de dos joui^, de ces divers écarls! Quelles espérances, depais m demi-siècle, n'a-l*oii pas feadi sur l'exteDsion des droits politiques, abslraclioii laite de i'ap- Utude Batajrelle et de rexpérieoce acquise des populations? Que n*a4HNi pas atteadu des déehrations de droits? Quelle UÀ n'a-t-oQ pas placée dans Tartifice des formes consiUU'^ UonneHes? N*esl«iï pas mi qu*on fail dépendre, a^nt toni, raméiiui aiioa des pouvoirs publics de Fappel d'uu plus graud nombre de citoyens à réiectorat, à Téligibilité, et en géaéiai d'une parlîcipation plus étendue des populatioiis à l'exercice des divers ponv<Hfs que le gouvernemeni embfassOi? jSiQft)4l pas vrai qu'en accusant les gouvernements de demeurer en arrière, on vise toiyours davantage k &ire partir le mouTO* ment des réformes des classes les moins avancées? IfesMI pas vrai qu'on croît à la possibilité de suppléer par des aiv tificesd*organisatioD kee qu'il peot leur^manquef de lanûèrea et d'expérience? N'estrce pas ainsi qu ou procède a peyajpès. partout depuis cinquante ans? Les peuples de rAmérique paguole ij'avaienl-ilspascru iermemeiu qu'il leur suilisaiide décréter cbez eux les constitutions des Ëtats«*Unis pour j: établir des gouvernements pareils k ceux de l'Amérique septentrionale, et avaient-ils songé le moins du monde à la diffr. férence morale des situations? Enfin, ne tombe-t-OD pas plm^ ou moins partout dans des erreurs du même genre, et quand, on tient en général si pén compte du véritable état des populations, iaui-ii s'élonner des graves échecs qui sont au bout de tant de folles entreprises ?

Le vice fondaiiieiUal de la plupart de ces spéculations est de ne pas distinguer suffisamment ce qui p^ut être désira|>l^ en droit de ce qui en fait est praticable , o«<*ce qui est pra» tieaUe maùiteoant de ce qui ne le sera que dans un avenir plus OU moins éloigné. v . i->", .

A I«A FORMATION DES Ii^kB«'llOII. — DU GOUV£ftN£MENT. 379

Les réformateurs qui demaudent Texteusion des droits ,pa^ litiques se fondent sur des banalités presque toujours excel* lentes en piincipe, théoriquement très vraies, mais qui, daus la plupart des cas, sont sans application possible, ou du moins actuellement possible. Comment croire , par exemple , à la nécessité actuelle parmi nous d'une extension des droits politiques, quand, dans les élections poliUques, les plus importantes de toutes, il manque babitueUement un nombre si considérable d'électeurs? quand le nombre des absents est en* core plus graud dans les élections inférieures ? Et comment crotre qu*en abaissant le cens on trouverait plus de zèle , lorsqu'il est officiellement établi qu'à mesure que le cens s'abaisse, l'indifférence s'accroit!

D*un autre edté,Ies réformateurs qui désirent Toir les pouvoirs, publics libéralement et habilement organisés, expriment k leor tour un vœu qui est théoriquement fort raisonnable; m^is qui est inûnimeot moins sensé, c'est de croire qu'une certaine organisation des pouvoirs publics sufi^ait pour neu-. traliser les vices des éléments doul oo les aurait formes. Réu-, nissez beaucoup d'bommes, disait Franklin, et vous réunirez inévitablement avec eux ce qu'ils peuvent avoir d'ignorance,

de passions^ de vices, de travers d'esprit de toute espèce» Nulle habileté politique ne pourrait faire instantanément d*nn peuple ce qu'il n'est pas. Plus ou lui donnerait des institutions libérales, et plus au contraire il s'y montrerait tel qu'il est. Il n'est pas d'artifice, d'organisation, Fexpérience l'a assez prouvé , qui eût le pouvoir de lui épargner upe sottise ou une violence (}ue ses instincts ou le calcul mal éclairé de ses intérêts le pousseraient k commettre. Quoi de plus Juste , théoriquement parlant, que la demande de raboUtion de Tes* clavage, et quoi de plus libéral, d'un autre côté, que les constitutions États-Unis? A-t-il été néanmoins au pouvoir

380 LIT. IX, CH. Vn. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAIIXENT

de ces coDstitutions d*assurer aux aboiuiooistes rexercîce de lear incontestable droite ou même de préserver lenr sèreté, et n'oni-ils pas été impunément poursuiTis, traqués,, lapidés, d'un iM>nt de TUnion à l'autre? Je ne cite que cet eiempie, et j'en pourrais citer des milliers. Une libérale organisation des pouvoirs publics, en principe fort désirable, ne répond h elle seule de rien, et les spéculations sar la forme de ces pouvoirs, abstraction faite de la nature des éléments dont ils sont formés, sont le leurre le plus grossier qu'il soit possible de présenlerli des hommes raisonnables.

