‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 51 sur 80 · LIV. IX, CH. LIBERTÉ D£S ARTS QUI TRAVAILLENT · texte numérisé non relu

LIV. IX, CH. LIBERTÉ D£S ARTS QUI TRAVAILLENT

prises avec les malfaiteurs les plus dangereux. Soflgeons eo

nu mot que, par le devoir de sa charge, le gouvernement se trouve placé eu présence de toutes les mauvaises passions, de toutes les passions injustes on violentes ; que sa mission est de les contenir, de les modérer, de ies régler, et demandons-nous s'il est dans la société quelque travail pour lequel iliaille plus de vertu, une vertu plus haute, plus ferme, el tout k la fois plus douce et plus tempérée, que celle qu'exige, pour être vraiment digne d'approbation, Texercice d'une telle eharge.

Il faut ajouter que cette charge, difficile sous toutes les formes de ^gouvernement, acquiert un plus haut degré de difficulté et exige des qualités plus distinguées et plus raies encore là où une latitude plus grande est laissée à Tactivité des populations, où tous les travaux son tau concours, y com* pris même le gouveiuement, et dans Fétat d'inévitable fermentation que ce régime enfante , au milieu des luttes des partis et des orages de la vie publique. Il tombe sous le sens que le gouvernement exige là des hommes plus forts, non pas aenlement des hommes plus habiles, plus éclairés, mieux pourvus, sous le double rapport de Tari et des affaires, dos focultés intellectuelles que nous avons énumérées, mais encore des hommes plus heureusenieiil doues sous le rapport du caractère, mieux pourvus des qualités morales dont noas nous occupons en ce moment* Qui ne sait ce qu'il faut souvent aux dépositaires du pouvoir dans les assemblées publiques, de fermeté, de sangfroid, de présence d*e8prit;€e qu'ils ont fréquemment à déployer d'énergie pour faire la police des factions , et pour les contraindre à se renfenwr dans les voies légales; ce qu'ils doivent mettre d'habiles ménagements et de bienveillance réfléchie dans tous leurs rapports, a mesure surtout que la société s élève et qu'ils ont à

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txaiter a^ec un nombre iaUnimeut plus grand, d'intérêts, de vanités , de passions de toote espèce. Montesquieu , parlant des qualités morales nécessaires dans la monarchie, voulait qo*oa y mit c dans les vertus une certaine noblesse, dans les mœurs une certaine franchise, dans les manières une cerlaiae politesse. > Il y faut aujourd'hui, dans celles surtout où la liberté est largement entrée, ces qualités et beMWoap d^autres: il y faut notamment, au milieu des plus grandes agitations» une imperturbable tranquillité d'esprit , qui pei^ mette d'apprécier sainement les mouvements de Topinion IMibliqne; un certain mélange de force et de mansuétude qui, en portant h faire avec décision ce qu'exige le maintien de Tordre, ne permette jamais de faire que ie mal indispensable pour cela; un grand dédain pour Tinjure; une constante disposition a pardonner les offenses, et une propension plus marquée et plus habituelle encore à traiter les autres avec . ^ égard et considération. Peut-être même cette dernière dispofiition esUeilede toutes la plus indispensable, et est-ce là surtout qu'il devient vrai de dire, avec Fauteur de V Esprit dêi lois y que « celui qui n'observerait pas les bienséances, choquant tous ceux avec qui il vivrait, se décréditeiait à tel point qu'il deviendrait incapable de l'aire aucun bien. »

Sûrement, ce sont là des qualités assez rares, des qualités difficiles à acquérir et surtout k réunir; mais il £iut firendre garde k la nature de l'art qui les réclame, à son élévation, k son importance. Il est sans contredit le plus éminent de tous, et il tst, pai iaiîl, assez naturel que, pour suffire à sa tâche, il lui faille des vertus plus qu'ordinaires. Je répète que, par sa nature, il est celui qui demande les plus élevées. Gela est si vrai,que c'est d'ordinaire dans le gouvernement que se développent les grands caractères, et que h vocation des grands ^ caractères est presque toujours de participer a Texercice du

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gouveruement. Voyez, ea effet, a quel art oui appartena k> plus grands non» de Thisloire, sinon à ia politique, et qsek sont les hommes qu'elle a parliculièrement désignés k ra<lmiratiou et aux hommages de la postérité, sinon de grands rois, de grands ministres, de grands négociateQr&, de grands magistrale, de grands iioiuuies de guerre, et eu g^éuéral dfô hommes considérables de goavemement. Ce n*est ni fortin-

tement ni par caprice que la société a toujours place son gooir^n^ooent à sa téte et décerné ses pins hautes aiarques de eoBsidératîon et d'estime aux hommes vraiment dîiernes de h gouverner : c'est qu'elle a toujours senti ce que Texercice du ponvoîr exigeait de qualités ëminentes.

