‹ De la liberté du travail; ou, Simple exposé des conditions dans lesquelles les forces humaines s'exercent avec le plus de puissance;Chapitre 54 sur 80 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

OBSKiiVATIOHS GÉHÉRALfi».

lialiamy Italtam (') !...^ J'approche du terme de ce long

travail, et je n'ai plus à demander aux lecteurs qui oui bien Tonla me suivre dans la recherche où je suis engagé, que quelques heures d'allenlion et de patience.

Je viens, dans les deux livres qui précèdent et dans les noiubreux chapitres dont ils sont formés, de parcourir successivement tous les grands ordres de travaux qui entrent d^ns réconomie sociale, ceux qui épuisent leur activité sur les choses, les industries extractives, le voiturage, .la fabrication, ragriculture, et ceux qui la dirigent sur les hommes, a savoir ceux qui agissent sur leur nature physique, ceux qui

0) Vv^.^jEneid,, iib. m, v. 521 et sva{.

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cultivent leur imagination et leurs affections, cenx qoi feM

l'éducation de leur intelligence, ceux enfui qui Li availlent à la formation de leurs mœurs* J'ai dit en quoi ils consistent, quelle place ils occupent dans Féconomie de la société, quel rôle ils y remplissent, quelle iaiiueuce ils y ei^ercent, k quelles conditions leur puissance se lie, comment s\ appliquent enûn, et dans quelle mesure, les divers ordres de moyens généraux sur lesquels la puissance de tout travail se fonde.

Cette revue successive de toutes les grandes classes de travaux de la société, qui ne paraîtra, j*espère, ni un amalgame d'objets disparates, ni une confusion violcate de toutes les sciences dans une même composition , ni une série de traités spéciaux sur des arts de la nature la plus diverse, qui ne considère évidemment les sujets qu'elle traite que d'une manière générale, et seulement par le côté qui les lie k Tobjet assurément très spécial et très simple de ce travail ; cette revue, ùïS' je, des travaux que Téconomie sociale embrasse, ne présente pas, quelque complète qu'elle puisse être, une idée complète de l'économie de la société. J'ai déjà dit qu'en dehors de cet ensemble de travaux, Téconomie sociale impliquait la nécessiité de certaines louctions ou de certains actes qu'il n'était possible de confondre avec aucun travail, et sans lesquels néaniiiuins aucun travail, aucun développement ne seraient possibles.

Telles sont, par exemple, les associations multipliées et si variées dans leurs formes que présente la société, ordre de faits qui, par lni*méme, évidemment, ne constitue aucun travail, et sans lequel, bien évidemment aussi, presque aucuu travail ne serait possible. On conij^rend tout de suite en effet que , hors de la vie en conimuu et des innombrables unions de personnes et de forces qui ne cessent de se for«

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mer au sein de la vie commune, les hommes ne seraient en quelque sorte capables de rien. Toutes les espèces d^associations, sans doute, ne SQpt pas également importantes; toutes influent pas au même degré sur le développement et Tactivité de nos travaux; mais toutes, k commencer par la plus sioipic et la plus élroilemeiU unie, la iamille, et à finir par Va plus géoérale et la moins fortement serrée, la société poliiique, sans négliger l'infinie variété de celles qui existent entre ces points extrêmes; toutes, dis-je, iniluent plus ou moins sur le développement des forces individuelles et sociales, et pour avoir une idée juste de l'économie de la société, il faudrait savoir, au moins d*une manière générale, en quoi consistent ces associations, quel en est l'objet et Feffet, ce qui en facilite la création et le développement, et comment les principes de la liberté s'y appliquent

Tels sont également, sous l'extrême diversité de leurs iormes, les continuels et innombrables échanges qui s'opèrent dans la société, sorte de laits encore (\ui n'ailectent aucunement le caractère d'un art, et sans lesquels, pareillement, presque aucun travail ne serait possible. Qui ne sait en effet que, sans la iaculle des échanges, chacun étant réduit à satisfaire tous ses besoins, et par suite à exercer tous les métiers, aucun métier, par cela iiiènje, ne serait susceptible de la moindre extension. Ccst grâce aux échanges qu'est pos* sible la division des travaux et tous les progrès que cette division entraîne. Si les associations sont favorables au dév^oppement des forces individuelles et sociales par les unions deilorls qu'elles provoquent, les échanges le sont davantage encore, s*il se peut, par les séparations de métiers qu'elles permettent. La faculté d'échanger est ainsi dans Tes^ pèce humaine une des conditions les plus fondamentales de lOQt progrès, et il est indispensable encore, pour se faire