£tttio, les spéculateurs politiques qui veulent laire servir les pouToirs constitués li la réforme de tel abus ou k rétablie sèment de tel principe, peuvent, en cela sans doute, entreprendre une chose excellente théoriquement Mais si l'abus attaqué n'est pas suffisamment ruiné dans les intelligences, ou si Je principe qui doit prendre sa place n'y est pas suffisamment établi, il nV aura guère poar les auteors de cet essai de réforme prématurée de chances de succès possible, et l'entreprise, excellente en théorie, ayortera très probablement à l'application.

Qu'il s'agisse donc d'élargir la base des pouvoirs publics, de les mieux organiser , ou d'en fsûre les applications plus éclairées et plus libérales, il ne suffît pas de rechercher, comme les novateurs politiques, ce qui est désirable en principe , ii iaui tenir le plus grand compte de ce qui est praticable en bit.

Il semble en vérité qu'on n*ail jamais remarqué k quel pomt diffèrent ces deux ordres de recherches. Il faut pourtant prendre garde que les procédés de l'esprit n'y sont nullement pareils. Et en effet, tandis que le théoricien qui cherche ce qui est vrai , lait abstraction de toutes les circonstances , le praiicien, pour an ivor à la vciité, c'csl-a-dire pour disccr-

A. LA FORMATION DES HAB. MOR.'—DO GOUVERNEMENT. 38i

nar ee qui est réeUemeiit pratieaMe» est obligé, lai, de tenir

«w:;ompte de toutes les circonstances, et d'examiner quelles scNit, des vériiés qoe la théorie easeigne, eelles qui ne reiH «montreraient pas trop de résistance dans les faits*

Sûrement les deux espèces de reclierches sont fort essentielles, et si un spéculateur sensé doit tenir compte a?ec le plus grand soin de la situation actuelle de la société, et ne rieo tenter au-delà de ce que sa situation comporte, il ne doit pas se préoccuper avec moins d'attention et de solliciiude de sa (in, de ses tendances généi^aies et des lois naturelles de son déyeloppemeni*

Rien, je Tavoue, ne me paraii moins digne d'un praticien éclairé et prévoyant que de parier légèrement des vérités de théorie, que de les reléguer parmi ces vérités qui ne sont bonnes que pour les livres, qui ne valent rien pour la conduite des affaires, et de ne consentir k leur rendre hommage en principe qu'à condition de n'en jamais tenir compte en fait; à peu près c<Hnme ces honnêtes débiteurs qui ne mettent un certain empi essemnt à reconnaître leur dette qu'à condition qu'on se tiendra ainsi pour satisfait, et qu'on ne poussera jamais Texigence jusqu*à vouloir que la dette soit payée.

Non : un homme d'État avisé ne rend pas seulement

liomiuage aux saines ihéories; il lend encore, autant du moins qu'il le peut avec sûreté, à se rapprocher des direc* tiens qu^elles indiquent ; il n^a accompli entièrement sn tâche que lorsqu'il a travaillé avec une égale sincérité à démêler les vérités applicables et à en préparer de loin l'application.

Mais notons bien et proclamons avec fermeté qu'il ne doit procéder à l'application des vérités, même les plus saines, alors surtout qu'elles n ont pas été éprouvées, qu'avec une

Digiii^

8SS LIV. ni, CH. m. UBËRTÉ DBS ARTB qui THATiilUBKT

extrême réserve el ea mé&ageaot les transitions avec le pli» grand art.

li n'y a d'bommes d'Etat complètement dignes de ce nom que ceax qni joigne k beaucoup de lumières oicore plus d'expérience, et qui, théoriciens émérites, sont, en outre, des hommes d'exécution très habiles et très exercés.

