‹ De la liberté et du gouvernementChapitre 27 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des éléments d'une opposition.

Dans les pays de centralisation l'opposition a donc été regardée, à tort ou à raison, comme une révolution future ; dans les pays libres elle fait l'office de ces serviteurs dont parle Swift, qui, armés d'une vessie, frappaient tantôt la bouche, tantôt les oreil-

les des interlocuteurs pour les tenir en éveil (!).

C'est pourquoi dans les premiers pays Topposition se compose d'éléments révolutionnaires, et clans les seconds d'éléments réformateurs. Or si l'on parvenait un jour (que Dieu le veuille !) à décentraliser complètement nos institutions, c'est-à-dire à rendre à chacun la libre initiative de ses jambes, de ses yeux, de son cerveau, n'arriverait-il pas qu'on intervertirait les rôles entre le gouvernement et le parlement, et qu'il se formerait naturellement autour de celui-ci une opposition qui serait l'aiguillon de la majorité ?

En effet il y a chez nous une foule nom-" breuse de citoyens pauvres, mais instruits, médecins, avocats, professeurs, artistes, ingénieurs, hommes de lettres, dont les intérêts et les opinions sont opposés aux opi-

(1) Voynges h Lapata (Gullivt

nions et aux intérêts des commerçants , des industriels, des cultivateurs, des rentiers, des propriétaires, véritable démocratie de capacités dont la place n'est ni au-dessus ni au-dessous, mais à côté des classes conservatrices, véritable opposition formant la tète de colonne des classes populaires sous un gouvernement parlementaire.

Or cette opposition , les cens électoraux l'ont exclue sous la restauration et sous le gouvernement de juillet des affaires publiques, où sa place est marquée par sa capacité. Rejetée dans la foule, elle lui a enseigné le mépris des institutions parlementaires , dont elle lui eût enseigné le respect, si elle eût fait partie du corps électoral ; et le suffrage universel ne serait pas venu au monde avant terme.

C'est ici que l'imitation des institutions de l'Angleterre a été une maladroite copie. On comprend qu'en Angleterre, pays d'aristocratie et de commerce, tous les droits po-

litiques soient attachés à des cens, car ces . cens ne suppriment pas les éléments con- • ser valeurs et progressifs , nécessaires tous deux à la marche d'un gouvernement libre, tandis qu'en France, pays de démocratie, de lettres et de beaux-arts autant que de commerce et d'industrie, ils suppriment les éléments progressifs.

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