Ajoutons que s'il est des vertus spécialement nécessaires anx hommes publies, il n'en est pas qui leur soient iodittrentes, même dans le nombre de celles qui se rattachent plus particulièrement à la morale individuelle et qui n'intéressent en qui l(]ue sorte qne ce que nous désignons par le nom âe mœurs. 11 leur importe fort assurément de ne manquer, sous et rapport, à aoenne bienséance, il serait impossible que des habitudes irrégulières , surtout si elles prenaient un carac^ ! 1ère ouvertement licencieux et iinissaient par iaire scandale, l ne portassent pas une grave atteinte à leur considératioDt et | n'altérassent pas très sen^blement le crédit dont il est si \ essentiel qu'ils jouissent. Il n'est personne qui ne sacJie à quel point l'autorité luoiale d un {gouvernement peut être affaiblie on tortillée par les mœurs de ses chefs de tons les étages, suivant la nature des sentim^ts qu'elles sont Isfles pour inspirer, ijui niera qne les mœurs dissolues de quelquesuns des derniers règnes de l'aneienne monarchie n'aient dà aider [puissamment k sa ruine? Qui ne sait tout ce que les iitiNUides intérieures d'une angmte bmitie ajoutent an nâr pect qu'elle est si digne d'inspirer k d'autres titres, et eoni-

ft. POftlfATiON DES HAB.MOR.<— M) GOUVfiflNBiil^llT* 8011

bien ces habitudes, si noblement exemplaires, coDtribueat k pTOcorer d'honneur, de dignité, de force en nouveau gouvernement que la France s'est douDé?

IHmds enecMre que )ee bonnes habitudes personnelles ne sont pas nécessaires aux hommes publies, seulement dans riotérèi de leur considération et pour le crédit qu elles leur MsoTetti, mâls aussi pour le bon exemple qu'elles donnent, poer la saiutaue inUueuce qo^elles exercent et pour les faeilîtés de gonvernement qui en résultent, ie n*ai pas besoin de nieltre à contribution les livres de morale et les sermonaires, pour laue comprendre queliii mllueace doivent exercer, de proche en proche, les moeurs des hommes éle» vés en dignité. Il est k peu près inévitable que les mœurs des hommes publies finissent par former les nuBurs publi* ques, et, d'une autre part, il est impossible que les mœurs générales s*aUèrent ou s'épurent , se dégradent ou se per* feetieiiBent, sans que le gouvernement, par cela même, de- \ieQQe plus diliiciie ou plus aisé, il faut prendre garde que si la morale privée se distingue des relations sociales, eUe

se lie a ces relations d'une manière cxhcuieiijeal elioile, et qu^il est impossible que les habitudes personnelles n'influent pas sur les rapports sociaux. Qu^est-ce en effet qui détermine la nature de nos rapports avec les autres, sinon la nature même de nos habitudes privées; et k quoi Datut-il attribuer nos bonnes et nos mauvaises actions, sinon à nos vci ius et k nos vices? Qui ne connaît les rapports dei'ineonduite avec la criminalité? Qui ne sait qu*k la corruption et au désordre des mœurs s'allient tout naturellement la violence et le désordre des rriations sociales; et, d*un autre cûté, qui ne sait aussi combien la mudeialioii des désirs est lavoi able à h jaaiiee, el eoubieo une population réglée dans ses babi- ^ hidasest plus aisément disciplinaUe dans ses retatiotts? Il

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importe donc beaucoup aux hommes publics, dans Fîméiél de la misrion sociale qulls oui h remplir , que les niœm

privées des citoyens soient honnêtes et régulières ; et s'ils oe sont pas chargés de les régler par des lois, ils doÎTent éfitir an moins de les corrompre par leur conduite. Plus on est porté à s'autoriser de leurs exemples, et plus il est désirable qo^ils B'eo donaent que de bons : la décence des mœurs, si essentielle à leur crédit, leurest plus nécessaire encore comme moyen de rendre, en les moralisant, les populations pins gouvernables.