Un réformateur politique a deux tâches essentielles à remplir : préparer la société à tons les biens désirables, faire actucllemeDt le bien possible. Mais s'il doit toujours tendre m mieux (tesirable, il ne doit jamais tenter actuellement que le bien réellement préparé*

Le comble de la démence serait de proposer à un gouvernement sage de se placer k la tète des esprits novateurs. Un gouvernement ne peut gouverner qu'avec les idées qui gouvernent, avec des idées qui aient acquis une grande et incontestable majorité : n'est-ce pas assez dire qu'il ne pourrait tien avec des idées nouvelles, et qu'il doit s'en éloigner avec soin ? Un gouvernement doit se tenir loin des nouveautés, même alors qu'elles sont justes, et uniquement parce qu'elles sont des nouveautés. De ce que des idées universellemeoC reçues aujourd'hui ont été des paradoxes autrefois, u'ajous pas la folie d'inférer qu'il pourrait gouverner par des para* doxes. Son devoir, au contraire, est d'écarter les idées paradoxales, même les plus heureuses, jusqu*k ce qu'elles aieot eu la gloire de devenir des lieux communs, et d'attendre qne les prmcipes justes, mais nouveaux, professés par quelques esprits d'élite isolés, soient passés à Tétat de persuasioD générale.

Ën d'autres termes, c'est au milieu des idées qui dominent

qu'est la vrai place de toute domination. C'est là que hû cemoiande de se tenir, non-seulement la prudence, nuis encore, notous-le bien, la justice. La justice, en eUet, ne

^ LA FORMATiÛiS DES UAB. MOH. — W GOUVËEiNËEgNT, 383

pM €fiie la minorité govirerne. Eb vain aHépieraH-eHe

la bonne foi et la feimelé de ses convictions : la majorité, amtremeDt impres&ioBnée qn^elle, pourrait se dire et être eo «ffel tout aussi fermement convaincue, et elle aurait eu outre l^aTOntage si décisif d*étre la majorité.

En Tain encore la minorité remarquerait^elle que la raison a toujours commence par être en minorité : on lui ferait cette réponse péremptoire que de ee que la raison commence toiH jours |)ar être en minorité, il ne s'ensuit pas que la minorité a toujours raison ; on lui dirait que si la minorité a raison c'est II eHe de le faire voir, en tlcbant a forée de bon sens, de bons arguments, de zèle, de paiience,de désintéressement, de courage, de persévérance, de faire passer le grand nombre de son côté; on lui dirait eniin que, fùt-elle la raison même, la minorité ne mérite d*avoir raison qu'après s'être lait reconnaître pour ee qu'elle est, après s*êlre rendue familière aux intelligences, après avoir convaincu les moins éclairées et les plus défiantes de la justesse et de la pureté de ses Tues^ après avoir lentement, pénii>iement, laborieusement conquis la majorité.

C'est faute de vouloir se plier à ces règles élémentaires de bon sens et de justice, et parce qu'ils s'obstinent à en suivre de tout opposées ; parce qu'ils refusent de distinguer ce qui est vrai de ce qui est praticable; parce qu'il leur convient de tenir pour praticable tout ce qu'ils trouvent leur compte à faire passer pour vrai ; parce qu'ils ne veulent pas se donner le temps de vérilier, de mûrir leurs idées, de les accréditer, d'en préparer sagement Tapplleation ; parce qu'ils ne songent qu à forcer la marche des choses, qu'à faire des surprises à l'opinion, qu'à eialter au lien d'instruire, qu'à remplacer les voies lentes de l'examen et de la discus8i<m par leseoireprises héroïques et les procédés expédiliis; c'est, en

384 UV, IX, CH. Ml. LlBlùK'Kk. D£S AHTS QUI TAAVÀiLLEHT

un mot, parce qu'ils spécnleiit mal, déplorablement mal, qoe tant de spécalaleurs politiques échouent Je reconnais volontiers qu'il n*est pas d'art où Ton voie tant de désappoinlewents, de decoaveûues, de désastres, de forces perdues» d'entreprises avortées; mais on avouera qu*il n'en est pat ek l'on se livre à plus de spéculaiioos folles et que si les échecs y sont innombrables, ils y sont, en outrei presque toujonn mérilés.