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one juste idée de TécoDomie de la société ^ de bien oom*

prendre le rôle immense qae les échanges y joaent , rinflueoce qu'ils y ei^ercenl, les conditioiès euiîa auxquelles leur liberté se He«

Telles sont, en troisième lieu, les transmissions de biens faites par les générations qui s'éteignent aux génératians qui survivent, dernière classe de faits qui n'a rien de comimin encore avec aucun des arts que pratique la société, et sans lesquels de même il ne parait pas qu^aoeun développement fût possible. Qui ne sent, en effet, que si les fortunes étaieat parement viagères ; si, à chaque génération, tout était k recommencer, Tactivité serait bien moins grande , et que les accumulations seraient bien moins rapides? Qui ne seni qu'on des stimulants les plus énergiques de notre activité, c'est la pensée que tout ne iinira pas avec nous; que nos enfants recueilleront rhéritage d'honneur, de considération, de fortune que nous aurons laborieusemeut amassé; et, iiuaieuieiU, qui ne sent encore quel avantage c'est pour les enfauf s de

pouvoir profiter ainsi des efforts de leurs parents, et, pour la génération qui suit, de prendre les choses au point o(k les ont laissées les générations précédentes. Il faut donc encore, pour achever de comprendre i ecouomie de la société et les conditions de sa croissance, avoir une juste idée de ces transmissions, de leur influence et de l'application qu'y reçoivent les principes de la liberté.

J'aurais ainsi, pour que ce travail ne demeurât pas incomplet, à parler successivement des associations , des échangea et des îranmiisioni hérédUaireê de biens; mais n'ayant plus devant moi qu un espace assez limité et devant forcément me restreindre, je ne traiterai que les deux derniers sujets, les échanges et les transtniuims héréditaires^ et ne m'occu" perai, pas du sujet des associations, beaucoup trop considé-

OBSEKVAUOiNS GÉiNÉRALES. 429

rable ponr trouTer place dans ce volame au point où il est parvenu. C*esi une lacune que je regrette de laisser dans mou ouvrage. Cette lacune, néanmoins, n'est pas aussi grave que quelques personnes seront peut-être disposées à le penser. Le sujet très important des associations n*a nullement h mes yeux le genre d'importance qne croient y apercevoir les économisies de Técole socialiste. Je ne crois pas le moins du monde, et j*ai suffisamment dit pourquoi (^), qu'il y ait des formes d'association par lesquelles il 6uii possible d'obvier a tous les maux de la société, à ceux notamment qu'éprouyent les classes de la société les moins heureuses, et il va sans dire qu'en tiaïUint ce sujet je n'aurais pas à parler des iormes d'assoeiatioB tout k iait excentriques qu'avaient imaginées de certains esprits, et dont on s est quelque tentps occupé. Ce n'est point par fantaisie et par caprice que les hommes dans la société se sont groupés et réunis ainsi qu'ils l'ont iait. Us ont obéi à des instincts plus lorts et plus sûrs que la seienee des utopistes, et il n'y a pas apparence qu'ils soient disposés à quitter la famille pour la phalange^ et la commune pour le phakmHère. Ces transformations, d'ailleurs, n'ont pas seulementle lorld'ùtre impraticables, ellesont celui encore de ne rien résoudre et de ne remédier à rien. Qu'on creuse tant qu'on voudra le sujet des associations, on n'y trouvera jamais ce qu'on y cherche, à savoir le moyen d'assurer une répartition intelligente et équitable des fruits du travail. La solution du probieme n'est pas la où on la cherche , et elle est où on ne la cherche pas : elle n'est pas dans la théorie des associations, et elle est dans celle des échanges : partout où il y a liberté et loyauté dans les échanges, tout homme tire naturel* lenieot de ses forces ce qu'elles doivent lui donner, et si l'ex-

(■) Dam le dernier chapitre du tome premier.

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