Ajooterons-nous maintenant qne, pour la mission ^pédale dont ils sont chargés, ils ont encore pins besoin de bonne morale de relation que de bonnes habitudes persoDoelies? La proposition est tellement évidente, qu'elle semble k peint avoir besoin d'être énoncée. Il s'agit d'accoutumer les hommes à vivre entre enx dans de bons rapports ; k respecter, dans lenrs iMations, les règles de la justice; ne torobe-twï pas sous le sens que pour cela il faut, avant tout, être en état de leur tracer des prescriptions justes? Leur prêcher d'exemple est, sans coiiiredit, le premier objet esseuiiei. Pour les former à la sociabilité, il faut commencer par se montrer soi-même sociable. Le gouvernement ne saurait donc inet^r^ trop de justice, soit dans les rapports qu'il a avec eux, soit dans ceux qu'il établit entre enx. Tonte loi injnste est, socialement parlant, une lui corrupUice, une loi qui trouble et déprave les relations, an lien de les perfectionner.

On conçoit qu'il ne peut y avoir à faire ic i au i^ouverneraent le reproche qui lui a été si souvent adressé, dans le cours de cet ouvrage, de s*entrem^tre abusivement, de s'empirer de travaux qui devraient être laissés aux professions particulières. C'est bien à lui en effet, exelusivemoit à lui, qu'il apparlieul de maintenir par la contrainte la justice, Tordre, la

À LA FOiiMATlOiN DESilAB.MOiU — DU GOUVERNEMENT. 401

paix, les bonnes relations de façonner les ciioyens aux yraîes liabitudes de la vie civile, et tout ce qui va directement à c^t objet, dans Faction qu'il exerce sur la société, entre de la manière la plus naturelle et la plus légitime dans Tordre de ses attributions.

Il ne peut être question non plus de renouveler le reproche que nous lui avons adressé maintes fois de procéder d'une manière trop générale ; car les vertus quHI enseigne, et dont il est chargé d'assurer i observa lion pai la coiiirainte, le respect des personnes, des propriétés, des droits et de la liberté d'autrui sont d'étroite obligation pour tout le monde, et Tap* prentissage de ces vertus, les plus fondamentales de celles sur lesquelles la société repose, ne saurait être pour personne un apprentissage prématuré.

Enfin, on ne saurait non plus se faire un raisonnable sujet de plainte de ce qu'il fait supporter la dépense d'un tel service k tout le monde ; car la sûreté et la liberté de tous est également menacée par ce qu*il peut y avoir dans la société d'habitudes malfaisantes et anti-sociales, et tout le monde a également besoin que ces habitudes soient réprimées. Il faut observer d'ailleurs que la justice rai)[)oi le eu droits de timbre et d'enregistrement, en frais judiciaires et en amendes au»delk de ce que coûte son administration, et que, par le dispositii de ses jugements, elle fait, autant qu il dépend d'elle, supporter ces frais k qui les a rendus nécessaires.

11 D'y a donc à se plaindre ici ni de l'intervention du gou* vemement, ni de la généralité de Taction qu'il exerce, ni de celle de la dépense que cette action occasionne; majs il y aurait sujet de se plaindre de ce qu'il pourrait faire de lois injustes; car l'inévitable effet de l'injustice est, je le répète, d'altérer et de vicier les relations sociales, qu'il est dans la mission ni. 96

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du gouveroemeiU de perfectiouuer. J*en ai oâeri assez de preuves dans le cours de cet ouvrage, en parcourant la série

des iraiisioiuiatioQs qn*a subies la société et celle des divers ordres de travaux qu*embrasse Téconomie sociale. Od a assez pu voir notamment, dans les nombreux chapitres oè je me suis occupé des divers ordres de travaux, quel Irouiiic le gouvernement apporte dans les relations, en rëglani d'one façoii arbitraire et injuste 1 exercice des professioa s privées; en s*appropriant les unes, en en livrant d*autres \k des compagnies [)rivik%Mées,en en soumettanl un plus grand nombre à la tutelle préventive ou à la censure préalable de ses propres agents.