Reconnaissons donc que s'il est un talent dont le beaoia s'y fasse sentir, c'est celui que dans tous les arts noos avons placé en première ligne, le talent de la spéculation, ! e'estrk'dire le talent de discerner les choses qu'on peut rai- ; sonnablement entreprendre, les idées justes qu'on peut cher- ! cher k accréditer, et, parmi les idées justes plus ou moins accréditées, celles qui sont devenues assez familières, qui ont obtenu un assentiment assez ferme, assez éclairé, assez général, pour qu'on puisse, sansinjusticeetsans imprudence^ essaya de les convertir en lois.

Autant il en faut dire de cette autre partie du génie des | affaires que nous désignons par le nom de laienis administratifs. Il n'est personne qui ne sache k quel point ces tahals sont nécessaires au succès de toute réforme, au triomphe de toute nouvelle loi. C'est peu de ne décréter que des choses justes, sensées et tenues h bon droit pour praticables, il faut encore savoir en préparer habilement la mise en action, la réfoirme la mieux conçue échoue, si elle n'est organisée avee une certaine intelligence et convenablement pratiquée* Combien d'excellentes innovations qu'on a rendues vaines, dau tous les temps, par la maladresse ou la uégligeuce de la mise en œuvre? Qu'imp<Mrierait de prodamer la liberté la pl« légitime, si l'on dédaignait de ju evoir les délits qu elle pourra servit* à commettre, et de décider ccmuuent il sera pourveà

A LA FORMATION DES UAJ». MOa. — OU GOUV£RNEM£NT. 385

larépresâioQ de ces délits, ou bien si, ces précdutions ayaol été prises, on négligeait de 8*en servir et même de faire matériel! ement les dispositions nécessaires pour cela? Que pouvait devenir la liberté, qu'on a quelque temps tolérée, des représentations théâtrales, en l'absence de toute disposition faite pour en réprimer les excès? Que serait devenue la liberté de la presse sans les lois qui ont été rendues pour forcer les écrivains à en modérer r.usage, et sans Tensemble des mesures qui ont été prises pour réaliser Texécution de ces lois ? Je n'insiste pas sur une vérité uaturdlement évidente* Le premier besoin de tout réformateur est, sans doute, de ne rien précipiter, de spéculer toujours avec sagesse; mais une autre condition, non moins indispensable au succès de ses réformes, c'est qu'elles soient bien administrées.

Mepermettra-t-on d'iyouter qu'au taientde Tadministrateur il est essentiel qu'il réunisse, ainsi que tout autre mitrepreneur, celui du comptable, pris dans uue acception très élevée, et qu'il doit savoir apprécier avec un haut discernement le produit et la dépense ï La proposition, singulière en appalenee, est au fond essentiellement vraie. Il n'y a pas à en douter, le spéculateur politique, ainsi que tout autre spéculateur^ ne doit pas seulement être en état de juger si la chose qu'il veut entreprendre répond h un besoin réel de la société, et avoir en outre le talent de ia mettre en œuvre, il faut aussi qu'il soit capaUe de juger si le produit vaudra ses frais. La réforme k laquelle il songe aurait, il le croit, de boas effets ; ia majorité des hommes instruits en jugent de même, et ils la désirent ainsi que lui. En est-ce assez pour l'entreprendre? Peut-être non. Si, pour opérer ce changement, en apparence Si d^irable, il y avait eneote de forts obstacles à surmonta, s'il fallait s'engager dans des luttes longues et peut-être meurtrières, risquer la vie d'un bon nombre de dtoyens»

a80 UV.IX. CH. vil. LIBËRTÉ P£S ARTS OUI TKAVAILI«ENT

troubler la paix de beaucoup d'autres, interrompre le cours paisibie des idées, éveiller dans les cœurs les passions bai'» Muses, diviser peut-être pour longtemps divenaadMttsMe la société, il se pourrait que laréiorine parût ch9èi^4<A faut qu'il soit en état de Tapprécier; il le faul, même ahH»i|i>^ \ les esprits y sembleraient le mieux préparés, et qu'il j^^ç£<^i-. rait pas avoir de si tristes résultats à craindre; il esIboi^^MS tous les cas, qu'il sache ouvrir k Tenlreprise un compte intelligent et régulier qui fasse connaître ce qu'el%f^iiQ^. ei ee qu'elle rapporte, non pas seulement en francs el^w cea-^ times, bien que ce côté du compte ne soit uuUement à dédair gner, mais en toute sorte de biens et de Okaui; «pgi'ii ianBlw la orédilerde tous les avantages qu'elle prœnre, h 4ébiH0r de tous les inconvénients qu'elle entraine; et S0 «MÉtrai» |!fr cette sorte de comptabilité morale en partie double, eo état de l'apprécier sous tous les rapports, de juger <psii:< où^^^ll^ réussit et par où elle pèche, en quoi elle mérite d'être maintenue et dans quels points elle aurait besoin fi'ftrft rnn\ifi<tfti Tous lee talents qui constituent le génie dès affaires^ eiMi du spéculateur, celui du comptable, celui de Tadministrateuc, trouvent ainsi l'application la plus direcle dans i'ari qui a pour mission spéciale de l egler les relations, deforaà^ les habitudes sociales, et sont le premier orére de aiûfÉi|i dont le gonvernement ait besoin pour agir avec sécurité et avec puissance, notamment pour procéder k la réforoaâ itcn divm pottvoin qui le constituent

