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CHAPITRE IV

De la liberté des professions.

Après les garanties de la liberté individuelle, rien n'importe autant au développement de la personnalité que la liberté des professions. Nous sommes si dominés à notre insu par l'esprit de gouvernement que nous nous complaisons à réglementer l'exercice

des professions. Les examens, les thèses, sont, à notre avis, les garanties de la société, comme les passe-ports sont les garanties des voleurs.

Ainsi, chez nous il n'est pas permis d'exercer la profession d'avocat si l'on n'a pas passé des examens et soutenu une thèse devant une commission de professeurs ; mais on est journaliste, par exemple, sans examens et sans thèse. Pourquoi ? Est-ce que le journaliste qui débite ses articles n'est pas aussi dangereux que l'avocat qui débite ses plaidoiries ?

Chez nous il est permis à chacun d'être musicien, acteur, chanteur; mais il est défendu d'ouvrir un théâtre sans la permission de l'autorité. La main droite reprend ce que la main gauche donne.

Chez nous il est permis d'être banquier ; mais il est défendu d'être notaire sans l'agrément de l'autorité.

Chez nous, un fermier n'est pas un négo-

ciant ; une concession de mines ou de terres n'est pas une affaire commerciale.

Quand donc jetterons-nous au vent toutes ces bizarres contradictions et toutes ces réglementations? Quand donc nos poitrines seront-elles assez larges pour aspirer le souffle de la liberté ?

Si nos offices de notariat étaient libres, ainsi que nos offices de banque, demain il se rencontrerait sans doute des notaires intelligents qui feraient de leurs études des comptoirs de banque agricole , et répandraient dans les campagnes les notions du crédit foncier et de la comptabilité commerciale. Mais à quoi bon ? Le gouvernement, qui se charge de nos affaires, n'a-t-il pas fondé la banque du crédit foncier?

Si la profession de médecin était libre, est-ce la santé publique qui en souffrirait, ou la routine médicale 1J

Si la profession d'avocat était libre, sont-

ce les clients qui en souffriraient, ou la routine judiciaire ?

Si toutes les professions étaient libres , on n'aurait plus des professions vides, comme celles du fermier, et des professions hydropiques, comme celles des lettres, des places et de l'armée. La vie retournerait aux communes et aux villes de province ; et Paris, tête trop grosse sur un corps trop grêle, ne serait plus menacé à chaque instant d'un coup de sang.

En Angleterre, la liberté des professions est presque complète; aux États-Unis, elle l'est entièrement, et on y signe : avocat et général.

Voyez là-bas , dans ces déserts où nul n'a passé, cet homme qui s'avance avec sa Bible, ses journaux et sa hache, pour se frayer un passage à travers les lianes et les épais feuillages des forêts. Où va-t-il ainsi, seul, perdu dans l'immensité ? Il va où allaient jadis ses aïeux, ces fiers puritains qui fuyaient sur

l'Océan la tyrannie de Charles 1er, emportant dans leurs bras leurs enfants et dans leurs âmes leurs croyances. Il va devant lui, vers l'inconnu , comme les hommes libres marqués au front du sceau divin, comme les aigles, ces rois des airs, qui meurent dans une cage.

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