Qu'on passe en revue les diverses branches de la législation politique, civile, pénale, économique, et Ton reconaattra aisément que pailout où le pouvoir a manque tîe justice ou de, lumières dans ses prescriptions, partout où il a obéi à ^rimpulsion d^habitudes sociales non suffisamment perfectionnés, ses lois ont toujours eu, plus ou moins, le triste effet de vicier les habitudes sociales et de mettre da désordre dans les rela lions. Qu'où se rappelle, par exemple, en rétrogadant de soixante ans vers le passé, les privilèges qoe, dans Tancien régime, la loi politique avait accordé h certains ordres, la loi économique à certaines corporations, la loi civile il certains membres de la famille, et qu*oo Teotite bien considérer ce que cette législation avait graduellement inspiré aux classes et aux personnes indûment favorisées d'habitudes injustes, a celles qui ëtaieril plus ou moins sacrifiées de sentiments d'irritation et de jalousie , à toutes d*esprit de discorde, et quelles lattes terribles elle finit par susciter.

Les vices de la législation produisent, plus on moins, de

ces ellcu dans tous les lieux et h toutes les époques. Sur

A 1.AF0IIJI1ÀT10M DES ttAD. MOH. — DU GOUVEiUNEAili^.Nï. 403

quelque point que le législateur ait des volontés déréglées, le déréglemeat de ses volontés passe daos les reiatioDS sociales et y produit de déplorables perturbations. L*injustice et la partialité des lois corrompent ceux qu^elles favorisent, irritent ceux qu'elles blessent, altèrent ainsi les sentiments de tous, et Unissent par provoquer des conflits plus ou moins graves.

Il peut arriver au législateur de contribuer k pervertir jusqu'aux volontés déjà déréglées et d'achever de les cor* rompre par les moyens mêmes qu'il prend pour les corriger, je veux dire par les lois pénales. Que n'a-t-on pas dit, et avec raison, de Teffet de certaines peines, et, par exemple, de l'exposition, du carcan, de la marque, de la confiscation, de remprisonnement même, tel qu'il est encore généralement pratiqué, et finalement de la peine de mort, des tortures qui Tonl accompagnée long-temps, et, à quelques égards de ' la manière dont nous Texécutons encore? Telle est Topinion qu'on s'est formé successivement de rellel moral (Fun grand nombre de peines, que plusieurs ont été supprimées, d'autres modifiées d'une manière sensible, et que le système entier de la pénalité a subi des révolutions protondes qui sont loin encore d*étre terminées* La confiscation a disparu de nos lois, et il n'y reste plus que l'amende, sorte de confiscation au petit pied, à qui Ton pourrait faire avec fondement les mêmes reproches qu'a la confiscation proprement dite, et qui aura peut-être un jour le même sort. Nous avons récemment supprimé le carcan et la flétrissure. On a limité le nombre des cas qui donneraient lieu h Texposition, et souvent même on ne rapplique aux cas réservés qu'avec beaucoup d'bésitation et de doute. La peine capitale, dégagée de toute torture, et réduite à la simple exécution a mort, n'est appliquée que dans des cas b^ucoup plus rares; et encore esl-on si pea

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404 Liv. IX, en. vu. liocrté des auts gui ifuvAiLLKM

sûr de ses bons effets, au moins comme spectacle, qii^on se cache presque pour exocuior les criminels, qu'on choisîl les lieux les plus ëearlés, les heures les moins commodes , el qu'on iinira j>eut-êlre, coiiime à Berne, par ôter à la peine toute publicité et par exécuter les condamnés dans Tintériear des prisons, en y mettant la solennité convenable (*)• H est certain que, sans avoir, au même degré du moins qu'à d^auires époques, le déplorable effet d'endurcir et de dépraver; le spectacle des exéculions est loin encore d'être salutaire, et qu'il serait possible, en dérobant à la foule la vue de l'exécatioii même, et en entourant d'ailleurs le lieu du supplice de l'ap* pareil religieux et funèbre le plus propre à agir sur les îma-* ginations, de produire sur les spectatenrs des effets à la fois moins corrupteurs et plus terribles. Entiii l'emprisonuement a reçn en divers lieux et il subira probablement partout des modifications très considérables: il semble même qu il soît destiné à remplacer la plupart des autres modes de punition; et quoique, sous sa nouvelle forme, il présente infiniment moins d'inconvénients qu'il n'en avait eu jusqu'ici, il est loin encore probablement de suffire aux divers objets des peines et h toutes les nécessités de sa deslinaiiuu. li n'offre plus aux condamnés» et c'est, il faut l'avouer, un bien immense, le moyen de se connaître, de se lier» de se corrompre matoei-*

(') C'est une des dispositions du nouveau code pénal de Berne, que les condamnés, an lien d'être exécutés en place publique, ne pourront plus l'être que dans Tiiitérieur des prisons où ils seront détenus. Le code détermine avec quelles formalités. Pareille chose a lieu en Pensylvanie. F. ce qu'écrivent à ce sujet MM. de Tocqueville et G. de Beaumont, dans leur ouvrage sur le Système pénitentiaire aumiiatê- Unis, p. 66 de rintroduciion. S'il n'en est pas encore aind parmi nous, il est certain qu^on n'y donne à Texécution des condamnés, à Paris dn moim, que la publicité la plus indispensable pour ne pas contre» Tenir aux dispositions de la loi.