Noos n'éprouverons aueune diffieulté à reeonnattre, em, seeond lieu, la tbrce qu'il puise dans les moyens qui tiemieiàt 4 Fart, el^ avant tout, dans les noiiotts teclioiques, dans ce que

nous appelons la connaissauccpralique du métier. N'ea dépiaiae à certaines préoccupations, qu'on pourrait à bon droit

A. I.A FORMATION DBS HAB.IIOil. — DU GOUVERNEMENT. 387

qualifier de fiédaiitesques, œ mo3feo est de tous ceux qui

tiennent à Fart celui qui est le plus nécessaire , et il ifest pas douteux que, pour participer d'une manière intelligente à une branche quelconque du gouTernement, et par exemple a la confectiou «ies lois et ù l'adiniQistration de la justice, la connaissance expérimentale du sujet sur lequel doit porter la loi, celle de la léi^islalion exislaiile, et celle de Tapplication qu'en font journellement les tribunaux ne soient iniiniment préférables k toutes celles que pourrait posséder le plus grand docteur in ulroque jure. Que valent pour les adaiies une bomie partie des études juridiques imposées à renseignenieiU public? J'ai entendu déplorer loaintes fois le déclin où l'on avait laissé tomber dans les écoles la science des Bartole, des Dumoulin, des Cujas, des Domat, et les discM'sions ardues auxquelles on s'y livrait avant qu'on ne fût sorti du chaos d'où a été dégagée avec tant d'efforts la législation existante. Mais sonl-ce là, en elVei, des choses très regretter, et, dans le nombre de celles qu'on y enseigne toujours, n'en estril pas encore un bon nombre qui n'offrent qu'un intérêt de pure érudition? Pourrait-on même allirmer que l'étude qu'on y fait, du point de vue de la- théorie et avant toute expérience acquise , de la législation en vigueur, est d'une véritable utilité pratique, et peut être considérée comme une préparation très convenable aux travaux de ra|>plication i irouverait-on, parmi les gradués qui en sortent, beaucoup d'hommes qui pussent s'engager sans embarras dans la conduite des moindres ailaires? Les véritables hommes d'affaires ne sont-ce pas toujours ceux qui les ont pratiquées, qu'ils aient ou non figuré parmi les laur^ts de ïiùùoie i et pour la proposition de la moindre loi, pour la eonduilede la juridiction la moins ia^>ortaata, ne devraM^on pas préférer au docteur le plus érudit et le mieux stylé des

Digiii^u

38li UV. IX. eu* vu. UB£Hl4 1>LS ABTS QUI TRAVAU^LfiNY

hommes rompus à rapjilicaliou des lois établies, ét vérjiabltment instraits des difficultés de la pratique? Oui , sûrement, et c'est bien ainsi qu'on en nse. L^expérience, en effet, a raraboodaaiiueal prouvé que la science, Tétude, Tespritelses plus nobles facultés ne pouvaient tenir lieu d'une certaine pratique, et, qu avaul tout, la conduite des affaires réclamait des hommés accoutumés à les manier.

Entendons-nous néanmoins sur ces mots de praltl^el d'affaires, et, tout en convenant que le talent que les allaires réclament le plus impérieusement, sous le rapport de Tart, c'est de savoir couimeut les ailaiies se traitent et d'être en état de les faire ainsi qu'elles se font, n'allons pas croire qu'un empirisme sans lumières, quelque exercé d'ailleurs el quelque délié qu'il pût être, suffit à les bien diriger. Qui ne sait combien une politique d*expédients est peu propre k ter* miner les difficultés qu'elles préseuient? Qui n'a eu, bien des foiSf occasion de le reconnaître dans le cours des débats auxquels nous assistons depuis cinquante ans, et (juel est l'bomme d'Etat un peu expérimenté à qui sa pratique n'a pas appris que les affaires ne trouvent finalement leur solth tiuu que dans la conuaissance et l'ap|jlicatiou des véritables ^> principes? On en a eu la preuve dans la question de k presse et dans les longs efforts qu'il a fallu faire pour en aplanir les difficultés» Combien de temps n'a-t-on pas tourné autour de la censure? Que n*a-4.-on pas tenté pour échapper k la nécessité de 1 abolir? et comment a-t-ou mis lin néanmoins aux débats violents que cette question faisait naître, sinon en consentant a appliquer a la |>resse les principes du droit commun? De quoi ne s'est-on pas avisé, durant ces der- « 'sières années, pour découvrir le moyen de favoriser injuste* meut les sucres mdigènes,^ns nuire aux sucres coloniaux, et quel a été l'efifet de tou^s expédients, en apparence si

A. L,A. rORMATlOM UiùS UAB. MOR. — DU GOUY£RM£Mli:NT. 389

babiles, sinon de compliquer et d'aggraver outre mesure les

difficultés de la question? Qui n'a été forcé de voir finalement qu'il n*y avait d'autre moyen d'en sortir que d'en venir k Tapplication des principes de justice ordinaires, et, en laissant vivre les deux industries, de les soumettre à des droits égaux ? Mille choses pourraient donner lieu h des remarques du même genre. Tout conduit à reconnaître que les questions résolues par des expédients ne sont que des questions ajournées, avec aggravation des difficultés qu'elles présentent. Il n'est au monde rien de pis que de considérer les srîences sociales comme des sciences sans principes, où il u y a à se préoccuper que des intérêts du monieiiL La conséquence est qu'on se met à la merci d*une multitude d'intérêts contraires, qu'on entretient ces intérêts dans un ctat de lutte incessant, et que, pour essayer de les contenter tous, ' on se jette dans des complications misérables d'où Ton ne sait ensuite comment sortir. Pour juger au surplus de la justesse de ces remarques, il suffît de considérer un peu ce qui arrive là où les gens de pratique ont la prétention de tout concilier sans se préoccuper des questions de principe, et de Toir dans quel inexprimable confusion jette les affaires la pratique amsi entendue. En proclamant que les connaissances pratiques sont, dans le gouvernement, le premier moyen d'à ri nécessaires, reconnaissons donc que là, comme ailleurs, et plus qu'ailleurs peut-être, il n'y a de pratique digne de ce nom que celle qui sait où elle va, qui a Tintelligence des principes et le sentiment de la force qu'il est possible de puiser dans leur application. Certes^ s'il est un art dont de saines théories puissent afl'ermir la marcbe, en l'éclairant, cet art est la politique.

Et qui pourrait nier, en effet, que, depuis un demi-siècle,

le progrès des théories sociales n'ait puissamment contribué

31K> LIV. IX, CB. VII. LIBERTÉ DES ARTS QUI TRAVAti*i.£9iX

pui tui nous aux progrès du goaveriiemenl? On doit à ces théories d'avoir beaacoap mieiu placé le pouvoir» de loi avoir donné nne assiette pins forte, d*avoîr fait partir le luouvemeut des réformes qui! opère d'une base plus lai^ et plus assorée. On lenr doit aussi d'avoir renienné ses attributiousiians des limites mieux determioées et plus iégîiiiiies. Oa leur doil enfin de Tavoir conduit à faire de ces attriba* tions un usage plus juste et plus éclairé. Que de torts redressés chez nous depuis cinquaule ans, grâce au progrès des théories sociales! Que de causes de divisions supprimées! Que de sources de procès taries! Que de luttes et de querelles pacifiées I Qui ne voit les améliorations que ces tJbéo* rios ont iQtroduites, non-seulement dans Torganisation des pouvoirs publics, mais eacore dans toutes les branches de la législation auiquelles Taction réformatrice de ces pouvoirs a été appliquée, dans la législation civile, pénale, adoiiiiistrative, économique, et ce qn*il en est résulté de perfeclion* nementsdans tontes les relations? 11 n\ a donc pas à mettre en doute que les saines notions de théorie n'ajoutent beal^conp ici aux pouvoirs de la pratique ; et si la première chose à souhaiter dans un homme publicc'est qu'il soil un praticieo inlelligeot et exercé, qui ne sent combien il auYa plus de va* leur et de véritable apiilude aux afiaires si, à Tavantaiie d'être un homme d'eikécution habile, il joint celui d'être, au point de vue théorique, un publiciste, un jurisconsulte, na économiste véritablement éclairé?