▲ LA FORXATiaN D£S HAB. MOR.— 1>U COUVEIlNEMSfIT. 405

lement, de s'enchaîner enfin les uns aux autres de telle sorte qu'aucun ne paisse plus, pour ainsi dire, revenir au bien. Il peut avoir d'ailleurs, à un haut degré, le caractère d'une peine réprimante, exemplaire, réformatrice : cette peine met bien les condamnés dans Timpuissance de nuire; Tisolement plos on moins absolu et plus ou moins prolongé où elle les plonge paraît être pour les pervers qui seraient tentés de les imiter un grand objet de terreur; on ne saurait nier en6n que les deux éléments dont elle se compose, la solitude et le travail, n'aient une grande vertu correciive, et qu'ils n'exercent une très salutaire influence sur le moral des con-

daiiinés.

Cependant il est difficile que, sous ce dernier rapport, elle ne laisse pas encore à désirer, et Ton ne peut guère admettre qu'un traitement unilorme appliqué aux infirmités les plus variées poisse convenir également à toutes. 11 semble que le traitement devrait [)ouvoir se modifier suivant la nature du vice à traiter, suivant la condition, le caractère, l'état moral du patient k qui on l'applique, et il est le même pour tous les condamnés. 11 semble aussi qu'il devrait pouvoir s'abréger ou se prolonger, suivant les progrès que fait la cure, et la durée en a été ligoureusemeiii déterminée d'avance, abstraction faite des effets qu'il produirait, ou, s'il est permis 4*6D prolonger la durée, il ne l'est pas de la rendre plus longue. A la diflërence des autres branches de l'art de guérir, où il est rigoureusement tenu compte de la diversité des cas^ et où le traitemeiU appliqué a plusieurs individus pour un même mal, varie suivant une iîoule de circonsiances, l'espèce d'action médicale que les tribunaux et les exécuteurs de leurs sentences exercent sur les criminels est soumise à des principes inflexibles qu'on doit appliquer uniformément k tous : égalité devant la lai, peines pareilles pour des délits pareils^

Digiiizuu by Ljt-jv.Kii^

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telle est la régie ( * Ton sent k quelles erreurs» k quelles

inégalités choquantes peut conduire celte égalité piélendue. Quelle que soit doue, comme moyen de répression et de réforme, la perfeclion relative de ces nouveaux et redoutables Imspices qu'ona désignés par le nom de pénitenciers, et qui sont destinés, tout k la fois, au châtiment et à la eorrection des hommes que le vice a conduits au crime, il ne suffirait pas de remplacer le système actuel des peines par ce système d'emprisonnement perfectionné, pour être sûr d'appliquer toujours aux criminels un traitement intelligent et juste ; le traitement des infirmités connues sous le nom de vices, pour être un peu moins sauvage qu*il ne Ta été jusqu'ici, ne serait pas pour cela bien avancé; on y pouiiaitconimettie encore bien des bévues, surtout si le législateur continuait k emprisonner le juge et l'administrateur dans des formules de traitement ou erronées ou trop étroites, et Ton est conduit ainsi à reeonnattre h quel point il faut que le gouvernement ait des hsH bitudes sociales éclairées et perfectionnées, pour travailler avec fruit à perfectionner les habitudes sociales.

Ajoutons même que, pour obtenir ce résultat, il ne suffit pas que les habitudes meilleures à introduire existent dans le gouvernement, et qu'il est essentiel qu'elles aient leur racine dans la société dont il relève et oà il trouve son point d*appui; que, pour parvenir à perfectionner les relations, k latre prévaloir de meilleures habitudes, il a besoin d*étre secondé, stimulé, poussé par des idées deja accréditées et des habitudes plus ou moins établies. 11 ne lui appartient guère à cet ^rd de prendre rinttiative. Il peut, sans doute, quand Tidée d'une certaine amélioration dans les rapports est devenue fort

(*} Cette règle, établie par la constitution de ITSi , a été reptoduite dans toutes celles qui mH suivi , jusqu*à celle de 1S90 indosivepent.