Toutefois, en indiquant ainsi que les saines théories 80«* ciales peuvent puissamment coniribiK r au pei lodionnement du pouvoir, ne négligeons pas de dire à quelles conditioosi et faisons soigneusement remarquer avec quel art et quelle prudence les théories les meilleures ont besoin d'être appliquées. J'ai êBÂi asM voir daas tout le cours de cet ouvragOi

W l^A FORMATION DES UAB. MOB. — DL GUU YLBiNLMENT. 3U 1

5e qti*il falknl attacher dlmportance à ce taleat des applicatians» Celle quUl possède dans l'art élevé qui nous occupe ici est peat«dtre supérieure k celle qa*il oous a para ayoir dans

tous les autres. Autaol de bonnes rétonnei, sagement préparées et pratiquées, ajoutent k ia force du gouverneBieat, auliiiii raflkîblitseiit et loi deriennent presque toujours falalea les théories» même les plus saines^ appliquées sans ménage* ment. Ceci est une vérité que les novateurs n*ont jamais asses seuiie. Si le pouvoir se donne souvent le tort de contester des vérités ttiéoriquement incoutestabies, les novateurs oat bien plus fréquemment 'encore celui de vouloir en précipiter ou en exagérer l'application. J'aurais k citer des exemples dans nombre de ces deux sortes d'écarts et du dernier surtout, car c'est surtout dans les applications qu'on s'égare, Je l'ai fiiit asses sentir plus haut en pariant du talent de la spécalatioii et des folles entreprises des partis. Le gou venus* ment lui-ménie, dont le disposition la plus nalurelie est de maintenir les idées reçues et de résister k Tesprit dlnnova** tion, n'est pas toujours k cet égard exempt de reproche, il est parfois des questions dans lesquelles il se montre plus impatient que les novateurs eux-mêmes; et il se porte à certaines améliorations et k certaines réibrmes, avec une précipitation dont les esprits les moins sages auraient le droit de s mqaiéter. Je n'en veux pom preuve (juc ia mise en œuvre de ees théories, dans lesquelles, substituant son action spontanée et systématique à l'action ienie, inégale, et en apparence irrégnlière de la société, il entreprend quelquelois de développer simultanément toutes les portions du plus vaste terntoire» d'exécuter de certains travaux uniformément partOQt, de rendre lettrée, dans un temps donné, une nation prise en masse, de faire passer par un seul acte, des populations nombreuses des travaux forcés de ia vie servile au

392 LIV. IX, CH. Vil. LIBERTÉ I>ËS ARTS QUI TAAVAllX£2<iT ^

trayail YolonUiîre de ta liberté, et taules les. choses pitn m

moios capitales, qu'il essaie d'accomplir ainsi d'uae maaiere trop générale oa trop spontanée. Mais ses plas grandes erreurs en ce genre ne sont rien en comparaison de celles auxquelles ne cesse de le pousser Tesprit de réforme mal préparé. Cest en effet de ce côté que viennent les tentatives d'application les moins sages, et rien n'est comparable à la folie des demandes que les novateurs lui ont adressées dans tous les temps, et de nos jours peut-être plus que jamais. Je n'essaierai point de dire ce qu'il y a eu it imputer de maux, dans le cours de nos dernières révolutions, à leur inexpérience et à leur fougue. Un'estpasdouleuxquelesplusc^randas difficultés de notre temps ne viennent encore de rétendue et de la précipitation des entreprises qu a faites chez oens, il y a cinquante ans, Fesprit de réforme, et des forces démesurées qu'il a fallu donner, pour les accomplir et les protéger, à Fautorité centrale. Il n'est pas douteux non plus que le discrédit où est tombé pour longtemps Tesprit de réforme ne soit venu de Tusage immodéré qui en a été fait alors et depuis. C'est surtout de cet abus qu'est née la défiance qu^inspirent aujourd'hui les théories même les plus saines et les mieux établies, défiance telle qu'il n'est pas un homme public, un peu jaloux de sa réputation de praticien, qui ose confesser une vérité toute entière, que les doctrines les plus sûres ne sont reçues qu'avec toute sorte de réserves el de

restrictions, que la meilleure théorie qu'on ne juge pas suffisamment apphcable est combattue comme non vraie, et qu'on ne consent k 4a tenir pour vraie que dans les points où l'application eu est devenue inévitable. Tandis que la raison voudrait que, dans les sciences sociales comme dans les sciences naturelles, ia vérité scientifique lût reçue dans toute son intégrité et abstraction faite des questions d'applicatîooi