▲ LA l OliMATION DES DAB. MOB. DU GOUVEB.MiMiCiNT. 4U7

générale, eontribaer plus ou moins k la répandre et à Tafler* mir en lui donnant le caractère de loi; mais il a besoin que la société Ty engage : il ne peut, en quelque sorte , que lui rendre, en les fortifiant, les iiupuisious qu'il eu reçoit. 11 échouerait s'il voulait changer, contre son gré , des reh* relaUoiis bien établies, fussent-elles injustes, et lui imposer des habitudes meilleures, auxqnelles elle n'aurait pas été suffi sa 111 m eut préparée. Il y en a des preuves sans nombre. Louis IX, en 1260, voulut abolir la sauvage coutume des duels judiciaires : les seigneurs ecclésiastiques et laïcs le traitèrent d'tm^e^ci/e, de bigot, de papelard, de béguin^ de ly« ran, de parjure, etc., etc.; ses ordonnances n'eurent point d'eiécutiou, et, trois siècles plus tard, ce monstrueux usage n'était pas encore entièrement abandonné ('}. Le même prince, eu 1265, voulut proscrire une coutume bien plus sauvage encore , le droit de pnse , c'est-à-dire le droit que s'arrogeaient les gens de la cour, dans les voyages du roi, de prendre chez les particuliers tout ce qui était à leur convenance : il ue fut poiiil ubei. Lu 13io, Louis-le-IIuUii renouvela les mêmes prohibitions : il ne fut point obéi. Philippe de Valois les renouvela en 1345 : il ne fut point obéi. Le roi icau, en 1551, vint à son tour à la charge, et il fut sans doute mal obéi, puisque, dans le courant de la même année, il fut obligé de réitérer les mêmes défenses. Charles V, en 1367, voulut au moins modifier cet odieux usage ; il laissa subsister le droit de prendre, en imposant seulement l'obli-

* gation de payer ; on usa du droit et on laissa de côté Tobliga-

• tlon. Charles Yl, en 1407, décréta que le droit de prise se- ' nit suspendu pour quatre ans dans tout le royaume : proscrit

(*) Maure, Hisi. phy$., eiv. H mor. de Parie, t. U, p. Ml de la pKin. édit.

408 Liv. IX, CB. yiu liberté des arts qui tra vaiujkhi

dix fois par tous les rois qui s'étaient succédé depuis un siède et demi, il existait donc toujours. Il se maintint encore durant plusieurs règnes, ditDulaure ('). Qu'ont fait, pour prendre des exemples plus rapprochés de nous, qn*ont lait»

dis-je, pendant longtemps, contre la tyiaiiiiie de la censure, toutes les lois qui font implicitement ou explicitement abolie depuis cinquante ans? Â-t-on tu cette tyrannie disparaître a^ec lespouvoirsàrexistence desquels on la croyaitliée?Mullemeiit; et pourquoi cela? Parce que sa force n*était pas dans le poa* voir, mais dans les préjugés publics; parce qu'on n'avait pas suffisamment usé dans les intelligences les mauvaises raisons qui les soutenaient; parce que la censure ne répugnait pas assez à la raison commune; parce que, dès-lors, on pouvait la conserver ou la rétablir sans faire violence au sens commun; parce que la nation ne sentait que faiblement encore rimportance de la liberté de la presse; parce qu*on avait la simplicité de croire que la discussion des affaires publiques ne regardait pas le public; parce qu'on n'était pas assez ac«> coutumé k la ptiblicité de ces débats; parce qn^on en redoutait les eliéis outre mesure; parce qu'en un mot la liberté de la presse, écrite dans les lois, n'était pas suffisanunent passée dans les habitudes de la population. On a commencé ei\ 1 776 à décréter Tabolition de la traite des nègres ; il y a de cela soixante-dix ans, et la traite des nègres existe encore. H a fallu, en Angleterre, seize ans de débats parlementaires avant qu'on ait pu se résoudre à renoncer k ce trafic inhumain. Il a clé proscrit, en France, eu 1791, et en 1850 il y était encore ouvertement toléré. Kien ne serait si aisé que de multiplier les exemples. L'histoire toute entière de la législation serait là au besoin pour établir que le législateur ne

(•) Ibid., p. 575, 574, el 586 à o91 .

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