ÎLA FORMATION D£SUÀB. MOR. — DU GOUV£RNËMfiNT« ^93

aiosi qu'il fut arrivé sans doute si les réioroiateurs, mieux iRstnuts des règles de leur art, avaient procédé aux applications qu'ils oui opérées, avec plus d'habileté et de sagesse. Certes s'il avait toujours été fait un départ exact des qaestioDsde tbéorie et de celles d'application, et s'il avait été bien eoteadu que rapplicatioo des théories les plus vraies devait se décider moins par des raisons dédattes de la théorie, que {MIT des raisons puisées dans ia pratique, qu'avant de songer k mettre en pratique les principes même les plus sûrs, il élait indispensable d'examiner si les faits n'opposaient pas trop de résistance, et si les hommes et les choses y avaient

été suftisammenl préjiarés; si Ton avait, dis-je, ainsi proctdé, nous n'en serions pas ou nous en sommes, on ne verrait pas tant de pratidens médiocres nier ou ne reconnaître qu^en les défigurant les vérités scieniiliques les mieux établies. On aeeepterait la théorie sous l'inviolable réserve des questions de pratique, et comme ia pi aiique, dans ses applications, se tiendrait beaucoup plus près des faits, elle ne compromettrait pas aussi souvent la vente théorique. Plus donc les saines théories sont indispensables aux progrès du gouvernement, et plus il importe qu'elles ne soient pas compromises par des applications inhabiles ou prénoaturées, et la chose est d'autant plus essentielle k observer quMI n*est pas d*art, je le répète, où Tappiicatioa soit tombée dans de plus graves écarts.

Je sens à peine le besoin de faire remarquer de quelle nécessité y sont les talents d'exécution. La chose est natuvilement évidente. Cette nécessité se fait sentir dans toutes les branches du service public depuis les plus élevées jusqu'aux plus inférieures-^Nulle entreprise sociale n'implique la nécessité d'un nombre d'ouvriers aussi considérable que

394 LIT.tX, CH. VII. LIBERTÉ DES ART9 QUI TRAVAILLERA I

le goQverûement. Il faut matériellemeot oae certaine hmûb» I d'œuvre pour la préparation des lois; il en faal one plu t grande pour leur applicaliou, une plus graude eocore pour 1 leur exëcatiofi. Il eo faut poor la surveilbiice et la répreaeioo

des maliailcurs, pour leur séquestration, pour leur mise en jagement, pour rexéculion des sentences dont ils devieniieot Tobjet, pour rapplicaiion des traitements auxquels les soumet la justice, et rimportance de toutes ces laçons poor le bon exercice da gouvernement, l'importaiice, par exemple, de la terrible niain-d œuvre qu'exécutent sur uo champ de bataille les ouvriers désignés par le nom de midats, ou bien de celles qu'accomplissent dans les profondeurs Je la société, et parmi la portion la plus corrompue et la pius dangereuse de la population, les agents d^one police vigi<^ laute et courageuse, ou bieu encore de celle qui est cojiliée aux directeurs et aux gardiens de ces lieux d*expiatioii et de pénitence (jue la législation pénale des temps modernes consacre aux châtiments et à la réforme des condamnés, cette importance, dis-je, est telle qQ*il sofiit de mentionner un tai ordre de moyens, pour faire sentir à rinstanl même à quel point y est liée la puissance de Tart qui préside aux relalioo8| qui forme les habiuuies sociales? Le sujet, au surplus, ue me parait devoir donner lieu à aucune observation généraie importante, et je résume ces remarques snr la puissance que le gouvernement puise dans les moyens qui tiennent à Tart, en disant que tous les moyens de cette classe, les connaissances techniques, les nuUuiis de théorie, les talents d'application et de main-d'œuvi*e trouvant, comme tous ceux dont se compose le génie des affaires, une appltcation évidente et fort étendue dans Tart qui a pour mission spéciale de former la morale de relation. — Ëxamiaona maintenant le rôie^'y

Page 1